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Nietzsche academie
Publié le 03/05/2009 à 20:48
Par nietzscheacademie
"C’est avec une certaine surprise que l’on trouve, ici ou là, sur Internet, des annonces de ventes de certains livres d’Olivier Mathieu. C’est le cas, par exemple, d’un livre qu’Olivier Mathieu a non pas écrit, mais simplement préfacé, et qu’il a préfacé non pas hier, mais en 1987. Ce livre a pour titre : « Inédits politiques d’Abel Bonnard » (éditions Avalon-Ogmios, 1987). Or, ce qui est curieux, c’est que les vendeurs de ce livre affirment, dans leurs « publicités » au livre qu’ils vendent, que cette préface serait « apologétique ». Or, si elle est apologétique, aurait-on envie de leur dire, pourquoi la vendent-ils ? En affirmant que cette préface serait « apologétique », espèrent-ils se « dédouaner » de vendre ce livre ? Ou escomptent-ils de se donner des airs « sulfureux » ? Mais il y a davantage. Les mêmes vendeurs de cet ouvrage affirment que le texte d’Abel Bonnard, intitulé « La question juive », qui a été publié – en 1987, donc – dans ce livre, ne serait pas d’Abel Bonnard, mais qu’Olivier Mathieu y aurait exprimé « ses propres opinions ». Ces vendeurs affirment, en effet, que les sources du texte d’Abel Bonnard ne seraient pas indiquées. Et là, il faut répondre que, pour commencer, ces vendeurs ne savent rien des opinions d’Olivier Mathieu sur la question et que, par ailleurs, ce livre a été publié il y a plus de vingt ans. Qu’ensuite, le texte en question est un texte d’Abel Bonnard, simplement établi et retranscrit scrupuleusement par Olivier Mathieu d’après les manuscrits du même Bonnard. Et qu’enfin, les « sources » sont indiquées, si ces vendeurs savent lire, sur la couverture, qui porte en effet l’indication « Inédits d’Abel Bonnard ». Enfin, même si les sources n’étaient pas suffisamment indiquées, en quoi le préfacier en serait-il moins responsable que les éditeurs, lesquels ont visiblement choisi de publier ce livre sous la forme qu’il a ? Les vendeurs de ce livre auraient pu noter qu’Olivier Mathieu fut le premier à republier « Les Modérés » d’Abel Bonnard (éditions du Labyrinthe dirigées par Alain de Benoist, en 1986). Qu’Olivier Mathieu a été le premier à publier ces textes inédits d’Abel Bonnard, ce à quoi visiblement personne n’avait pensé auparavant. Mais non, ces vendeurs de livres accusent la préface d’Olivier Mathieu d’être apologétique (or, ce livre n’a jamais été ni interdit, ni n’a subi le moindre procès, ce qui veut bien dire que, lors de la parution en 1987, aucun article de loi ne le condamnait et personne ne pouvait se trouver offensé par son contenu), qualifient le travail d’Olivier Mathieu de « pitoyable », mais vendent l’ouvrage, à leur profit exclusif, à des prix incroyables (il n’est pas rare de voir certains de ces ouvrages atteindre cent euros et, en moyenne, 80 euros !) 80 euros dont le préfacier, lui, ne verra jamais un seul centime… Pourquoi vendre 80 euros un livre dont la préface serait « apologétique » et dont le contenu serait « pitoyable » ? Mystères… Rappelons que les livres les plus récents d’Olivier Mathieu (« Les Pommes bleues », « Le Pauvre cœur », « Le passage à niveau ») sont disponibles, sous réserve de rupture des stocks, auprès de M. Jean-Pierre Fleury, docteur en sociologie de l’Université de Nantes. Il en va de même de la biographie d’Olivier Mathieu par Jean-Pierre Fleury, « Olivier Mathieu dit Robert Pioche, le dernier romantique », qui rencontre un certain succès de commandes, à Paris, à la librairie Touzot." (Source Communiqué Olivier Mathieu).

