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Mon bloc perso.
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Publié le 09/01/2007 à 22:47
Par mauxtus
" Le même premier rendez-vous… vingt ans après ! "

 
"… bien sûr... en retard... elle l'entend... sur un ton enjoué et caressant...

" - encore une dame qui se fait attendre "... ou " - seriez-vous une dame qui ..."

... et tandis qu'elle roule à contre jour dans les dernières lueurs du crépuscule, un regard vers le quai, elle ne voit qu'une silhouette… assis sur la dernière borne d'amarrage, son sac de marin aux pieds, le regard très lointain encore tourné vers d'autres horizons... comment ne pas le reconnaître... elle croit discerner dans l'obscurité des tas de petits détails qui ont changé... et pourtant, c'est bien le même...


elle ne pensait pas le trouver là - si facilement - pas le temps de se garer… un ralentissement au carrefour, une portière qui s'ouvre au passage, la silhouette monte... un regard de débarqué qui ne l'a pas vue arriver, alors que déjà elle détaillait son allure… la même tranquillité apparente, la même patience dans son attitude, dans les mêmes vêtements sombres... une discrétion voulue, choisie, masquant toute inquiétude...

mais elle non plus n'a pas changé, elle a savouré jusqu'aux dernières minutes son inquiétude à elle et son excitation qui se sont calmées dès qu'elle l'a aperçu... comme à chaque fois qu'elle l'avait retrouvé, toutes ses craintes exacerbées envolées... il est là, assis près d'elle, il n’a pas eu le temps de comprendre que déjà elle l'avait enlevé... allait-il se laisser emporter sans rien dire... avant même de l'avoir tout à fait reconnue...

 
… tout semblait prévu... rien ne l'était plus... elle avait rempli une possible attente par une course effrénée... puis traversé la ville en grimpant la colline, par des chemins poétiques et buissonniers, pour s'approcher de lui en se mettant elle-même dans le voyage...  

… ce qu'il avait dû éprouver toute la journée en s'approchant de leur rendez-vous, elle avait dû le découvrir en accéléré dans les quelques minutes qui lui restaient avant d'atteindre le quai... "



Des mots qui, peut-être vous rapprochent, vous aussi, et peut-être que vous vous y retrouvez  aussi !

Publié le 09/01/2007 à 13:24
Par mauxtus

Chronique la vie des mots

dans le dernier numéro du

 Magazine littéraire , n° 460, janvier 2007.- p. 98


Quand populisme  n'est plus populaire !


dérivé du latin "
populus", devenu "peuple",

le « populisme » ne dit pas quel est son rapport à ce « peuple  »,

c'est un mot d'une ambiguïté remarquable


le populaire

le populo

la populace


le plus neutre des dérivés étant la population,

la quantité anonyme des électeurs … et le plus démocratique


            « Notre populisme politique actuel est une insulte aux classes populaires et à l'électorat tout entier. On ne ressent pas l'incongruité qu'il y a à dénoncer ce qui, dans les mots, devrait être et a été un intérêt pour le peuple, une défense du peuple.


           
Quand les bavards politiques, leurs adorateurs et leurs critiques diront : « je suis populiste », alors le vocabulaire démocratique et républicain retrouvera peut-être son bon sens. Un discours où populiste signifie « démagogue » et souvent « fasciste et totalitaire », ne mérite pas d'être écouté. »


.... quand se disent encore "populistes" - dans certains endroits du monde - ceux qui représentent le peuple !



Publié le 30/12/2006 à 00:27
Par mauxtus


Romanesques conditions d’une rencontre annoncée…

 
« … «  Les saisons reviennent ; mais pour moi ne revient pas le Jour, ou la douce approche du Soir ou du Matin. » 
   Et le garde ! Son corps mince et blanc comme le pistil solitaire d’une invisible fleur ! Elle l’avait oublié dans son indicible dépression. Mais maintenant quelque chose s’éveillait…
 
    « Pâle, au-delà du porche et du portail… » Ce qu’il fallait faire, c’était de passer les porches et les portails.
 
