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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 27 mars 2008
Par Martine Rousset
Humeur du jour ? « Au secours », « en colère », « maussade », « rebelle » et « tendre ». Un mélange de tout cela, pour vous Madame Ingrid Bétancourt.

Quand certains se perdent dans les protocoles et les salamalecs auxquels je faisais allusion hier, se questionnant sur une piètre révérence que l’on doit faire ou ne pas faire, d'autres, comme vous Madame, attendez quelque part dans l’impuissance face au mépris des hommes qui vous retiennent. La révolte s’endort, hélas, emportant avec elle vos dernières forces.

Je pense à vous Madame qui êtes otage depuis plus de six années. Aucune âme ne mérite d'être la caution d'une autre. Où devrait s'arrêter la liberté ? Nous le savons tous mais certains d'entre nous l'oublient parfois.

J'ai lu les passages de la lettre que vous avez écrite à votre famille. J'en ai été profondément bouleversée. A chaque ligne, j'ai souffert avec vous. A chaque mot, j'ai aimé avec vous. A chaque paragraphe, j'ai osé espérer avec vous. L'espoir a des tiroirs que nous ouvrons mais que d'autres, parfois, referment à notre place. Ceux qui détiennent dans leurs mains des vies qui ne leur appartiennent pas.

Beaucoup s'agitent pour vous. Des battements d'ailes contre la tempête dont chacun est un mot d’humanité... Dans l’espoir qu’ils ne seront pas vains.

Vous ne saurez pas que je pense à vous, Madame, mais il me semblait important de le dire. Pour ne pas avoir honte. Les silences rongent.
 J’ai été la 560 972ème à signer la pétition de votre maman. Cela ne me donne même pas bonne conscience. Je suis libre et vous ne l’êtes pas. Je pense à vous, Madame, et à tous ceux qui, comme vous, vivent la mort à chaque seconde sans n’y rien pouvoir faire qu’attendre.  


« Je n’ai envie de rien. Je crois que c’est la seule chose de bien, je n’ai envie de rien car, ici, dans cette jungle, l’unique réponse à tout est « non ». Il vaut mieux donc, n’avoir envie de rien pour demeurer, au moins, libre de désirs. » (Ingrid Bétancourt)




Copyright © 2008 Martine Rousset
 
Les commentaires
Publié le 27 mars 2008
Par Difrade
Les mots d'Ingrid Bétancourt sont révélateurs de son état proche de la mort " Je n'ai envie de rien... Il vaut mieux avoir envie de rien pour demeurer, au moins, libre de désirs."
Libre de désirs? ... Ce serait un choix philosophique s'il était "librement" consenti mais être libre n'est-il pas justement avoir des désirs... On peut toujours , comme l'écrit Descartes, accommoder ses désirs plutôt que de vouloir changer le monde. Je le cite:

""Ma troisième maxime était de tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs que l'ordre du monde et généralement, de m'accoutumer à croire qu'il n'y a rien qui soit entièrement en notre pouvoir, que nos pensées, en sorte qu'après que nous avons fait notre mieux, touchant les choses qui nous sont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est, au regard de nous, absolument impossible. Et ceci seul me semblait être suffisant pour m'empêcher de rien désirer à l'avenir que je n'acquisse, et ainsi pour me rendre content. Car notre volonté ne se portant naturellement à désirer (= la volonté désire) que les choses que notre entendement lui représente en quelque façon comme possibles, il est certain que, si nous considérons tous les biens qui sont hors de nous comme également éloignés de notre pouvoir, nous n'aurons pas plus de regret de manquer de ceux qui semblent être dus à notre naissance, lorsque nous en serons privés sans notre faute, que nous avons de ne posséder pas les royaumes de la Chine ou de Mexique; et que faisant, comme on dit, de nécessité vertu, nous ne désirerons pas davantage d'être sains, étant malades, ou d'être libres, étant en prison, que nous faisons maintenant d'avoir des corps d'une matière aussi peu corruptible que les diamants, ou des ailes pour voler comme les oiseaux. Mais j'avoue qu'il est besoin d'un long exercice, et d'une méditation souvent réitérée, pour s'accoutumer à regarder de ce biais toutes les choses..." Discours de la méthode, troisième partie

Lorsque, prisonnier, on a envie de rien, c'est que l'on est vaincu, résigné, assassiné. Il n'y a que la mort qui libère de tous les désirs...
Il faut espérer que cette envie de rien chez Ingrid Bétancoirt n'est qu'une accommodation cartésienne et provisoire à sa longue détention. Il reste que sa libération apparaît urgente... On ne peut vivre sans désir.
Publié le 27 mars 2008
Par Le Mat
No comment!...

Liberté

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable de neige
J'écris ton nom

Sur les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffées d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes raisons réunies
J'écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attendries
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Paul Eluard - Poésies et vérités, 1942
Publié le 27 mars 2008
Par Veille informatque
Les médias ont annoncé que l'état de santé d'Ingrid Bétancourt s'était aggravé en rappelant qu'au cours de sa détention, elle a contracté une hépatite B...
L'urgence de sa libération est évidente.
Pour ceux ou celles qui ne l'ont pas encore fait, Martine a mis en lien dans son texte pour signer la pétition pour sauver Ingrid Bétancourt.
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