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Nietzsche academie
Publié le 28/01/2009
Par nietzscheacademie
Suite de la série d'entretiens sur le thème Nietzsche parmi nous, avec le journaliste écrivain philosophe et politologue Alain de Benoist, 65 ans, co-fondateur en 1968 du GRECE (Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne), auteur de l'essai "Vu de droite" couronné par l'Académie française qui traite entre autres sujets du Zarathoustra de Nietzsche, auteur également en ce qui nous concerne de "Nietzsche: morale et « grande politique »" et "Nietzsche et la Révolution conservatrice" aux éditions GRECE. Son dernier ouvrage publié en 2007 s'intitule "Demain, la décroissance ! Penser l'écologie jusqu'au bout" aux éditions Edite.

Nietzsche Académie - Quelle importance a Nietzsche pour vous ?

 

Alain de Benoist - Je l’ai découvert assez jeune, lorsque j’étais en classe de philosophie, soit vers l’âge de seize ans. Ce fut un éblouissement. Une révélation. C’est ce qui explique que, sur le plan philosophique, Nietzsche soit resté pour moi une référence indépassable pendant près de vingt ans. Autour des années 1980, cependant, c’est à Heidegger que j’ai fini par donner la première place. J’ai en effet été sensible à la critique faite par ce dernier de la philosophie de Nietzsche. Heidegger opère une distinction rigoureuse, qui a pour moi été décisive, entre ontologie et métaphysique. Il montre que, chez Nietzsche, la Volonté de Puissance – en réalité, Volonté vers (zur) la Puissance – est en péril de devenir simple volonté de volonté. Comme Nietzsche, Heidegger accorde une importance considérable à la question du nihilisme, mais il montre aussi que, face au nihilisme, la tâche la plus urgente n’est pas tant de substituer des valeurs à d’autres valeurs, fussent-elles opposées, mais de sortir de l’univers de la valeur, qui est une mutilation de l’Etre. Sa conclusion est que Nietzsche, dans la mesure où il demeure prisonnier de l’univers de la valeur, reste encore dans la métaphysique. Enfin, sur la question de la vérité, question nietzschéenne par excellence, ce que déduit Heidegger d’une méditation sur la notion grecque d’aléthéia, me paraît d’une profondeur inégalée.

Cela dit, Heidegger n’est pas à ranger parmi les adversaires de Nietzsche. Il le critique, certes, mais il le prolonge aussi. On peut penser qu’il va plus loin que lui. La mise en perspective de la pensée nietzschéenne ne m’a donc pas conduit à l’abandonner, tant s’en faut. Il reste à mes yeux un tournant majeur de l’histoire de la pensée, un immense démystificateur, en même temps qu’un incontestable professeur d’existence.

 

NA - Quel livre de Nietzsche recommanderiez-vous ?

 

AdB - Tous, bien entendu. Et l’on est d’autant moins excusable de s’en tenir à la lecture des œuvres les plus connues que l’on dispose aujourd’hui en France d’une excellente traduction de l’édition Colli-Montinari, qui a notamment l’immense mérite de proposer l’intégralité des fragments posthumes. Mais pour aborder Nietzsche, je conseillerais en priorité Le crépuscule des idoles (surtout pour son chapitre « Comment le “monde vrai” devient enfin une fable »), et plus encore La généalogie de la morale. A moins qu’on ne préfère commencer par son premier livre, L’origine de la tragédie (1872), dont il disait lui-même qu’il fut sa « première transmutation de toutes les valeurs ». Il faut en revanche éviter Ainsi parlait Zarathoustra, qui attire toujours le lecteur peu familier de Nietzsche parce qu’il paraît facile à lire, alors que, s’il est en effet « facile à lire », il est aussi très difficile à comprendre pour qui n’a pas déjà pénétré dans les arcanes de la pensée nietzschéenne.

Enfin, on ne saurait aborder Nietzsche sans avoir un minimum de connaissance de la philosophie en général. Certes, Nietzsche n’est pas qu’un philosophe, au sens usuel du terme, mais il est aussi et d’abord cela. Qui n’est pas familiarisé avec l’histoire de la philosophie passera, en le lisant, à côté de bien des choses ou, pis encore, en tirera des conclusions erronées. Le fait que les œuvres de Nietzsche paraissent d’un accès « facile » – elles le sont en effet, comparées à celles de Kant ou de Hegel – explique qu’aucun philosophe, peut-être, n’a été autant que lui victime de contresens nés d’une information fragmentaire ou de lectures trop superficielles. C’est ce genre de contresens, par exemple, que commettent ceux qui voient dans la Volonté de Puissance une exaltation de la force physique, voire de la force brutale, alors qu’elle trouve avant tout chez Nietzsche sa source dans le détachement moral.