"O mes frères ! Où est le plus grand danger de tout avenir humain ? N’est-ce pas chez les bons et les justes ! –

– chez ceux  qui parlent et qui sentent dans leur cœur : « Nous savons déjà ce qui est bon et juste, nous le possédons aussi ; malheur à ceux qui veulent encore chercher sur ce domaine !». Et quel  que soit le mal que puissent faire les méchants : le mal que font les bons est le plus nuisible des maux ! "


Nietzsche in Ainsi parlait Zarathoustra Des vieilles et des nouvelles tables §26
Publié le 01/05/2009 à 14:58
Par nietzscheacademie
"Einstmals – ich glaub, im Jahre des Heiles Eins –
Sprach die Sibylle, trunken sonder Weins:
,Weh, nun geht's schief!
Verfall! Verfall! Nie sank die Welt so tief!
Rom sank zur Hure und zur Huren-Bude,
Roms Cäsar sank zum Vieh, Gott selbst – ward Jude!"


"Autrefois – je crois que c’était en l’an un –

La sibylle dit, ivre sans avoir bu de vin :

« Malheur, maintenant cela va mal !

« Déclin ! Déclin ! Jamais le monde n’est tombé si bas !

Rome s’est abaissée à la fille, à la maison publique,

Le César de Rome s’est abaissé à la bête,

Dieu lui-même s’est fait juif !»"

Nietzsche in Also sprach Zarathustra – Gespräch mit den Königen §1 (Ainsi parlait Zarathoustra – Entretien avec les rois §1)

Publié le 26/04/2009 à 09:16
Par nietzscheacademie
"Se lamentant sur les interprétations populaires erronées de Nietzsche, Rosenberg rappelle à son lecteur que la notion nietzschéenne de "surhomme" était en fait un appel à redécouvrir l'âme nordique dans son "type" originel." (Source "Nobilitas" d'Alexander Jacob publié aux éditions L'Homme Libre, étude de la philosophie aristocratique de la Grèce ancienne au début du 20 ème siècle).

"Regardons nous en face. Nous sommes des Hyperboréens, –  nous savons bien assez combien nous vivons à l’écart. « Ni par terre, ni par mer tu ne trouveras le chemin qui mène aux Hyperboréens » : cela Pindare le savait déjà de nous. Par-delà le Nord, la glace, la mort – notre vie, notre bonheur… Nous avons découvert le bonheur, nous connaissons le chemin, nous avons trouvé l’issue du labyrinthe du fond de millénaires entiers."


Nietzsche in L’Antéchrist §1
Publié le 20/04/2009 à 16:55
Par nietzscheacademie

Après l’entretien (presque) authentique de Nietzsche publié par le Nouvel Observateur ( http://bibliobs.nouvelobs.com/20081231/9718/contre-la-religion-du-bien-etre ), intéressant mais pas au-dessus de tout soupçon de dénaturation car en partie réécrit et présenté de façon très édulcoré, très en dessous du vrai Nietzsche ; la Nietzsche Académie publie l’entretien exclusif et authentique celui-ci de Nietzsche, car tiré de son livre « Ecce Homo » dans lequel le philosophe a lui-même pris soin de décrypter son oeuvre, ses intentions et son identité en prévision précisément des mésinterprétations possibles à venir. Après un siècle de mystifications, Nietzsche revient pour s’expliquer :


Nietzsche Académie - Pourquoi prenez-vous la parole ?
Friedrich Nietzsche - Parce que la grandeur de ma tâche et la petitesse de mes contemporains ont créé une disproportion qui les a empêchés de m’entendre et même de m’entrevoir. Dans ces conditions j’ai un devoir, celui de dire : Ecoutez-moi, car je suis un tel. Et n’allez surtout pas confondre.

NA - Très bien, alors qui êtes-vous M. Nietzsche ?
FN - Je ne suis nullement, par exemple, un croque-mitaine, un monstre moral, - je suis même, de par nature, à l’antipode du genre d’hommes qu’on a vénérés jusqu’ici comme vertueux. Il me semble, entre nous, que c’est justement ce qui me fait honneur. Je suis un disciple du philosophe Dionysos. J’aimerais mieux à la rigueur être un satyre qu’être un saint.

NA - Quel est votre but ? Améliorer l’humanité ?
FN - « Améliorer » l’humanité serait la dernière des choses que j’irais jamais promettre. Je n’érige pas de nouvelles « idoles ». Les renverser (et j’appelle idole tout idéal), voilà bien plutôt mon affaire. On a dépouillé la réalité de sa valeur, de son sens et de sa véracité en forgeant un monde idéal à coups de mensonges... Le « monde de la vérité » et le « monde de l’apparence »... je les appelle en bon français le monde du mensonge et la réalité...L’idéal n’a cessé de mentir en jetant l’anathème sur la réalité, et l’humanité elle-même, pénétrée de ce mensonge jusqu’aux moelles, s’en est trouvée faussée et falsifiée dans ses plus profonds instincts, elle en est allée jusqu’à adorer les valeurs opposées aux seules qui lui eussent garanti la prospérité, l’avenir, le droit suprême au lendemain.

