Vous vous en souvenez probablement, un jour de 1er mai du siècle précédent, j’étais à « Questions pour un champion »…
Vous avez la mémoire courte…
Traînée par un copain très motivé, je me suis retrouvée à participer à des éliminatoires au théâtre de Bastia. Pourquoi pas ? Cela m’amusait de voir comment cela se passait. J’admets qu’à l’instant où je me suis assise sur l’une des chaises alignées dans le péristyle et que je me suis retrouvée avec un questionnaire fourni par l’équipe du jeu, je n’imaginais pas du tout qu’un mois plus tard, je serai, tous frais payés, à Boulogne Billancourt dans les studios de FR3…
J’ai répondu comme j’ai pu au questionnaire dans le temps imparti, jeté un coup d’œil vers mes voisins de gauche et de droite afin de glaner quelques réponses supplémentaires (et alors ? Il suffit de ne pas se faire prendre !) pour ne pas paraître trop ridicule aux yeux de mon ami qui m’aurait probablement balancé au reste des copains, et j’ai rendu ma copie comme tout le monde. Mon copain qui était deux rangées plus loin m’a rejoint et fièrement, le menton haut, a déclaré qu’il avait su répondre à toutes les questions. « Et toi ? » M’a-t-il demandé. « Les trois-quarts… ». J’ai lu dans ses yeux qu’avec mes pauvres trois-quarts, je lui laissais une chance de plus de participer à l’émission. Et encore, il n’a jamais su que j’avais pompé sur mes voisins…
Nous avons ensuite été photographiés deux par deux (gain de temps et d’argent…) puis avons été interrogés individuellement lors d’un petit entretien. Que faites-vous dans la vie ? Quelles sont vos passions ? etc. Du bateau quoi.
Une semaine plus tard, j’apprenais que j’allais participer… Mon ami était vert de rage. Avec mon petit trois-quarts alors qu’il avait fait pratiquement un sans faute. La vie est injuste parfois !
Et me voilà à Paris.
Je connaissais bien entendu l’émission. Qui n’a jamais vu une seule fois « Questions pour un champion » et Julien Lepers avec ses cartons jaunes ? Je n’imaginais pas en revanche que le studio d’enregistrement ressemblait à un hangar… Il y avait bien un public mais on ne le montrait surtout pas car les gens étaient assis sur des gradins dans le genre de ceux des petits cirques sans moyens. Sur le sol, des kilomètres de fils, couraient sur le béton. D’un côté, la « voix off » (charmant le propriétaire de la voix off d’ailleurs…) et sa sono, un peu partout des caméras, au-dessus de nos têtes des rampes de projecteurs aveuglants accrochés à une charpente métallique et tout au fond, le décor. Les seuls quelques mètres carré qui permettaient de reconnaître l’émission… Et bien entendu, les seuls que l’on voit à l’écran.
Nous étions une vingtaine de candidats puisque cinq émissions devaient être enregistrées dans la même journée. On nous a tous dirigés vers des loges où nous allions être pris en charge par des coiffeurs et des maquilleurs. Waow ! Comme les stars !
Une fois parés, nous sommes retournés avec le public face à un chauffeur de salle. Je me suis demandé un moment si il n’allait pas nous faire chanter « Y’a du soleil et des nanas »…
Finalement, il ne manquait plus que l’animateur de l’émission. Il est apparu sous les applaudissements d’un –petit- public en délire (dont, je m’en souviens très bien, un car de touristes du troisième âge originaires du Périgord).
Je suis passée dans la première fournée de candidats et on m’a accroché mon prénom à mon gilet en peau qui en garde toujours aujourd’hui les stigmates. On nous a prévenus que même si nous disions une énormité, aucune séquence ne serait coupée ni réenregistrée. Ça rassure… Lepers m’a dit en passant que sa femme était Corse (ce qui était dans le cas présent le cadet de mes soucis) puis l’enregistrement a commencé.
Je n’ai pas été très brillante… Je n’ai répondu qu’aux questions à 1 point et j’ai ramé allègrement sur celle qui départagerait les deux derniers dont je faisais partie, les deux autres étant déjà qualifiés pour l’épreuve suivante. Je me souviens de cette question comme si c’était hier…
Onzième lettre de l’alphabet grec, elle dérive de
Arrêtez de taper sur votre souris ! Ce n’est pas un buzzer ! Je sais bien que vous avez trouvé ! Mais moi, le lambda ne m’est pas venu. Lalpha, lêta, lamma, lelta, lepsilon.... Mais pas lambda...
J’ai refusé que l’on me démaquille (je me trouvais très bien dans l’écran de télé que j’apercevais sur le plateau) et je suis repartie avec un dictionnaire électronique.
Une fois dans le métro, j’ai senti que les gens me dévisageaient. Cela m’a inquiétée. J’ai bien essayé de me regarder dans l’une des vitres fumées mais je n’y ai rien vu d’anormal. J’ai passé ma main sur ma joue… C’est là que j’ai senti l’épaisseur du fond de teint qui collait aux doigts. Quand j’ai enfin pu me regarder dans une vraie glace, j’ai compris… Une couche de fond de teint à enlever au marteau piqueur, les yeux charbonneux à outrance, les lèvres d’un rouge que l’on ne trouve que dans les quartiers chauds… J’étais tout sauf une citoyenne lambda… Parce que là, j'étais plutôt Lambda le clown.







