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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 29 avril 2008
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante

Qui a dit « Je cherche systématiquement à signer tout ce qui ne l'a pas été. Je crois que l'art est dans l'intention et qu'il suffit de signer. Je signe donc : les trous, les boîtes mystères, les coups de pied, Dieu, les poules, etc. Je vais être très jaloux de Manzoni qui signe la merde et qui me volera l'idée des sculptures vivantes » ?

 

Il n’y a que l’artiste Benjamin Vautier, plus connu sous le nom de Ben, pour avoir dit cela…

 

Avec Ben, nous sommes totalement plongés dans l’art contemporain. On aime ou on n’aime pas. Personnellement, ce n’est ni l’un ni l’autre car si il est bien un domaine qui m’échappe totalement, c’est celui-ci. Désolée, mais ce n’est pas parce qu’on est pote avec les coccinelles, les Inuits et Ramsès II qu’on doit nécessairement comprendre pour quelle raison on s’extasie sur une poule dédicacée.

 

Pour information, l’artiste italien Piero Manzoni, auquel Ben fait référence, avait déféqué dans des boîtes dont il fit une exposition qu’il appela « Merda d'artista »…

 

L’art serait donc uniquement dans l’intention… Pour être artiste, il suffirait donc d’en avoir juste l’intention. Pourquoi pas finalement…

 

Et quand Ben dit qu’il signe tout, je vous assure que c’est vrai car j’ai travaillé pour lui dans les années 80 (ma fameuse époque courgette niçoise). Il écrivait à l’époque un livre sur les ethnies et j’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de retranscrire sur une machine à écrire (non signée) certains passages qu’il me dictait à haute voix. Farfelu ? Probablement. Fantasque ? Sans aucun doute. Chez lui, sur les murs, étaient punaisées toutes sortes de choses. « Prenez par exemple un emballage, m’avait-il dit, pourquoi n’aurait-il pas le droit d’être exposé aux yeux des gens, même vide ? ». Je vous le demande, pourquoi ? Allez, une petite pensée pour tous nos emballages que nous avons arbitrairement jetés uniquement parce qu’ils étaient vides.

 

J’ai deux souvenirs précis avec Ben. Deux détails qui ont fait s’écarquiller d’étonnement mes yeux neufs. Un jour, une jeune photographe lui avait confié de superbes photos en noir et blanc en lui demandant de lui donner un petit coup de pouce pour la faire connaître. Il m’avait montré ces photos et m’avait déclaré qu’elle avait du talent mais qu’il lui manquait un petit quelque chose. Il ne savait pas encore quoi. Il a trouvé la semaine suivante. Il avait barbouillé les photos à la gouache en ne laissant apparaître à chaque fois qu’un détail… « Voilà, j’ai trouvé, m’annonça-t-il radieux en me montrant le résultat. Je vais pouvoir les lui rendre ». J’étais stupéfaite. « Mais vous allez l’aider ? » lui ai-je alors demandé avec curiosité. Il me répondit simplement : « C’est fait, vous le voyez bien ». Soit…

La fois suivante, nous étions dans son bureau à travailler sur son livre. Ce jour-là, il était agacé et nerveux. Il levait sans cesse la tête vers le plafond. Je suivais son regard son comprendre. Soudain, il s’est levé en criant « Ça  y’est ! Je sais ! ». Il est sorti précipitamment de la pièce pour en revenir quelques instants plus tard avec une bombe de peinture. Il a sauté sur le bureau, a bombé l’angle formé par deux des murs et le plafond en dessinant une fleur (oh, un rond et des pétales, pas une nature morte…), puis s’est à nouveau installé dans son fauteuil. Son sourire était revenu et l’inspiration également. Il avait signé un angle, tout simplement… Ce n’était plus un angle, c’était un angle signé par lui.

 

Quant à sa maison, si toutefois l’extérieur était allègrement bariolé de toute part (de l’art brut, parait-il), l’intérieur restait malgré tout assez sobre. Exigence de son épouse j’imagine.

 

Etrange bonhomme. Sympathique mais étrange.

 

Mais finalement, la provocation n’est-elle pas une façon de choquer dans le seul dessein de générer des réactions ? Des questions que l’on ne se serait pas posé sans avoir été provoqués ?

 

Donc : Provocation ? Amour démesuré pour l’absurde ? Dérision de l’art ?  Concept philosophique sous-jacent ? Art tout simplement ?

 

Pendant que vous réfléchissez, permettez-moi de descendre dans mon jardin. J’ai 48 papillons, 25 coccinelles et 3 albatros à signer… Houlà, je ne vais jamais m’en sortir. Ramsès, tu viens m’aider ? Emmène un Inuit ou deux si c’est possible… Et si Roger n’a rien à faire, dis-lui de venir aussi. Plus on est de fous plus on rit, c’est connu. Et plus on rit, plus il y a de fous. Et plus on est de fous, plus on sera nombreux pour signer ensuite les trous de mon gruyère. Parce que plus il y a de gruyère, plus il y a de trous. Et si il y a davantage de trous, il y a davantage de gruyère. Donc, plus il y a de gruyère, plus il y a de trous, plus il y a de fous et plus on rit. Chut Martine, tais-toi, tu vas tous les faire fuir avec tes âneries. Bonne journée. Bon appétit. A demain. STOP !

