Quand Pierre Filippi obtint son poste de commissaire, trois ans auparavant, il n’exigea qu’une seule chose de l’administration. Celle de pouvoir installer le coucou de son pauvre père dans son bureau.
C’était un vieux coucou probablement sans valeur mais qui avait ponctué sa vie depuis toujours. Sa présence lui apportait une sorte de sérénité. A chaque heure, un minuscule volatile en bois au bec grand ouvert sortait par la petite porte qui s’ouvrait scrupuleusement. Il lui scandait le temps qui passe, lui rappelant régulièrement non seulement une ambiance chaude d’amour familial mais également que le temps était sacré.
Chaque jour, il remontait tendrement le mécanisme en tirant sur les petites chaînettes jusqu’à ce que les poids se trouvent à nouveau en haut. Parfois, il faisait pivoter le fauteuil de son bureau et les yeux rivés sur le balancier, il réfléchissait à une enquête en cours.
Le commissaire relut pour la troisième fois le rapport d’autopsie de la victime, les joues appuyées sur les paumes de ses mains. Son coucou venait d’annoncer onze heures. Il n’avait nul besoin de se retourner pour le savoir car dès la première sonnerie, il retenait machinalement son souffle pour compter les suivantes. De toute façon, si il avait raté le compte des heures, il n’avait qu’à attendre une minute puisque son horloge sonnait deux fois.
La victime s’appelait Jeanne Fabrègues. Née le douze juillet 1978 à Nîmes, elle était inconnue des services de police. Elle travaillait comme caissière dans un supermarché et louait une chambre à l’année à l’Hôtel dela Poste. Elle avait d’abord été étranglée puis lardée de coups de couteau dans sa chambre. C’est une de ses collègues, inquiète de ne pas l’avoir vue au travail, qui avait découvert son corps gisant sur le lit.
L’enquête était en cours et Filippi attendait le résultat des prélèvements effectués sur place. Il avait néanmoins une piste intéressante puisqu’il avait appris que Jeanne fréquentait, quoique de façon épisodique, son voisin de chambre, un certain Jean-Marie Verdure. Le patron de l’hôtel, interrogé, avait même révélé qu’il les avait entendu se disputer à maintes reprises. Jean-Marie Verdure ne travaillait pas et passait de longues heures enfermé dans sa chambre. Personne ne le connaissait vraiment. Il vivait là depuis six mois et payait tant bien que mal son loyer avec souvent deux semaines de retard. Et Verdure avait déjà eu affaire à la justice… Attaque à main armée chez un buraliste et coups et blessures sur son ancienne compagne… Il avait écopé d’un an ferme. Pire : il n’avait pas d’alibi pour la nuit du meurtre. Il avait expliqué qu’il était dans sa chambre, qu’il écrivait car c’était là sa grande passion et qu’il n’avait rien entendu de particulier… « Cela ne tourne pas rond son histoire à celui-là, pensait Filippi songeusement, comment a-t-il pu ne rien entendre ? Il ment. Et si il ment, c’est qu’il n'a pas la conscience tranquille. »
Le commissaire relut pour la troisième fois le rapport d’autopsie de la victime, les joues appuyées sur les paumes de ses mains. Son coucou venait d’annoncer onze heures. Il n’avait nul besoin de se retourner pour le savoir car dès la première sonnerie, il retenait machinalement son souffle pour compter les suivantes. De toute façon, si il avait raté le compte des heures, il n’avait qu’à attendre une minute puisque son horloge sonnait deux fois.
La victime s’appelait Jeanne Fabrègues. Née le douze juillet 1978 à Nîmes, elle était inconnue des services de police. Elle travaillait comme caissière dans un supermarché et louait une chambre à l’année à l’Hôtel de
L’enquête était en cours et Filippi attendait le résultat des prélèvements effectués sur place. Il avait néanmoins une piste intéressante puisqu’il avait appris que Jeanne fréquentait, quoique de façon épisodique, son voisin de chambre, un certain Jean-
(à suivre)
Copyright © 2008 Martine Rousset







