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Publié le 18 mar 2010 à 23:54
Par noelkodia


Depuis une certaine période, la promotion de la culture au Congo semble se focaliser sur les arts musicaux. Le théâtre qui nous a révélé des grand noms tels Guy Menga, Sylvain Bemba, Letembet Ambily Maxime Ndébéka, et plus près de nous Sony Labou Tansi, n’a pas gardé sa flamme avec la « vieillesse » du CFRAD (Centre de formation et de recherche d’art dramatique) et la disparition des chapiteaux qui nous rappelle le passage de l’illustre Tati Loutard au ministère de la Culture et des Arts dans les années 70.
 


La création littéraire (roman, nouvelle et poésie) n’a pas pu consolider la phratrie jadis mise en œuvre par les grands noms de notre littérature tels Dongala, Tchichelle Tchivéla et bien d’autres déjà cités ci-dessus. A cette phratrie, il faut ajouter l’écrivain Léopold Pindy Mamansono qui a eu à jouer un rôle prépondérant pour la nouvelle génération des années 70-80. On lui doit « La Nouvelle génération des poètes congolais » publié en 1984. De cette anthologie, sortiront des noms aujourd’hui remarqués tels Caya Makhélé, Jean Blaise Bilombo Samba, Marie Léontine Tsibinda…

Il faut reconnaître que malgré le travail fourni par la jeune génération, les Lettres au niveau de la Culture n’ont plus le dynamisme qu’elles avaient conquis à l’époque du président Marien Ngouabi et de Sassou I avec le travail fourni par l’Union nationale des artistes et écrivains congolais. Le prix du Président de la République initié par Marien Ngouabi et consolidé par Denis Sassou Nguesso n’a pas été pérennisé, particulièrement après les années 90.

 

Aujourd’hui, en dehors de ce prix octroyé à Henri Lopes dans les années 2000, les écrivains semblent être oubliés par cette distinction nationale. On parle de littérature surtout à partir des écrivains de la diaspora quand ceux-ci se distinguent au niveau international. Les écrivains qui « se débrouillent » au niveau national ne semblent pas attirer l’attention des autorités culturelles. Les musiciens peuvent se prévaloir de leur « Fespam » et de leur « Tam tam d’or » pour se faire remarquer. Les dramaturges, jadis mis en valeur par le Concours théâtral interafricain de RFI, ne sont que l’ombre d’eux-mêmes, n’ayant pas des espaces valables pour s’exprimer normalement, la salle du CFRAD étant devenue désuète avec le temps. Heureusement il y a l’espace du Centre culturel français qui accepte le travail de nos dramaturges.

 

Au cours des journées à lui dédiées  pour ses œuvres, le ministre écrivain Henri Djombo, marqué par l’honneur qu’on lui avait fait à Pointe Noire, n’hésitait de reconnaître qu’il faut « encadrer » et aider les jeunes écrivains. Mais comment ?

Reconnaître la nouvelle génération d’écrivains de notre pays devrait être le leit motiv du pôle gouvernemental qui s’occupe de la Culture et des Arts.

Reconnaître la nouvelle génération, c’est aussi recréer l’ambiance de la phratrie des années 70 où les jeunes écrivains étaient reçus par les doyens sans complexe de supériorité.

Reconnaître le travail des écrivains, c’est réhabiliter le Prix littéraire du Président de la République au niveau national. Pourquoi pas un Prix de la poésie, un Prix du roman, un Prix du théâtre et un autre de la critique littéraire pour la promotion de notre littérature ? Pourquoi pas des journées  du livre chaque année ou tous les deux ans, journées pendant lesquelles l’on exposerait tous les livres écrits par les Congolais ? Une sorte de salon du livre « à la congolaise ». Le peuple congolais, et en particulier sa jeunesse, doit découvrir  les écrivains de leur pays. Danser tous les deux ans à l’occasion du Fespam, c’est bien. Mais se pencher sur les livres écrits par des compatriotes serait encore mieux pour les Congolais. Et cela pourrait donner  une autre dimension à l’éducation scolaire et universitaire.. Dans les années 70, les jeunes préféraient poursuivre leurs études quand on leur proposait le « travail à la kalachnikov ». Aujourd’hui ils préfèrent l’univers des armées que de poursuivre leurs études. Un changement de mentalité, sûrement provoqué par la non manifestation du goût de la lecture. Un changement qui doit faire réfléchir nos décideurs politiques.