NA - Quelle est votre philosophie ?
FN - Philosopher, comme je l’ai toujours entendu et pratiqué jusqu’ici, c’est vivre volontairement sur la glace et les cimes, à la recherche de tout ce qui est surprise et problème dans la vie, de tout ce qui, jusqu’à présent, a été tenu au ban par la morale. Combien un esprit supporte-t-il de vérité, combien en ose-t-il ? Voilà le critérium qui m’a servi de plus en plus pour mesurer exactement les valeurs.

NA - Et quelle est cette vérité ?
FN - Tout ce qui s’appelait « Vérité » jusqu’ici a été reconnu pour la forme la plus nuisible, la plus perfide, la plus sournoise du mensonge ; on a soulevé le voile du prétexte sacré, l’ « amélioration » de l’humanité, et on a découvert une ruse pour anémier la vie à mort, pour l’épuiser en lui suçant le sang. Avec la notion de l’homme bon, on a pris parti pour les faibles, les infirmes, les ratés, les gens malades d’eux-mêmes et tout ce qui doit disparaître ! On a contrecarré la loi de la sélection, on a fait un idéal de s’opposer à l’homme fier et bien venu, à l’homme qui dit « oui », qui est sûr du lendemain et qui garantit l’avenir – on a fait de lui le méchant... Et on a cru à tout cela ! Et on l’a appelé morale ! – Ecrasez l’infâme !

Publié le 31/03/2009 à 16:28
Par nietzscheacademie
Suite de la série d'entretiens sur le thème Nietzsche parmi nous avec l'écrivain Olivier Mathieu présenté par son biographe Jean-Pierre Fleury comme "le dernier romantique" et dont l'oeuvre romanesque, le cycle des aventures de Robert Pioche, écrite avec son sang, atteste d'une inspiration nietzschéenne même si l'auteur a la pudeur de ne pas s'autociter parmi les nietzschéens. Son dernier roman "Le passage à niveau" est publié hors commerce (écrire à jean_pierre.fleury2@aliceadsl.fr  pour se le procurer).

Nietzsche Académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous?
Olivier Mathieu - Dans ma bibliothèque, ou si vous préférez dans ma "bibliothèque idéale", il tient une grande place. J'ai presque envie, tout de suite, de demander qu'on veuille bien m'excuser de proférer un tel lieu commun. Je me demande s'il y a un seul intellectuel, un seul écrivain, un seul artiste qui puisse dire que Nietzsche n'a pas eu d'importance pour lui. Il y a eu tant de Nietzsche. Le Nietzsche de jeunesse, philologue et musicien, et pour qui la rencontre de Richard Wagner est capitale. Et puis, le Nietzsche qui fonde l'association musicale-littéraire "Germania", en 1860, avec ses amis Gustav Krug et Wilhelm Pinder. Et puis, le Nietzsche qui se penche sur la civilisation grecque. Je partage le point de vue de Nietzsche contre le rationalisme socratique, prélude à la dissolution et à la décadence. L'oeuvre de Nietzsche, en partie fragmentaire et inachevée, est richissime et, au sens propre du terme, géniale. Parfois contradictoire, si l'on veut employer ce mot. Tantôt pour, tantôt contre Schopenhauer. Tantôt pour, tantôt contre Wagner. Ce ne sont que des exemples. Mais, dans le même temps, son oeuvre n'est pas non plus aussi contradictoire que certains veulent bien le prétendre. Je vois en Nietzsche un poète aussi bien qu'un philosophe. C'est un tragique, et c'est le poète, le philosophe et le prophète de la crise européenne. Un penseur plus important, ou plus original que Darwin et Marx. Sans parler de tout ce que Freud et Bergson lui ont "emprunté".
 
