IL ETAIT UNE FOIS L'AVEYRON ....
Histoir es, Contes, Légendes et Croyances populaire retraçant la vie du village et de notre région à travers le temps.
Les textes sont tirés de diverses sources citées dans la bibliographie de ce blog.
Bonne lecture à tous
pascal : bonjour auriez-vous des renseignements historiques sur le chateau ruiné de Veyreau dans les gorges de la jonte ? merci et bravo pour votre blog
marie : merci pour ce blog, pourriez vous m'indiquer des sources de documentation concernant la commune de mountpeyroux
gilles : Bonjour, je prépare un jeu de piste entre amis, dans la région de pousthomy et st sernin, et merci pour vos précieux renseignements. A bientôt
jean amans : boite de coutou
camelias : ravie d'avoir découvert votre blog qui est un tresor d'histoires, http://blog.ifr ance.com/lescam elias12
William : Bonjour! Je me marie en juin en Aveyron. Je m'empresse de réferencer votre blog sur le site de notre mariage ! http://ingrid.e t.william.site. voila.fr
Aladrya : Vous pouvez laisser vos commentaires ici ...
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Publié le 01/07/2006 à 18:11
Par Aladrya
Humeur : Au secours !
Le jeune Pouget avait vu, à l'endroit où le lion était terré, des os d'un animal qui avait été mangé. Quand les hommes parvinrent sur la crête, l'un d'eux, en se dissimulant derrière la haie, revint à l'endroit où le lion avait été pris, ramassa les os, se mit, avec la main, à remuer l'herbe, de manière à faire disparaître toute trace du séjour du fauve, puis il rejoignit ses camarades et tous les quatre disparurent.
Mis en présence des dompteurs de la ménagerie de Rodez, Joseph Pouget ne les reconnut pas pour être les hommes qui avaient capturé le lion.L'histoire avait de quoi laisser sceptiques les braves gens et la maréchaussée. D'imagination en affabulation, le lion surgissait aux quatre coins de la région pour disparaître aussitôt. Le mardi 4 juillet, les pandores virent ainsi arriver le maire de Manhac et son jeune fils. Tous deux venaient d'apprendre par on ne sait quel ragot que la capture du fauve avait été effectuée par les dompteurs, à grand renfort de paysans armés de fourches.
À la vérité les seuls à prendre goût à l'affaire étaient les publicistes. Une telle épopée cynégétique leur donnait du grain à moudre et du poil à gratter pour des lecteurs toujours avides de la curiosité publique. Les habitants de Ceignac allaient-ils être condamnés à vivre encore longtemps sous la menace de ce lion farceur et volage qui disparaissait sitôt qu'on se lançait à ses trousses?
Sur ces entrefaites débarqua à Rodez M. Verpillon, directeur du service fauvométrique du Muséum. L'homme de science se rendit aussitôt sur le terrain pour relever l'empreinte de la patte droite de derrière, espérant parvenir à identifier le fauve et à établir sa carte d'identité. L'actualité ne lui en laissa pas le temps. Cinq jours après le début des événements, les autorités estimèrent que la plaisanterie avait assez duré. Du coup, la fièvre qui s'était emparée des esprits retomba aussi vite qu'elle était montée. Chacun remisa sa peur et continua de vaquer à ses occupations agricoles, fort nombreuses à cette époque de l'année. Les quelques témoins susceptibles d'avoir vu le lion rangèrent leur vision dans l'armoire à souvenirs. Ils raconteraient plus tard leur mésaventure à leurs petits-enfants, le soir, au coin du feu. Et les yeux des gamins brilleraient.
L'affaire disparut bientôt des colonnes des quotidiens régionaux, laissant à chacun le soin de se faire son opinion et d'alimenter les débats.De quoi faire pleurer de tristesse et de dépit les pauvres loups qui venaient de se faire voler la vedette! (Fin.)
Extrait du livre " Les Mystères de l’Aveyron" aux Edition De Borée
Publié le 01/06/2006 à 11:07
Par Aladrya
Humeur : Au secours !
Dans la matinée, le jeune Rey fut appelé devant le préfet. Un brin impressionné et bousculé de questions, il maintint énergiquement ses dires. Il fut ensuite conduit à la ménagerie du champ de foire où il confirma que la bête qu'il avait vue ressemblait à l'un des jeunes lions, bien que plus petite.L'après-midi se terminait sans indice nouveau quand une nouvelle se répandit dans le chef-lieu.
