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Publié le 16/12/2006 à 14:47
Lorsque s’en vient le soir Lorsque s’en vient le soir qui tourne par la porte Vivre à la profondeur soudain d’un champ de blé Je te retrouve amour avec mes mains tremblées Qui m’es la terre tendre entre les feuilles mortes Et nous nous défaisons de nos habits volés Rien n’a calmé ces mains que j’ai de te connaître Gardant du premier soir ce trouble à te toucher Je te retrouve amour si longuement cherchée Comme si tout à coup s’ouvrait une fenêtre Et si tu renonçais à toujours te cacher Je suis à tout jamais ta scène et ton théâtre Où le rideau d’aimer s’envole n’importe où L’étoile neige en moi son éternel mois d’août Rien n’a calmé ce cœur en te voyant de battre Il me fait mal à force et rien ne m’est si doux Tu m’es pourtant toujours la furtive passante Qu’on retient par miracle au détour d’un instant Rien n’a calmé ma peur je doute et je t’attends Dieu perd les pas qu’il fait lorsque tu m’es absente Un regard te suffit à faire le beau temps Lorsque s’en vient le soir qui tourne par la porte Vivre à la profondeur soudain d’un champ de blé Je te retrouve amour avec mes mains tremblées Qui m’es la terre tendre entre les feuilles mortes Et nous nous défaisons de nos habits volés Poème d’Aragon, Musique de Jean Ferrat Le voyage de Hollande et autres poèmes 1965 Chapitre : Du peu de mots d’aimer
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Publié le 16/12/2006 à 00:21
" Chapitre I Par la fenêtre grande ouverte sur le jardin, des fragrances de glycine et de jasmin entraient dans la chambre à coucher, à flots. Proche et lointain à la fois, l'océan toussait tel un vieillard perplexe devant l'immensité de la vie. L'aube respirait doucement. Paisible, Sophia dormait contre le flan de son époux. Elle était jeune et belle, elle était vêtue d'une nuisette en soie et, même au plus profond de son sommeil, elle se sentait aimée. Je l'aime, oui, je l'aime !... sa longue chevelure était comme un châle chatoyant jeté en travers du lit. Oh ! oui, je l'aime… Oh ! oui… Entre rêve et réalité, une sonnerie modulée se fit soudain entendre. Les paupières encore closes, Sophia tendit le bras, saisit sur la table de nuit le téléphone sans fil, le posa sur l'oreiller, enfonça le bouton du haut-parleur. - Oui ? demanda-t-elle de sa voix de contralto voilé. Elle ouvrit les yeux. - Bonjour, monsieur le préfet. Oui, il est là… Patientez, je vous prie… Je vais vous le passer. Cela va prendre un petit moment, je le crains, vous le connaissez aussi bien que moi. Ne quittez pas, monsieur le Préfet… Et elle se mit en devoir de réveiller son mari. - Ali ! Dit-elle. Chéri ! Téléphone. - Hon ! fit l'inspecteur Ali.Il se tourna sur le côté, releva les genoux en chien de fusil. - Chéri ! répéta Sophia. On te demande au téléphone. C'est urgent. Elle se mit sur son séant, l'embrassa dans le cou, lui mordilla l'oreille. Ce fut comme si elle secouait l'inertie en chair et en os. Tout en lui dormait d'un sommeil moyenâgeux, hormis l'attribut qui lui était attaché depuis sa naissance, debout et triomphant. En désespoir de cause, ce fut là qu'elle porta la main. D'un seul coup il se réveilla. Et ce qu'il vit en premier, ce qui d'emblée lui emplit la vue et fit chavirer sa raison, ce fut le sexe de Sophia. Bien dodu, velu à souhait, luxuriant de mystère. La fente était encore endormie, fermée. Il la regarda. Il ne fit que la regarder, longuement, doucement, avec sa capacité d'aimer dont il n'avait nulle conscience. - Chéri, commença Sophia. Le télé…Et elle se tut. Elle oublia instantanément les dernières syllabes du mot « téléphone », elle oublia jusqu'à l'existence de cet instrument nommé téléphone, elle oublia l'urgence de l'appel officiel et ne fut plus que sa propre urgence, toute : l'appel du désir. Lentement , doucement, avec tendresse, le regard d'Ali écartait les petites lèvres, les déployait par-dessus les grandes, pétales de feu perlés peu à peu de rosée, l'ouvrait tendrement, avec douceur, très lentement, sans parole aucune, sans un seul geste. Je l'aime… Oui, je l'aime… Oh, oui ! je l'aime… Oh, oui ! oh oui… - Viens ! dit-elle en un souffle. Viens en moi. Ali n'entendit pas. Ses yeux s'embuèrent de larmes. Des larmes de bonheur et de gratitude. Il n'avait jamais rien vu d'aussi beau. Ce devait être cela le Paradis : la longue, longue et ineffable naissance du plaisir de la femme aimée. Sophia dit, voix étranglée : - Viens en moi, je t'en