Né dans l'Hérault, il eut une enfance privilégiée pour l'époque.
Courir la garrigue avec les chèvres dont il était chargé. La colline au soleil était son domaine avec ses odeurs, châtaigniers, arbousiers...
A l'école du village il apprit à lire, écrire, compter, à la campagne on ne faisait guère plus d'études.
Ses parents avaient des vignes, mais lui son intérêt allait au menuisier du village qui décida de le prendre comme apprenti.
Il avait remarqué l'attraction de ce gamin qui venait très souvent le regarder oeuvrer.
A 18 ans, n'ayant plus rien à apprendre, il partit à Paris sac sur l'épaule et c'est à Faubourg St Antoine qu'il échoua.
Très vite, il décida sur les conseils d'un patron de faire le tour de France des Compagnons du devoir. Il voulait tout connaître sur le travail du bois, tous ces secrets qui font des Compagnons des travailleurs hors pair.
Il bourlingua 9 ans, d'une région à l'autre, en Suisse, en Italie, emmagasinant des trésors de savoir. Puis il revint à Paris, y resta quelques temps, allant restaurer des meubles anciens dans les châteaux ; puis il rencontra ma Mère, une provinciale comme lui, modiste chez Chanel.
Et je suis née !
Ensemble ils décidèrent de vivre en banlieue. Il ouvrit un atelier et je grandis au milieu des copeaux, de l'odeur du bois.
Je passais des heures à le regarder faire, fascinée. Ses mains habiles maniaient les outils avec des gestes précis, sans hâte mais avec un plaisir évident.
Il me racontait le bois, les fruitiers, chênes, châtaigniers, leur couleur, la densité et il faisait des miracles sous mes yeux.
Sciant, clouant, rabotant, sculptant avec des gouges de toutes tailles. Tables, coffres d'horloges, chaises...
Et les finitions, tout un rite : vernissage au tampon, couches de cire très fines cent fois polies et repolies.
Il caressait ensuite pour le plaisir de sentir leur douceur sous la main.
Tout en travaillant il me contait ses voyages, ses découvertes comme la musique, les livres et sa curiosité pour toutes les nouveautés.
Avec lui j'ai appris à lire, à écouter la musique à la TSF et à mettre des images sur les sons pour mieux rêver !
Quand un mot m'était inconnu, il disait « vas voir le dictionnaire », c'était son bréviaire !
Il vivait heureux, l'argent avait peu d'importance pour lui, ma Mère y veillait.
Jamais il ne parlait de la guerre de 1914, des horreurs des tranchées, c'était sa croix mais il ne voulait pas la faire porter aux autres.
Agé, il lisait de plus en plus, toujours avide de savoir.
Avec lui j'ai vécu des moments inoubliables.
Il reste mon phare, ma lumière, c'était mon Père et il reste très présent dans ma vie et mon coeur.