 

NA - Etre nietzschéen, qu’est-ce que cela veut dire ?

 

AdB - Je me le demande parfois, tant il y a chez certains de prétention à se déclarer tels. Henri Birault voyait juste, à mon avis, quand il disait qu’un « nietzschéen » est quelqu’un qui pense avec Nietzsche, et non pas comme lui. Nietzsche nous apprend un certain nombre de choses ; encore faut-il comprendre ce qu’il nous apprend. Etre nietzschéen, par exemple, c’est comprendre ce que signifie l’Eternel Retour, et se conformer soi-même à cette compréhension. C’est comprendre que le non-être n’a aucune teneur ontologique, et que la Vérité à majuscule n’est qu’un moyen de nier la vérité tout court, c’est-à-dire le réel. Avec Nietzsche, nous apprenons en effet à distinguer le « monde vrai » du réel, à faire appel au certum contre le verum. Le « monde vrai » est une fable. Le monde réel échappe à la Vérité dès l’instant que l’on a radicalement récusé l’au-delà : plus de « monde des apparences » s’il n’y a pas de monde des essences. Nietzsche ne récuse pas l’idée qu’il y a des choses véridiques et d’autres qui sont fausses, inexactes ou illusoires. Il dit que la Vérité est mensonge, mais mentir implique encore d’admettre qu’il y ait quelque chose qui soit non mensonger. La « vraie vérité » – la vérité de l’Etre – se moque de la vérité, comme la vraie raison se moque de la raison et la vraie morale de la morale.

Etre nietzschéen, c’est comprendre ce que veut dire Nietzsche lorsqu’il dénonce ceux qui se veulent porteurs de « la plus longue mémoire », c’est-à-dire les « derniers hommes » (ceux qui « clignent de l’œil »), ces hommes auxquels appartient l’avenir immédiat et auxquels il oppose, dans La généalogie de la morale, la nécessité bienfaisante de l’oubli. La mémoire est le fondement de la morale, l’oubli la condition de l’innocence et de la création. Si Nietzsche se tourne vers les Grecs, ce n’est pas seulement, comme le dira Heidegger, parce que se mettre à leur écoute c’est se donner la possibilité d’un nouveau commencement, mais aussi parce que, pour lui, les Grecs sont ceux qui ont le plus aimé la vie : ils l’ont aimée au point de n’avoir pas eu besoin qu’elle ait un sens.

 

NA - Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche ?

 

AdB - La Vénus de Milo est-elle de droite ou de gauche ? Et la philosophie de Parménide ? Indépendamment du fait que les termes de « droite » et de « gauche » n’ont jusqu’à présent jamais reçu de définition satisfaisante (et qu’ils tendent à perdre aujourd’hui toute signification), il est évident que Nietzsche n’est pas un doctrinaire politique, même s’il s’est exprimé, en diverses occasions, sur un certain nombre de questions politiques (il critique l’idée de progrès, le socialisme égalitaire, le nationalisme allemand, l’antisémitisme, etc.). Nietzsche s’est engagé plutôt sur le terrain de l’anthropologie politique, dans l’intention d’apprendre à agir et penser autrement en politique. Il ne trace pas les contours d’une théorie politique, mais s’interroge sur le fondement de l’ordre politique.

