Plusieurs années passèrent et Cerise fit son entrée en faculté de Droit après avoir obtenu son baccalauréat avec mention Bien. Elle avait également confirmé son titre de championne de France bien qu’elle ait changé de catégorie. Elle fut même gratifiée du titre honorifique de Maître International. Elle portait toujours fièrement ses kilos superflus et n’avait nullement l’intention de se priver du plaisir du grignotage qui l’apaisait. Cerise n’avait pas vraiment changé. Elle était juste devenue une adulte.
Quant à Triple Buse et Pitbull, ils correspondaient toujours. Leur relation était peu ordinaire puisque près de cinq ans après leur première partie d’échecs sur Internet, aucun des deux n’avait dévoilé à l’autre son prénom.
Elle le trouvait drôle. Ils se racontaient également des choses très personnelles frisant parfois la philosophie. Leurs messages finirent par s’empreindre de tendresse mais celle-ci resta virtuelle. Peut-être se croisèrent-ils lors d’un tournoi quelque part dans le monde ? Ils l’ignoraient l’un et l’autre.
Quant à Helmut, elle le rencontra plusieurs fois et joua même contre lui trois parties. Après en avoir perdu deux, elle obtint péniblement un match nul à la troisième. Son émoi vis-à-vis de lui avait totalement disparu. Il était trop sérieux et elle le trouvait bien ennuyeux. Elle se demanda comment ce garçon aussi lugubre avait pu faire chavirer son cœur d’adolescente.
Un soir, elle reçut un message de Pitbull qui la laissa collée à sa chaise. Il décidait qu’il était grand temps qu’ils se rencontrent. Déstabilisée, elle ne sut dire si elle en avait envie ou non. Elle réalisa qu’elle était terrorisée à l’idée de se dévoiler physiquement. Il allait tomber de haut… Il s’attendait peut-être à une jolie sylphide… Jolie elle l’était assurément mais sylphide non…
Elle hésita plusieurs jours avant de lui répondre. Il la relança mais elle resta silencieuse. Et enfin, elle accepta en lui souhaitant toutefois de ne pas être trop déçu. Il lui répondit par un message joliment teinté de romantisme, lui avouant qu’elle le troublait depuis bien longtemps et qu’il souhaitait ardemment pouvoir la regarder dans les yeux.
(à suivre)
Copyright © 2008 Martine Rousset