Un honorable avoué de Rodez, M. Marion, qui s'était transporté en auto à l'étang de Cluzel, accompagné de son épouse et de celle du commissaire de police de Rodez, raconta que le mercredi précédent, ils avaient vu, couchée dans un champ de betteraves, une bête semblable à un lion. Sa grosse tête, sa crinière, ses yeux les avaient frappés sur le moment. Mais comme l'Aveyron n'est pas l'Atlas marocain, ils n'y prêtèrent guère attention jusqu'au moment où le lion fit parler de lui. Après mûres réflexions, l'avoué avait décidé de confier son témoignage aux gendarmes. Si l'on pouvait douter de la parole d'un jeune garçon peut-être en manque de reconnaissance, le témoignage de l'avoué ne pouvait guère prêter à suspicion.
La gendarmerie fit donc une nouvelle fois appel au dompteur de la ménagerie. De fait, à l'endroit indiqué, une trace de pas singulière marquait le sol. Le dompteur l'examina soigneusement, prit quelques mesures, réfléchit un instant puis, d'un air catégorique, affirma: « C'est bien l'empreinte de la patte de derrière d'un jeune lion. »La stupéfaction fut générale. Henri Rey n'avait donc pas rêvé! Encore moins l'avoué ruthénois ! Un lion avait bien élu domicile dans les parages. Mais d'où pouvait-il sortir? Pas d'Afrique, assurément! Le mystère s'épaississait. Impuissante, la gendarmerie fit appel à un lieutenant de louveterie pour tenter de retrouver la trace de l'animal fantôme que de plus en plus de gens croyaient avoir vu.Tout le monde en était réduit aux hypothèses les plus folles quand l'affaire prit un tournant encore plus ubuesque.
Le jeune Joseph Pouget, âgé de treize ans et fils du maire de Manhac, qui gardait ses vaches dans un pré, affirma avoir vu dans un champ de pommes de terre, situé sur le versant opposé d'un ravin, une grosse bête qui l'intrigua fort. Il en parla à sa mère à son retour à la maison. Mais personne, à l'oustal, ne daigna l'écouter. Au contraire, il se fit vertement tancer pour ses balivernes.Le lendemain matin, vers six heures trente, Joseph était encore occupé à garder son troupeau lorsqu'il aperçut quatre individus étrangers au pays, porteurs de fusils et absorbés dans de curieuses recherches.
Quand ils l'aperçurent, ceux que le jeune Joseph prit pour des romanichels lui demandèrent s'il n'avait pas vu un lion. Ayant répondu par l'affirmative, les romanichels se dirigèrent vers le champ de pommes de terre. L'enfant les suivit. Arrivés non loin du lion, celui-ci se mit à rugir. Les hommes lui parlèrent familièrement et, peu après, le fauve se laissa approcher. L'un d'eux lui passa des chaînes et les quatre hommes amenèrent le lion du côté de Ségonzac. (A Suivre…)
Extrait du livre " Les Mystères de l’Aveyron" aux Edition De Borée
Publié le 01/05/2006 à 00:25
Par Aladrya
À ce récit, toute la gendarmerie fut sur le pied de guerre. Sur la foi d'un renseignement, les pandores apprirent qu'une ménagerie s'était installée depuis deux jours sur le champ de foire de Rodez. Les gendarmes coururent donc s'informer. Aucun lion ne s'était échappé de sa cage pas plus d'ailleurs qu'un autre animal.
Devant tant d'incertitudes, les gendarmes préférèrent aviser l'autorité préfectorale qui réquisitionna la force publique, échangea des télégrammes entre les diverses brigades des cantons voisins et lança l'ordre de mobilisation générale. Rendez-vous fut pris le jour même à l'embranchement de la route nationale et du chemin conduisant à Ceignac. Tandis qu'une agitation effrénée régnait parmi les forces de l'ordre, de courageux citoyens, sentant poindre en eux une âme de Tartarin, tirèrent des râteliers familiaux qui un browning ou une carabine, qui des Remington ou des lebels, enfilèrent leur cartouchière et, armés jusqu'aux dents, s'élancèrent pour un safari des plus colorés dans les bois de Ceignac.