NA - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous?
OM - Il n'est pas facile de recommander un seul livre de Nietzsche. D'autant qu'il suffit parfois de comparer deux traductions du même livre pour voir que, d'un traducteur à un autre, on ne lui fait pas toujours dire la même chose. Je ne crois pas non plus qu'il suffise d'énumérer des titres. C'est là quelque chose de trop facile à faire, et de trop banal. L'oeuvre de Nietzsche a été publiée de son vivant, entre 1872 ("La Naissance de la tragédie", titre original: "Die Geburt der Tragödie aus dem Geiste der Musik") et 1888 ("Der Fall Wagner"). Si sa première biographie date de 1895, et est l'oeuvre du mari de la soeur de Nietzsche (Bernhard Förster-Nietzsche, "Das Leben F. Nietzsches", Leipzig, 1895, en trois volumes; deuxième édition, 1904, etc.), il faut dire que d'autres de ses oeuvres furent publiées, parfois les plus importantes, à titre posthume. Il m'est difficile d'en conseiller un seul. Je crois qu'il y a des livres de Nietzsche (mais on pourrait en dire autant en ce qui concerne d'autres auteurs) qui devraient être lus à un certain âge, par exemple dès la jeunesse, tandis que d'autres ne devraient être appréhendés que plus tard. S'il doit y avoir une alchimie, une alchimie réelle, entre un lecteur et les livres de Nietzsche, cette alchimie advient. Lectures complémentaires indispensables, les oeuvres de Schopenhauer, mais aussi celles de Heidegger: ce dernier a beaucoup écrit, vous le savez, sur lui, notamment son "Nietzsche", en deux volumes, paru à Pfullingen, en 1961, traduit en français en 1969 par P. Klossowsky. J'aurais tendance à donner un conseil aux jeunes gens et aux jeunes filles qui vont commencer à lire Nietzsche, c'est d'éviter, la plupart du temps, les préfaces des "spécialistes" de Nietzsche, ou de beaucoup d'entre eux. Et personnellement, puisque vous me le demandez, ma préférence va aux "Considérations inactuelles" (1873-1876). Particulièrement celles sur Schopenhauer. J'en ai cité un extrait significatif en exergue à mon roman "La Quarantaine", paru en novembre 2002, et dont Michel Marmin a parlé dans Eléments.
 
NA - Etre nietzschéen, qu'est-ce que cela veut dire?
OM - Nietzsche est unique. Et les nietzschéens sont rares. Il aurait peut-être fallu demander à Nietzsche lui-même qui il aurait considéré, ou pas, comme nietzschéen. J'aurais tendance, donc, à vous répondre par cette formule: sur mille qui liront Nietzsche, cent le comprendront un peu ou beaucoup, mais un seul sera vraiment capable de l'assimiler, de vivre "de façon nietschéenne", de "l'incarner", voire de le prolonger. On ne peut pas, évidemment, on ne devrait pas se contenter de "consommer" Nietzsche. Et, naturellement, le prolonger sans le trahir n'est pas chose aisée, c'est le moins qu'on puisse dire. Etre nietzschéen, c'est aimer Nietzsche, mais c'est aussi avoir quelques chances raisonnables de penser que Nietzsche aurait aimé qui le lit. Le noyau "central" d'une philosophie nietzschéenne est, me semble-t-il, la décadence de l'Europe. Les adversaires sont par lui clairement désignés, et ils s'appellent - pour simplifier - christianisme et rationalisme. Mais Nietzsche, ce n'est pas encore que cela. Nietzsche, c'est aussi un style, un lyrisme, une inquiétude. Nietzsche n'est pas quelqu'un qui a interprété. Ou pas seulement. C'est quelqu'un qui a vécu, qui a prophétisé, qui a annoncé, qui a élaboré. Et quand je dis élaboré, je le dis aussi d'un point de vue stylistique. Il a été un maître de style, un "forgeur d'aphorismes". D'un bout à l'autre de sa vie, y compris bien sûr ce que l'on a appelé sa "folie" (et que celle-ci ait été due, ou non, à la fameuse "visite au bordel"  de 1865), il a été tragique. Pour vous répondre d'un mot: être nietzschéen, c'est être tragique.
 
