Il combattait le temps en figeant des secondes, petits éclats d’instants qu’il extirpait de l’oubli. Pied de nez à l’inexorabilité du temps. Il se disait tempographe et riait de la perplexité de ceux à qui il le balançait.
- Photographe, vous voulez dire ?
- Non, tempographe. Je fixe les images, je cherche les raisons pour lesquelles elles existent et lorsque je les ai trouvées, j’arrête le temps pour les regarder. Je farfouille dans le temps quoi ! Je suis farfouilleur de l’instant, si vous préférez !
Sa réponse accentuait l’étonnement des gens et il s’en amusait encore davantage. Rodolphe était un septuagénaire vif et enjoué. Ses longs cheveux d’argent ruisselaient sur ses épaules. Ses petits yeux noirs et rieurs incrustés gaiement sous son front dégarni donnait à son visage longiligne l’irrésistible envie de lui sourire. Il y a quelques années, il portait la barbe mais depuis, il l’avait abandonnée, décrétant qu’à soixante-dix ans, on n’avait plus aucune raison de se cacher. Il traînait à longueur de journée dans les rues de Paris, un appareil photo à la main, invariablement vêtu d’un jean « tuyau de poêle », d’une large chemise à carreaux par beau temps ou d’un long pull de laine par temps froid. Il flânait et interpellait des passants, des clients installés à la terrasse d’un café, des gens encastrés dans les files d’attente interminables des cinémas, des automobilistes cloués au rouge d’un feu, des jeunes, des vieux, des femmes, des hommes.
Ce matin-là, il décida de rôder aux alentours de la Gare du Nord, son appareil photo prêt à bondir et la poche de son jean truffée de piles rechargeables.
Un homme adossé à la rambarde du métro « Blanche » attendait manifestement, un bouquet de fleurs à la main, l’arrivée d’un rendez-vous amoureux. Rodolphe s’approcha de lui et l’apostropha :
- Regardez vos pieds.
L’homme, surpris, baissa les yeux sur ses chaussures parfaitement cirées, puis n’y trouvant rien d’anormal, répondit avec agacement :
- Il est où le problème ?
- Un problème ? Oh ! Vous l’avez perdu il y a longtemps ce problème ? Répondit Rodolphe, faisant mine de chercher sur le sol.
- Vieux con, lança l’homme.
- Comme il vous plaira, mon ami. Pour vous être agréable, j’accepte d’être à la fois vieux et con. Ceci dit, vous avez peut-être raison ! Mais je vous demandais juste de regarder vos pieds. C’est très important.
Le type, pour se débarrasser de l’importun, jeta à nouveau un œil forcé sur ses chaussures puis relevant la tête, le planta d’un regard frisantla colère.
Sa réponse accentuait l’étonnement des gens et il s’en amusait encore davantage.
Ce matin-là, il décida de rôder aux alentours de la Gare du Nord, son appareil photo prêt à bondir et la poche de son jean truffée de piles rechargeables.
Un homme adossé à la rambarde du métro « Blanche » attendait manifestement, un bouquet de fleurs à la main, l’arrivée d’un rendez-vous amoureux. Rodolphe s’approcha de lui et l’apostropha :
Le type, pour se débarrasser de l’importun, jeta à nouveau un œil forcé sur ses chaussures puis relevant la tête, le planta d’un regard frisant
(A suivre)
Copyright © 2008 Martine Rousset