Nous avions eu notre Tchicaya U Tam’Si, notre Tati Loutard, notre Létembet Ambily, notre Sony Labou Tansi. Aujourd’hui, nous avons Mabanckou, Caya Makhélé, Bongolo, Nsondé… Et demain ?


Bien sûr que la littérature congolaise  est toujours prolifique quand on voit le nombre de publications qui se fait remarquer chaque année, surtout au niveau de la diaspora. Mais malheureusement ceux-ci sont plus connus à l’étranger qu’au pays. Et le salon du livre « à la congolaise » souhaité serait une occasion donnée aux écrivains de se découvrir ensemble tout en se faisant découvrir par le peuple.

 

Publié le 09 mar 2010 à 16:34
Par noelkodia

Voici encore un roman signé par une Congolaise qui sort des sentiers battus des récits linéaires à nous souvent proposés. Avec « Les nouvelles d’Eloïse », nous avons un roman qui met en abyme plusieurs nouvelles de l’héroïne Eloïse. Aussi se remarque dans ce livre le « roman » constitué par le prologue et l’épilogue, deux bouts de récit dont le point de jonction sont les dix huit nouvelles que lit Eloise dans le coulé narratif et qui dressent un tableau plus ou moins réaliste de la société congolaise. A travers cette sombre peinture, les personnages de Moutsara-Gambou apparaissent et disparaissent au fur et à mesure qu’Eloïse continue sa lecture. Trois principaux thèmes s’y dégagent.

 

La femme en souffrance, principale personnage du roman

Comme dans la plupart des textes des écrivaines, la femme y occupe une place primordiale. Eloïse et ses principales « actrices » définissent la souffrance de la Congolaise dans la société. Elle-même et sa mère connaissent une vie de famille pénible. Cette dernière meurt quand elle a douze ans et porte en elle la souffrance des parents : « les maladies, la scolarité de leurs enfants, la restauration de leur maison en ruine, constituaient [pour] eux de véritables gouffres financiers » (p.262). Comme leur « créatrice », presque toutes les héroïnes des nouvelles baignent plus ou moins dans la souffrance. Emmenée très jeune en ville par son oncle pour les études, Berthe (p.137) se retrouve malheureusement là pour les travaux ménagers. Elle se marie dans l’espoir d’être heureuse. Dans « La béquille en bois » (p.148), on voit comment s’exprime la souffrance maternelle de Sophie qui réalise  que le handicap de son garçon brise le rêve de ce dernier qui voulait être footballeur. Léonie (p.168 ) est obligée de voler de la viande au marché car vivant dans la précarité et complexée par une ancienne collègue du lycée qui a fait un bon mariage. Prise en flagrant délit, elle se retrouve dans les mains de la police : elle a été tentée pour mieux nourrir ses enfants. Bellerose (p.173) marquée par la belle vie de sa tante, abandonne son jeune étudiant pour tomber dans les bras  d’un richissime qui fait son bonheur matériel. Mais commencent son malheur et ses souffrances quand son homme qui s’était présenté neuf est marié ne veut plus d’elle. Et Gisela (p.192) lui fait écho. Belle comme elle, et ayant réussi sa scolarité, elle pense se rattraper dans les plaisirs de la vie en quittant son homme pour se prostituer. Et à cinquante ans, elle n’a plus que ses yeux pour pleurer : elle a vieilli sans avoir un enfant. Sa stérilité nous fait penser à Odile (p.198) qui accepte les souffrances imposées par son mari qui a trouvé une autre femme pour avoir des enfants. Abandonnée à elle-même pendant deux ans par son homme et ayant accepté de s’occuper des enfants de sa « rivale » malade, elle reçoit son mari sans rancune, car fervente chrétienne. Ses prières seront exaucées car elle finira par avoir un enfant avec son mari. Quant à Patricia (p.215 ), elle nous rappelle un peu la vie de débauche de Bellerose et de Gisela. A l’issue de moult aventures amoureuses, et s’étant séparée de son deuxième amour Olivier, Patricia avorte pour une troisième fois. Cette fois-ci l’opération se complique et elle est gardée à l’hôpital pendant deux mois. Sans argent, et battue par un de ses ex-amants, elle se retrouve de nouveau à l’hôpital. Contre toute attente, c’est Olivier, devenu médecin après ses études, qui la soigne. Se réveille leur amour de jeunesse qui va les emmener au bonheur en « oubliant » chacun son passé dans un pardon réciproque. A la souffrance de ces sept femmes, on peut ajouter celle d’Elodie (p.240), on ne peut plus psychologique : c’est Julien un jeune Français, qui lui fait découvrir sa propre culture de femme de couleur. 


