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Mon bloc perso.
IL ETAIT UNE FOIS L'AVEYRON ....
Histoir es, Contes, Légendes et Croyances populaire retraçant la vie du village et de notre région à travers le temps. Les textes sont tirés de diverses sources citées dans la bibliographie de ce blog. Bonne lecture à tous Tribune libre
pascal : bonjour auriez-vous des renseignements historiques sur le chateau ruiné de Veyreau dans les gorges de la jonte ? merci et bravo pour votre blog
marie : merci pour ce blog, pourriez vous m'indiquer des sources de documentation concernant la commune de mountpeyroux gilles : Bonjour, je prépare un jeu de piste entre amis, dans la région de pousthomy et st sernin, et merci pour vos précieux renseignements. A bientôt jean amans : boite de coutou camelias : ravie d'avoir découvert votre blog qui est un tresor d'histoires, http://blog.ifr ance.com/lescam elias12 William : Bonjour! Je me marie en juin en Aveyron. Je m'empresse de réferencer votre blog sur le site de notre mariage ! http://ingrid.e t.william.site. voila.fr Aladrya : Vous pouvez laisser vos commentaires ici ...
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Publié le 27/02/2007 à 10:25
Le luminaire n'est pas moins simple. Un principe fondamental présidait à son utilisation on s'en passait tant que la lueur du jour ou celle du foyer permettaient de vaquer aux travaux en cours, et nos ancêtres jouissaient d'une singulière faculté d'accommodation!
Les plus pauvres utilisèrent longtemps de grossières chandelles de résine ou de poix. Puis, l'abondance d'huile de noix dans le pays fit apparaître une lampe très primitive, « lou calel », faite d'un récipient à trois ou cinq becs portant des mèches. Bien des fermes ne possédaient que des lumignons, et à la nuit tombante la plupart des besognes se faisaient dans une demi-obscurité. A la fin du siècle le Rouergat dispose enfin d'un moyen d'éclairage plus efficace avec la généralisation du pétrole, utilisé d'abord dans la lampe Pigeon, puis dans de nombreux modèles de lampes tempête. Point de commodité non plus dans l'approvisionnement en eau. Dans les fermes caussenardes c'est souvent une véritable hantise car les nappes et les citernes s'épuisent vite ainsi que les « lavognes » ou s'abreuvent les brebis. Ailleurs, les puits existent dans tous les villages. Particuliers ou mitoyens, ils sont maçonnés en un petit édifice recouvert d'ardoises grossières et fermés par une porte rustique. L'eau monte dans un seau suspendu à une chaîne qu'on enroule sur un tourillon à chevilles. Il faut parfois la tirer de plus de vingt mètres. On imagine alors la peine de la maîtresse de maison et des servantes à qui revient souvent cette tache. Dans le Villefranchois on utilise aussi des puits très curieux, à balancier, dits « collebo ». A quelques mètres du puits, le four familial dresse sa silhouette trapue dans toutes les fermes. On y cuit le pain et on y fait sécher les fruits tels que les poires ou les prunes, ou le chanvre. (Fin.) Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature) Publié le 27/02/2007 à 10:21
Le reste du mobilier comprend généralement un buffet surmonté d'un vaisselier, quelque armoire et, sous l'escalier montant au galetas, un lit formant alcôve protégé par de grands rideaux de serge rouge.
