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Publié le 18/10/2006 à 13:37
Par mauxtus
Humeur : Rebelle


" La petite cinglée " de Janine Teisson.- Ed. Climats, 2003

Un début en couleurs...

" La lourde chevrolet vert pomme est arrêtée au bord de la route. "De ce qu'ils appellent une route" a dit le père. Ils se sont traînés, abrutis de chaleur, vers cet îlot sombre, jaillissant du gris d'acier, aveuglant à perte de vue, des oliveraies. Contre un muret presqu'écroulé, un rideau d'eucalyptus au feuillage de couteaux bleus protège de la poussière l'ombre qui coule enfin sous leurs paupières. Au pied des arbres géants, pas un caillou. Le sol est comme tamisé, balayé, très doux. La petite fille a tout de suite voulu s'y étendre, les bras en croix, comme elle le fait à la plage, mais la mère a crié : "Tu es folle non ? Où tu te crois ?" "


Publié le 28/08/2006 à 02:56
Par mauxtus
texte revu... et à revoir
"Juste un petit secret" , un roman de Vincent Mérand alias vincent3m

v.mérand.jpg


 ... nous ne saurons pas par quel mystère un blog et internet m'ont amenée à découvrir un auteur, non pas à l'autre bout du monde, ou de la France au moins, mais juste là, à quelques battements d'ailes (de mouettes) de chez moi...

et cet auteur - qui avait d'abord retenu mon regard par ses photos - s'est là encore révèlé d'une sensibilité déroutante... son livre - un roman ( l'auteur le confirme) - dont les dix neuf premières pages sont généreusement offertes en ligne - m'avait accroché d'un coup dans la poitrine... et déjà je n'avais pu lâcher ces premières pages, le drame était là ...

aussi je me le suis procuré... pas tout de suite - et si la suite me décevait, si le meilleur était le début... mais j'étais déjà trop accrochée et la référence trouvée sur internet je passai commande... c'est ainsi que par une unième journée de canicule, après une unième tentative de débrousaillage au milieu d'une de mes circulades paperassières, de mes enfouissements administratifs - essayant de fuir ma culpabilité et m'octroyant ce moment de lecture avec mon petit dessert  - (comme disait Françoise Dolto, on peut se récompenser avant un travail pour s'encourager ) - (étais-je ambigüe ? non, mais la chaleur accablante... ) - je me suis alors - innocemment... enfin, est-ce si innocent ? - affalée dans un canapé et dans l'inconfort de cette moiteur ingrate - que j'ai d'ailleurs partagée avec les personnages... impunément aventurée dans la lecture de la suite... eh, oui par une trop belle après midi... avec le roman de Vincent Mérand... que j'ai englouti sans un regard à mes paperasses...

il faut dire que ma libraire l'ayant finalement reçu le matin même, sans perdre un instant, j'étais rentrée comme une écolière pressée, les provisions d'une main et avançant avec le livre dans l'autre et les yeux parcourant dangereusement les lignes pour retrouver les fameuses dix neuf premières pages... pour une remise en bouche... de l'autre mon petit panier de chaperon... avec mon petit pot... prête à me faire - moi aussi - négligemment peut être pas dévorer par le loup mais par le livre... en tout cas enlever par l'auteur !

lecteur tu peux sauter ce paragraphe qui vient de je ne sais où !
(" les loups, les loups, ne sont plus ce qu'ils étaient, n'ont plus, n'ont plus les dents longues qu'ils avaient..." ça c'est pas de bon goût vu le sujet...! à supprimer !!! oui bon mais pourquoi je l'ai pensé ? )
mais c'est une réminiscence du temps de mon adolescence à moi... et vous n'êtes certainement pas sans ignorer qu'il y a des moments dans la vie ou tout ça se remet au goût du jour, se remanie...
de façon à pouvoir repartir après une "gentille" petite régression...
(bon revenons à nos moutons qui font des vagues dans les prés avec Verlaine.... les échelonnements... )

donc, j'avais rattrapé la page dix neuf avec le même plaisir renouvelé - et renouveler le plaisir, déjà, c'est pas donné à tous les auteurs... - et trop pressée, sans prendre de café, je me suis glissée dans la vingtième... et les suivantes... le piège s'est refermé sans prévenir... (j'étais... scotchée ?)!

et aussi dégoulinante que les personnages - j'ai juste fait une pause pour commencer un petit mot à l'auteur - et tant pis pour l'heure, pour les urgences dépassées depuis... pour la fraîcheur promise ailleurs... je n'ai pas pu quitter Daniéla, sa soeur Patricia et tous les autres personnages avant le mot de la fin...