La satire politique

Moutsara-Gambou a bien observé sa société pour y dégager quelques portraits politiques. Devant un ancien député qui l’a corrompu, le jeune Paul Songolo, candidat à la députation de sa circonscription (p.22) succombe à la tentation. Il joue le jeu pour préparer la victoire « logique » de son adversaire. Contre toute attente, enrichi par ce dernier, il s’exile pour une nouvelle vie. L’image du député revient dans « Les bidons jaunes » (p.161). Le député du quartier, qui a installé un suppresseur chez lui à cause  du manque d’eau perpétuel dans les robinets, exploite  les pauvres populations alentour en leur vendant de l’eau. Et ce manque d’eau  pousse les familles vers le fleuve dont le courant va emporter l’enfant de l’héroïne. Dans « Le mouroir » (p.103 ), c’est la politique de santé qui est décriée. L’oncle de Hervé travaille dans un centre hospitalier où il gagne bien sa vie mais où les agents sont paradoxalement mal payés, d’où leur cupidité qui transforme l’hôpital en mouroir. La politique dans « Les nouvelles d’Eloïse », c’est aussi Edouard qui se retrouve malgré lui dans un complot politique. Il s’exile pour se protéger d’une éventuelle vengeance de ceux qui ont voulu attenter à la République et qui ont échoué à cause d’Edouard. Marqué par la méchanceté de l’homme politique, il se donne à l’alcool pour oublier le triste tableau sombre du pays. 


La place du personnage du fou dans le roman

Marcel (p.139), un homme bon et généreux « se transforme en fou » pour mieux observer les vices des hommes. Quelle ne sera pas leur surprise quand Marcel redevient normal et leur rappelle leurs « égarements ». La folie, c’est aussi l’histoire de cette femme qui a perdu son fils dans un incendie « à la lampe luciole » dont elle se croit responsable ; elle sombre dans la folie le jour des obsèques de l’enfant. 

« Les nouvelles d’Eloïse », un livre qui confirme la maturité de la plume de l’écrivaine déjà révélée par le 4è prix du Concours ACCT de littérature africaine pour Enfants en 1998. Par son style qui ssréveille le regard du critique habitué à traverser le roman « linéairement », Moutsara-Gambou fusionne « l’état-roman » avec « l’état-nouvelle », une technique qui sort de l’ordinaire dans la présentation des personnages. Et comme le stipule son éditeur sur la 4è de couverture, « [ses] personnages [lui] échappent, entraînent le lecteur dans une aventure humaine portée par le lien magique de la réalité et de la fiction ». Gilda Rosemonde Moutsara-Gambou, une écrivaine qui promet. 

(1) Gilda Rosemonde Moutsara-Gambou, « Les nouvelles d’Eloïse » éd. Plume d’Ailleurs, janvier 2010, 263p. 18 euros
Publié le 16 jan 2010 à 15:02
Par noelkodia

Voici un livre qui est passé inaperçu mais qui, trois après sa parution, mérite d’être présenté aux amateurs  du roman. Un récit qui pourrait ; par la simplicité du style, être  classé dans la littérature de jeunesse.