NA - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche?
OM - Dans les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale, il est bien connu que, en réaction à la "récupération" que l'on accusait le pouvoir national-socialiste d'avoir effectuée de Nietzsche, on a assisté à une tendance strictement inverse. Nietzsche devenait carrément, chez beaucoup, un illuministe, et il se trouvait mis à toutes les sauces avec Marx et Freud, et enfin il était étudié selon des points de vue que j'appellerai "intellectualistes", qu'il aurait rejetés. La récupération du nietzschéisme, mais on pourrait en dire autant de mille autres penseurs (par exemple Evola) a été l'apanage tantôt de la gauche, tantôt de la droite, à supposer que ces termes veuillent dire quoi que ce soit. Or, en vérité, moi je vois en Nietzsche un poète, un philosophe tragique, mieux: le philosophe du tragique. Et s'il y a quelque chose qui ne soit pas de droite ou de gauche, c'est le tragique. Plus on s'éloigne du lyrisme, de l'esthétique, de la littérature, de la poésie, du tragique, et plus on se rapproche de la tradition bourgeoise, du christianisme, du monothéisme, et plus on s'éloigne de Nietzsche. Ou, du moins, de l'idée et de l'image que je me fais, pour l'avoir lu dès ma jeunesse, de lui. Je ne prétends certes pas que l'idée qui est mienne soit la seule possible. Mais je revendique le droit, justement, de posséder, à ce sujet comme sur tout autre, ma propre idée. Il y a eu des centaines d'interprétations de la pensée nietzschéenne. Déjà, dans les années Trente, celles de Jaspers et de Löwith sont célèbres. Un peu plus tard dans le temps, on a eu en Allemagne les interprétations nationales-socialistes, ou accusées d'être telles, et dont la plus fameuse - pas l'unique, d'ailleurs - est celle de A. Baeumler, même si elle était parue deux ans avant l'arrivée de Hitler au pouvoir ("Nietzsche, der Philosoph und der Politiker", Leipzig, 1931). On a eu l'interprétation de Heidegger (parue en 1961, même s'il s'agissait de cours universitaires tenus entre 1936 et 1940).  En France, plus récemment, on a eu les interprétations ou les exégèses de G. Bataille ("Somme athéologique, in: Sur Nietzsche", Paris, 1945), mais aussi de Deleuze, de Derrida, de Klossowski. En Allemagne, il y a vingt ans, Ernst Nolte a produit un essai intéressant ("Nietzsche und der Nietzscheanismus", Frankfurt, Berlin, 1990). En Italie, pas seulement Vattimo (qui ne m'a jamais convaincu) mais aussi d'autres critiques souvent plus profonds comme Giorgio Penzo, Mario Perniola, Carlo Sini, Vincenzo Vitiello, Giorgio Colli, Sergio Givone. Or, toutes les thèses méritent d'être lues, je pense, avec esprit critique, sans en rejeter aucune d'avance, ou, pour mieux le dire, aucune complètement. Ne serait-ce que par souci d'information, et avec sens critique. Et que chacun choisisse les hypothèses ou les théories les meilleures, ou les plus exactes, ou les plus cohérentes. S'il est vrai que, probablement, personne - qu'il soit de droite ou de gauche - n'a le droit de "récupérer" Nietzsche, en revanche il est tout aussi vrai que certains sophistes possèdent ce droit encore moins que quiconque!
 
NA - Quels auteurs sont nietzschéens?
OM - Le premier qui me vient à l'esprit est Georges Sorel, bien sûr. Le jeune Sorel fut "nourri" par Marx et par Nietzsche. Même conviction, chez lui, quant à la décadence de la société bourgeoise. Même glorification de la guerre. Même mépris, pourrait-on dire, pour les erreurs de la démocratie libérale. Mais il n'y a pas que Sorel. Nietzsche, comme Kierkegaard par ailleurs, a profondément influencé toute la pensée (notamment, mais pas exclusivement bien sûr, la pensée sur la religion) des décennies qui ont suivi sa mort terrestre, survenue le 25 août 1900. Les premiers livres qu'Abel Bonnard a publiés, et qui étaient des oeuvres de poésie (je songe par exemple aux "Royautés", qui parurent vers 1908, et que plus personne ne connaît) offrent, à mon avis, des points de vue véritablement nietzschéens. 1908 qui est aussi, si je ne me trompe, l'année de parution de l'oeuvre "Ecce Homo". Dans la littérature contemporaine, disons celle qui a suivi la seconde guerre mondiale, il y a périodiquement un "retour à Nietzsche". Mais à vrai dire, je ne vois pas d'auteur véritablement nietzschéen, même si je pourrais en citer quelques-uns qui voudraient bien l'être, aujourd'hui en 2009, ou se faire passer pour tels. Mais c'est la grenouille qui veut se faire plus grosse que le boeuf... La postérité en décidera, probablement. Est nietzschéen, pourrait-on dire, le penseur, l'artiste, l'écrivain qui ne se limitent pas à la constatation et, dirais-je, au diagnostic de maladie que l'on ne peut pas ne pas porter sur notre époque. Mais qui proposent - à travers leur pensée, ou leur art - une possible (bien que de plus en plus difficile) guérison. Nietzsche, on peut l'hypothiser, pensait qu'une guérison fût encore possible. Aujourd'hui, que dirait-il? Je n'en mettrais pas ma main au feu... Il est évident qu'à l'inversion des valeurs a succédé la disparition des valeurs.