Dans l'Ouest du département ou dans les grosses fermes, la salle commune se prolonge par une petite pièce dallée, évier ou souillarde, dite «faro-oyero », car elle vient en saillie à l'extérieur sur le mur de la maison. Elle prend souvent l'allure d'une petite tour. C'est une pièce à tout faire pour la ménagère, avec évacuation d'eaux usées, parfois même avec un puits intérieur. Quand la fermière dispose ainsi d'une souillarde, elle y place le vaisselier garni d'assiettes, de cuillers et de fourchettes. La souillarde abrite d'un autre côté la fontaine de cuivre à deux corps ou un évier de pierre, la marmite de la soupe. Cela permet plus de netteté dans la salle commune. Les chambres peu nombreuses contiennent peu de mobilier. Au siècle dernier les paysans rouergats préféraient dormir très haut. Un lit plat était signe de pauvreté car il indiquait qu'on n'avait pas été capable de le garnir. Les maîtres couchent dans leur lit dotal comme le veut la coutume rouergate du mariage. Pour les plus riches, des colonnes, un ciel de lit, des rideaux aux couleurs vives lui confère une certaine majesté. Chez les autres le lit est simplement entouré de rideaux et il a été fabriqué par un modeste menuisier de village. Mais pour toute mariée, le trousseau de lit comporte les mêmes pièces une paillasse remplie de paille ou de dépouilles de mais, un matelas de laine ou de plume, un traversin, deux draps et deux couvertures de laine, les «flassados ». Chaque famille mettait un point d'honneur à satisfaire à cet usage.Les armoires traduisent bien la richesse de leur propriétaire. Aisée, la maison possède de beaux meubles décorés de motifs à losanges typiques du mobilier régional où en style Louis XV campagnard. Mais dans la grande majorité des fermes modestes l'armoire demeure de facture primitive, parfois de simples placards dans les murs. Le paysan rouergat s'attache à garnir 1' « oustal » avec les faibles moyens dont il dispose. Ici point de tableaux qui restent l'apanage des châteaux et des bourgeois des villes. La décoration de la salle commune paraît d'une rusticité étonnante. Les images pieuses, cachets de première communion, effigies de la Vierge ou de la Sainte-Famille achetées lors d'une retraite dans la paroisse, le crucifix en constituent l'essentiel. Très souvent aussi un grand chapelet de Lourdes accroché en M ou en coeur sur le mur complète, avec le bénitier bleuté, cette démonstration de piété de la famille paysanne. Vers la fin du siècle, le diplôme encadré du certificat d'études primaires, un daguerréotype de mariage pour les plus aisés occuperont un autre pan de mur. (A Suivre…) Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature) Publié le 18/02/2007 à 08:41
En arrière du feu le mur est protégé par une plaque ou, plus souvent, par une grosse dalle ou un muret. A droite ou à gauche, une cavité creusée à même la paroi de la cuisine accueille les cendres que l'on conserve précieusement jusqu'à la prochaine lessive pour les utiliser en guise de détergent. Des foyers secondaires se nichent quelquefois dans l'embrasure d'une fenêtre, sous une grosse pierre munie d'un orifice. Le langage local les désigne sous le vocable de « potagers »; on les remplit de braises et ils servent à tenir chaudes ou même à cuire certaines préparations culinaires ou à faire cailler le fromage. Mais la pièce essentielle du mobilier de l'âtre est la potence noircie qui pivote pour venir chercher en avant du feu, à l'aide d'une crémaillère, la marmite de fonte de la soupe ou les chaudrons remplis de bouillie à cochons. On suspend aussi à la crémaillère les « querbos », un instrument absolument essentiel à la ménagère car il supporte les poêles et les casseroles de tous rangs. Dans un coin trône le coffre à sel en forme de banc sur lequel les vieillards se complaisent à s'asseoir, ranimant le feu à l'aide d'une « canelo » faite d'une tige de sureau vidée de sa moelle.Ainsi l'âtre et la cheminée prennent-ils une grande importance dans la vie de la famille paysanne. La chaleur qu'on y ressent n'est pas seulement celle du feu de bois, mais aussi la chaleur humaine, la joie de se retrouver réunis pendant les froides soirées d'hiver. C'est cette chaleur humaine que traduit le terme assez vague de « cantou » pour désigner le coin du feu dans son ensemble, et aussi l'intimité, le chez-soi. Chacun aime à s'y retrouver quand il a besoin de sentir autour de lui la chaleur réconfortante de la famille. Le mobilier populaire rouergat parait d'une grande simplicité.Au centre de la salle commune une table à la fois longue et massive en forme l'élément principal, parfois unique. La table familiale comporte un énorme tiroir en bout où sont logés la miche de pain entamée, le fromage blanc, les oignons et dans certaines fermes les assiettes de chacun qui servent deux fois dans la journée sans être lavées. Au début du siècle existaient des tables très curieuses : on y avait creusé à même le bois des alvéoles reliés entre eux par une petite rainure. La ménagère versait la soupe en bout de table et chaque convive en avait ainsi sa part par le principe des vases communicants!Quand on mange, assis sur des bancs, on coince la miche debout dans le grand tiroir. Le maître de maison en coupe de larges tranches, signe de préséance évident Que tei lou coutelCoupo lou cantel Qui tient le couteauCoupe le pain. (A Suivre…) Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature) Publié le 27/01/2007 à 15:09
Humeur : Souriante
La vie de la famille paysanne se passe dans la salle commune cuisine, pièce à vivre, pièce de réception.