L’une de ses caractéristiques, par ailleurs, est qu’il n’a pas seulement influencé des penseurs, mais aussi des écrivains, des artistes, des hommes d’action. La raison tient à sa philosophie, au fait que les concepts à partir desquels il argumente diffèrent complètement, par exemple, du cogito cartésien, de l’impératif catégorique kantien, de l’Aufhebung hégélienne, de la durée bergsonienne, etc. Ce ne sont pas des concepts qui font système, mais des « ferments » qui engendrent avant tout des images. C’est ce qui explique que sa pensée ait pu marquer Thierry Maulnier, Paul Valéry, Roger Caillois, David Herbert Lawrence, Cioran ou Michel Tournier, sans oublier la vaste majorité des auteurs de la Révolution Conservatrice allemande (à la notable exception de Carl Schmitt), tout autant que des hommes « de gauche » comme Georges Bataille, Pierre Klossowski, Jack London, Georges Palante, George Bernard Shaw, Michel Foucault ou Gilles Deleuze (qui, comme Nietzsche, assignait à la philosophie la tâche de lutter contre la bêtise, celle-ci se définissant chez lui comme ce qui réduit les différences au semblable et le singulier au catégorisable). On peut donc très bien être un « nietzschéen de droite » ou « de gauche ». Inversement, la vulgate d’extrême droite sur la « volonté de puissance » et la « grande santé », qui se réclame de Nietzsche (généralement sans l’avoir beaucoup lu) pour légitimer le darwinisme social, la loi de la jungle, la haine de l’Autre et le déchaînement des instincts, n’a d’égale en bêtise que les condamnations haineuses d’une gauche qui confond immoralisme et amoralisme. Les uns et les autres se font d’ailleurs de Nietzsche la même idée fausse, les uns pour l’encenser ou l’embrigader, les autres pour le dénoncer comme un auteur répulsif.

 

NA - Quels auteurs sont nietzschéens ?

 

AdB - Vaste question. Si l’on s’en tient au champ de la pensée contemporaine, je dirais que, plus que Michel Maffesoli, qui tend à tirer le dionysiaque vers l’orgiaque collectif et l’exubérance sociale, le philosophe français le plus « nietzschéen » est à mes yeux Clément Rosset. Démystificateur tout comme le fut Nietzsche, Rosset a passé sa vie à critiquer la « duplication » du réel, à affirmer le caractère tragique de l’existence et la nécessité de l’éprouver avec allégresse et reconnaissance. Nietzsche dénonçait les « arrière-mondes » d’où proviennent la métaphysique, la religion et la morale. Pour Rosset, le réel est « idiot » au sens étymologique, c’est-à-dire singulier, absolument dépourvu de double ou de miroir. Le monde n’est porteur d’aucun sens global, il n’est redevable d’aucune interprétation morale, il n’est justifiable d’aucun devoir-être, et c’est en le reconnaissant comme tel qu’on accède à la joie. Gai savoir, amor fati : comme chez Nietzsche, pour qui la gaieté était de toute évidence d’essence musicale, le thème central de la pensée de Clément Rosset est la joie, l’allégresse, la jubilation.

 

NA -  Pourriez-vous donner une définition du Surhomme ?

 

AdB - Deux réponses doivent d’emblée être écartées : celle qui interprète la thématique du Surhomme comme une incitation faite à l’homme de se dépasser lui-même, et celle qui voit dans le Surhomme une sorte de superman, doté de pouvoirs surmultipliées. La première est banale : déjà chez Aristote, l’homme se dépasse lorsqu’il atteint son telos. La seconde est absurde. Nietzsche a d’ailleurs lui-même démenti, non sans rudesse (« d’autres ânes savants m’ont soupçonné de darwinisme »), l’idée que le Surhomme représenterait une race supérieure appelée à supplanter l’espèce humaine, à la suite d’un processus d’évolution ou de mutation ayant un rapport avec les biotechnologies ou la sélection naturelle : « Je ne pose pas ici ce problème : qu’est-ce qui doit remplacer l’humanité dans l’échelle des êtres ? […] mais : quel type d’homme doit-on élever, doit-on vouloir » (L’Antéchrist). On déraille, par conséquent, dès que l’on imagine le Surhomme à l’enseigne d’un quelconque superlatif, d’un simple « plus ». Le Surhomme est Über-Mensch, c’est-à-dire cet homme qui se tient au-dessus de l’homme tel qu’il a été jusqu’à présent, mais qui en même temps accomplit sa vérité destinale. Lorsque Nietzsche dit que l’homme est « quelque chose qui doit être surmonté » (et non pas « dépassé »), il faut mettre ce propos en rapport avec ce qu’il écrit par ailleurs sur la façon dont l’homme s’est institué comme un sur-animal, en surmontant la bête qui était en lui, puis en s’égarant dans l’au-delà (Humain, trop humain, I, 40). La vie elle-même se définit comme « ce qui doit toujours se surmonter soi-même » (Zarathoustra, II).