 

Leur demande d’adopter  un petit Congolais, orphelin de guerre acceptée, deux Français, Jean Claude et Hélène qui ont déjà adopté une fille car ne pouvant pas procréer naturellement, se rendent au Congo-Brazzaville pour aller récupérer leur deuxième enfant. Un voyage plein de péripéties, surtout avec les mésaventures entre Brazzaville et le village de Mabaya quand ils se confrontent aux « enfants soldats », résidus laissés par la fin de la dernière guerre. Plus de peur que de mal, le séjour au Congo se termine bien car ils reviendront en France avec leur fils adoptif Kakou. Celui-ci va vivre un véritable bonheur en compagnie de Mégane et ses nouveaux parents. « Kakou et Mégane », un roman qui confirme la maîtrise de la narration de l’auteur déjà mise en exergue dans son premier roman, « L’Enfant soldat » (2) ainsi que dans ses recueils de nouvelles. Aussi, se dégage dans ce roman, plusieurs points dont trois nous semblent pertinents.

 

Adoption et racisme dans « Kakou et Mégane »

Adopter un deuxième enfant qui doit être un garçon, tel est le désir de Jean Claude et Hélène. Et leur choix va tomber sur un jeune Africain, Kakou du Congo. Un enfant qui s’intègre merveilleusement dans la société d’accueil. Et ses relations avec sa nouvelle sœur ne souffrent d’aucun complexe. Mais comme dans toute société, il y a des indécrottables, et le sentiment de racisme apparaît quelque part du côté des parents de Jean Claude, particulièrement de la part de sa sœur Pierrette. Et l’homme le fera remarquer à sa femme au cours d’une discussion : « Hélène, ce qu’elle Pierrette dit relève du racisme, de l’antisémitisme, de la haine, de la discrimination raciale. Pierrette est loin des valeurs que nous partageons (…) elle a osé me dire au téléphone que je venais de faire une tache dans notre famille, le fait d’avoir adopté un enfant noir » (p.101). Si Mégane n’a pas posé de préjugé quand Jean Claude et Hélène l’ont adoptée, il n’en est pas de même pour le petit Kakou. Aussi devant le docteur Blaise Favier qui s’occupe de l’adoption de cet enfant et qui pense que le couple sera regardé étrangement dans cette société à cause de leur enfant de couleur, Hélène se montre raisonnable et confiante : « Le problème de racisme, même les Blancs en sont victimes aujourd’hui (…) Cet enfant sera le nôtre,  un point c’est tout » (p.148). Mais ce sentiment désagréable n’aura pas le dessus sur l’humanisme de Jean Claude et Hélène. Aussi, Pierrette comprendra le côté négatif de son racisme et changera de comportement ; Elle va se réconcilier avec son frère et accepter le petit Kakou.

 

Quand la réalité dépasse la fiction dans « Kakou et Mégane »

Bien que nous soyons dans une création romanesque, nous remarquons chez l’auteur (comme dans son premier roman) une transcription plus ou moins fidèle des événements du Congo. D’ailleurs l’espace géographique et quelques personnes ayant existé ou qui existent encore se reflètent dans certains personnages du récit.  A certains moments, l’auteur passe du romancier à l’historien sans difficulté aucune en piégeant le lecteur qui connaît les réalités géographiques, sociologiques et historiques du Congo : « Ce pays est revenu à l’ancien régime (…) C’est Sassou Nguesso, aidé par la société pétrolière ELF, qui est de nouveau à la tête du Congo (…) l’ancien président Lissouba vit actuellement à Londres, Kolélas réside au mali et Yhombi se trouve quelque part en région parisienne » (pp.150-151). Du début à la fin, du récit, l’univers diégétique reflète les réalités françaises et congolaises dont l’auteur semble connaître suffisamment l’espace et le temps qui signifient son récit. S’y dégage la description de certaines régions françaises dont l’authenticité sera reconnue par l’ancien étudiant de Nancy devenu « enfant soldat » quand il rencontrera Jean Claude et Hélène dans la région du Pool à la recherche du petit Kakou : « (..) Quand je vous parle (…) il y a là la fois les images de Vaudrome qui me reviennent dans ma tête : Le Vélodraume, la MJC Lorraine, la Mairie, la place de Paris et la place du marché » (p.224) ; mais c’est surtout au niveau du récit de la guerre de Brazzaville qui a rendu Kakou orphelin que se dégage la réalité des événements rapportés. Le narrateur se voit comme un cameraman qui filme Brazzaville en pleine guerre ; aussi ses places publiques, ses rues et avenues apparaissent ici comme ils existent dans la réalité géographique : « Des groupes s’affrontaient surtout au boulevard des Armées, sur l’avenue de la Paix, sur l’avenue Loutassi, la rue Itoumbi, sur l’avenue des Trois-martyrs, l’avenue Miadéka… » (p.121). Et cette réalité historique qui se fonde sur la guerre appelle le premier roman de l’auteur.

