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Publié le 14/04/2007 à 15:04
Par mauxtus
Laure Adler, Stefan Bollmann .- Les femmes qui écrivent vivent dangereusement.- Flammarion, 2007

Présentation par l'éditeur :


Pendant longtemps la majorité des femmes surent lire, mais pas écrire, l'écrit restant, dans la répartition traditionnelle des tâches entre les sexes, la chasse gardée des hommes.

Quand elles accédèrent enfin au droit à l'écriture, elles durent mener une lutte encore plus longue, celle de la reconnaissance de leur production écrite.

Alors que la plupart de ces femmes aspiraient à une vie sans contrainte, où elles auraient pu exprimer librement leur art, les obstacles qui ne cessèrent en effet de se dresser devant elles  - trouver du temps pour écrire constituant déjà une tâche en soi - les vouèrent à un anticonformisme qui les mettait en danger.


À ces contraintes sociales s'ajouta une contrainte intérieure, une quête inconditionnelle d'authenticité qui, entravée, put les mener à la folie ou au suicide.

Cet ouvrage dresse le portrait d'une cinquantaine de ces auteures, depuis le Moyen Age avec Hildegard de Bingen et Christine de Pisan, jusqu'à l'époque contemporaine avec Carson McCullers, Marguerite Yourcenar, Anaïs Nin, Simone de Beauvoir, Marguerite Duras, Françoise Sagan - ou plus récemment Toni Morrison, Isabel Allende ou Arundhati Roy - en passant par les incontournables sœurs Brontë, George Sand, Colette, Virginia Woolf ou Karen Blixen.
     
LAURE ADLER, née en 1950, est journaliste, historienne et écrivain, spécialiste de l'histoire des femmes et des féministes au XIXe et au XXe siècles. On lui doit de nombreux ouvrages, notamment une biographie de Marguerite Duras, parue en 1998 ; en 2005, elle a publié Dans les pas de Hannah Arendt (Gallimard).

 

STEFAN BOLLMANN, né en 1958, a étudié la philologie, le théâtre, l'histoire et la philosophie. Éditeur et auteur, pour notamment Les Femmes qui lisent sont dangereuses (Flammarion, 2006), vit actuellement à Munich.

 

Publié le 14/04/2007 à 08:55
Par mauxtus

Bernard Giraudeau.- Jeanne in Les hommes à terre.- Editions Métailié, 2004.- p. 141-177

« Ils avaient nourris leur bonheur dans l’absence, dans une sorte de méditation intensive de l’autre… » 


   « C'est ainsi que nous écrivions l'histoire. C'est elle qui m'a donné le goût des histoires à partager.

   C’était l’amour du commencement de leur amour qu’elle aimait revivre avec moi qu’elle appelait le petit du petit, le dernier fils. Elle recommençait son partage avec Ange en me le partageant. Elle n’avait eu d’avenir que dans le prochain rendez-vous avec Ange. Ce fut un amour en rendez-vous.

 
  Peut-être esquivait-elle des faux pas de la mémoire. Peut-être posait-elle ses rêves à côté des jours de leur amour. Peut-être n’a-t-elle vécu que pour cela jusqu’à la fin. La plus longue attente fut la dernière. Ils avaient nourri leur bonheur dans l’absence, dans une sorte de méditation intensive de l’autre. Ils savaient cette joie indicible de la prière qui redessinait l’autre, le projetait dans l’espace clos de la mémoire, car c’était cela prier pour eux, visualiser le visage, le corps, les rires, sentir même la chaleur de l’autre et refaire seul parfois les gestes de l’amour. Ils se mettaient involontairement en manque de l’autre. Savaient-ils qu’à côtoyer un corps, son visage, sa démarche, il devient silhouette rassurante, habituelle, mais s’échappe de ce qui le rend unique, ce pli douloureux au coin de la lèvre, celle de l’aile du nez, ce front inquiet, cette petite veine à la base du cou qui bat quand l’émotion est trop forte, ces mains posées négligemment sur la table en attente, ce pas bien à elle, bien à lui, reconnaissable entre tous dans la foule des autres ? Savaient-ils cela ? »

extrait p. 173-174
Publié le 07/04/2007 à 09:55
Par mauxtus

Bernard Giraudeau.- Indochine in Les hommes à terre.- Editions Métailié, 2004.