NA - Pourriez-vous donner une définition du Surhomme?
OM - La notion de "Surhomme", chez Nietzsche, évolue - comme vous le savez - avec le temps. On peut en dire autant de ses trois grands concepts principaux (volonté de puissance; éternel retour; et, donc, Surhomme). Je retiens avant tout, de "Zarathoustra", que le Surhomme est d'une certaine façon celui qui connaît la vie dans l'apothéose aussi bien de la joie que des mésaventures. Le mot allemand est "Ubermensch". Tandis qu'en anglais on dit "Superman" (il est clair que le "Superman" des bandes dessinées américaines n'est qu'une caricature, voire qu'une récupération, et l'antithèse du Surhomme nietzschéen). La langue italienne a quant à elle "Superuomo" (Surhomme), tandis que Gianni Vattimo préfère souvent traduire Ubermensch par "Oltreuomo" ("au-delà de l'homme", "outre l'Homme"). Quoi qu'il en soit, la définition la plus immédiate du "Surhomme" nietzschéen s'applique à celui en qui se trouverait développée la volonté d'action, ou plus exactement la volonté d'agir et de penser, expression de la "volonté de puissance". Ce "Surhomme" nietzschéen se situe (selon la formule devenue fameuse) "au-delà du bien et du mal", et, surtout, je crois, il défend sa propre existence contre tout ce qui s'apparente à la médiocrité. Par conséquent, je dirais que le Surhomme, c'est l'aristocrate. Voilà, au moins pour Nietzsche en personne, me semble-t-il, la conception fondamentale. Le surhomme nietzschéen, c'est l'aristocrate: l'aristocrate de l'esprit. Le Surhomme nietzschéen, je le vois comme un concept de ce qui se placerait "beaucoup plus haut que toutes les choses humaines" (Nietzsche, août 1881, à Sils Maria). Par ailleurs, pour conclure, je me permets de signaler un livre de G. Locchi, qui est paru en 1983 aux éditions Akropolis, de Naples, et que je possède dans l'édition italienne, dont le titre est: "Wagner, Nietzsche e il mito sovrumanista". Un livre dont je ne partage pas forcément tous les points de vue, mais il importe fort peu. Car c'est un livre qui mérite, lui aussi, d'être lu. On ne peut pas en dire autant de tous ceux qui blablatent sur Nietzsche avec, souvent, un intellectualisme des plus ennuyeux ou ridicules, ou avec une mauvaise foi telle qu'elle arrache des larmes de rire. Or Nietzsche, pas plus que quiconque, n'est responsable de ce que dit, de lui, une postérité qui n'arrive pas à le penser sans échapper à de pesantes interdictions politiques. Je trouve toutes les oeillères idéologiques, au sujet de quoi que ce soit, déplorables.

