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Publié le Samedi 17 février 2007 à 8:00:00 pm
Par NIAKHAPP
Une histoire de prémonition qui fait du Président Abdoulaye Wade le vainqueur de l'élection présidentielle du 25 février en dépit d'un bilan faible, un constat qui fait d'Idrissa Seck plus un partenaire du président de la République qu'un véritable candidat. Deux axes d'un entretien dans lequel Babacar Justin Ndiaye s'insurge, par ailleurs, contre l'inconséquence politique de Landing Savané, candidat à la succession de Me Wade tout autant ministre d'Etat sous les ordres de… Wade

A mi-chemin de la campagne électorale, quelle impression avez-vous emmagasinée ?

La campagne électorale a connu un retard à l'allumage. Le scepticisme a été tellement au rendez-vous dans les esprits que la vitesse de croisière n'est intervenue pratiquement qu'au dixième jour. Ce scepticisme s'est fondé sur une impression, vraie ou fausse, selon laquelle les dés sont pipés ou les cartes sont biseautées. On se demandait si l'élection présidentielle allait être différée ou mise entre parenthèses bien que dans un système républicain, la suppression d'une élection ne saurait jamais être à l'ordre du jour. A ce propos d'ailleurs, Napoléon disait qu'on peut tout faire avec une baïonnette sauf s'asseoir dessus, dans une république aussi, on peut tout faire sauf supprimer des élections.

Et après dix jours ?


Il y a une montée lente, mais inexorable de la violence verbale, de la violence tout court même si, en termes d'intensité, elle reste contenue dans des limites qui sont routinières d'une campagne électorale. Toutefois, la violence est dans une certaine mesure le baromètre du degré de civilisation politique, la meilleure illustration de la pacification d'une scène politique par un ancrage démocratique réel et par une grande vitalité des institutions.

Que retenez-vous des candidats ?


A mon avis, Idrissa Seck n'est pas un candidat, c'est un partenaire qui porte le masque du candidat qu'il se veut. Dans un partenariat avec Abdoulaye Wade, il ressemble à l'iceberg avec une partie immergée et une autre émergée. Manifestement, Idrissa Seck tourne au tiers, pour ne pas dire au quart, de son potentiel. Pour qui connaît sa verve, son ingéniosité communicationnelle, ses hadiths et ses sourates, pour quelqu'un qui connaît sa voix de centaure, il adopte le profil bas, cible des objectifs évasifs et évite d'être le procureur du bilan de Wade en 2007, lui qui a été le directeur de campagne du président sortant en 2000. Il est mieux placé que quiconque pour démolir le bilan de l'alternance.

Ce que vous dites est-il une conséquence des retrouvailles entre les deux hommes à la veille du démarrage de la campagne électorale ?

En effet, Idrissa Seck est dans un partenariat avec Wade, pour ne pas dire un deal. André Malraux disait que le Rubicond est une rivière qu'on ne franchit pas en sens inverse, d'une part ; et d'autre part, je peux ajouter qu'on ne franchit jamais le Rubicond pour aller pêcher à la ligne ou pour aller participer à un dîner de gala. Cela veut dire que des choses sérieuses sont d'ores et déjà plus ou moins traitées entre Abdoulaye Wade et Idrissa Seck. Un Chef d'Etat africain va à Canossa, capitule face à un individu, c'est inhabituel. Abdoulaye Wade, tombeur d'Abdou Diouf, adversaire coriace de Senghor, bretteur invincible de Jean Collin, alors s'il capitule devant Idrissa Seck, c'est qu'il y a anguille sous roche. Il faut plus qu'un faisceau de lumières, peut-être un rayon laser pour pénétrer l'énigme de la relation entre ces deux hommes.

Mais alors, quel serait le sens de sa campagne électorale ?