Elle est sombre. Une seule fenêtre l'éclaire généralement. La lumière peut aussi entrer par la porte quand on la laisse ouverte. Dans beaucoup de maisons un portillon à mi-hauteur précède la grande porte massive. Cela permet de se protéger des incursions des volailles dans la cuisine, d'éviter des accidents aux marmots, tout en conservant un peu de lumière à travers la demi ouverture. Porte et fenêtre ont du mal à éclairer les coins de notre «oustal » dont la surface dépasse souvent trente mètres carrés. D'ailleurs la couleur noirâtre des murs et du plafond enduits d'une suie séculaire n'attire pas la clarté. On avait passé un lait de chaux ou un gris autrefois. Mais dans beaucoup de fermes on n'en devine plus l'existence car les murs ne sont repeints qu'une fois par génération et les poutres restent noires à jamais. Curieusement nos paysans appellent ce plafond noirci «lou cel d'oustal » le ciel de la maison! Il est fortement encombré. Il y a des cordes, des montants de bois entre les poutres, des crochets de fer. Toutes ces attaches supportent les provisions de bouche de la famille : des paquets d'oignon, de longues tresses d'ail, des épis de maïs. Le râtelier à pain supporte une douzaine d'énormes miches rondes qui dureront un mois. Dans un coin la vessie desséchée du porc attend son malade, animal ou humain.On fait aussi sécher au plafond saucisse et saucissons et surtout « lou bocou » c'est-à-dire l'échine et le lard du porc familial dans lesquels la mère de famille tranche chaque jour la « portion » de tous. Enfin, au centre, au-dessus de la table, existe Souvent une planche horizontale suspendue à deux montants de bois, formant une bibliothèque paysanne inattendue. En effet, il est d'usage d'y ranger les quelques almanachs, de temps à autre un journal ou une lettre parvenus à la ferme, voire un vieux missel hors d'usage, qui constituent toute la lecture de la famille. En l'absence de livres, d'autres y rangent quelque médication ou leur provision d'herbes à tisanes. L'âtre occupe tout un côté de la salle commune sous une immense cheminée assez grande pour abriter le cercle de famille et les voisins à la veillée. S'y trouvent aussi les jambons à fumer et parfois une claie à sécher les châtaignes que l'on monte au début de l'hiver. Le foyer disposé à même le dallage est encadré de landiers d'importance variable selon la richesse de la maison. Ils supportent des crémaillères sur lesquelles on engage un tourne-broche où grillent aux temps froids quelque « rôtie » de grives ou de petits oiseaux. Signalons aussi cette forme de chenets très curieux qui comportent un support circulaire sur lequel on pose un bol ou une écuelle pour en réchauffer le contenu. (A Suivre…) Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature) Publié le 01/07/2006 à 17:49
Humeur : Gaie
L'apparition de la cour signifie une certaine aisance du propriétaire, capable de consacrer une parcelle assez étendue à des bâtiments plus complexes que dans la maison-bloc. De magnifiques cours caractérisent ainsi les grosses exploitations caussenardes. Très souvent elles sont entièrement closes, ne communiquant avec l'extérieur que par un portail fermé d'énormes vantaux. Ce portail d'entrée formant porte charretière est entouré de pierres de taille et surmonté d'un petit toit allongé qui protège et qui sert d'abri au visiteur. Très curieusement la vogue de ces portails ne s'est pas étendue partout en Aveyron. Il semble qu'ils vont de pair avec une certaine fierté, une affirmation de l'indépendance de l'exploitant. Par exemple, les exploitants moyens du Ségala central les ont volontiers adoptés à la fin du siècle dernier pour s'égaler aux plus riches qui en possédaient seuls auparavant. La monotonie de la façade est très souvent rompue par l'existence d'un balcon sous auvent appelé «balet» ou «pompidou ». L'escalier de pierre y aboutit et l'ensemble prend un cachet incontestable.Majesté ou simplicité procèdent aussi de l'élégance de la toiture. Les lourdes plaques tirées de quelque carrière proche, schistes dans le Ségala, la Viadène, le Lévezou et