Personnellement, je ne donne pas au Surhomme une place centrale dans la pensée de Nietzsche, dans la mesure où il ne m’apparaît que comme un prolongement, si l’on peut dire, de ce que le philosophe écrit à propos de l’Eternel Retour. C’est ce dernier thème qui est véritablement central, car il constitue la toile de fond sur laquelle s’inscrivent toutes les autres interrogations nietzschéennes. Selon la position que l’on adopte à son endroit, l’Eternel Retour est en effet révélateur de capacité d’affirmation ou de nihilisme. En outre, le Retour du Même est en même temps Retour de ce qui diffère, car « il n’y a que la différence qui se répète » (Deleuze). Avec le thème du Retour, Nietzsche critique bien entendu toute conceptualisation d’un temps linéaire, toute forme de conception linéaire de l’histoire, depuis le monothéisme biblique jusqu’à la philosophie historiciste de Hegel et de ses épigones. Mais il n’en revient pas non plus au temps cyclique des cultures archaïques. A la ligne, il n’oppose pas le cercle, mais la sphère. L’Eternel Retour est éternellement retour, il est éternel commencement. « A chaque instant l’Etre commence », dit Zarathoustra.

Le Surhomme est d’abord celui qui a acquis la capacité de vouloir l’Eternel Retour, celui qui a réalisé en lui-même une métamorphose de la relation « trop humaine » à la temporalité, une métamorphose de son « voir » qui est aussi une métamorphose de son désir, en ce qu’étant devenu capable de penser, par-delà bien et mal, mais avec un amour joyeux, l’innocence du devenir et la tragédie de l’existence, il s’est aussi délivré du ressentiment. Le Surhomme porte remède au nihilisme en le surmontant (überwinden). Il s’affronte au nihil en mettant en langage le monde de la physis. Ce que Nietzsche définit comme aristocratique par excellence, c’est le « pathos de la distance » (La généalogie de la morale). Le Surhomme est capable de cette distance. Il n’est plus un esclave de l’immédiateté, au sens de la Vorbandenheit (l’être-là-devant) heideggérienne, mais il n’est pas non plus un solitaire. Nietzsche dit très clairement l’importance qu’il attache à la constitution du corps social, et même à l’« ek-stase » du vivre ensemble. Le Surhomme n’est pas un individu, mais un Type, une Forme, et à ce titre il a besoin de la communauté de ses pairs. C’est par là qu’il peut être aussi un pont, un projet, avant de devenir le « sens de la Terre ».

 

NA - Votre citation favorite de Nietzsche ?


AdB - « Il n’y a pas de phénomènes moraux, il n’y a que des interprétations morales des phénomènes ». Mais j’aime aussi celle-ci : « Veux-tu avoir la vie facile ? Reste toujours près du troupeau, et oublie-toi en lui ».
Les commentaires
Publié le 29/01/2009
Par Nietzsche Academie
Nous allons reprendre les idées avancées par M. Alain de Benoît sur Nietzsche pour tenter de les remettre à l’endroit, lui qui naguère a écrit un livre intitulé « Les idées à l’endroit ». Il s’agit ici de dissiper des malentendus et autres possibles déformations subjectives sur Nietzsche et de faire avancer le débat sur sa philosophie. Il ne faut y voir aucune attaque ad hominem, M. de Benoist gardant toute notre estime en tant que penseur, mais il est de notre devoir philosophique d’accoucher les esprits de la vérité en pratiquant le débat d’idées.

Donc, commençons par le début. Vous avouez un penchant heideggerien. Bien vous en fasse, personnellement à l’instar de Nietzsche, je me méfie des gens à système, fût-il ontologique… Nietzsche serait prisonnier de la valeur, j’y vois plutôt la marque de son sceau aristocratique qui se traduit comme vous l’avez souligné par un certain pathos de la distance. Il resterait ainsi encore dans la métaphysique, je ne pense pas, car cette valeur n’est plus idéelle mais réelle, incarnée dans une philosophie organique dont le visage est celui de Dionysos, le dieu très biologique de la vigne et du vin, celui de l’Eternel retour. On est très loin de concepts philosophiques abstraits et abscons, de galimatias « philosophars »…

Faut-il avoir un minimum de connaissances philosophiques pour comprendre Nietzsche ? Je ne pense pas non plus. Théologiques à la limite, tant sa culture religieuse est prégnante. Nietzsche n’était pas un philosophe au sens moderne (plutôt au sens classique, qui aime la sagesse), il était d’ailleurs philologue de formation, c’est ce qui le rend plus facile à lire car il ne jargonne pas un sabire universitaire illisible propre aux ânes savants infatués de leur érudition. Le savoir n’instruit pas l’intelligence a dit Héraclite. Et il se trouve que Nietzsche se sentait proche d’Héraclite. Nietzsche parle à notre intelligence c’est pour cela qu’il est audible, seuls les fats ratiocinent dans l’espoir d’en imposer aux béotiens et asseoir leur autorité dans le monde (souvent à des fins mercantiles ou bourgeoises, poste, chaire, rôle social à tenir etc…).

