Je sautillais gaiement d’une page à l’autre sur le web afin de rendre ma visite quotidienne à mes sites et blogs préférés quand… paf. Plus rien. Nunda. « La page ne peut être affichée, etc… ». Deux ou trois petites manipulations inutiles plus tard, la page s’obstine à se retrancher derrière la formule toute faite d’Internet Explorer. A cet instant-là, il est 18 H 30 (ciel étoilé, mer calme, pas de vent, la température extérieure est de 9° C, la température intérieure est de – 12° C).
J’observe quelques instants l’écran,
En parfaite femme organisée que je suis à mes heures perdues, je sors mon dossier à rabats où est écrit en gros « INTERNET ». Je ne vois pas d’autre solution que celle d’appeler mon fournisseur d’accès d’autant plus qu’une telle panne ne m’était jamais arrivée. Je trouve rapidement le numéro de la hot line : 0,35 € la minute, une bagatelle. Pour le prix de deux ou trois baguettes, je vais retrouver ma connexion. Oui mais bien sûr…
Premier appel. Après avoir entendu toutes les offres possibles et imaginables du fournisseur pendant plusieurs minutes : « Tous nos conseillers techniques sont en ligne, nous vous conseillons de renouveler votre appel ». Zen. Ok.
Second appel. Cf. le premier.
Troisième appel. Quand je ne m’y attends plus et que du coup, je prépare une omelette d’une main, j’entends : « Bonsoir, je me présente, je suis Rachid votre conseiller technique. Que puis-je faire pour vous ? ». Je détale à fond de train vers l’étage (moins d’une demie baguette pour réaliser cette prouesse) où se trouve mon ordinateur et j’explique. Il fait quelques tests sur ma ligne en me faisant patienter avec à nouveau les offres du fournisseur. « Je ne comprends pas » me dit-il. Ah ben tiens, on est deux. Il me fait faire des manipulations auxquelles j’obéis sans broncher. La communication est alors brutalement coupée. Bip bip bip…
Quatrième appel. Offres. Cinq ou six baguettes. « Bonsoir, je me présente, je suis Mounir votre conseiller technique. Que puis-je faire pour vous ? ». Comme Rachid, il a un accent de d’jeunz de banlieue à couper au nunchaku. Mais ils m’appellent « madame » et non « la belette ». Je recommence mon explication. Lui, à l’air de comprendre : « Faites un reset de votre Live Box ». Après avoir hésité sur le mot reset prononcé étrangement « rrrézette », je réalise et je fais. Je le questionne calmement : « Il ne faut pas la reconfigurer à présent ? ». « Non, pas du tout ». Ok Mounir. Cela ne marche toujours pas et il avoue qu’il ne comprend pas pourquoi. Il cherche en me laissant avec les offres. Quinze baguettes plus tard, il m’annonce qu’il me met en relation avec un technicien spécialisé.
Il est à présent 21 H 38 et la situation semble être grave. J’ai en ligne le technicien spécialisé. Il me dit dans un premier temps que la communication risque d’être coupée car elle ne peut excéder 30 minutes et que j’en ai déjà passé 22 avec Mounir. 27,5 baguettes. Il ajoute que je ne dois pas m’inquiéter car il me rappellera immédiatement. Pour la troisième fois, j’explique. Nous commençons de nouvelles manipulations. J’ouvre des applications, je coche des cases, j’en décoche d’autres, j’écris du hiéroglyphe sous DOS. Je n’y comprends rien mais aucune importance car lui, il doit comprendre. Il me dit justement qu’il cherche à comprendre. Bip bip bip… Les 30 minutes sont écoulées.
Plus rien ne se passe. Il ne rappelle pas. Le plus étrange, c’est qu’à ce moment-là, je ne suis même pas encore en colère. Je décide de le recontacter moi-même en passant à nouveau par le standard.
Cinquième appel. « Bonsoir, je me présente, je suis Fatia votre conseillère technique. Que puis-je faire pour vous ? ». Rebelote. J’ai beau lui demander de me passer directement le technicos de tout à l’heure, je suis obligée de tout lui expliquer encore une fois. Pour finalement m’entendre dire : « Je ne peux pas vous le passer car le service des techniciens s’arrête à 21 H 45. Il vous rappellera demain ».
Il ne pouvait me le dire le bougre ? Me voilà donc avec une multitude de fenêtres barbares ouvertes sur mon écran et une Live Box qui clignote désespérément. Dépitée, je ferme les fenêtres, je tire les rideaux et j’éteins tout.
J’ai donc jusqu’au lendemain pour penser à ma Live Box qui a sûrement passé l’arme à gauche et pour chercher son emballage que j’avais soigneusement conservé. L’œil humide je regarde cet emballage qui, sous peu, deviendra cercueil. Je comptabilise le nombre de jours que la poste prendra à la renvoyer au fournisseur et à m’en faire parvenir une nouvelle. Résignée, je prends un bouquin et je passe à autre chose.
Le lendemain matin (ciel nuageux, mer calme, pas de vent, la température extérieure est de 13° C, la température intérieure est toujours de – 12° C), à 11 heures, personne ne m’a encore rappelée.
Sixième appel. « Bonjour, je me présente, je suis Akim votre conseiller technique. Que puis-je faire pour vous ? » Rien Akim. Passez-moi juste le technicien spécialisé. « Que puis-je faire pour vous ? » me répète-t-il plusieurs fois. Encore une fois, je reste zen et aimable. Mais il faut que j’explique encore… Et enfin, il m’annonce qu’il me le passe. Et là, j’entends « Tous les techniciens spécialisés sont actuellement occupés, veuillez appeler ultérieurement ». Bip bip bip…
Ma zénitude est derrière moi, ça y’est. Les baguettes défilent sous mes yeux et me narguent.
Septième appel. « Bonsoir, je me présente, je suis Radija votre conseillère technique. Que puis-je faire pour vous ? » RIEN RADIJA ! ABSOLUMENT RIEN ! NADA ! QUE DALLE ! PASSEZ-MOI JUSTE LE TECHNICIEN SPECIALISE ! IMMEDIATEMENT ! Silence. Cliquetis de clavier. Et elle me le passe sans chercher à comprendre.
Il s’appelle Mathieu et a une voix de stewart. Il me dit qu’il me rappelle sans attendre. Je raccroche au bord des larmes. Je ne le crois pas. Et pourtant, il le fait. Quinze minutes plus tard, tout fonctionne,
« Faute de pain, on mange de la galette » (proverbe Québécois).
Copyright © 2008 Martine Rousset