  Elle avait regagné des forces. Elle marchait plus facilement ; le vent ne serait pas si fatigant dans le bois qu’à travers le parc où il se collait à elle. Elle voulait oublier, oublier le monde, toutes ces affreuses gens aux corps de charogne. « Il faut que vous naissiez de nouveau ! Je crois à la résurrection du corps ! Si le grain de froment tombant dans la terre ne meurt point, il demeure seul … ! Quand le crocus viendra, moi aussi j’émergerai et verrai le soleil ! » Dans le vent de mars, des phrases sans fin lui passaient par l’esprit. 
    De petits éclairs de soleil passaient, étrangement brillants, et éclairaient, à la lisière du bois, sous les noisetiers, les renoncules qui étincelaient comme des paillettes jaunes. Et le bois était tranquille, si tranquille, agité pourtant par des éclairs de soleil passager. Les premières anémones étaient en fleur, et le bois semblait tout pâle de leur pâleur innombrable qui constellait le sol. « Le monde a pâli sous ton souffle. » Mais, cette fois-ci, c’était le souffle de Perséphone ; elle était sortie des Enfers par un matin froid. Des souffles de vent froid passaient, et, par-dessus, c’était la fureur du vent emmêlé, accroché aux rameaux. Lui aussi, le vent, tâchait de s’arracher, de se libérer comme Absalon. Que les anémones semblaient avoir froid, en haussant leurs blanches épaules nues sur les crinolines de verdure ! Mais elles tenaient bon. Il y avait aussi quelques petites primevères décolorées, les premières, près du sentier, et des boutons jaunes qui s’ouvraient.
 
  La fureur du vent était au-dessus. Plus bas, il n’y avait que quelques courants froids. Constance était étrangement vivifiée par le froid ; le rose affluait à ses joues, le bleu à ses yeux. Elle marchait difficilement, cueillant quelques primevères violettes au parfum doux et froid, si doux et froid. Elle avançait sans savoir où elle était.
   Elle arriva enfin à la clairière, tout au bout du bois, et vit le cottage aux pierres verdies, qui avait l’air presque rose, comme l’intérieur d’un champignon, ses pierres réchauffées par un éclair de soleil. Et il y avait un éclat de jasmin jaune près de la porte, de la porte fermée. Mais aucun son ; aucune fumée au toit ; aucun aboiement de chien.
   Elle alla tranquillement derrière la maison, là où la colline s’élevait à pic. Elle avait l’excuse de chercher les jonquilles.
   Et elles étaient là, les fleurs à la courte tige, bruissant et tremblant et frissonnant, si brillantes et vivantes, mais ne sachant où cacher leurs visages qu’elles détournaient du vent.
   Elles secouaient leurs brillants petits chiffons ensoleillés, dans des accès de détresse. Mais peut-être qu’en réalité elles étaient contentes ; peut-être qu’elles étaient contentes d’être ainsi malmenées.
   Constance s’assit contre le tronc d’un jeune sapin qui palpitait contre elle d’une vie étrange, élastique, puissante, montante. Dressé, vivant, son sommet dans le soleil ! Et elle regardait les jonquilles prendre une couleur dorée dans un éclair de soleil qui réchauffait ses genoux et ses mains. Elle percevait même la légère odeur de goudron des fleurs. Alors, si tranquille et solitaire, elle se sentait rentrer dans le courant de sa propre destinée. Elle avait été attachée par une corde, ballottée et secouée comme un bateau dans ses entraves. Maintenant elle était libre de voguer. »
 
  Le soleil fit place au froid. Les jonquilles plongeaient dans l’herbe couverte d’ombre. Elles plongeaient ainsi pendant le reste du jour et la longue nuit froide, si fortes en leur faiblesse.
   Elle se leva, un peu raide, prit quelques jonquilles, et s’éloigna. Elle n’aimait pas briser la tige des fleurs ; mais elle en voulait seulement une ou deux pour lui tenir compagnie. 
    (…)
 
L’après-midi suivant, elle retourna dans le bois. (…)
    Il la regarda d’un air saisi. (…)
    Il lui en voulait de violer cette solitude qu’il aimait comme sa seule, sa dernière liberté dans la vie.(…)
     - Asseyez-vous là et chauffez-vous un peu, dit-il.
Elle obéit. Il avait cette sorte d’autorité et de bonté protectrices qui forcent tout de suite l’obéissance. (…)
     Mais on se préoccupait d’elle : il fallait obéir.
 