 

D’un roman à un autre : « Kakou et Mégane » reflet de « L’Enfant soldat »

A travers le thème de la guerre de Brazzaville que développent les deux romans, les récits de ces derniers s’appellent l’un et l’autre. Quand on relit « L’Enfant soldat », on se rend compte que sa suite se révèle dans « Kakou et Mégane », une suite marquée par de nouveaux personnages tels Jean Claude, Hélène et bien d’autres. Aussi se remarque le spatio-temporel qui a évolué par l’arrivée de Kakou en France. A travers l’isotopie de la guerre civile de Brazzaville qui est explicite dans les deux romans, se crée une intertextualité entre les deux récits. Le héros de « L’Enfant soldat » qui devient milicien car recruté avec quelques garçons de son village pour aller combattre en ville, n’est autre que Makoutou de « Kakou et Mégane ». Si ce dernier est héros principal dans le premier roman, il nous est présenté par Kakou dans le deuxième dans l’exercice de son honteux métier pendant la guerre : « Makoutou a enlevé son pantalon. Il a braqué son pistolet sur la tête de ma mère et lui a demandé de se déshabiller » (p.128). Et la suite du récit nous révèle les tenants et aboutissants de cette guerre de Brazzaville qui trace un trait d’union entre les deux romans.

 

« Kakou et Mégane », une littérature de jeunesse

Du style, ce roman se remarque par sa simplicité qui peut le classer dans la littérature de jeunesse où le didactique occupe une place prépondérante ; Et il n’est pas étonnant que le premier roman de l’auteur soit au programme dans une université française ; Et comme tout écrivain qui respecte son terroir, nous remarquons ici l’utilisation du kongo, langue de l’auteur qui donne une autre dimension au récit ; Une beauté linguistique qui ne dit pas son nom : « Bakala kata zonzako, moukento kwa ta vouna ; moukamouna mbata, ngati ka kanga mounoua [traduction dans le livre] » (p.208).

 

« Kakou et Mégane », un roman qui pose plusieurs problèmes sur le sociopolitique congolais des années 90 qui construit un pont entre les civilisations française et congolaise à travers le voyage que font Jean Claude et Hélène de la France au Congo. 

 
(1) Patrick Serge Boutsindi, « Kakou et Mégane », Ed. l’Harmattan,  Paris, 2007, 262 p.
(2) Patrick Serge Boutsindi, « L’Enfant soldat », Ed. l’Harmattan, Paris, 2001, 74 p.
Publié le 04 déc 2009 à 13:45
Par noelkodia

 Voici un roman qui se lit sans aiguillages temporels, menant de l’incipit à la fin le lecteur dans des histoires qui se surprennent, réalisant ainsi un formidable travail au niveau  de l’écriture pris comme matériau. Quand se termine le récit, le lecteur attend toujours la fin des « histoires » racontées qui rappellent « En attendant Godot » de Becket. Mais comme dans tout roman, le mariage entre les dimensions référentielle et littérale est obligatoire. Mais une spécificité se remarque dans « Le Dernier crépuscule » : un travail énorme sur le plan littéral, donnant ainsi au roman congolais une autre dimension. 


