Dans la voiture, Maureen et moi sommes restés silencieux. Le cœur battant, j’ai regardé le paysage. C’est beau la Corse. Encore plus beau quand une jeune fille de mon âge aux yeux ravageurs m’y accompagne. Je planais. C’est une phrase assassine de ma mère qui m’a fait atterrir douloureusement. Elle s’est soudain retournée et l’œil dans l’espace entre le siège et l’appuie-tête, elle m’a demandé :
- T’as pris des slips ?
J’étais terrassé. Maureen m’a jeté une œillade compatissante et a soulevé les épaules dans un geste dépité.
Maureen et moi, nous nous sommes embrassés pour la première fois tout près du petit pont génois qui surplombait la rivière de son village. Elle m’a fait visiter ses cachettes de petite fille, m’a montré le châtaignier le plus gros du village, m’a raconté comment les femmes lavaient leur linge autrefois au lavoir… Nous avons écouté ensemble James Blunt, reliés l’un à l’autre, chacun avec une oreillette de mon Ipod. Maureen disait qu’elle me trouvait « hyper cool », que contrairement aux garçons de notre âge, « je ne me la pétais pas ». Quand elle a ajouté que j’étais « trop d’la balle », j’ai su qu’elle m’aimait vraiment.
Nous avons fait nos devoirs ensemble. Elle était super forte en français et moi je l’ai aidée en maths. Elle a même dessiné une petite fleur sur mon avant-bras avec son stylo.
Le dernier soir avant mon retour pour Paris, alors que nous étions assis sur les marches de pierre devant la maison, elle me déclara :
- Elle est géniale ta mère.
Surpris, je lui ai demandé ce qui la poussait à affirmer une chose pareille.
- Elle est rigolote, elle s’habille bien, elle est originale. Y’a pas beaucoup de mères qui mettent des boucles d’oreilles en forme d’hippocampe tu sais ! Elle est géniale quoi.
Cela me laissa songeur.
- T’entends ? Ajouta-t-elle brusquement en relevant la tête, attentive.
- J’entends quoi ?
- Les grillons.
J’ai passé mon bras autour de son épaule, l’ai attirée vers moi tendrement et nous avons écouté la chanson des grillons.
Maman et moi sommes rentrés le lendemain à Paris. Euh… pardon… « Ma mère » et moi. Dans l’avion, elle n’a rompu le silence entre nous que par un « ça va Roudoudou ? ». J’ai vaguement opiné du chef. Dans le taxi, je regardais l’hippocampe droit de ma mère sautiller au rythme des petites bosses sur le macadam. Je l’ai trouvé rigolo.
Je ne sais pas quand je pourrais revoir Maureen. Maman dit qu’à nos âges, nous sommes des cœurs d’artichaut. La petite fleur au stylo sur mon bras commence d’ailleurs déjà à s’effacer… Je ne sais pas trop pourquoi mais il me semble que tout au fond de moi est enfoui le sentiment qu’elle pourrait bien avoir raison. Enfin, peut-être…
FIN
Maureen et moi, nous nous sommes embrassés pour la première fois tout près du petit pont génois qui surplombait la rivière de son village. Elle m’a fait visiter ses cachettes de petite fille, m’a montré le châtaignier le plus gros du village, m’a raconté comment les femmes lavaient leur linge autrefois au lavoir… Nous avons écouté ensemble James Blunt, reliés l’un à l’autre, chacun avec une oreillette de mon Ipod.
Nous avons fait nos devoirs ensemble. Elle était super forte en français et moi je l’ai aidée en maths. Elle a même dessiné une petite fleur sur mon avant-bras avec son stylo.
Maman et moi sommes rentrés le lendemain à Paris. Euh… pardon… « Ma mère » et moi. Dans l’avion, elle n’a rompu le silence entre nous que par un « ça va Roudoudou ? ». J’ai vaguement opiné du chef.
Je ne sais pas quand je pourrais revoir Maureen. Maman dit qu’à nos âges, nous sommes des cœurs d’artichaut. La petite fleur au stylo sur mon bras commence d’ailleurs déjà à s’effacer… Je ne sais pas trop pourquoi mais il me semble que tout au fond de moi est enfoui le sentiment qu’elle pourrait bien avoir raison. Enfin, peut-être…
FIN
Toute ressemblance avec des personnages existants serait totalement involontaire. Quoique...Copyright © 2008 Martine Rousset