(…)
     L’homme était triste. C’était là une atteinte à sa liberté et à sa solitude, une intrusion dangereuse ! Une femme ! il était arrivé à cet état où tout ce qu’on veut sur terre, c’est d’être seul. Et pourtant, il était impuissant à défendre sa solitude (…)
    Et surtout, il ne voulait pas entrer encore en contact avec une femme. Il en avait peur, car d’anciens contacts lui avaient laissé une large blessure. Il sentait que, s’il ne pouvait être seul, si on ne pouvait le laisser seul, il mourrait. Il s’était complètement retiré du monde extérieur ; son dernier refuge était le bois : se cacher là ! 
(…)
    C’était cette tranquillité, cette sorte de patience infinie qui touchait  Constance aux entrailles. (…)
    Et cela la soulageait du poids d’elle-même (...)
    Ainsi elle restait assise à la porte de la cabane, perdue dans un rêve, tout à fait inconsciente du temps et des circonstances. Elle était si absente qu’il la regarda tout à coup et vit sur son visage cet air parfait de calme et d’attente. Pour lui c’était un regard d’attente. Et une petite langue de feu glissa soudain dans ses reins, à la racine de son dos, et il gémit dans son cœur. Il redoutait, avec une répulsion presque mortelle, tout nouveau contact humain. Il désirait par-dessus tout qu’elle s’en allât, qu’elle le laissât à sa solitude. Il redoutait sa volonté, sa volonté féminine, son insistance de femme moderne. Et, surtout, il redoutait son impudence tranquille de femme du monde qui n’en veut faire qu’à sa tête. …
Publié le 24/12/2006 à 12:04
Par mauxtus


Lawrence, D.H. .- L’amant de lady Chatterley.- Gallimard, 1932/1993.- (folio classique, 2499) .- Traduction de F. Roger-Cornaz. Extraits p. 74-75


 « Ce que les yeux ne voient pas, ce que l’esprit ne sait pas n’a pas d’existence. »
...

" Constance allait se promener dans le parc et dans les bois avoisinants ; elle en sentait la solitude et le mystère, chassait du pied les feuilles brunes de l’automne ou cueillait les primevères du printemps. Mais tout cela n’était qu’un songe ; ou plutôt un simulacre de la réalité. Les feuilles des chênes lui semblaient des feuilles de chêne aperçues dans un miroir ; elle-même était comme quelqu’un dont on a lu l’histoire, cueillant des primevères qui n’étaient que des ombres ou des souvenirs, ou des mots. Rien, pour elle : aucune substance, aucune atteinte, aucun contact ! "


" A chaque jour suffit sa peine. A chaque moment suffit l’apparence de la réalité. "


mes résonnances :

...être revenue sur d'autres traces... et avoir transposé sur d'autres espaces et d'autres paysages cette absence de réalité... ces mémoires désertées... jusqu'à les traquer... et vouloir retrouver, recréer des émotions sur celles des passés... c'est avoir désespérément tenté de se réinscrire dans des lambeaux de vies qui ont tissé la trame du présent... jusqu'à s'y retrouver, au coeur d'émotions fugitives et de sensations pressantes... de quoi cheminer en photos et en mots pour reprendre le voyage... au présent.

Publié le 23/12/2006 à 10:35
Par mauxtus
Kiosque

En vain la mer fait le voyage
Du fond de l'horizon pour baiser tes pieds
sages.
Tu les retires
Toujours à temps.  

Tu te tais, je ne dis rien,
Nous n'en pensons pas plus, peut-être.
Mais les lucioles de proche en proche
Ont tiré leur lampe de poche
Tout exprès pour faire briller
Sur tes yeux calmes cette larme
Que je fus un jour obligé de boire ;
La mer est bien assez salée.  

Une méduse blonde et bleue
Qui veut s'instruire en s'attristant
Traverse les étages bondés de la mer,
Nette et claire comme un ascenseur,
Et décoiffe sa lampe à fleur d'eau
Pour te voir feindre sur le sable
Avec ton ombrelle, en pleurant,

Les trois cas d'égalité des triangles.



Léon-Paul Fargue, Ludions, Kiosque

In Cent poèmes de la mer.- Omnibus, 2005.- p. 197.

  

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