NA - Votre citation favorite de Nietzsche?
OM - Il y en aurait tant. Y compris dans sa correspondance, par exemple dans les lettres qu'il écrit, dans ses ultimes semaines, notamment à Burckhardt ou à Cosima Wagner. Il m'arrive souvent de songer à un passage où Nietzsche engage qui en est capable à "vivre l'histoire de la façon la plus personnelle".
Publié le 26/03/2009 à 17:16
Par nietzscheacademie
"Le jeudi 22 janvier 2009 eut lieu une déclaration de vacance. Ce jour-là, fut déclaré vacant le fauteuil de M. Maurice Rheims (fauteuil 32). L’élection à ce fauteuil (le dernier libre, pour l'heure, quai de Conti) fut fixée le 26 mars 2009. Dès le jeudi suivant, l’Académie française, dans sa séance du jeudi 29 janvier 2009, enregistra les candidatures (par ordre alphabétique) de MM. Michel Borel, Renaud Camus, Jean-Louis Servan-Schreiber, François Taillandier, Pascal Thomas et Didier Van Cauwelaert au fauteuil de M. Maurice Rheims. On comptait donc six candidats. Fait assez rare, à l'Académie. Le 5 février 2009, 6 + 2 = 8, ces six candidats devinrent huit. En effet, l’Académie française, dans sa séance du jeudi 5 février 2009, enregistra - toujours par ordre alphabétique - les candidatures de MM. Jean-Claude Barreau et Olivier Mathieu. A l'exception notable du journal "le Figaro", la plupart des "grands" journaux ont d'abord évité de signaler la candidature d'Olivier Mathieu. D'amusants journalistes provinciaux ont même affirmé qu'Olivier Mathieu manquait de "notoriété". Amusant, n'est-il pas, pour un écrivain qui y a déjà reçu une voix, en 2003? Puis l’Académie française, dans sa séance du jeudi 12 février 2009, a enregistré la candidature de Mme Catherine Hermary-Vieille. On comptait donc, maintenant, 8 + 1 = 9, neuf candidats. La presse, imperturbable, quand il y avait huit candidats, annonça que "sept personnes" se présentaient. Quand ces candidats devinrent neuf, les "personnes" devinrent huit. Olivier Mathieu, c'est bien connu, n'est pas une "personne". Enfin, l’Académie française, dans sa séance du jeudi 5 mars 2009, enregistra la candidature de M. François Weyergans, 9 + 1 = 10. Dans cette même séance, elle enregistra le retrait de candidature, 10 - 1 = 9,  de M. Jean-Louis Servan-Schreiber.
M. François Weyergans reçut bientôt le soutien officiel et public de la famille de feu M. Robbe-Grillet. On avait donc désormais 9 + 1 - 1 = 9 candidats. Arithmétique élémentaire mais, visiblement, trop compliquée pour certains journalistes; Olivier Mathieu continua à ne pas être admis au rang de "personne", et demeura un "innommable". En bon français, on appelle ça: censure.
La censure contre Olivier Mathieu a partiellement échoué. Grâce au "Figaro Magazine" qui alla dans la bonne voie puisque, dans un article intitulé "Les dessous d'une élection", l'écrivain Stéphane Hoffmann démontra de si bien connaître Olivier Mathieu qu'il l'appelait Robert Pioche ("Robert Pioche": le nom attesté depuis 1971 et sous lequel, Giscard doit s'en souvenir, Olivier Mathieu a obtenu contre lui une voix en 2003). "Le farfelu Robert Pioche sera-t-il élu" (demandait donc le "Figaro Magazine"), "lui qui a proposé à l'Académie une épreuve de dictée, chaque académicien battu s'engageant à voter pour lui?"... Bonne question. Ou: "la" question?... Le 26 mars, en outre, tombait l'anniversaire de naissance M. Jean-Pierre Fleury, qui est docteur en sociologie de l'Université de Nantes, et qui vient de publier aux Editions des Petits Bonheurs, qu'il dirige, "Olivier Mathieu, dit Robert Pioche, le dernier romantique", une biographie de 400 pages (signalée et louée, par exemple, sur le blog de l'écrivain suisse Daniel Fattore) qui semble, en revanche, ne pas intéresser les académiciens. Voilà bien peu de curiosité car ce livre consacre plusieurs pages croustillantes aux "Immortels"! Ils devraient le lire. L'Académie étant provisoirement, quasiment au complet, bien des voix (mais pas celle de Simone Veil, qui ne sera "reçue" qu'à l'automne prochain) étaient susceptibles de se diviser entre tant de candidats. A la veille de l'élection, le 25 mars, on peut dire que tous - absolument TOUS - les journaux ont recopié une dépêche de l'AFP, qui indiquait Olivier Mathieu comme un "auteur inconnu" et un "candidat à répétition". Et là, une question s'impose: à quoi sert la "pluralité de la presse" si tous les organes de cette presse, dans toutes les régions de France, se contentent de recopier, servilement, les dépêches parisiennes de l'AFP ?...