supplie ! Il ne vint pas. C'était comme s'il était devenu sourd. Il vit monter l'orgasme. Il le vit s'épanouir, éclater en joie liquide. Tête baissée, il se précipita vers cette source de joie et s'y désaltéra. - Viens ! cria-t-elle. Prends-moi. Il la prit et, dans le même temps, elle le prit. Eperdus, haletants, ils restèrent longtemps l'un dans l'autre. Avec un immense respect, il contemplait la majesté sublime des yeux de Sophia. Elle se laissa admirer. Elle en ressentit un bien-être aigu. Elle dit : - J'ai encore envie. Il se retira d'elle, à regret. Il le fallait bien ! il se leva. Il considéra son membre qui n'en pouvait mais, de haut en bas, avec une sorte de désespoir digne de l'Ecclésiaste. Il éclata de rire. Puis il dit : Sophia chérie, je viens de composer à l'instant un poème en ton honneur et en mon déshonneur. Ecoute : Je fus jadis amoureux D'une dame jeune et jolie. Lors lui donnai sur les lieux Où elle faisait l'endormie Trois venues de reins joyeux. Elle me dit de sa voix esbaudie : - Encore un coup, le cœur le veut. - Encore un coup ? bon gré ma mie ! Mais, par sainte Marie, Il ne fait pas toujours qui peut. Prince d'amour, je t'en supplie, Si plus ainsi qu'elle m'accueille, Fais que ma lance jamais ne plie ! Mais, par sainte Marie, Il ne fait pas toujours qui peut. Il souffla par les naseaux. Il sourit, gencives découvertes. - Ca te plaît, chérie ? demanda-t-il. - Idiot ! répondit-elle. - Ai-je jamais prétendu le contraire ? Je suis un idiot bâté. Passe-moi le stylo. Je vais signer. La poésie n'a de sens que si elle prend la relève de la défaillance humaine. - Idiot ! répéta-t-elle. Je t'adore. Elle l'enlaça, l'enveloppa de son immense chevelure, l'embrassa à pleines lèvres. La poésie faillit céder la place à la prose, une prose toute physiologique, quand brusquement tous deux entendirent une espèce de jappement. Sophia se détacha de l'inspecteur Ali. - Mon Dieu ! s'exclama-t-elle. Le préfet. - Quel préfet ? demanda Ali. - Le Préfet de police. Il est là depuis un bon moment. Et elle désigna le téléphone. Du dos de la main, Ali essuya sa moustache taillée en brosse à dents. Il saisit l'écouteur. Il dit d'une voix diplomatique, entre miel et vinaigre, entre cannelle et gingembre, avec un soupçon de cantharide pour corser son propos : - Oh ! bonjour, monsieur le Préfet. Mes respects Excellence. Vous m'avez fait l'honneur de me demander, si je ne m'abuse ? A l'autre bout du fil, il y eut un silence de néant. Concret, palpable. Puis du milieu de ce silence, jaillit une question granitique : - Qu'est-ce que c'est que ces bruits d'animaux que j'entends depuis un quart d'heure d'horloge ? - Oh ! ça chef ? Ce n'est rien. Rien du tout. Je faisais ma prière du matin. Vous savez ce que c'est chef. - Non, je ne sais pas hurla le chef. Ali faillit lui répondre : « Oh ! le pauvre homme ! », mais il s'abstint. Il y avait une limite à tout, même à la liberté d'opinion. Il y avait aussi la hiérarchie de la parole. Il dit : - La prochaine fois, je prierai en silence. Mais ça va être dur, très dur, chef. - Faites un double nœud à votre langue de chien et rappliquez ici. En vitesse. - Xactement, monsieur le préfet. En vitesse, sans plus tarder, sur-le-champ. Fissa en marocain. Il raccrocha. Il passa dans la salle de bains, y fit ce qu'il y fit. Lorsqu'il en ressortit, il était chaussé de vieilles baskets, vêtu de sa salopette trouée aux genoux, effilochée au bas des jambes. Il sifflotait un petit air guilleret. Sophia fit les yeux ronds. - Tu ne vas quand même pas te présenter au préfet dans cette tenue-là ? demanda-t-elle. Il se contempla dans la glace de l'armoire, impavide. Il dit : - Pourquoi non ? il a bien un uniforme chamarré, avec galons, médailles et sardines, lui. Maigre et famélique comme un matou oublié depuis longtemps dans un grenier, il se dirigea vers la porte. Parvenu au seuil, il pivota sur ses talons. Il regarda Sophia, longuement, tendrement. Puis la main sur le cœur, il se mit à déclamer : « - En vérité, tu es l'amour et l'art. En toi, il y a un idéal insaisissable Dans lequel se perd ton amoureux. » Ahmed Shawqi, conclut-il. Un vieux poète égyptien tombé dans le purgatoire, au bénéfice des rimailleurs médiatiques et autres Adonis. Il est mort d'ailleurs. Moi non. Toujours travailla, jamais reposa. A tout à l'heure ma fleur, je t'aime. Et il partit en claquant la porte. Sophia enfouit son visage dans l'oreiller de son époux et, sans raison apparente, elle fondit en larmes. " ... un extrait un peu long... mais je ne pouvais vraiment pas le couper ! Publié le 11/12/2006 à 03:36
