Les deux frères avaient quitté le village aux aurores et s’étaient faufilés en silence dans la châtaigneraie à un kilomètre de là. Ils s’installèrent derrière un buisson, assis côte à côte.
- Dis Dumè, il ne va pas falloir le rater… Chuchota Migué.
- Ne t’inquiète pas mon frère, j’ai graissé mon calibre, je l’ai chargé et j’ai les poches bourrées de munitions. Il ne va pas tarder à arriver.
- Quelle heure est-il ?
- Six heures dix. Encore vingt minutes et ce chacal ne sera plus de ce monde, déclara-t-il en soupirant d’aise.
- Notre pauvre père serait fier de nous. Hein Dumè ?
- Tu as raison. Il doit gonfler le torse dans sa tombe ! Nous, ses fils, nous allons enfin descendre cette vermine de Francè. Un de la famille de ceux que nous détestons depuis six générations…
- Oui… Six générations qui attendaient la vengeance et c’est nous qui allons la leur donner.
- Dis Migué, finalement, sais-tu pourquoi nos deux familles se haïssent autant ?
- Non mais quelle importance ? Notre père nous a dit sa haine et celle de ses ancêtres. C’est notre sang qui doit parler et avoir le dernier mot. Encore cinq minutes, nous devrions nous taire. Il a l’ouïe fine ce parasite. Méfions-nous.
Les deux hommes, totalement immobiles, se tenaient aux aguets. Francè passait chaque jour sous les châtaigniers à six heures trente avec son chien pour sa promenade matinale. Tout le village le savait. Chacun connaît les habitudes de chacun dans un village…
- Ce n’est pas l’heure ? Demanda Migué dans un murmure à peine audible.
Dumè regarda sa montre et haussa les sourcils.
- Si… Il est trente et une… Ne bougeons surtout pas.
Un bruissement de feuilles les fit sursauter. Lorsqu’ils aperçurent le renard apeuré par leur présence qui s’éloignait en courant, ils échangèrent un petit sourire entendu. Le prochain bruissement serait le bon…
Mais le prochain bruissement se faisait attendre. Un quart d’heure avait passé. Les deux frères s’impatientaient.
Quand ils entendirent au loin sonner sept coups au clocher de l’église, Dumè se pencha vers Migué :
- Sept heures ! Mon Dieu ! Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé !
Copyright © 2008 Martine Rousset







