Le lendemain matin, à six heures pile, elle rentra le gros container à poubelles qu’elle remisa dans le petit local prévu à cet effet puis elle entreprit de balayer le hall. Elle croisa Monsieur Porcelli du sixième gauche qui partait travailler, tiré à quatre épingles dans son costume bleu marine. Il lui fit un signe de tête courtois et disparut, happé par l’extérieur. Quelques instants plus tard, ce fut au tour de Mademoiselle Lamentin d’apparaître par l’escalier. Ravie de l’aubaine, Olive interrompit immédiatement son balayage et afficha un sourire engageant :
- Bonjour Mademoiselle Lamentin ! Comme vous me semblez fatiguée ce matin ! Vous n’êtes pas malade au moins ?
Elle resta suspendue à la réponse de la jeune femme, le balai à la main et les yeux débordants d’intérêt.
- Tout va bien Madame Lelièvre. Je suis juste très en retard. Bonne journée !
Elle quitta l’immeuble sans que la concierge ait le temps d’enquêter davantage. Cette dernière émit un petit « pfft » râleur, haussa les épaules et résignée, se remit à sa tâche.
Mardi 7 octobre
Mademoiselle Lamentin cache quelque chose, c’est sûr. Je saurai quoi. Je crois aussi que Madame Frison du cinquième droite a un amant. Cela fait deux fois que je vois un type arriver en pleine journée alors que Monsieur Frison est à son bureau. A surveiller.
Monsieur et Madame Fontenoy du troisième gauche ont reçu une lettre de leurs amis de Marseille. Ils viennent passer les fêtes de fin d’année chez eux avec leurs trois enfants. Ils ont intérêt à ne pas faire trop de boucan ni de saletés dans les escaliers. Je suis contente de ma technique pour ouvrir les enveloppes à la vapeur. Ça marche très bien.
Et puis je garde le plus beau pour la fin ! Monsieur Legoff a passé une annonce pour trouver une femme ! Il a reçu trois réponses aujourd’hui avec des photos. Je trouve les trois très vieilles et très moches. Mais ça ne me regarde pas.
Comme tous les mercredis, Olive Lelièvre pesta toute la journée. Une dizaine d’enfants habitaient l’immeuble et bien entendu, ils descendaient et montaient les étages bruyamment. Pour couronner le tout, il avait plu toute la nuit et les traces de semelles boueuses s’accumulèrent tout au long de la journée.
Mercredi 8 octobre
Je suis dégoûtée par la façon dont les parents éduquent leurs gosses. Ils les laissent courir dans les escaliers et salir les marches. Je déteste les gosses et la pluie. Pas de chance, aujourd’hui c’était les deux. Finalement, Mademoiselle Lamentin n’est pas enceinte. Son analyse de sang est normale. Elle a dû juste avoir un peu de fatigue. Forcément, avec la vie qu’elle mène.
L’amant de Madame Frison du cinquième droite n’est pas venu aujourd’hui. Sûrement à cause des enfants qui étaient là. N’empêche que si il n’avait rien à se reprocher, il viendrait même le mercredi.
J’ai eu la migraine toute la journée.
Les jours se suivent et se ressemblent quand on est concierge mais parfois, quelque événement vient distraire le quotidien : aujourd’hui on livrait le nouveau salon de Monsieur et Madame Testard du troisième droite. Notre Olive Lelièvre, excitée comme une puce, arpente le trottoir du 3 rue Jacques Callot en scrutant le bout de la rue à l’affût de la camionnette de livraison. Elle a déjà ouvert en grand les deux battants du portail. Elle est prête. Madame Testard lui a dit « Ils doivent livrer entre neuf et dix heures ». Il est dix heures cinq et Olive grommelle :
- Par leur faute, je vais prendre du retard et je vais rater Les z’amours à la télévision. Je parie qu’ils sont au bar. Encore des gens payés à rien faire !
Copyright © 2008 Martine RoussetMardi 7 octobre
Comme tous les mercredis, Olive Lelièvre pesta toute la journée. Une dizaine d’enfants habitaient l’immeuble et bien entendu, ils descendaient et montaient les étages bruyamment. Pour couronner le tout, il avait plu toute la nuit et les traces de semelles boueuses s’accumulèrent tout au long de la journée.
Mercredi 8 octobre
Les jours se suivent et se ressemblent quand on est concierge mais parfois, quelque événement vient distraire le quotidien : aujourd’hui on livrait le nouveau salon de Monsieur et Madame Testard du troisième droite. Notre Olive Lelièvre, excitée comme une puce, arpente le trottoir du 3 rue Jacques Callot en scrutant le bout de la rue à l’affût de la camionnette de livraison. Elle a déjà ouvert en grand les deux battants du portail. Elle est prête. Madame Testard lui a dit « Ils doivent livrer entre neuf et dix heures ». Il est dix heures cinq et Olive grommelle :
(à suivre)