Esquisse d’un tracé référentiel

« Le Dernier crépuscule »  est l’histoire de plusieurs destins qui se croisent par l’écriture mais qui ne s’appellent pas les uns les autres à cause de leur thématique. Et la foultitude de personnages (Nwapa Benson, Marie Léontine, Marie Laure, Marie Louise, Marie Madeleine, José Mové, le journaliste, le metteur en scène, Mofla, Guillaumette, Yaya, Didjé…) qui apparaissent et disparaissent tout au long du texte, se présentent comme des pièces d’un puzzle. Cette situation diminue la tension de la représentation. Dans le tracé diégétique, narrations et récits s’interpellent. Au début, Nwapa et Marie Léontine semblent les principales héroïnes du récit à travers leur vie professionnelle et privée dans Brazzaville. Mais quelque temps après elles sont effacées par la présence du narrateur homodiégétique. Commence alors une réflexion sur la littérature, et le roman apparaît comme une véritable mise en abyme du roman lui-même. Par les relations que tissent les principaux personnages du récit, on découvre une grande famille où le père, professeur de littérature, se donne au jeu d’échecs et enseigne le piano à des étudiantes. Dans ce roman s’élabore un texte qui se lit tantôt comme « Le manuscrit cancéreux », tantôt comme « Le Dernier crépuscule ». Le récit, qui a mis en valeur le roman, se termine par la présentation d’une pièce de théâtre écrite par l’un des enfants de la famille et qui pose les problèmes des relations entre la scène et le public. Difficile à saisir comme un tout cohérent avec les armes de la critique traditionnelle, ce livre pourrait se définir comme l’un des meilleurs romans modernes congolais en ce qui concerne  le travail au niveau du littéral. 


« Le Dernier crépuscule » : du récit d’aventures aux aventures des récits

Si dans la majorité des textes congolais, nous découvrons généralement des récits d’aventures avec introduction et dénouement dans une logique du vécu quotidien qui satisfait le lecteur, dans le roman de Joao Campès, le fonctionnement du récit au niveau scriptural prend le dessus sur l’acceptabilité de la logique textuelle au niveau du signifié. Ce roman apparaît d’abord comme une belligérance entre  le récit et le discours  au sens linguistique de Benveniste. L’incipit se définit comme un récit conduit généralement par l’imparfait et le passé simple : « Au début son histoire était tellement incroyable que tout le monde avant beaucoup de mal à y  croire. « Il pleuvait » (…) Elle marqua un temps, sembla rêver » (p.9). Et un peu plus loin, le texte se transforme en discours quand le « narrateur-je » commente plus qu’il ne raconte, avec le présent et le passé composé que Benveniste  classe dans la catégorie des temps du discours : « José m’a dit que c’est là son obsession (…) ; pour le moment, il prend soin de relier tous les humains entre eux » (p.14) ; Avec la désinvolture des personnages qui se remarque par des coq-à-l’âne dans la trajectoire diégétique, se renforce la dimension littérale du roman ; le livre devient un perpétuel jeu de mots qui donnent une musicalité particulière du texte et nous rappelle la technique des nouveaux romanciers comme la répétition de mots : « Tout le monde avant mis sa tête des grands jours, un type avait une tête de veau, un autre une tête de porc, ici une tête de mule, énormément de têtes à claques, que de tête d’abrutis, que de têtes d’ahuris » (P71) ainsi que l’allitération : « C’est bien que la Seine n’est pas si large (…), mais la scène est tellement insoutenable… » (p.66) , « Un gars distrait ! Un gars d’Istraies, où ça ! » (p.89) font la particularité de Joao Campès. Ce genre de textes, nous les rencontrons à tout moment dans le roman. Et le retour obsédant d’un même texte réalise des récits dits répétitifs à travers des segments narratifs qui apparaissent dans le texte en gardant la même structure tant au niveau du signifiant que celui du signifié ; le segment textuel « Si je n’avais pas lu quelque part que tous les hommes sont  malheureux, peut-être que je ne serais pas malheureux » (p.151) est repris à la page152 sans modification aucune. Chez cet auteur, atypique, apparaît explicitement la technique de la mise en abyme qui nous rappelle les personnages de romans se découvrant parfois comme des auteurs de roman : « Dans cette correspondance,  les deux femmes Nwapa et Marie Léontine parlent aussi de la littérature et du roman, ainsi que du Dernier crépuscule (le manuscrit cancéreux) le nouveau roman de Marie Léontine » (p.179). Avec Joao Campès, le texte devient une succession de plusieurs éclatements narratifs dont les blocs ne se saisissent pas comme un tout cohérent. Les phrases du roman sont plus syntaxiques que sémantiques et se réalise ici la guerre des récits dont la plus significative oppose le romanesque au cinématographique et au théâtral. D’où le perpétuel questionnement du narrateur : « Qu’est ce que la littérature ? ». Dans ce livre, l’art du roman interpelle celui du cinéma et l’histoire de Nwapa et Marie Léontine qui nous donne des exemples précis où des segments narratifs sont des morceaux d’écran devant nos yeux : « (CLIP) Va et vient de la main sur le soleil (…) Nue sous une nuisette ultra transparente, Nwapa Benson sort de la salle de bains. Elle se serre contre son mari dans le couloir du palais des Congrès et tous deux regardent le tableau » (p.49). Ici l’effet cinématographique est mis en relief par le présent qui actualise les gestes de Nwapa. Et cette actualisation se remarquera aussi à la fin du roman quand celui-ci sera en relation avec le théâtre : « la scène représente deux larges boxes faisant face à la salle, séparés l’un de l’autre » (p.372) « Le Dernier crépuscule » apparaît comme une constellation d’autres récits qui reviennent sans cesse à l’esprit du narrateur. Une grande importance est donnée à la citation d’autres textes par le narrateur pour meubler sa production ; des extraits poétiques de Lao Tseu ainsi que ceux d’autres auteurs reviennent à tout moment dans le coulé narratif pour donner au roman une autre spécificité. On remarque par exemple l’image de « La Modification » de Butor avec sa thématique du voyage par train avec le récit à la deuxième personne « vous » : « Vous êtes dans le train (…) Une jeune femme est assise en face de vous… elle regarde devant elle, droit dans vos yeux… » (p.58). Apparaît aussi l’image de Camus à travers le personnage de Mersault dans le théâtre de Mofla : « Meursault (…) marchant quelque peu sur le plateau. Aujourd’hui maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas (…)  Mère décédée. Enterrement demain » (p.375). Ce texte ne nous rappelle-t-il pas « L’Etranger » de Camus ?  