Tout ce beau monde se rejoignit au lieu indiqué. Vers quatorze heures, le capitaine Guignolot, assurant le commandement des brigades à cheval de Rodez, Pont-de-Salars, Cassagnes-Bégonhès, Naucelle et Sauveterre, ordonna de charger les fusils et de mettre baïonnette au canon. Le lion allait voir de quelle poudre se chauffaient les Aveyronnais!Le jeune Rey, seul témoin de l'affaire, guida les tirailleurs, qui n'avaient rien de sénégalais, pour les conduire au point précis où le fauve lui était apparu. Dans la haie qu'il désigna du doigt mais de laquelle il refusa de s'approcher, un renfoncement et des herbes foulées semblaient indiquer le passage d'une grosse bête. Les fils de fer forcés par les vaches fuyant apeurées, montraient à l'évidence que le jeune domestique n'avait pas été l'objet d'une hallucination.
La battue se termina cependant par un constat d'impuissance. Pas la moindre crinière à mettre enjoue. La troupe, un brin dépitée, se replia pour explorer le bois de Planèzes tout proche. L'ordre de se disperser fut donné par le capitaine à dix-sept heures.En attendant, les conversations allaient bon train dans le Landernean ruthénois où chacun racontait la sienne, étayant ses informations avec force détails.
Marseille, quelques mois plus tôt, n'avait-elle pas dû engager le combat, à défaut de dialogue, pour mater une tigresse en goguette sur la Canebière? Paroles de Marseillais, ce n'était pas cette fois une histoire de sardineTandis que la Presse gémissait de toute la force de ses linotypes et rotatives pour noter d'heure en heure les faits et gestes des traqueurs de fauve, l'enquête continuait d'alimenter les suppositions. (A Suivre…)
Extrait du livre " Les Mystères de l’Aveyron" aux Edition De Borée
Publié le 15/04/2006 à 00:30
Par Aladrya
Dans l’immédiat après-guerre, la région, décidément, avait tendance à se transformer en réserve africaine. Au cours de l'été précédent, une équipe de chasseurs lozériens n'avait-elle pas abattu un lion, échappé de sa cage lors d'un tamponnement, alors que le cirque circulait sur la voie ferrée en direction du Bas-Limousin ?
Le 21 octobre, au milieu de la nuit, la bête fit reparler d'elle en mordant cruellement trois veaux à Pratmals, près de Condom d'Aubrac. Le propriétaire sortit de chez lui, tout affolé par le remue-ménage qui bouleversait son étable. Mais, dans l'encre de la nuit, il ne put apercevoir la bête. Comme le fauve avait, semble t-il, l'humeur vagabonde, quelques jours plus tard, des habitants de Pont-de-Salars l'aperçurent sur le territoire de leur commune. Les bruits les plus divers couraient à son sujet. On parlait notamment d'une panthère, évadée d'un cirque se produisant dans le Puy-de-Dôme.
Sous la houlette du docteur Amans, maire de la commune, une trentaine de chasseurs encadrés d'un détachement de gendarmes se lancèrent à sa poursuite. En vain ! Plus jamais, bizarrement, la bête ne fit reparler d'elle. Parmi toutes ces bêtes sauvages qui prenaient un malin plaisir à jouer les filles de l'air quand on les approchait de trop près, celle qui hanta les nuits des habitants de la région de Ceignac laissa chez les témoins un goût amer et sur les visages des sceptiques, un sourire condescendant.
Le dimanche 2 juillet 1911, une stupéfiante nouvelle circula dans la région ruthénoise, colportée de bouche en bouche. Le matin même, vers huit heures, Henri Rey, jeune vacher de dix-neuf ans, gardait son troupeau à la lisière d'un bois, situé non loin de la route nationale 88, au lieu-dit «Bosc Grand» lorsque, tout à coup, les bovins sautèrent brusquement de côté, s'arrêtèrent épouvantés puis, en proie à une terreur folle, renversèrent la barrière métallique du champ et s'enfuirent en mugissant.
Le jeune Henri s'avança pour voir ce dont il s'agissait. Quel ne fut pas son effroi en apercevant, à moins de trente mètres de lui, sortant de la haie, la tête au poil fauve, couverte d'une épaisse crinière et dont le corps se terminait par une queue longue en tout point semblable à celle de ses vaches. Henri Rey n'avait vu un tel animal que sur les images d'Épinai mais il ne faisait aucun doute que la bête qui se dressait devant lui était... un lion !
En le voyant, le fauve bondit en rugissant, ouvrant une gueule effrayante, garnie de crocs terribles. Le vacher ne demanda pas son reste. Abandonnant son troupeau au probable appétit du fauve, Henri Rey s'enfuit à toutes jambes à travers les blés. Parvenu à bout de souffle à la ferme de son maître, M. Blanc, il lui raconta sa mésaventure. De concert, les deux hommes se rendirent à la gendarmerie de Ceignac tandis qu'un deuxième domestique se voyait chargé de récupérer le troupeau.