leurs abords, dalles calcaires ailleurs, donnaient aux toits rouergats une allure sévère et en même temps un caractère imposant. Ils s'ornaient de lucarnes, les «loups», de tourelles ou de simples pigeonniers. Dans la partie méridionale de la province les toits rouges paraissaient plus gais. Parfois un charpentier habile répandait dans les «rivières» caussenardes la grâce des toitures curvilignes « à la Philibert ».Sous la protection efficace des lauzes complétée assez souvent par une couche de terre glaise étendue sur une solide volige, excellente isolation contre les intempéries, la disposition des pièces ne variait guère. La pièce principale, la salle commune, était flanquée d'une grande chambre. Les chambres secondaires, les « combrous » n'existaient jamais en nombre suffisant pour toute la famille.Des dépendances servaient à entreposer des denrées le charnier ou saloir, petite pièce obscure, et surtout les grands galetas qui pouvaient ressembler à des cathédrales quand la charpente soutenait une toiture très élevée. Bien des choses y voisinaient: légumes secs, oignons, parfois du blé dans des « arques 1 »colossales; rats et chats dont les poursuites soudaines se haussaient au rang de quelque diabolique sarabande dans l'esprit des gens à la veillée au-dessous. Que de frayeurs sont souvent venues du grenier en ce siècle de revenants, qui n'étaient dues qu'à un matou maladroit ayant manqué une souris! (A Suivre…) 1. «Arques» : grands coffres à céréales destinés à tenir Ces dernières à l'abri de l'humidité, des insectes et des rongeurs. Ces coffres existent dans toutes les fermes. Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature) Publié le 16/06/2006 à 17:45
La maison rouergate offre au regard une certaine rudesse de traits. Cependant, les traditions d'une architecture paysanne élaborées empiriquement en fonction des besoins de la vie familiale ou de ceux de l'exploitation aboutissent bien souvent à donner noblesse et charme à ces robustes bâtisses. Pour la famille la maison c'est « l'oustal » dans lequel s'incarne la continuité d'une lignée. En effet, ce terme désigne aussi bien la maison au sens propre que la salle commune-cuisine, ou que la maisonnée, le lignage. Ainsi, dans cette civilisation paysanne le concept de maison, d'«oustal» comporte deux valeurs inséparables : l'une matérielle, celle de l'abri de la famille, l'autre spirituelle puisque tout un symbolisme s'attache à la maison-lignage,L'allure extérieure, l'importance de la maison changent d'une région à l'autre dans le département et selon la condition de la famille. Les bâtiments des grandes fermes du Causse, du Villefranchois ou du Ségala forment des bâtisses impressionnantes qui les font ressembler à une petite forteresse, parfois à un manoir Si quelque tour vient en agrémenter les silhouettes. Inversement, on distingue mal la maison exiguë des pauvres des hangars et des séchoirs à châtaignes,En effet, au siècle passé les maisons les plus modestes ne comportaient qu'une ou deux pièces en rez-de-chaussée, sans galetas. Le sol était souvent de simple terre battue, les combles inexistants sous un toit de lauzes ou sous la pittoresque « Clouchado1».Cependant, à travers les variations locales, la maison de l'exploitant indépendant forme un type assez bien représenté partout en Aveyron.La maison rurale aveyronnaise est généralement un bâtiment en hauteur. Au niveau du sol l'étable à porcs ou une bergerie s'accolent à une cave conçue comme une réserve : la futaille y voisine avec les pommes de terre, les racines fourragères, etc. Au-dessus vivent les gens. La grange-étable forme le pendant de la maison d'habitation soit tout contre celle-ci, soit séparée. La disposition d'ensemble des bâtiments se révèle assez simple. Les plus modestes ou les habitants des vieux villages ont adopté la « maison-bloc », grange et habitations accolées. Parfois, tout le village s'organise ainsi le long d'une sorte de rue principale, chaque propriétaire y disposant de quelques mètres de façade.L'ensemble donne l'impression d'une maison unique étonnamment allongée puisque le même toit recouvre tout le groupe de maisons et de granges. Sans en porter le nom en Rouergue, ce type d'habitat ressemble fort aux « barriades» du Cantal ou d'Auvergne. Il existe très souvent quand un village a tenté de profiter d'un site de promontoire allongé pour s'installer. (A Suivre…) 1. Clouchado : toit de chaume. Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature) Publié le 01/06/2006 à 17:42
