Un extrait un peu « théorique » pour un livre plutôt sensitif…
« En fait, chaque rencontre nous constitue, chaque émotion partagée, chaque moment vécu avec un être auquel on dédie un moment de sa vie s’inscrit à jamais dans une mémoire sans cesse prête à être réactivée. Comme une petite brique du mur qui peu à peu s’élève et, s’ajoutant aux autres murs, construit la maison où habiter notre vie.
Nous ne sommes plus au temps où l’amour se vivait dans l’unicité définitive, dans la prétention affirmée d’un choix éternel : cela pouvait peut-être se penser dans une société immobile, pauvre en voyages, en renouvellements d’intérêts, en rencontres. Ce n’est plus le cas dans notre monde sans cesse changeant, évolutif. Aujourd’hui l’exigence morale est celle de la vérité. Et la vérité, elle aussi, évolue. Nos amours sont donc plus contingentes en ce qui concerne leur durée. Mais elles s’obligent à une reconstruction constante, à une volonté passionnée de vérité. C’est plus difficile sans doute, c’est-à-dire moins confortable, mais c’est retourner à la source.
Pour autant, les moments intenses vécus avec tel ou telle ne s’oublient pas : ils sont la matière vive de notre mémoire. (…)
Que sait-on au vrai de ceux qu’on aime ou qu’on croit aimer, de ceux dont on partage un moment ce recto de la vie qu’ils veulent bien nous offrir ? (…) »
Alain DUAULT.- La femme endormie, roman.- Plon, 2003.- p. 192 et 193