à peine si j'ai pu m'extraire - plus tard - des coussins pour me délasser vers vingt deux heures dans cette Méditerranée qui m'attendait... et tandis que ce bain salé délassait tendrement mon corps épuisé d'émotions, les images flottaient encore dans ma tête, m'emmenaient et me ramenaient dans leurs décors... les dialogues s'entremêlaient me ramenant à ce roman à peine refermé et que déjà je savais retrouver en rentrant...

"Juste un petit secret" ne m'a pas délivré toutes ses clés... je sais que je vais le relire... et ça aussi c'est une qualité...

Si vous aussi vous voulez vous faire embarquer par un livre intelligent et sensible alors n'hésitez pas... biensûr vous allez d'abord recevoir un grand coup dans la poitrine... ça va vous secouer... mais ça va aussi vous ramener vers tellement d'humanité... et vous allez vraiment découvrir un écrivain.

mérand 4ème.jpg

Et l'histoire ! est-ce vraiement " juste un petit secret " ?

... j'ai décidé de ne pas vous en parler davantage... allez plutôt lire les dix neuf premières pages en ligne... je pourrais pas faire mieux pour vous inciter à le lire... et si vous êtes passés dans le coin, vous saurez sans doute remettre vos pas dans ceux des personnages autour de Béziers... et découvrir aussi les quartiers où vous ne vous êtes peut-être jamais aventurés... pour y suivre les personnages à la trace...
alors à bientôt... et... une petite carte pour me dire ...

NB : la première carte reçue... encore une fois : "livre dévoré !" et comme moi, elle ne connait pas les coupables... on va encore le relire ! mais, à la réflexion, à des degrés différents, il y va peut être bien de la responsabilité de tous... la mère à l'accordéon, le père aux oiseaux avec ses photos, la soeur avec son silence, le frère sur la mauvaise pente, l'animateur trop proche, l'éducatrice qui veut faire au mieux, et ceux qui ne voient rien, qui ne comprennent rien, et quelques autres peut être plus bêtes que méchants... tout un monde quoi... et surtout... mais je peux pas tout vous dire... en tout cas l'auteur y a mis aussi beaucoup de lui, un livre qui nous parle d'un monde qu'il connait ... et avec un sens des dialogues certain, c'est enlevé, c'est vivant, ça nous emporte !
Publié le 23/08/2006 à 00:50
Par mauxtus

au fait, j'ai complété la citation coupée trop tôt...


c'est un rayon de soleil ce livre, un rayon doux, qui vous réchauffe le coeur tout en bousculant certaines idées... je sens qu'il va m'occuper une partie de la nuit...

" - Apporte, apporte-moi ça... Bien que tu ne sois pas si maladroit, comme vous l'êtes, vous les hommes.
- J'ai beaucoup appris en m'occupant de Brunettino... Rien qu'avec ses petits boutons...! J'aime bien m'occuper de lui ; maintenant je comprends le plaisir que vous y prenez, vous les femmes... Je fais même des choses dont j'aurais eu honte avant !

Elle le regarde du coin de l'oeil, tout en continuant à arranger les fleurs dans le vase qu'il lui tient.
- Honte parce que c'était des trucs de femmes, hein ?... Tu pensais qu'en faisant ça tu te rabaissais.
- On vit bien loin de vous, tu sais ! L'homme est très éloigné de la femme, même s'ils dorment dans le même lit.
- Regarde comme c'est joli !... Pose le vase là-bas dessus, comme ça. Quel beau bouquet tu m'as apporté... Biensûr qu'on vit à part, vous nous mettez de côté ! 

  L'homme cherche ses mots.
- Pas tant que ça... mais c'est vrai qu'on sait peu de choses de la vie des femmes... Malgré toutes celles qu'on a connues ! dit-il avec un sourire vantard.
- C'est parce que tu ne les a pas vraiment connues, idiot. Tu les as possédées, c'est tout. En passant.

- En passant par dessus ! dit-il en éclatant de rire. Tu connais un meilleur moyen ?

- Tu n'as pas honte ! ... Mais il y avait bien plus de profit à en tirer, et tu ne t'en es même pas douté. Comme vous tous. Retiens bien ça, les femmes vous les aimez, mais elles ne vous intéressent pas. Voilà comme vous êtes."

.... à suivre

Publié le 21/08/2006 à 11:14
Par mauxtus

José Luis Sampedro.- Le sourire étrusque.- Ed. Métaillié, 1997.- (collection suites : suite espagnole).- traduit de l'espagnol : La Sonrisa Etrusca, 1985.

... un livre pour moi, on vient de me le conseiller... la sérénité du fameux sourire étrusque..

«  C’est-là qu’il dort le petit ? Et, devant l’acquiescement muet, il insiste : La nuit aussi ?... Mais – il explose d’indignation – ça veut dire qu’ici, à Milan, les tout-petits  ne dorment pas avec leurs parents ? Qui est-ce qui s’en occupe alors ?