Humeur : Tendre
Nos paysans se moquaient également des excités des deux camps car la politique ne faisait guère venir les blés, ni bouillir la marmite familiale. Le bon sens campagnard renvoyait dos à dos les champions des Catholiques et ceux des Républicains. « Votez pour les " culs blancs" votez pour les " culs rouges", vous les retrouverez un jour dans le même pantalon », disaient les vieillards sarcastiques.L'habitat aveyronnais satisfait mal au goût du classement des géographes. Est-il groupé ou dispersé? En fait, on observe l'un et l'autre. Les grosses fermes sont souvent très isolées. Il en est ainsi sur les Causses, I 'Aubrac, le Lévezou. Au contraire les villages serrés abritent une multitude de petits exploitants dans les pays du grès de Marcillac ou du Camarès, dans les vallées du Lot de la Truyère ou celles du Ségala. Les Rouergats désignent sous le nom de « village » un groupement de quelques maisons, un hameau. Notons cependant que ces hameaux abritaient une population plus nombreuse qu'aujourd'hui, ce qui permettait l'éclosion d'une vie sociale plus intense que de nos jours à la campagne.S'il ne comporte pas de place centrale, le village rouergat possède toujours une étendue d'usage collectif. C'est le « couderc ».Il s'agit généralement d'un espace herbeux où les volailles, les porcs, voire les troupeaux vagabondent. Le paysan y dépose ce qu'il ne peut loger instruments aratoires, chars, bois de chauffage en grands tas ou « léniers ». On y dresse aussi les gerbiers Si l'on ne possède pas d'aire particulière. Mais le « couderc » prend aussi une valeur sociale dans tous les hameaux. Jeunes et vieux s'y rassemblent pour le jeu de quilles. Le bûcher de la Saint-Jean y flamboiera au soir du 23 juin. Si d'aventure quelque musique se fait entendre au village on dansera sur le « couderc ». Il était également d'usage d'y rassembler les troupeaux pour la bénédiction rituelle.Les villageois usent aussi en commun d'instruments ou d'édifices plus ou moins nombreux selon les hameaux et les régions du département abreuvoirs, mare, lavoirs, viviers. Beaucoup sont également équipés d'un « travail» en bois ou en pierre qui sert à ferrer ou à soigner les bovins et les chevaux.Mais, on le voit, les commodités du village demeurent sommaires. Point d'hygiène par exemple. Dans les villages serrés chacun empile le fumier de ses vaches devant sa porte. (A Suivre…) Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature) Publié le 04/04/2006 à 01:00
L'ignorance des paysans ajoutait à leur isolement car seules les informations transmises de bouche à oreille pénétraient dans les campagnes. Fort heureusement l'instruction fera quelques progrès sensibles après 1880, mais quand éclata la Grande Guerre maint parent ne savait pas encore lire les lettres du front. Quelques années plus tôt vers 1880, les échanges épistolaires étaient réduits au minimum. Seuls les plus hardis se décidaient à écrire à leur fiancée quand ils accomplissaient leur service militaire. On pourrait conclure à lire ces missives Si succinctes et à l'écriture Si maladroite à une indigence de sentiments. En fait il n'y avait qu'indigence d'instruction élémentaire. Voici un de ces billets, d'un jeune Rouergat stationné à Béziers vers 1890 : on ne peut être plus laconique! « Adieu, Marie. Le vin se vend deux sous la pauque. « Adieu, Marie. Considérées à un niveau plus général les lacunes de l'instruction ne sont pas moins frappantes. Avant 1850, un tiers seulement des parrains et marraines ont signé de leur nom les registres de baptême. A la fin du siècle encore un quart ou un tiers des conscrits, selon les cantons, ne savent ni lire ni écrire. Isolé, peu