Je suis une femme d’intérieur. Je creuse, je cherche ce qui est en nous mais ne le trouve pas toujours. Une femme de l’être en quelque sorte…
Quarantaine oubliée et cinquantaine approchante, je jongle comme je peux avec des éclats de vie que je contiens avec délice et le vide d’un absent qui me manque cruellement. Bonheurs gaiement capturés et images mélancoliquement incrustées.
Je cultive un champ de paradoxes de toutes les couleurs ainsi qu’une prairie d’herbes folles dans laquelle je me balade en chantonnant.
J’adore les non-dits lorsqu’ils sont chuchotés et les silences quand seuls les yeux s’expriment.
Je regarde avec attention les minutes qui s’égrènent et les retiens en même temps que mon souffle pour m’en souvenir toujours.
Je garde pour moi ce que je n’ai pas envie de donner et je donne ce qui déborde. J’écoute ce que j’entends et n’attends pas ce que j’aurais envie d’entendre. Je vis les heures que j’espère et esquive les instants que je pourrais perdre. Je suppose ce que la vie me suggère.
Je trace mon chemin plutôt que de suivre un sentier sur lequel je pourrais m’égarer.
Quand un jour, alors que j’étais encore adolescente, j’ai découvert une plume au fond d’un vieux tiroir, je me suis étonnée de sa présence. Elle me confia alors qu’elle était là pour écrire les mots que je ne disais pas. « Tu veux de moi ? », me proposa-t-elle ensuite dans un susurrement si exquis que je ne pu bien évidemment pas résister.
Je lui ai parlé et nous nous sommes apprivoisées. Nous nous plûmes…
Avec l’eau salée de mes larmes, elle a écrit mes silences qu’elle a rendu sonores et mes peurs qu’elle a fait s’envoler.
Profitant de mes rires, elle s’est emparée de quelques éclats qu’elle a transformés en mots.
Elle m’a redessinée patiemment, invitant mon âme contenue à sortir de mon ombre.
Exutoire qui m’a fait exulter. Enfin exaltée, enfin j’existais.
Ensemble, nous poursuivons notre chemin. Ensemble nous rions. Ensemble nous pleurons. Ensemble, je vis.
J’écris mes rêves. J’écris ce que je ne vois pas. J’écris ce que je vois. J’écris des hommages. J’écris mes coups de gueule. J’écris mes coups de cœur. J’écris mes délires. J’écris aussi l’amour même si de l’unir à l’absence fait trembler ma plume.
Alors, qui suis-je ? Je n’en sais rien. Je ne sais rien. J’ai tout à apprendre de mes souvenirs et à m’instruire des suivants. Ainsi, pour ne rien oublier, pour que rien ne m’échappe et pour ne pas avoir trop à dire, j’écris.