- Ca, c’était avant, quand j’étais bonne d’enfants. Maintenant, c’est fini, les médecins ordonnent qu’ils dorment seuls.

- Quelle monstruosité ! Et s’ils pleurent, s’il leur arrive quelque chose ?

- A cet âge-là, non… […]

 

… pauvre innocent abandonné ! »


" ... Resté seul avec Renato au petit déjeuner, pendant que'Andrea se douchait, il lui avait demandé pourquoi le petit ne dormait pas avec eux, comme les enfants l'ont toujours fait. Renato avait souri condescendant :
- Maintenant, on commence à les éduquer plus tôt. A cet âge-là, ils doivent dormir seuls, Père. Pour ne pas avoir de complexes.
- Des complexes, qu'est-ce que c'est que ça ? un truc contagieux des adultes ?
  Renato, compatissant, garde son sérieux et s'exprime en termes simples à la portée d'un homme de la campagne. En somme, il faut éviter une trop grande dépendance des enfants par rapport aux parents. Le vieux le regarde fixement.
- De qui est-ce qu'ils vont dépendre alors ? Il ne marche pas encore, il ne parle pas, il ne peut pas se défendre !
- Des parents, évidemmment. Mais sans exagérer. Allons ne vous inquiétez pas, Père; on s'occupe du petit comme il faut, nous avons bien étudié la question, Andrea et moi.
- Oui... dans ce livre, biensûr.
- Oui. Et surtout avec les conseils du médecin... c'est comme ça, Père ; il ne faut pas solliciter trop d'attachement à cet âge-là.
  Le vieux se tait. Un amour au compte-gouttes ? Qu'est-ce que c'est que ça ? Un amour contrôlé, économisé ?... Il n'explose pas car, après tout, ce sont eux les parents. " 

Maintenant, on commence à les éduquer plus tôt...

Publié le 17/08/2006 à 19:22
Par mauxtus
Humeur : Maussade
comme le temps était long à tuer
  et que cette écriture était pénible à lire
    tandis que le travail te retenait éloignée amie
      et que je m'employais à t'attendre...

cet exercice de style était comme une prière d'espérance...
  si j'en lis encore quelques lignes elle arrivera...
    et sans cette attente isolée sans écran
      aurais-je été au bout de ce livre

que je lis parce qu'il l'a lu ou va le lire
   que je lis parce que je connais ce refrain dans ce train
      que je lis pour savoir quoi lui en dire...

qu'il faudrait bien que je relise... enfin...
   quelle vie d'en fer... 



François Bon.- Paysage de fer.- Ed. Verdier, 2000

 

Avec ces pages, je me suis laborieusement traînée sur ces voies ferrées entre Nancy et Paris, pourtant quelquefois fréquentées… Je n’ai trouvé le souffle et donc le rythme du voyage que dans les dernières pages… enfin j’ai pu respirer au rythme des images… alors, après le mot de la fin, j’ai repris ma lecture et ça a fonctionné !

J’avais le rythme, le souffle et les images pouvaient s’enchaîner, comme si je pouvais enfin m’abstraire des secousses du voyage, des ruptures dans le paysage… et suivre l’écriture.

Sinon, à vrai dire, je ne comprenais rien, et j'avançais en missionnaire.

Ces impressions rétiniennes, moi aussi, je les ai aussi ressenties, les extirpant de ma mémoire, lors d’un de mes derniers retours en train sur Nancy... avec cette pénétration dans la ville, et ces flash de reconnaissances, et avec ces gens qui, eux aussi, revenaient  sur leurs pas retrouver les leurs et, comme moi, découvrir de "nouveau venu"... et non pas dans la permanence, mais dans la surprise, la déstabilisation... l’entrée en gare éventrée, la sortie dérobée… qu'ont-ils fait de mes souvenirs... étrangère dans mes traces...

Le style haché, condensé, par la prise de points de repères obligés qui pourtant se traînent par la persistance dans la mémoire qui essaie de fixer l’image – notes précises comme dessinées, schémas à articuler dans sa pensée, sans émois.... peut-être – clichés froids, gris, inanimés... qui va décrire l’envers du décor… que voit-on depuis les voies sans âme… quand tout dort dehors dans la grisaille... je suis partie dans mon histoire, son album n'est plus le mien... il faudra que j'y revienne...

Où glisse-t-on sur ces rails, dans ces paysages qui emportent nos pensées, qui nous aident à les déguiser, à les relocaliser...

"Amer savoir celui qu'on tire du voyage... ", quand la poésie s'absente... quand on ne la voit plus... quand on repart sur ses traces...

Et vous, l'avez-vous lu ? y avez-vous retrouvé vos émotions de voyageur professionnel, quasi obsessionnel... ?


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