La vie de la famille paysanne se passe dans la salle commune cuisine, pièce à vivre, pièce de réception.
Elle est sombre.
Une seule fenêtre l'éclaire généralement. La lumière peut aussi entrer par la porte quand on la laisse ouverte. Dans beaucoup de maisons un portillon à mi-hauteur précède la grande porte massive.
Cela permet de se protéger des incursions des volailles dans la cuisine, d'éviter des accidents aux marmots, tout en conservant un peu de lumière à travers la demi ouverture.
Porte et fenêtre ont du mal à éclairer les coins de notre «oustal » dont la surface dépasse souvent trente mètres carrés.
D'ailleurs la couleur noirâtre des murs et du plafond enduits d'une suie séculaire n'attire pas la clarté. On avait passé un lait de chaux ou un gris autrefois. Mais dans beaucoup de fermes on n'en devine plus l'existence car les murs ne sont repeints qu'une fois par génération et les poutres restent noires à jamais.
Curieusement nos paysans appellent ce plafond noirci «lou cel d'oustal » le ciel de la maison! Il est fortement encombré.
Il y a des cordes, des montants de bois entre les poutres, des crochets de fer.
Toutes ces attaches supportent les provisions de bouche de la famille : des paquets d'oignon, de longues tresses d'ail, des épis de maïs. Le râtelier à pain supporte une douzaine d'énormes miches rondes qui dureront un mois.
Dans un coin la vessie desséchée du porc attend son malade, animal ou humain.On fait aussi sécher au plafond saucisse et saucissons et surtout « lou bocou » c'est-à-dire l'échine et le lard du porc familial dans lesquels la mère de famille tranche chaque jour la « portion » de tous.
Enfin, au centre, au-dessus de la table, existe Souvent une planche horizontale suspendue à deux montants de bois, formant une bibliothèque paysanne inattendue.
En effet, il est d'usage d'y ranger les quelques almanachs, de temps à autre un journal ou une lettre parvenus à la ferme, voire un vieux missel hors d'usage, qui constituent toute la lecture de la famille. En l'absence de livres, d'autres y rangent quelque médication ou leur provision d'herbes à tisanes.
L'âtre occupe tout un côté de la salle commune sous une immense cheminée assez grande pour abriter le cercle de famille et les voisins à la veillée. S'y trouvent aussi les jambons à fumer et parfois une claie à sécher les châtaignes que l'on monte au début de l'hiver.
Le foyer disposé à même le dallage est encadré de landiers d'importance variable selon la richesse de la maison. Ils supportent des crémaillères sur lesquelles on engage un tourne-broche où grillent aux temps froids quelque « rôtie » de grives ou de petits oiseaux.
Signalons aussi cette forme de chenets très curieux qui comportent un support circulaire sur lequel on pose un bol ou une écuelle pour en réchauffer le contenu. (A Suivre…)
Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature)
