« Un port regarde la mer, forcément. Il attend les étraves, il vous accueille à quais ouverts, vous protège. C’est un refuge cosmopolite. Un port, c’est féminin. C’est une femme qui vous berce au clapot, vous console des nuits de quart. C’est une mère qui vous donne ses filles à baiser. Alors le marin, comme l’oiseau migrateur, met le cap d’instinct vers le sein et le téton salvateur. Même la bleusaille qui débarque pour la première fois, le nez en l’air, a un compas dans la tête. Les pompons rouges naviguent au jugé vers les bars et les eldorados du sexe comme les insectes attirés par la lumière vive. Ce sont les mêmes enseignes partout, des néons hallucinogènes et des musiques qui pleurent jusqu’au caniveau. Devant la grotte au trésor, des types rabattent, d’anciens boxeurs sonnés à la blanche qui pissent le sang sur la porcelaine, des ratés de la magouille. »
Bernard Giraudeau.- Billy in Les hommes à terre.- Editions Métailié, 2004.- p. 85