Pour ce qui est de la volonté de puissance, il s’agit ni plus ni moins de la matrice de la vie qui éternellement se surmonte, il ne s’agit bien sûr pas d’une exaltation de la force physique, mais plutôt d’une exaltation de la dynamique de la vie, qui trouve sa source en elle-même, et non comme vous l’avez souligné dans une quelconque morale.
Pour ce qui est de « la plus longue mémoire », allusion à peine voilée à une référence nietzschéenne d’un milieu droitiste néo-païen (Pierre Vial de Terre et Peuple pour ne pas le citer…), je suis d’accord avec vous en ce qui concerne le concept nietzschéen de noblesse qui va de l’avant, qui bâtit l’avenir, les inventeurs de valeurs nouvelles, les créateurs qui se donnent leurs propres lois. Certes… toujours est-il que Nietzsche dans sa conception sphérique de la vie n’oublie jamais de se référer aux Grecs anciens, à l’idéal classique de la virtu, comme paradigme de grandeur ou à des figures historiques comme Napoléon qui préfigurent son surhomme. Sans oublier sa référence à Dionysos et aux Hyperboréens, toutes deux appartenant à la plus longue mémoire européenne. L’inventeur de valeurs nouvelles, dans une conception sphérique de l’histoire animée par l’Eternel retour, n’est bien souvent qu’une réactualisation de ce qui est éternel et de ce qui a été oublié. L’oubli et la plus longue mémoire se rejoignent alors et ne font plus qu’un dans la sphère de l’Eternel retour porté et incarné par la figure du Surhomme. Tout est dans l’Un et l’Un est dans Tout. On retrouve ici encore l’influence d’Héraclite.

Le nietzschéisme est-il de droite ou de gauche ? Clivage politique non opérant en matière philosophique je suis d’accord. Mais d’un point de vue métapolitique ? Je pense que si. D’ailleurs l’homme n’est-il pas un animal politique ? Vous le reconnaissez vous-même, Nietzsche s’est exprimé plus d’une fois sur des questions politiques, et ses réponses claires et nettes, sans ambivalence de philosophe pusillanime, le classent franchement à droite (petit rappel: haine de la démocratie, du socialisme, de l’égalité, apologie de l’aristocratisme) ou au pis "anarchiste de droite" (en raison de sa détestation de l’Etat).
En ce qui concerne votre stigmatisation de la « vulgate d’extrême droite » sur la volonté de puissance et la grande santé, catégorie politique floue relevant de la dialectique de gauche, elle ressemble à s’y méprendre à du ressentiment - très peu nietzschéen - contre d’anciens amis (Pierre Val, Guillaume Faye) plutôt qu’à une analyse raisonnée, même si vous la mettez en perspective avec celle de gauche.

