La première réponse ne lui parvint que le mardi suivant. Lucie Holle. Une veuve de soixante-dix-huit ans qui se décrivait comme coquette et gaie. Elle joignait son adresse et un numéro de téléphone en précisant qu’elle serait ravie de le rencontrer. Il décida d’attendre de savoir si d’autres dames lui écriraient avant de prendre contact avec elle.
Le mercredi, lorsqu’il ouvrit sa boîte aux lettres, il découvrit avec ravissement que quatre autres personnes répondaient à son annonce. Il prit son courrier et une fois rentré chez lui, il s’installa à son secrétaire et savoura les minutes qui suivirent. Trois des lettres provenaient de vieilles dames, veuves, qui espéraient toutes « très sincèrement le rencontrer ». La quatrième lettre l’intrigua. Il la relut plusieurs fois.
Cher Monsieur,
J’ai lu votre annonce et j’ai aperçu entre les lignes une délicatesse qui m’a émue. Vous dites aimer les arts mais vous ne précisez pas lesquels, il semble donc indispensable que nous nous rencontrions afin que vous m’en disiez davantage sur vos goûts. A bientôt. J.
Elle ne donnait pas son adresse mais indiquait un numéro de téléphone. J… Jacqueline ? Juliette ? Jeanne ? Josette ? La curiosité de Firmin était éveillée. Il rangea les quatre autres lettres dans le petit tiroir de son bureau et décida de téléphoner à cette mystérieuse J.
- Allo ? Fit une jolie voix suave.
- Bonsoir Madame. Vous avez répondu à mon annonce. Je suis l’octogénaire en question…
- Oh bonsoir !
- Je m’appelle Firmin… et vous ?
- Jessica.
- J’ai six cas ? De quoi donc avez-vous six cas ? S’inquiéta Firmin.
- C’est mon prénom ! J-E-S-S-I-C-A ! S’exclama-t-elle en riant.
- Jessica… Je n’ai jamais entendu ce prénom… Très joli cependant… Alors, Madame Jessica, puisque je n’apprécie guère l’usage du téléphone, seriez-vous d’accord pour que nous nous rencontrions ?
- Oui… Firmin.
Ils convinrent d’un rendez-vous le lendemain à treize heures sur la place devant l’Opéra Garnier. Elle porterait un manteau rouge et une écharpe blanche.
Le lendemain matin, Firmin se leva plus tôt qu’à l’accoutumée. A neuf heures, il était déjà prêt à partir, son pardessus et son chapeau posés sur un fauteuil. Pour tuer le temps (tuer le temps à son âge…), il attrapa le roman qu’il avait en cours et bien qu’il eut du mal à s’y concentrer, après un déjeuner rapide, l’heure de partir vint enfin.
Le temps s’était radouci. Nous étions au mois de mars et le printemps n’allait pas tarder à s’annoncer. Il y avait peu de monde sur la place de l’Opéra. Il aperçut immédiatement une femme qui semblait attendre quelqu’un et qui correspondait au signalement que Jessica lui avait donné d’elle. Le manteau rouge… L’écharpe blanche… Il allait l’aborder mais lorsqu’elle tourna la tête vers lui, il se ravisa. C’était une toute jeune femme. Le manteau et l’écharpe n’étaient donc que pure coïncidence. Il fit les cents pas pendant une dizaine de minutes, surveillant les allées et venues des passants. Il avait croisé plusieurs fois le regard de la jeune femme en rouge quand, soudain, celle-ci s’approcha de lui de manière un peu hésitante.
(à suivre)
Copyright © 2008 Martine Rousset
Votez pour mon blog en cliquant sur la bannière ci-dessous :