Le Dernier crépuscule : un roman moderne pour une critique moderne

Ce roman a bousculé agréablement la critique traditionnelle qui ne trouverait pas beaucoup à dire à propos à cause du dogmatisme sur lequel se fonde la résumabilité  de l’histoire rapportée. Avec ce roman, le travail de l’auteur doit être vu sous l’angle littéral. Sur ce point, ce roman de Joao Campès pourrait être considéré comme la première révolution textuelle dans la narration congolaise. L’on pourrait le définir comme le premier nouveau roman congolais car toute sa richesse se fonde sur le travail du langagier. Il se compose avant tout de mots. Aussi son analyse devrait s’écarter de la réalité empirique  à laquelle nous renvoie le romanesque traditionnel. Ici, il s’agit d’interroger les mots, de ne plus donner plus de signification au texte et de repérer les signes-mots pour décrire leur fonctionnement  par l’intermédiaire de la grammaire des textes. 


Pour conclure

Après « Le Pacte des contes » de Philippe Makita, « Le Dernier crépuscule » revalorise la mise en cause du roman traditionnel congolais qui nous révèlent souvent des histoires qui se fondent sur les mêmes réalités sociohistoriques créant ainsi une intertextualité au niveau du signifié. On a l’impression que dans le roman traditionnel, « on prend les mêmes thèmes et l’on recommence ». Après lecture du texte de Joao Campès, on peut affirmer sans risque de se tromper que « Le Dernier crépuscule » vient d’annoncer l’autre versant du roman congolais,. Et pourquoi pas africain ? Son auteur sera-t-il compris par le dogmatisme de la critique traditionnelle ? (1) Joao Campès, « Le Dernier crépuscule », Editions EDILIVRE APARIS, Paris 2009, 395 p.
Publié le 14 nov 2009 à 16:34
Par noelkodia
Voici un  récit qui se trouve au confluent de l’histoire kôngo et du roman. Un récit qui tire sa quintessence dans les vestiges du royaume kôngo et dont l’héroïne est Kimpa Vita. L’initiation à l’école de Lemba, sur fond de révélation du destin exceptionnel de celle-ci pour libérer le royaume kôngo de l’emprise de la pensée occidentale, tel est le nerf directeur du récit de Dieudonné Nkounkou. 