instruit, pauvre, le Rouergat n'a guère modifié le cadre de son existence au XIXe siècle. Villages et maisons gardent un aspect archaïque qui paraît immuable. Autrefois la vie de chacun s'organisait dans le cadre d'une communauté rurale, généralement une paroisse. Il a fallu une génération entière pour que s'imposent les nouveaux cadres municipaux, cantonaux, départementaux. D'ailleurs, la dissidence du clergé rouergat pendant toute cette période faisait hésiter les paysans. Il y eut d'abord les Réfractaires, dont certains furent Si estimés de leurs contemporains qu'ils y gagnèrent une réputation de sainteté. Mais la résistance la plus curieuse fut celle des prêtres qui n'acceptèrent pas les transactions du concordat de 1801. Ils entrèrent dans la clandestinité officiant dans l'illégalité, cachés aux regards par quelque haie, d'où le nom de « Bartassiers » qu'on leur donna. Les derniers ne disparurent qu'en 1850 dans l'arrondissement d'Espalion, qui était le moins pénétrable. Cependant, parmi les paysans des ambitions municipales se manifestèrent assez Vite et peu à peu se créèrent de petites dynasties de conseillers ou de maires qui régentaient les communes de génération en génération. On trouva même un terme curieux pour désigner la campagne électorale avec ses visites et ses promesses aux électeurs. «Ana cabala 1 » aller faire sa tournée électorale devint une nécessité pour tout candidat au conseil municipal. Le cadre municipal accepté, le village ou le hameau conservaient leur place dans l'existence quotidienne. Le chef-lieu de la commune avait été installé dans le bourg le plus important, malgré quelques tiraillements. Pour satisfaire les villages délaissés, on créa des « sections de commune » qui correspondaient souvent aux anciennes paroisses. Chacun y trouva son compte et un nouvel équilibre administratif régna alors sur les campagnes rouergates. Mais, la lenteur, l'incapacité, la faiblesse des moyens financiers paralysaient les rares affaires en cours. Il fallut attendre la fin du siècle et l'avènement des secrétaires de mairie instituteurs pour que l'efficacité entre enfin dans les moeurs. Une nouvelle difficulté surgit alors : la querelle entre le curé et l'instituteur, entre les « Rouges » et les « Blancs ». Mais ceci est une autre histoire! (A Suivre…) 1. Cabala : de calai (cheval). Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature) Publié le 28/03/2006 à 12:41
La tonalité générale de la vie rurale au siècle dernier paraît celle d'un isolement accentué et du repliement sur soi dans les villages et les hameaux. On se visite beaucoup entre membres de la même famille ou entre voisins, mais ces échanges se tiennent dans les limites du village ou de la paroisse. La population rurale apparaît stable à travers tous les documents de l'époque. Les recensements successifs montrent que nos paysans naissaient, vivaient et mouraient sur place; le mariage lui-même n'implique jamais un long déplacement car les unions se nouent dans un cercle coutumier assez étroit. D'ailleurs comment faire autrement? Les chemins demeurent mauvais pendant toute notre période. Curieusement, ils empruntent de préférence un tracé de vallée dans un pays de relief coupé. Les déplacements de quelque importance effraient encore ces ruraux isolés; une foule d'obstacles envahit l'imagination des moins hardis à l'idée de se rendre à une foire éloignée ou à quelque pèlerinage menaces des orages ou de la froidure, peur des détrousseurs, angoisse de rencontrer quelque esprit mauvais. On craint particulièrement les déplacements de nuit. C'est la hantise des épouses qui recommandent toujours au maître de maison partant à la foire de conclure rapidement ses affaires, de ne pas traîner dans les auberges et de rentrer avant la nuit. De même toute jeune fille qu'on rencontrerait dehors après « souricou », c'est-à-dire après le coucher du soleil, serait aussitôt calomniée par le voisinage... Toutes ces peurs confuses résultent de l'isolement. Celui-ci s'aggrave pendant les longs hivers du siècle passé, plus rigoureux que les nôtres de l'avis