Sur la place Brel 1955 Sur la place chauffée au soleil Une fille s'est mise à danser Elle tourne toujours pareille Aux danseuses d'antiquités Mais sur la ville il fait trop chaud Hommes et femmes sont assoupis Et regardent par le carreau Cette fille qui danse à midi. Ainsi certains jours paraît Une flamme à nos yeux A l'église où j'allais On l'appelait le Bon Dieu L'amoureux l'appelle l'amour Le mendiant la charité Le soleil l'appelle le jour Et le brave homme la bonté. Sur la place vibrante d'air chaud Où pas même ne paraît un chien Ondulante comme un roseau La fille bondit s'en va s'en vient Sans guitare ni tambourin Pour accompagner sa danse Elle frappe dans ses mains Pour se donner la cadence. Ainsi certains jours paraît Une flamme à nos yeux A l'église où j'allais On l'appelait le Bon Dieu L'amoureux l'appelle l'amour Le mendiant la charité Le soleil l'appelle le jour Et le brave homme la bonté. Sur la place où tout est tranquille Une fille s'est mise à chanter Et son chant plane sur la ville Hymne d'amour et de bonté Mais sur la ville il fait trop chaud Et pour ne point entendre le chant Les hommes ferment leurs carreaux Comme une porte entre morts et vivants. Ainsi certains jours paraît Une flamme en nos cœurs Mais nous ne voulons jamais Laisser luire sa lueur Nous nous bouchons les oreilles Et nous nous voilons les yeux Nous n'aimons point les réveils De notre cœur déjà vieux. Sur la place un chien hurle encore Car la fille s'en est allée Et comme les chiens hurlant à la mort Pleurent les hommes leur destinée. et chantée par Barbara cette nuit pour moi... Publié le 09/12/2006 à 03:20
Tu me fais tourner la tête Mon manège à moi, c'est toi Je suis toujours à la fête Quand tu me tiens dans tes bras Je ferais le tour du monde Ça ne tournerait pas plus que ça La terre n'est pas assez ronde Pour m'étourdir autant que toi... Ah! Ce qu'on est bien tous les deux Quand on est ensemble nous deux Quelle vie on a tous les deux Quand on s'aime comme nous deux On pourrait changer d'planète Tant qu'j'ai mon cœur près du tien J'entends les flons-flons de la fête Et la terre n'y est pour rien Ah oui! Parlons-en de la terre Pour qui elle se prend la terre? Ma parole, y a qu'elle sur terre ! Y a qu'elle pour faire tant de mystères ! Mais pour nous y a pas d'problèmes Car c'est pour la vie qu'on s'aime Et si y avait pas de vie, même, Nous on s'aimerait quand même Car... Tu me fais tourner la tête Mon manège à moi, c'est toi Je suis toujours à la fête Quand tu me tiens dans tes bras Je ferais le tour du monde Ça ne tournerait pas plus que ça La terre n'est pas assez ronde... Mon manège à moi, c'est toi ! PIAF en 1958... l'année de la petite photo... Publié le 08/12/2006 à 20:45
Le tourbillon de Serge Rezvani (musique du film "Jules et Jim" de François Truffaut) Elle avait des bagues à chaque doigt, Des tas de bracelets autour des poignets, Et puis elle chantait avec une voix Qui, sitôt, m'enjôla. Elle avait des yeux, des yeux d'opale, Qui m' fascinaient, qui m'fascinaient. Y avait l'ovale de son visage pâle De femme fatale qui m'fut fatale {2x}. On s'est connus, on s'est reconnus, On s'est perdus de vue, on s'est r'perdus d'vue On s'est retrouvés, on s'est réchauffés, Puis on s'est séparés. Chacun pour soi est reparti. Dans l'tourbillon de la vie J' l'ai revue un soir, aïe, aïe, aïe, Ça fait déjà un fameux bail {2x}. Au son des banjos, je l'ai reconnue. Ce curieux sourire qui m'avait tant plu. Sa voix si fatale, son beau visage pâle M'émurent plus que jamais. Je me suis soûlé en l'écoutant. L'alcool fait oublier le temps. J' me suis réveillé en sentant Des baisers sur mon front brûlant {2x}. On s'est connus, on s'est reconnus. On s'est perdus de vue, on s'est r'perdus de vue On s'est retrouvés, on s'est séparés. Dans le tourbillon de la vie. On a continué à toumer Tous les deux enlacés Tous les deux enlacés. Puis on s'est réchauffés. Chacun pour soi est reparti. Dans l'tourbillon de la vie. J' l'ai revue un soir ah là là Elle est retombée dans mes bras. Quand on s'est connus, Quand on s'est reconnus, Pourquoi se perdre de vue, Se reperdre de vue ? Quand on s'est retrouvés, Quand on s'est réchauffés, Pourquoi se séparer ? Alors tous deux on est r'partis Dans le tourbillon de la vie On a continué à tourner Tous les deux enlacés Tous les deux enlacés. |
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