A mon avis, Idrissa Seck est le petit râteau et Abdoulaye Wade le grand râteau. Ils ratissent conjointement pour amonceler sur un même tas. En définitive, il y a plus un partenariat électoral qu'un duel électoral entre eux. La première incongruité, c'est qu'ils appartiennent au même parti. Peut-on être membre d'un parti et en même temps être le rival du secrétaire général de ce même parti dans une élection aussi suprême que la présidentielle ? C'est kafkaïen comme posture. Ce qui est vrai pour Idrissa Seck est dans une certaine mesure vraie également pour Landing Savané. Il siège jeudi en Conseil des ministres avec et sous les ordres de Me Wade, il travaille sur le programme de Wade et le lendemain, il plante son chapiteau pour tirer à boulets rouges sur la vision du président…

Pourtant, il semble avoir pris son indépendance

Oui, mais tout en restant ministre d'Etat, membre du gouvernement, c'est quand même incompatible avec l'orthodoxie républicaine ! Landing Savané aurait dû démissionner ou être démissionné par Abdoulaye Wade. C'est encore kafkaïen. Au train où vont les choses, au double regard des retrouvailles entre Idy et Wade qui n'ont pas manqué d'esquinter des institutions, et du maintien de Landing Savané dans le gouvernement et dans la campagne électorale, on peut dire que nous sommes au royaume du burlesque. Et comme disait Coluche, mieux vaut voter pour un couillon que pour ceux qui nous prennent pour des couillons. Dans le même ordre d'idées, les Sénégalais seraient bien inspirés de voter pour un Saa Neekh (Ndlr : comédien à succès) que pour ces comédiens de la vie politique.

Pensez-vous que le Président Wade a verrouillé ses alliances avant de s'engager dans la présidentielle ?

Il faut dire qu'il a eu l'intelligence inouïe de casser la coalition Jamm-ji qui aurait été un cyclone électoralement ravageur et méthodiquement programmé contre lui, Wade. Aujourd'hui, Idrissa Seck n'est pas domestiqué mais désarmé et neutralisé. Il a rangé ses cassettes dans les armoires. Jean-Paul Dias, subjugué par l'offensive politique de charme de Me Wade, s'est autoproclamé aîné de la famille libérale. Bref, il y a des signes qui ne trompent pas. Autrement dit, Abdoulaye Wade a les coudées franches dans la perspective de troubles post-électoraux, pour la bonne et simple raison que les coyotes qui auraient pu lui mordre les mollets sont devenus sages comme des boudas.

Concrètement, cela lui garantit quoi pour l'élection présidentielle ?

Je peux vous révéler une certitude prémonitoire qui n'a pas valeur scientifique, qui est un jugement de valeur : Abdoulaye Wade passera au premier tour. Il n'est pas homme à perdre une élection comme celle-là qui marque un tournant dans la vie politique nationale. C'est le crépuscule de sa carrière.

Est-ce une prédiction réaliste ?

Non, entendons-nous bien, c'est une prémonition, ce n'est pas un pronostic. Un pronostic intègre des considérations d'ordre scientifique, rationnel et autres.

Quelles sont les considérations qui fondent cette prémonition ?

C'est une intuition, c'est comme Madame Soleil qui lirait dans une boule de cristal. Abdoulaye Wade passera au premier tour car l'homme est un animal politique, il a un tempérament de bretteur, il est plus malin qu'une tribu de singes. C'est le crépuscule de sa carrière, mais c'est également celui de Moustapha Niasse, de Amath Dansokho. Toutefois, deux questions méritent d'être posées : Wade va-t-il passer dans la limpidité d'un scrutin parfaitement propre ? Où va-t-il passer dans les eaux glauques d'un scrutin vachement frauduleux ? Je n'ai pas de réponse à ces deux questions, mais mon pressentiment et mon intuition sont qu'il va passer au premier tour. Je n'intègre aucune considération scientifique. Tout de même, les élections se jouent dans les urnes, au moins jusqu'à preuve du contraire... Oui, mais à partir du moment où il a cassé la coalition Jamm-ji, où il traîne un certain nombre de souteneurs, où la fiabilité du fichier et du scrutin n'est pas à toute épreuve, je vois Wade vainqueur dès le premier tour d'autant plus qu'il n'est pas, à mon avis, dans une logique d'accomplir un mandat intégral, il est dans une logique de demi mandat. Et cela donne du relief au caractère énigmatique de ses rapports avec Idrissa Seck. Ce qui veut dire que cette élection nous place non seulement dans un tournant avec le crépuscule politique de deux ou trois dinosaures de l'échiquier, mais elle nous place également dans le tournant d'une transition intergénérationnelle.