«Au lion! Au lion! balbutia éperdu le jeune vacher, en se présentant aux gendarmes.
- Où donc ? riposta avec ahurissement le brigadier.
- Tout près d'ici... à la lisière d'un bois... Epouvantées par le terrible animal, mes vaches se sont enfuies. » (A Suivre…)
Extrait du livre " Les Mystères de l’Aveyron" aux Edition De Borée
" Les Mystères de l’Aveyron" aux Edition De Borée
Publié le 01/04/2006 à 01:00
Par Aladrya
De tout temps, le loup a marqué de sa griffe l'histoire des hommes. Songeons à Romulus et Remus élevés par une louve; à ces meutes pénétrant l'hiver au coeur des villes moyenâgeuses pour se nourrir ; à la peur bleue que la bête du Gévaudan inspirait aux enfants pas sages. Si, depuis, la bête humaine a éradiqué le loup partout où il lui disputait son territoire, il n'en demeure pas moins vrai que son retour sommeille en chacun de nous. On n'efface pas en quelques décennies plusieurs siècles de lutte sans merci. Crier au loup, c'est ressusciter la crainte ancestrale de le voir ressurgir au détour d'un chemin, la gueule grande ouverte, l'oeil malicieux, se pourléchant les babines et vexé qu'on lui fasse toujours tenir le mauvais rôle, celui du grand méchant loup assoiffé de sang.
Il suffit que son ombre hante à nouveau l'orée des bois, que quelques animaux disparaissent du troupeau pour jeter l'émoi dans toute la contrée. Si le loup est désormais protégé après avoir été décimé, le vieux réflexe de décrocher les fusils du râtelier démontre combien les hommes ne sont pas prêts à lui faire une petite place à leurs côtés. L'exemple du loup du Larzac qui, récemment, alimenta la chronique estivale, prouve combien sont tenaces nos vieilles croyances.
Il y a cinquante ans, l'Aubrac crut bien que le loup tentait de reconquérir son territoire, traquant comme autrefois sur la lande les pèlerins de Compostelle, pressés d'entendre la cloche des Perdus de la dômerie d'Aubrac.
Tandis que les exploits du Masque Rouge hantaient les nuits des gendarmes lancés à ses trousses, une bête mystérieuse s'attaqua à des animaux parqués dans les « montagnes », tuant un veau à la Borie de Linger, près de Lacalm. Buronniers et bergers se lancèrent à sa poursuite mais ils ne purent l'approcher, affirmant tout de même qu'ils l'avaient blessée d'un coup de fusil. Tout le monde se tenait plus ou moins sur ses gardes quand un jeune Nemrod de Saint-Laurent d'Olt fit une rencontre pour le moins inattendue. Un magnifique tigre se tenait à quelques mètres, paisiblement couché et grognant un peu à son approche. Notre chasseur se pinça pour voir s'il ne rêvait pas. Le fauve se trouvait bien devant lui. Comme il ne possédait pas de plomb assez gros pour rivaliser avec un gibier d'une telle envergure, il battit en retraite. Cette apparition, cependant, l'intriguait. Qu'allait-il bien pouvoir raconter à ses amis? Du coup; il rebroussa chemin. Il vit alors la bête qui s'éloignait, battant les flancs de sa longue queue. Le lendemain, la presse ne se priva pas de narrer sa rencontre fortuite avec le tigre. Une bête fauve écumait bien la région. La gendarmerie appela donc les populations à la plus extrême prudence. (A Suivre…) Extrait du livre " Les Mystères de l’Aveyron" aux Edition De Borée
Publié le 14/03/2006 à 13:57
Par Aladrya
Humeur : Gaie
Cette légende, extraite du livre « A travers Causses e Raspas – Légendes et récits de la vallée du Tarn" de Gaston Boulouis, fut retrouvée dans les manuscrits de l'abbé Hèbles, ancien curé d’ Ayssènes.
