Le ministre de l'immigration et de l'identité nationale Eric Besson a lancé hier le débat sur l'identité nationale avec un site internet dédié et des consultations. Le débat fait rage dans les médias. Ajoutons notre pierre à l'édifice en commençant par rappeler les mots de Montherlant qui pourraient s'appliquer aussi à l'identité nationale, "C'est quand la chose manque qu'on met le mot". En effet jamais la France n'a connu une telle montée des communautarismes, un tel délitement du lien national. A qui la faute? Peut-être à un manque d'identité nationale précisément. Encore faut-il s'entendre sur la notion. Et c'est là que le bât blesse. La gauche pousse des cris d'orfraie en agitant l'épouvantail de l'extrême-droite. Michel Onfray associe la droite à une définition raciale de l'identité, Michel Rocard parle de notion évolutive et de débat imbécile. François Fillon notre premier ministre déclare à l'Assemblée nationale que l'identité nationale n'est pas la race. La droite ne serait-elle plus dans la droite? Il fut un temps où De Gaulle pouvait parler d'une certaine idée de la France - propos rapportés par Alain Peyreffite dans ses mémoires - une France "de peuple blanc, de culture classique gréco-latine et de religion chrétienne". Il semblerait donc que la pensée unique se soit ralliée à une notion toute abstraite de l'identité française. L'idéal des droits de l'homme comme socle de l'identité française, la liberté, l'égalité, la fraternité... pourquoi pas, sauf que la Nation est une notion exclusive. Nous voilà en face de ce que l'on pourrait appeler en terme dialectique d'une aporie, une difficulté insurmontable. Car en effet à l'enseigne d'une telle identité n'importe qui est éligible pour devenir français. Par ailleurs, n'est-il pas incongru de parler d'identité nationale à l'heure de la construction européenne? D'un point de vue nietzschéen, l'identité nationale est transcendée dans un projet de grande politique européenne portée et incarnée par les "bons Européens" animés par une philosophie vitaliste puisant aux meilleures sources de la plus longue mémoire européenne, Dionysos et les Hyperboréens. Ce qui a pu faire écrire à l'écrivain nietzschéen Pierre Drieu La Rochelle dans un essai éponyme que nous sommes des Français d'Europe.
"(…) je voudrais voir l’Europe (...) se décider à devenir menaçante à son tour, à se créer, au moyen d’une nouvelle caste qui la régirait, une volonté unique, formidable, capable de poursuivre un but pendant des milliers d’années, afin de mettre un terme à la trop longue comédie de sa petite politique et à ses mesquines et innombrables volontés dynastiques ou démocratiques. Le temps de la petite politique est passé ; déjà le siècle qui s’annonce fait prévoir la lutte pour la souveraineté du monde – et l’irrésistible poussée vers la grande politique."
Nietzsche in Par-delà le bien et le mal §208