Votre prémonition est-elle compatible avec la réalité sociologique et politique réelle du Sénégal ?

Abdoulaye Wade traîne certes un boulet avec un bilan qui n'est ni bon ni mauvais, mais faible. En 2000, l'attente des Sénégalais était considérable. Aujourd'hui la déception est dans une bonne mesure au rendez-vous parce que le président n'a pas su s'inspirer des leçons de l'histoire. Quand le Général de Gaulle est arrivé au pouvoir en 1958, il avait assigné trois objectifs au gouvernement de Michel Debré : la décolonisation, qui a été rondement menée en dépit de la guerre d'Algérie ; la création du nouveau franc, pilotée par la commission Jacques Rueff ; et l'arme nucléaire qui a installé la France dans le club des pays détenteurs de la bombe atomique. Si Me Wade avait dégagé trois priorités, comme par exemple la paix en Casamance, les échangeurs en tant que nécessité indiscutable en termes d'infrastructures et le règlement au moins partiel de la demande sociale, il aurait fait l'économie d'une campagne électorale en province. Macky Sall aurait conduit la compagnie jusqu'à la victoire, tellement le bilan aurait été scintillant. Mais, il a trop embrassé : l'aéroport de Diass, le projet de capitale à Lompoul, l'Université du Futur, etc. Et finalement, il a mal étreint.

Vous ne sous-estimez pas la capacité de réaction des leaders de l'opposition ?

Je ne sous-estime pas la capacité de réaction des leaders politiques de l'opposition, je prends la mesure de la personnalité de Abdoulaye Wade qui n'a rien à voir avec le raffiné Léopold Sédar Senghor, encore moins avec le technocrate pondéré, Abdou Diouf. Wade c'est Wade, c'est un gladiateur diplômé. Rappelez-vous qu'il avait dit à Mbacké, bien avant les élections, que le Parti socialiste passerait cinquante ans dans l'opposition. Or, puisque lui ne sera pas là cinquante ans durant, il va sans dire qu'il a certainement sa recette sur un dauphinat qui ne dit pas son nom et qu'il est en train de calibrer dans l'ombre. Et le fait qu'il rassemble la famille libérale suggère qu'il est en train de léguer l'héritage. Ce qui veut dire qu'on est dans une élection, mais également dans un enjeu et dans une manœuvre qui dépassent largement le cadre étroit d'un scrutin dans l'esprit de Me Wade.


Publié le Samedi 17 février 2007 à 4:38:18 pm
Par NIAKHAPP
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Quelque 24.479 militaires et para-militaires votent samedi et dimanche au Sénégal, pour la première fois depuis l'indépendance du pays il y a 47 ans, à l'occasion de l'élection présidentielle du 25 février, à laquelle 15 candidats dont le président sortant Abdoulaye Wade, se présentent.

Le vote a démarré normalement à 8 heures dans les centres de vote de Dakar et de l'intérieur du pays pour les soldats, gendarmes, policiers, douaniers, gardiens de prison, agents des eaux et forêts et sapeurs-pompiers du Sénégal, inscrits sur les listes électorales.

Ces corps semblaient observer vendredi une « veillée d'armes », à la veille de leur première participation à une élection présidentielle, a constaté APA.

« Par rapport à tout ce qu'il y a eu comme scrutins au Sénégal, il n'y a aucune différence fondamentale, sauf que pour cette fois-ci les militaires on le droit de mettre un bulletin de vote dans une urne », a-t-il dit, ajoutant que dans tous les camps militaires, « c'est la même ambiance que d'habitude », a déclaré le colonel Antoine Wardini, porte-parole des Armées.


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