L’homme n’était pas poète et ne céda pas. Il s’acharna sur ma chair. Le sang coulait sur mes flancs, gluant et épaissi par la chaleur. Mon martyr fut alors à son paroxysme. Il allait m’achever, je le sentais. Je ne reverrai plus ni mes terres arides, Marcel, les autres ; mes poèmes seraient bientôt orphelins. J’allais mourir parce qu’un homme l’avait décidé et s’était apparemment entraîné à me combattre, porté par une foule dont l’intention m’échappait. Pourquoi, je n’en savais strictement rien. J’abandonnai. Je renonçai. J’avais trop mal.
Quoi de plus beau qu’un coucher de soleil
Aux heures fraîches, saisis par le sommeil
Mes yeux éblouis, lourds d’avoir trop cligné
Pour la nuit, tout doucement se sont fermés.
Une vive brûlure dans le haut du cou me fit alors vaciller. Je m’effondrai dans un nuage de poussière. A cet instant, dans un dernier soupir, j’envoyai mon âme terminer ce récit, ce qu’elle fit studieusement. L’âme d’un taureau poète est fidèle.
Le public agita des mouchoirs blancs. Il avait combattu courageusement. Il était mort en héros. Quelle fierté ! On vit un autre homme s’approcher du corps inerte de ce poète que j’avais fréquenté avec tant de félicité. Dans un geste précis il lui coupa les deux oreilles. Ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient à présent puisque la mort l’avait libéré de la violence et de la douleur. On remit ses oreilles sanguinolentes à celui qui l’avait sacrifié. L’âme que je suis, attentive, allait enfin comprendre pourquoi on lui avait ôté la vie. L’homme brandit ses oreilles en vainqueur et on brandit l’homme à bout de bras. Le public applaudissait, ivre de plaisir. Je me suis creusé un moment la cervelle que je n’ai pas, j’ai tourné et retourné le problème mais je ne compris rien à cet engouement. J’ai juste pensé que par bonheur, le tissu qu’agitait l’homme tout à l’heure était rouge et qu’il a ainsi masqué les taches de sang…
Puis je me suis envolée vers ses broussailles pour rassembler ses poèmes et les accrocher aux herbes couleur de paille. Ils y sont toujours bercés par le vent.
FIN
Copyright © 2008 Martine Rousset
Quoi de plus beau qu’un coucher de soleil
Une vive brûlure dans le haut du cou me fit alors vaciller. Je m’effondrai dans un nuage de poussière.
Le public agita des mouchoirs blancs. Il avait combattu courageusement. Il était mort en héros. Quelle fierté ! On vit un autre homme s’approcher du corps inerte de ce poète que j’avais fréquenté avec tant de félicité. Dans un geste précis il lui coupa les deux oreilles. Ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient à présent puisque la mort l’avait libéré de la violence et de la douleur. On remit ses oreilles sanguinolentes à celui qui l’avait sacrifié. L’âme que je suis, attentive, allait enfin comprendre pourquoi on lui avait ôté la vie. L’homme brandit ses oreilles en vainqueur et on brandit l’homme à bout de bras. Le public applaudissait, ivre de plaisir. Je me suis creusé un moment la cervelle que je n’ai pas, j’ai tourné et retourné le problème mais je ne compris rien à cet engouement. J’ai juste pensé que par bonheur, le tissu qu’agitait l’homme tout à l’heure était rouge et qu’il a ainsi masqué les taches de sang…
Puis je me suis envolée vers ses broussailles pour rassembler ses poèmes et les accrocher aux herbes couleur de paille. Ils y sont toujours bercés par le vent.
FIN
Copyright © 2008 Martine Rousset







