30, rue de la poste, roman.- François Bon.- Editions du Seuil, 1996.- 144 p.
« … David n’était plus qu’un client comme un autre. Puis il a voulu remonter la pente. Mais c’est le foie, qui n’a pas tenu. David est malade du foie, où se sont accumulés les poisons, et il dit de lui :
« Ma tête est blanche, dans ma tête il n’y a rien. »
J’ai dit que ça ne se pouvait pas, une tête blanche. Il m’a dit :
« J’en ai, des choses dans ma tête, mais je ne trouve pas les mots. Des mots assez forts, tu comprends. Des mots qui feraient passer l’émotion et tout. C’est en moi, et pourtant je ne trouve pas. J’ai plus de choses personnelles au fond de moi que de choses à dire. Plus de choses que je garde pour moi et je n’aime pas les dire aux autres. C’est que du malheur qui me marque. J’essaye de montrer que je suis heureux, mais au fond de moi, non, ça ne se peut pas. »
J’ai dit à David, un autre soir, qu’on pourrait faire semblant de marcher dans sa tête, de parcourir un par un les chemins et simplement de regarder au bord, ce qu’il y avait. Ramasser les choses et les mots, faire un inventaire. »…
…« Entre les phrases il y avait de grands blancs, et puis c’est comme si elles ne finissaient pas, s’éteignaient juste, disparaissaient dans le silence. »







