A dix heures vingt, un fourgon ralentissait sur la chaussée. Le passager, un petit homme tout sec et gringalet, descendit prestement du véhicule, un papier à la main.
Machinalement, Olive regarda les pieds du livreur. Propres et secs. « Au moins ça » pensa-t-elle. Le chauffeur, frisant probablement l’âge de la retraite, descendit à son tour de la camionnette et déverrouilla les portes à l’arrière. Ses pieds plurent également à la concierge.
La livraison ne dura pas plus de trente minutes pendant lesquelles Madame Lelièvre ne les quitta pas d’une semelle, évaluant avec eux la largeur des escaliers, commentant le poids du canapé et leur tenant ouverte la porte d’entrée de Madame Testard, laquelle porte tenait pourtant ouverte toute seule. Madame Testard réceptionna son nouveau mobilier et signa le bon de livraison tandis que Madame Lelièvre jetait un petit coup d’œil environnant dans l’appartement.
Jeudi 9 octobre
Les Testard du troisième gauche ont reçu leur nouveau salon. J’ai vu la facture sur la table de la salle à manger. Ils ont les moyens. On dirait pas à voir comme ça.
Monsieur Legoff du premier droite a encore reçu deux lettres de réponses à son annonce. Ça fait cinq ! J’espère qu’il a la santé le vieux schnock.
Madame Frison a reçu son amant de quatorze heures vingt-cinq à seize heures cinquante. Cette fois, j’ai vu le type se garer. J’ai noté son numéro d’immatriculation, on ne sait jamais. 2907 GPM 92.
La veuve du deuxième gauche a reçu une visite bizarre tôt ce matin. Un homme en costume avec une sacoche noire. Il avait une tête pas sympathique. Je n’ai pas réussi à entendre ce qu’ils disaient.
J’ai toujours la migraine. Il va falloir que j’aille chez l’ophtalmo.
Quand Olive Lelièvre se réveilla le vendredi matin, elle ne parvint pas à se lever tant sa tête la faisait souffrir. Cinq minutes plus tard, elle était morte.
Tous les habitants du 3 rue Jacques Callot étaient présents à l’enterrement d’Olive Lelièvre. Quand ils apprirent son décès, attristés de savoir qu’elle n’avait aucune famille, ils se cotisèrent pour lui organiser des funérailles à la hauteur de l’affection qu’ils lui portaient. Ils commandèrent une magnifique couronne de fleurs traversée d’un ruban sur lequel on pouvait lire A notre concierge si dévouée. Madame Frison pleurait à chaudes larmes tandis que Monsieur Legoff veillait à ce que tout se déroule convenablement. Le fils Testard, ému, lut un petit poème que tous les enfants avaient rédigé ensemble et enfin, chacun passa devant le cercueil pour y jeter une petite poignée de terre. On pouvait entendre quelques phrases murmurées dans l’assistance : « Une si gentille dame », « Une femme si discrète », « On l’aimait bien et elle nous le rendait bien »…
Quant au journal intime d’Olive Lelièvre, il fut jeté sans même avoir été ouvert par l’entreprise chargée de vider son petit appartement.
Seul subsista le souvenir d’une concierge irréprochable, dévouée et bienveillante.
Copyright © 2008 Martine RoussetMachinalement, Olive regarda les pieds du livreur. Propres et secs. « Au moins ça » pensa-t-elle. Le chauffeur, frisant probablement l’âge de la retraite, descendit à son tour de la camionnette et déverrouilla les portes à l’arrière. Ses pieds plurent également à la concierge.
La livraison ne dura pas plus de trente minutes pendant lesquelles Madame Lelièvre ne les quitta pas d’une semelle, évaluant avec eux la largeur des escaliers, commentant le poids du canapé et leur tenant ouverte la porte d’entrée de Madame Testard, laquelle porte tenait pourtant ouverte toute seule. Madame Testard réceptionna son nouveau mobilier et signa le bon de livraison tandis que Madame Lelièvre jetait un petit coup d’œil environnant dans l’appartement.
Jeudi 9 octobre
Quand Olive Lelièvre se réveilla le vendredi matin, elle ne parvint pas à se lever tant sa tête la faisait souffrir. Cinq minutes plus tard, elle était morte.
Tous les habitants du 3 rue Jacques Callot étaient présents à l’enterrement d’Olive Lelièvre. Quand ils apprirent son décès, attristés de savoir qu’elle n’avait aucune famille, ils se cotisèrent pour lui organiser des funérailles à la hauteur de l’affection qu’ils lui portaient. Ils commandèrent une magnifique couronne de fleurs traversée d’un ruban sur lequel on pouvait lire A notre concierge si dévouée. Madame Frison pleurait à chaudes larmes tandis que Monsieur Legoff veillait à ce que tout se déroule convenablement. Le fils Testard, ému, lut un petit poème que tous les enfants avaient rédigé ensemble et enfin, chacun passa devant le cercueil pour y jeter une petite poignée de terre. On pouvait entendre quelques phrases murmurées dans l’assistance : « Une si gentille dame », « Une femme si discrète », « On l’aimait bien et elle nous le rendait bien »…
Quant au journal intime d’Olive Lelièvre, il fut jeté sans même avoir été ouvert par l’entreprise chargée de vider son petit appartement.
Seul subsista le souvenir d’une concierge irréprochable, dévouée et bienveillante.
FIN







