Filippi, avec une pointe d’agacement dans la voix, interpella le garçon :
- Et alors ?
- Et alors voilà. C’est tout. J’étais en train d’écrire cette histoire, vous ai-je déjà dit. Elle n’était pas terminée quand vous êtes venus me chercher.
Pour la première fois depuis le début de l’interrogatoire, le visage de Verdure se détendit. La déception de ses auditeurs était telle qu’il ne put réprimer un sourire.
- Monsieur le commissaire, reprit-il, quelle heure est-il ?
Filippi s’apprêtait à se retourner vers le coucou quand le prévenu le stoppa net :
- Non ! Ne vous retournez pas ! Puis s’adressant aux policiers, et vous ne dites rien !
- Eh bien… Je n’en sais rien… Répondit le commissaire sans comprendre. Il resta ensuite un long moment, hébété, à regarder en silence Verdure dont une mèche pendait à présent devant son œil droit.
Le coucou rompit ce silence en sortant cinq fois de sa cachette.
- Il suffisait de demander ! S’exclama Filippi, amusé par ce hasard.
- Monsieur le commissaire, je vous fais remarquer que votre pendule sonne pour la seconde fois… Vous n’avez apparemment pas entendu la première… Troublant, n’est-ce pas ? N’étiez-vous pas plutôt à écouter mon histoire ? Vous étiez avec Adrienne. Vous étiez avec Hugues. Vous avez vu le corps de ce bébé sous les galets. Vous avez maudit ce comte sans vergogne. Vous auriez aimé que son fils reconnaisse Adrienne comme étant de son sang bien qu’elle ne soit pas de son rang. Vous vous demandiez si un homme et une femme auraient pu être heureux malgré les vingt années qui les séparent. Vous étiez suspendu au visage d’Adrienne lorsqu’elle a répondu au téléphone. Vous étiez ailleurs… Eh bien, voyez-vous, monsieur le commissaire, quand j’écris, je suis ailleurs. Je n’entends plus rien, le temps se suspend, la concentration m’isole… Maintenant, vous savez comment il est possible que je n’aie rien entendu le soir du crime de Jeanne.
Par manque de preuves, il fut rapidement relâché. Bien que dans un premier temps, le commissaire s’était convaincu de la culpabilité de Jean-Marie Verdure, il ne s’acharna pas. Il doutait trop à présent.
A peine rentré chez lui, Jean-Marie termina son histoire :
« Adrienne parvint enfin à répondre à Hugues alors que ses sanglots avaient cessé.
- Je suis désolée… Vraiment désolée… Hoqueta-t-elle.
- Que se passe-t-il Adrienne ? Parle !
- J’avais commandé des fondants au chocolat chez le traiteur. Tu m’avais dit un jour que tu adorais cela et ce traiteur est vraiment extraordinaire… Mais voilà… Ils ont une grosse panne électrique et ils m’ont prévenue qu’ils ne pouvaient honorer ma commande…
Un sentiment de colère submergea immédiatement le jeune homme. Ses traits se durcirent et sa bouche se tordit.
- Tu ne vas pas me dire que nous allons manger des petits suisses en dessert quand même ! Eructa-t-il soudain.
Elle acquiesça timidement de la tête. Hugues la secoua violemment puis la gifla. Les yeux d’Adrienne s’arrondirent d’horreur. Elle n’eut pas le temps de riposter, les mains d’Hugues serraient son cou et elle s’évanouit. Les coups de couteau dont l’homme la transperça ensuite l’empêchèrent de revenir à elle. »
Quant au coucou, le commissaire l’a changé de place. Il trône à présent en face de de lui lorsqu’il est installé à son bureau.
Par manque de preuves, il fut rapidement relâché. Bien que dans un premier temps, le commissaire s’était convaincu de la culpabilité de Jean-
A peine rentré chez lui, Jean-
« Adrienne parvint enfin à répondre à Hugues alors que ses sanglots avaient cessé.
Quant au coucou, le commissaire l’a changé de place. Il trône à présent en face de de lui lorsqu’il est installé à son bureau.
FIN
Copyright © 2008 Martine Rousset