Elle est de l'histoire d'un terroir et de ses hommes. "Un soir, le courrier qui porte les correspondances d'Ayssènes à Melvieu et vice-versa vint me trouver tout bouleversé : "Monsieur, me dit-il, depuis deux ou trois jours, le matin et le soir, quand je passe au Mas-de-Benou, j'entends des cris d'un homme qui semblent sortir du gouffre. On dirait des cris de désespéré. Cela me fait frissonner. Je ne suis pas poltron, comme vous savez ; mais ces cris m"épouvantent. Qu'en pensez-vous ? Qu'est-ce ? Si je leur réponds, ils se taisent. Si c'était un homme en danger, il crierait plus fort pour appeler au secours... "N'ayez pas peur, lui dis-je; c'est le cavalier qui, du fond du gouffre, maudit les bandits qui ont enlevé et fait souffrir sa chère Aude". Il me fallut lui raconter l'histoire de ce chevalier dont le corps gît encore sans doute au fond du gouffre et qui crie vengeance contre les ravisseurs de sa fiancée. Et voici cette histoire, telle que je l'ai trouvée dans un vieux parchemin du 13ème siècle. C'était au temps de la guerre des Albigeois. Ayssènes appartenait par moitié à Déodat de Sévérac, Albigeois forcené qui ravageait sans vergogne tout le pays aux alentours de ses châteaux. Il allait jusque dans le Gévaudan piller et massacrer les paysans coupables de ne pas suivre sa secte.
Il vint un jour à Ayssènes avec sa bande de ribauds et s’empara du village. Mais le château-fort, dressé sur le roc de Saint-Jean ne voulut pas se rendre. Le capitaine en avait été nommé par Henri I, comte de Rodez. Sévérac se mit à assiéger le château. Le capitaine avait une fille nommée Aude, belle et vertueuse, ornée de toutes les qualités qui font une demoiselle parfaite. Elle était d'une générosité sans pareille pour les pauvres et quand, tous les matins, elle assistait à la messe que célébrait son chapelain, les manants croyaient qu'ils avaient devant leurs yeux une sainte du paradis.
Tous les jeunes chevaliers des environs aspiraient à sa main. Mais elle choisit le fils du seigneur des Ribes, Arnault, jeune seigneur plein d'honneur et de vertus. Le mariage devait avoir lieu le mois suivant. Il fallait attendre le retour de messire Jean de Saluste, père du fiancé, qui guerroyait prés de Carcassonne contre les mécréants, sous les drapeaux de Simon de Monfort.
Le château d'Ayssènes fut attaqué avec une rage diabolique par Sévérac; et les défenseurs virent bien vite qu'ils ne pourraient pas résister longtemps. Aude appelle son serviteur Jérôme : "Va aux Ribes, lui dit-elle, et tu diras au preux Arnault que Aude est en danger. Que Dieu te garde de tomber entre les mains de ces ribauds Le serviteur arrive tout haletant aux Ribes et crie au jeune chevalier: "Aude est en danger dans le château d'Ayssènes et m’envoie vous le dire « Aude en danger ! Ah ! Les bandits. Sois maudit, chevalier félon de Sévérac! Vite mon cheval et mes armures. "Dieu, garde la vertueuse Aude et permets que de ces ribauds il n'en reste pas un seul Que l'enfer s'ouvre sous leurs pieds et les engloutisse tous ! »
Fou d'amour et de colère, le jeune chevalier des Ribes part comme un bolide et prend le sentier qui, sur les bords du Tarn, conduit vers Ayssènes. Eperdu d'angoisse, il arrive bientôt en vue du village, à un endroit où l'étroit sentier surplombe la rivière. A travers une épaisse fumée, Arnault voit le château en flammes et du haut du donjon un cri lui arrive: Aude avait reconnu son fiancé. "Aude !" crie le vaillant chevalier et, fou de douleur, il pique son cheval des deux. Sous le coup de l'éperon, la pauvre bête se cabre; mais, dans un affolement, elle fait un faux pas roule à travers les rochers à pic, et va avec son cavalier s'effondrer dans le Tarn. On n'entendit qu'un poignant gémissement dans lequel se mêlaient les noms d'Aude et celui de Dieu.
Aude fut emmenée par Déodat à Sévérac où elle resta prisonnière jusqu'à la prise du château par Simon de Monfort. Elle revint alors à Ayssènes d'où chaque jour elle descendait, toute triste, au Mas-de-Benou, et là, elle semblait chercher quelque chose dans les remous du gouffre, puis elle priait longtemps, longtemps...
On n'a jamais retrouvé le corps du brave Arnault. Il est toujours dans la rivière à l'endroit où il est tombé. Depuis lors, chaque cinq ans, pendant plusieurs jours, le matin à l'aurore, et le soir à la tombée de la nuit, on entend sa voix répétée par l'écho de la montagne. Elle crie vengeance au ciel et pleure sur le sort de la belle Aude.
C'est depuis ce temps-là que ce lieu s'appelle « le Roc du Cavalier ».
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