"Candidat à répétition", Olivier Mathieu? Et alors? Zola s'est présenté 41 fois à l'Académie. Et alors? Est-ce que MM. Camus, Borel et Barreau (trois des candidats du 26 mars)  n'ont pas été, eux aussi, candidats et, pour les deux derniers, avec une grande fréquence? Et puis, en quoi Olivier Mathieu serait-il davantage un "inconnu" que, par exemple, M. Borel? Le but recherché par Olivier Mathieu est atteint: prouver que qui est accusé de défendre - ou d'avoir dans le passé défendu - des thèses jugées "iconoclastes" (un mot cher au capitaine Haddock) n'a même pas le droit d'être cité. Son nom, par un tacite accord, sans doute sur ordre venu de haut, ne "doit" pas être prononcé. Car si son nom était prononcé, ce pourrait donner envie à des milliers de lecteurs de journaux, ou d'internautes, d'aller se renseigner et de lire (voire, ô grands Dieux, d'apprécier!) sur les sites d'Olivier Mathieu, de ses amis ou de ses éditeurs, ses textes. Or, il ne faut évidemment pas que le grand public s'aperçoive qu'il existe, en France, un écrivain - dès lors qu'il s'appelle Olivier Mathieu - et que ce grand public compare les livres de Mathieu avec ceux qui se trouvent dans les "bonnes librairies"... Et l'on voudra bien admettre qu'il n'est pas aisé de se présenter à l'Académie, pour Olivier Mathieu, dès lors qu'il doit se battre pour faire accepter sa candidature; que cette candidature, quand seulement elle est acceptée, n'est pas citée par la presse; ou que beaucoup des académiciens n'ont pas même la courtoisie de remercier Olivier Mathieu pour ses livres, quand il les leur envoie et les leur offre. Voilà, pourrait-on déplorer, fort peu de curiosité littéraire. Et si Olivier Mathieu était un "auteur inconnu", on comprend qu'il y aurait d'autant plus de chances qu'il le demeure tant que la presse semble craindre, en citant son nom, d'attraper la peste ou le choléra!
Voici, par ordre de dépôt de candidature, les résultats du 26 mars 2009, tels qu'ils resteront dans la petite histoire: l'histoire académique. Il en restera, surtout, la proposition faite (très sérieusement) par Olivier Mathieu de soumettre les académiciens à une dictée. Encore une perle à sa couronne : la vocation des rebelles littéraires, au moins depuis Jean-Edern Hallier, n'a (hélas) plus de représentants en France. (Aucun académicien n'a accepté de se soumettre, en compagnie d'Olivier Mathieu, on comprend aisément pour quel motif, à cette fameuse dictée en bonne langue française. Mais le défi demeure). 
Résultats à l'Académie française, au fauteuil de M. Maurice Rheims, fauteuil que refusa d'occuper M. Robbe-Grillet (26 mars 2009).
Jean-Claude BARREAU : 0 voix, 0 voix, 0 voix
Michel BOREL : 0 voix, 0 voix, 0 voix
Renaud CAMUS : 3 voix, 3 voix, 1 voix
Catherine HERMARY-VIEILLE : 4 voix, 2 voix, 2 voix
Olivier MATHIEU : 0 voix, 0 voix, 0 voix
François TAILLANDIER : 3 voix, 2 voix, 2 voix
Pascal THOMAS : 2 voix, 1 voix, 0 voix
Didier Van CAUWELAERT : 5 voix, 7 voix, 6 voix
François WEYERGANS : 7 voix, 8 voix, 12 voix
Bulletins blancs : 0 voix, 1 voix, 1 voix 
Le public, au fond, c'est encore plus simple, ne doit pas savoir qu'Olivier Mathieu existe. Ce sont là de vieilles méthodes... qui n'ont rien de très "démocratique". L'article signé Stéphane Hoffmann, dans le "Figaro Magazine" (un article qui mérite d'être relu), n'a donc malheureusement été que l'exception qui confirme la règle, et la règle s'appelle, à l'égard des dissidents: loi du silence et chape de plomb! Ce serait tout à l'honneur des académiciens, ou des candidats à un fauteuil, de protester contre cette loi du silence qui frappe Olivier Mathieu aujourd'hui, mais qui pourrait bien, demain, les menacer, eux. Qu'ils y songent." (Source communiqué Olivier Mathieu).

"(...) en définitive, il est indifférent de savoir si l’on impose une opinion au troupeau ou si on lui en permet cinq. – Celui qui diverge des cinq opinions publiques et se tient à l’écart a toujours tout le troupeau contre lui."

 

Nietzsche in Le Gai savoir §174


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Pour aller plus loin, la Nietzsche académie vous recommande la lecture du Guide des citations Nietzsche par Olivier Meyer aux éditions Pardès, le test du Surhomme pour se connaître soi-même et Nietzsche parmi nous, contributions d'auteurs sur Nietzsche (voir rubrique Mes liens). Possibilité de conférence et de conseil.
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