D’accord avec vous sur le Gai savoir, l’amor fait, la joie chez Nietzsche. Je constate seulement que vous vous cantonnez au Nietzsche seconde période, celle du Nietzsche des « Lumières », voltairien, esprit libre. Sans tenir compte de son évolution ultérieure, celle du surhomme pour laquelle vous semblez nourrir des réticences, ce en quoi vous n’êtes assurément pas nietzschéen, car le nietzschéisme et vous avez oublié de le souligner c’est aussi une sagesse de la folie, celle du Surhomme, l’homme transmuté par l’expérience victorieuse de l’Eternel retour. Le surhomme est-il le fruit d’une évolution darwinienne ? Non bien sûr, car Nietzsche l’avait bien souligné, Darwin avait oublié l’esprit… L’esprit des faibles qui nourrit du ressentiment contre les hommes bien nés et se venge en créant des conditions qui rendent impossible la création d’un type élevé. Mais l’esprit peut se retourner, opérer la Transmutation des valeurs chère à Nietzsche. Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra ne cache pas son intention de créer une nouvelle espèce, ses enfants comme il les appelle, qui vivront sur les îles bienheureuses, plus haut plus beaux plus forts, carrés de la tête aux pieds… Nietzsche à l’inverse de Darwin pense que l’esprit peut induire un type, il professe par ailleurs un eugénisme à peine voilé, notamment quand il parle de sélection, de la race, du métissage, à mettre en rapport avec son apologie de la bête blonde que l’on retrouve au fond de toutes les races aristocratiques… Dès lors qui peut dire que le surhomme de Nietzsche n’aurait pas recours aux biotechnologies pour améliorer le type homme, surtout si « l’homme est une corde tendue entre l’animal et le surhomme », sans oublier sa référence darwinienne au ver et au singe le tout couronné par une invitation à surmonter l’homme. J’entends bien qu’il ne s’agit pas d’un matérialisme biologique, mais tout de même, si l’on met cette idée en rapport avec la pensée du corps qu’il développe par ailleurs… corps et esprit ne faisant plus qu’un… il me semble difficile de soutenir que le nietzschéisme est un spiritualisme, surtout quand on se choisit comme dieu tutélaire Dionysos le dieu de l’incarnation, de la deuxième naissance, celle de la cuisse de Jupiter, véritable incubateur biotechnologique avant l’heure….
Publié le 30/01/2009
Par Nietzsche Académie
Voici la réponse de Monsieur de Benoist à nos commentaires:

Cher Monsieur,

Vous êtes bien entendu libre de vos commentaires, mais je trouve votre réponse d’une rare indigence. Vous écrivez, il est vrai : « Faut-il avoir un minimum de connaissances philosophiques pour comprendre Nietzsche ? Je ne pense pas non plus ». Dès lors, en effet, tout est dit. Je vous rassure : il n’est d’ailleurs même pas besoin de lire Nietzsche du tout pour militer en faveur d’un monde où nous serons tous « carrés de la tête aux pieds » (sic).

Bien à vous,

Alain de Benoist (et non « de Benoît »).

Réponse de la Nietzsche Académie:
On aurait aimé une réponse sur le fond, on se contentera d'une réponse, je vous retourne le compliment, pour le moins indigente. Etre philosophe c'est aimer la sagesse, ce n'est pas aimer la philosophie. Le problème de l'homme moderne un peu érudit c'est qu'il s'imagine philosophe quand il n'est qu'historien de la philosophie. C'était le sens de ma réponse sur la connaissance de la philosophie et la compréhension de Nietzsche. L'oeuvre de Nietzsche renoue avec la sagesse de la plus longue mémoire européenne, il faut pour la comprendre une certaine intelligence innée plutôt qu'un savoir livresque à la portée du premier rat de bibliothèque. Nietzsche est le philosophe de la vie ascendante, pas de l'érudition vantarde réservée à une caste de scholiastes sclérosés. Nietzsche lui même reconnut que le fait d'être le mieux noté en tant que cavalier lors de son service militaire valait mieux que son diplôme de philologie. Ce n'est pas un hasard d'ailleurs s'il a fui l'université à la recherche de la grande santé en marchant dans les massifs alpins. Pour fuir l'esprit de sérieux et de lourdeur du dernier homme, de l'homme moderne dont votre réponse témoigne malheureusement.
Publié le 31/01/2009
Par Nietzsche Académie
Pour information à l'attention de M. de Benoist qui devrait apprendre à lire Nietzsche à défaut de le comprendre, la formule "carrés de la tête aux pieds" est de Nietzsche. Je vous en livre l'extrait à toutes fins utiles:

"J'en attends d'autres ici sur les montagnes, et je ne veux point, sans eux, porter mes pas loin d'ici,
- d'autres qui seront plus grands, plus forts, plus victorieux, des hommes plus joyeux, bâtis d'aplomb et carrés de la tête à la base: il faut qu'ils viennent, les lions rieurs!"

Nietzsche in Ainsi parlait Zarathoustra - IVème partie, La salutation. Traduction Henri Albert.
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Pour aller plus loin, la Nietzsche académie vous recommande la lecture du Guide des citations Nietzsche par Olivier Meyer aux éditions Pardès, le test du Surhomme pour se connaître soi-même et Nietzsche parmi nous, contributions d'auteurs sur Nietzsche (voir rubrique Mes liens). Possibilité de conférence et de conseil.
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