de tous les vieillards qui les ont vécus. Toutes les régions du département en souffrent. Dans la Montagne, sur l'Aubrac, dans le Carladez, la Viadène, tout déplacement devient impossible. Les congères obstruent les chemins et les perdus dans la neige meurent vite, aveuglés et asphyxiés dans la tourmente. Mais le froid paralyse aussi les autres régions. Les chemins envahis d'eau qui se prend en glace deviennent d'impraticables patinoires. La neige recouvre routes et chemins, Si bien que les villageois du Ségala ou du Lévezou demeurent isolés dans leurs hameaux parfois durant deux semaines. Dans cette atmosphère de crainte confuse, la peur des bêtes fauves n'est pas la moindre. Toute la partie orientale du département frémit à la narration des exploits terribles de la Bête du Gévaudan. En Aveyron même, les loups subsistent pendant toute la première moitié du siècle, n'attaquant l'homme que rarement, mais décimant les troupeaux de temps à autre. En vingt ans, avant 1840, on en détruisit plus de seize~cents. D'ailleurs, des individus malhonnêtes et rusés réussissaient à tirer profit de la crainte des femmes et des isolés. Ces « louve-tiers » prétendaient commander aux loups et les diriger à leur gré sur tel troupeau des alentours. On leur donnait alors des oeufs, du blé, du lard, des volailles, en les suppliant d'écarter la horde des carnivores! (A Suivre…) Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature) Publié le 14/03/2006 à 14:01
Humeur : Gaie
Préface Au XIXe siécle le paysan rouergat ne connaissait pas d'autres horizons que ceux, familiers, de ses plateaux et de ses vallées. De même il n'imaginait pas d'autres rapports sociaux, d'autres valeurs morales que ceux qui régissaient sans exception l'existence de chacun. Tout individu qui transgressait les règles de ce milieu rural fermé se mettait par le fait même au ban de la société. Il en était ainsi des malheureuses filles-mères, des enfants naturels ou abandonnés, que leur faute ou leur naissance condamnaient leur vie durant à la condition de domestique de ferme. De même les individus extérieurs à la communauté rurale traditionnelle rencontraient un accueil réservé, notamment s'ils affichaient un mode de vie nouveau. On le vit bien dans le Bassin Houiller où l'introduction de la vie ouvrière et l'immigration de mineurs venus d'autres régions françaises ou de l'étranger provoqua de constantes frictions avec la population rurale locale. Mais la société paysanne donne un sentiment de sécurité. Chaque famille, chaque individu se voient reconnaître une place propre par le voisinage. Le petit agriculteur n'a que de maigres revenus, mais personne ne conteste sa dignité s'il est un homme honnête. Des siècles de dur labeur et de vie en commun avaient abouti à l'élaboration de coutumes et de valeurs morales qui maintenaient une harmonie certaine dans les rapports sociaux. Chacun à sa place jouait un rôle indispensable dans la vie de la communauté rurale. Le journalier vivait modestement de son travail chez des voisins plus aisés; les grands propriétaires appréciaient à leur juste valeur ces services sans lesquels les grands domaines n’auraient pu être cultivés. Ils n'hésitaient pas à doubler le prix fait à leurs moissonneurs Si l'orage menaçait et qu'il faille continuer à abattre les javelles pendant la nuit. Finalement les Rouergats du siècle dernier donnent l'impression de gens heureux malgré la modestie de leurs ressources et la dureté de la besogne. Tous les observateurs de la vie rurale ont pu noter une évidente joie au travail. Le paysan indépendant, le valet de charrue chantaient en poussant leur attelage. Les équipes de faucheurs, de moissonneurs ou de vendangeurs emplissaient la campagne de leur bonne humeur. D'ailleurs cette société rurale n'a-t-elle pas créé un riche folklore de danses et de chants que nos campagnes contemporaines sont incapables de renouveler et qu'elles oublient même très vite? Extrait de " La vie quotidienne en Rouergue avant 1914" de Roger BETEILLE (Edition Hachette Litterature) |
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