Le reste du mobilier comprend généralement un buffet surmonté d'un vaisselier, quelque armoire et, sous l'escalier montant au galetas, un lit formant alcôve protégé par de grands rideaux de serge rouge.
Dans l'Ouest du département ou dans les grosses fermes, la salle commune se prolonge par une petite pièce dallée, évier ou souillarde, dite «faro-oyero », car elle vient en saillie à l'extérieur sur le mur de la maison.
Elle prend souvent l'allure d'une petite tour.
C'est une pièce à tout faire pour la ménagère, avec évacuation d'eaux usées, parfois même avec un puits intérieur.
Quand la fermière dispose ainsi d'une souillarde, elle y place le vaisselier garni d'assiettes, de cuillers et de fourchettes. La souillarde abrite d'un autre côté la fontaine de cuivre à deux corps ou un évier de pierre, la marmite de la soupe.
Cela permet plus de netteté dans la salle commune.
Les chambres peu nombreuses contiennent peu de mobilier. Au siècle dernier les paysans rouergats préféraient dormir très haut.
Un lit plat était signe de pauvreté car il indiquait qu'on n'avait pas été capable de le garnir.
Les maîtres couchent dans leur lit dotal comme le veut la coutume rouergate du mariage.
Pour les plus riches, des colonnes, un ciel de lit, des rideaux aux couleurs vives lui confère une certaine majesté.
Chez les autres le lit est simplement entouré de rideaux et il a été fabriqué par un modeste menuisier de village.
Mais pour toute mariée, le trousseau de lit comporte les mêmes pièces une paillasse remplie de paille ou de dépouilles de mais, un matelas de laine ou de plume, un traversin, deux draps et deux couvertures de laine, les «flassados ».
Chaque famille mettait un point d'honneur à satisfaire à cet usage.Les armoires traduisent bien la richesse de leur propriétaire. Aisée, la maison possède de beaux meubles décorés de motifs à losanges typiques du mobilier régional où en style Louis XV campagnard.
Mais dans la grande majorité des fermes modestes l'armoire demeure de facture primitive, parfois de simples placards dans les murs.
Le paysan rouergat s'attache à garnir 1' « oustal » avec les faibles moyens dont il dispose. Ici point de tableaux qui restent l'apanage des châteaux et des bourgeois des villes.
La décoration de la salle commune paraît d'une rusticité étonnante. Les images pieuses, cachets de première communion, effigies de la Vierge ou de la Sainte-Famille achetées lors d'une retraite dans la paroisse, le crucifix en constituent l'essentiel.
Très souvent aussi un grand chapelet de Lourdes accroché en M ou en coeur sur le mur complète, avec le bénitier bleuté, cette démonstration de piété de la famille paysanne.
Vers la fin du siècle, le diplôme encadré du certificat d'études primaires, un daguerréotype de mariage pour les plus aisés occuperont un autre pan de mur. (A Suivre…)
Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature)