p. 28
 

« … Que connaît-on de son père sinon un collage d’images d’enfance et celles d’un quotidien contraint ? Jean-Paul se souvient des langues de brume à la lisière des bois le matin, de son père silencieux préparant les lignes. La rivière immobile était comme une huile blanche jusqu’au lever du soleil. Lucien venait là pour être seul avec son fils. Peu lui importait que la tanche dorée morde ou non au ver de fumier. Il venait se débarbouiller de la vie et communier avec le marais. »

 


p. 45

 

« - Si tu savais tout ce qui est enfoui, cadenassé, verrouillé. Comment ôter la rouille sur les mots justes et clairs, sans déchirer, sans faire mal ? Elle est là, la souffrance. Comment  marteler sans blessure ? Comment dire sans heurter ? »

 
Publié le 05/04/2007 à 11:27
Par mauxtus

Bernard Giraudeau.- Les hommes à terre.- p. 15-16

  " Le lendemain Simone l’accompagne à la gare. Ils passent par le port. La mer est basse. Il y a de la vase dans le canal au pied du quai Maubec. La grosse horloge est grise. Les mouettes ferment leurs gueules. Trois petits bateaux de pêche accrochés au quai se serrent pour ne pas basculer. Il aime bien les fanions des casiers, comme des flammes de couleur, les coques bleues et rouges. Il s’arrête devant le bassin à flots pour regarder un vieux ketch en acajou. Il n’a jamais navigué. Il aurait aimé. Son enfance a glissé sur les lentilles d’eau du marais, sans vagues. C’était loin, ce sillage noir derrière la pigouille de la mère. La grande perche de bois patinée par les mains terreuses s’enfonçait silencieusement. Des bulles remontaient à la surface et crevaient avec une odeur de chiotte. Il aimait ça. Les grands peupliers avaient le langage du vent, un bavardage qui berçait la somnolence de l’été. C’était loin. "[…] 

  " Au moment du départ, ils se sourient. Il y a des éclats de tendresse à travers la vitre sale, des éclats dans les taches de lumière, furtifs, éphémères comme des papillons malades. Un geste, et le train  glisse doucement pour ne pas déranger. Elle le suit du regard bien après qu’il disparaisse. C’est un train qui n’en finit pas, un train qui n’en finit jamais. Puis elle repart en brodant sa vie à elle, celle qu’elle n’a pas eu à cause de la guerre et de l’absence d’amour. Elle avait su mettre un voile sur cette mauvaise peinture un peu trop brillante dont le vernis s’était écaillé jusqu’à n’être plus qu’un cadre. Simone vivait dans un cadre vide. Elle a horreur du vide, comme des silences ou de l’attente. C’est sans couleur. Elle est du présent, un présent sans condition, infini. Le passé est une rive qu’elle laisse derrière et le futur une île trop lointaine. Elle a peur de la stérilité des hypothèses. Elle avance sans aborder jamais. […] "
          
 
Publié le 20/02/2007 à 11:04
Par mauxtus


à Ordinaire, sur son blog, en écho à son texte du 18 février... La petite fille cassée


« si je reste au niveau de l'écriture... tu écris de façon tout à fait juste et émouvante cette sortie brutale de l'enfance, avec ces intuitions sur la vraie vie...  et ce refoulement... de quoi c'est-il agit... est-ce çà le monde des grands... douze ans... et si on pouvait se remettre à jouer à la poupée... si on essayait de repartir dans l'enfance sans rien dire... si on faisait semblant de rester petite... en sachant bien pourtant que la vie va se construire autour de ça... en gardant quand même en soi cette certitude qu'un immense bonheur viendra un jour de là... pourvu qu'on oublie... est-ce qu'on pourra tout effacer et recommencer à apprendre... à s'aimer... "c'est quand le bonheur"... après tout ça... plus tard... plus tard... mais jamais trop tard... et on se dit riche de ses blessures... peut-être... en tout cas pour l'écriture... j'aime beaucoup ce texte »
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