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Les commentaires
Publié le 29 avril 2008
Par Difrade
On connait Marcel Duchamp et son urinoir qui, pour moi, symbolise l’homme debout, le vrai, le tatoué éclusant toute la bière qu’il a ingurgitée. Duchamp aurait pu choisir une cuvette pour tous usages ou une WC à la Turc mais il a voulu un réceptacle dessiné, aux contours pubiens et courbes flexueuses, à la silhouette d'une Madonne ou d'un Bouddha. L’urinoir, dès lors, se charge de pi… piété pour faire pleurer le colosse. On peut laisser pisser le Mérinos sans mener les poules pisser.

Martine nous a cité la merde d’artiste de l’Italien Manzoni qui a voulu conceptualiser la matière fécale sans maîtriser la technique de la conserve. Bon nombre de ses œuvres d’art ont connu quelques avaries. Sa merde a réagi en refusant l’enfermement dans un concept. En sortant du champ de l’art, il n’a pas maîtrisé la technique de la conserve. Il a manqué de science.
Plus intéressant a été la mise au point d’une machine à caca… oui ! Elle existe : «Cloaca - machine à fabriquer de la merde », voilà le nom de l’œuvre d’art par laquelle l’artiste belge Wim Delvoye veut représenter l’organisme humain en tant que machine. Ainsi il est démontré que, lorsque l’art est de la merde, il peut être fabriqué à la chaîne. C’est l’artiste qui décide de ce qui est de l’art, me direz-vous.
Ainsi Ben, au lieu de faire de l’art, signait. Il n’a rien inventé. Il a créé sa marque et l’a exploitée jusque sur des chaussettes. Il n’a fait qu’inverser les couleurs, écrivant en blanc sur du noir, comme les maîtres d’école écrivent sur le tableau. Il a donc raté sa vocation mais il a vendu l’art comme du lard de chat.
Finalement le concept le plus rentable dans l'art, c'est bien la connerie.
Publié le 29 avril 2008
Par Le Mat
Si j’avais un seul coup de pied à signer, ce serait le coup de pied au cul… Il y a de l’intention; Il résume plusieurs concepts dont celui de trou et de merde.
Le coup de pied au cul est l’expression la plus haute du coup bas. Il propulse l’art par sa partie la plus grasse. Il fait toujours de l’effet et dans l’art, il faut laisser l’effet se faire.
Un coup de pied dans la boite mystères aurait fait Ben l’ami se taire. Si les poules avaient des dents, elles lui auraient mordu le derrière.
Il disait « Ca y est, je sais » avant de signer. Il savait sans doute qu’il ne savait rien. Si l’art était un savoir, cela se saurait et s’appellerait science. Citer Ben est une ostentation du savoir et « si le monde était clair, l’art ne serait pas » disait Camus.
L’art serait une intention, selon Ben… Il s’agit alors de l’art de plaire, de convaincre ou d'exister… L’enfer est pavé de bonnes intentions et l’art de mauvaises.
« L’art est fait pour troubler. La science rassure », nous dit Braque. C’est ce trouble qui fait que l’œuvre donne l’émotion sans intention de la donner. Car l’émotion est celle qui passe par le regard de l’autre. L’œuvre n’appartient alors plus à l’artiste mais à celui qui regarde son œuvre.
Ce n’est pas en signant que l’on devient propriétaire d’une œuvre d’art mais en la regardant comme on regarde la nature… une coccinelle, un papillon, un albatros. Ce n’est pas Ben qui a fait savoir à Martine ce qui est art ou ne l’est pas… Il valait mieux qu’elle demande à un Inuit et à Ramses 2 avant d’en discuter avec Roger lorsqu’il revient de l’urinoir pour terminer sa bière. Chercher de l’art chez Ben, c’est chercher du fromage dans le trou d’un gruyère. L’art ne se discute pas, il se crée et se regarde.

Signer devient insignifiant. L’art est insigne.

Ben a réduit sont art à une signature. Il n’y a pas de quoi en faire un roman. Je persiste et je signe… Alors lectrice et teur, si écrire est aussi un art, un écrit se fait toujours à deux . L’auteur écrit pour être lu. Lecteurs ne trissez pas ! Lectrices, c’est votre heure ! Soyez critiques ! N’hésitez pas à vous investir sans crainte, quereller le sens, batailler avec l’auteur ligne à ligne…
Publié le 29 avril 2008
Par Le rat des goûts
Si l gruyère et la merde sont de l’art, le rat mange et chie de l’art. Il y a du rat dans l’art. C’est le rat des goûts artistiques. C’est un fait historique, le rat vint de l’art et, aujourd’hui ,contre le temps peste. Quand le rat semble seul, c’est que le rat pèle. On sait que le rat peut donner des démangeaisons. Un rat laid râle que l’art n’est pas du lard. Le rat juste respecte les règles de l’art. Devant tous ces rats de l’art, l’art triste se signe. Le rat mange l’art et , amusé, sème ses crottes. Ensuite, il fait la fête. Rats de bibliothèques et petits rats de l’opéra savent que, lorsque l’art souille, c’est de l’art maniaque. Santé!...
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