Quand aux siècles derniers le royaume kôngo se voit envahi par les Blancs, il change de destin. Aussi des missionnaires s’installent à Mbanza Kôngo que l’on vient de débaptiser ; son nouveau nom est Saô Salvador. Commence la Traite négrière avec importation des produits exotiques. Et les coutumes du royaume tels les fétiches et la polygamie sont sévèrement réprimés par l’Eglise des Blancs. Le royaume connait une décadence avec mort d’hommes car la puissance portugaise fera des prisonniers et ira jusqu’à décapiter le roi Nvita Nkânga et dont la tête sera ramenée à Luwanda : « Le déséquilibre des forces avait conduit à une véritable boucherie (…) Dans  un ultime geste d’humiliation, les Portugais après avoir achevé le roi Nvita Nkânga, le décapitèrent et montrèrent sa tête aux survivants » (p.38). Avec cette terrible répression, le royaume tombe sous la main mise du Portugal. Mais contre toute attente, une certaine Mama Mafuta annonce la venue d’une prophétesse au sein du peuple kôngo, fruit de la rencontre du petit rescapé de la bataille de Mbwila, Kangu-a-Vimba qui a maintenant grandi, avec une femme de la maison royale. Baptisée à sa naissance au nom de Dona Béatrice, Kimpa Vita tente de réorganiser le royaume « saccagé » par l’église des Portugais. Devant les miracles  qu’elle réalise, les Portugais la prennent pour une diablesse qu’il faut à tout prix éliminer car prônant les valeurs kôngos. Dans le complot machiavélique, alors que sa mission prophétique tombe à sa fin, Kimpa Vita est accusée d’avoir trahi le saint sacrement de baptême ; elle aurait pactisé avec le diable en s’appellant Kimpa Vita et son enfant considéré comme fruit d’une relation démoniaque. Comme sanction, elle est brûlée vive avec ses « complices » Mama Mafuta et Barro de Silva. L’enfant est confié à une famille portugaise qui l’emmène en Europe pour son éducation religieuse avant de revenir plusieurs années après au royaume pour restaurer l’église de sa maman.


 
Le royaume kôngo victime de la barbarie occidentale

En dehors de l’histoire de l’héroïne Kimpa Vita, l’auteur nous plonge dans les réalités intrinsèques du Kôngo-dia-Ntotéla où l’école de Lemba occupe une place importante. Aussi, l’étape de l’initiation au rite du Lemba demande que ses enseignements soient gardés secrets (Mié ku Lemba, ka mi téyo kô). Hospitaliers, les habitants du royaume Kôngo ouvrent leur espace aux missionnaires portugais. Méfiants avec leur roi, ils vont accepter d’être baptisés et poser la première pierre d’une église à Mbanza Kôngo le 6 mai 1491. Mais quand commence la Traite négrière et leurs traditions bafouées, les habitants du royaume se voient obligés de restaurer les religions traditionnelles et le pouvoir du roi qui a perdu sa valeur. Le peuple devient hostile à la présence de l’étranger et sa religion. La décadence du royaume prend un autre virage avec la mort du roi qui provoque la confrontation entre le neveu et le fils. Ce dernier, aidé par l’armée portugaise, écarte son cousin et le tue. Fidèle à la religion des Blancs, il envoie des membres de sa famille au Portugal. Son premier fils deviendra le premier évêque noir. Le royaume entre dans la décrépitude car l’alternance au pouvoir ne tient plus compte de la transmission héréditaire. Plusieurs rois seront tués par des princes avides du pouvoir : « A partir de1542, tout prétendant accédera au trône, non plus par les règles traditionnelles de transmission du pouvoir royal, mais par une prise de pouvoir violente » (p.31) ; le royaume connait des sécessions jusqu’à ce que l’ordre revienne plus tard avec la prophétie de Kimpa Vita.


 
L’église occidentale : un malheur pour le royaume Kôngo

Ayant abusé de la confiance des Kôngos, les Portugais s’imposent dans le royaume en faisant fi des réalités rencontrées sur place. L’église catholique va en guerre contre celle des Kôngos qui ne se laissent pas faire. Et quand le peuple essaie de résister, les Portugais répondent par l’oppression : « En cas de résistance [les Blancs] pillaient, incendiaient, violaient et tuaient à volonté » (p.25). Quand, dans l’exercice de leur fonction les Portugais vont se confronter à la prêtresse Kimpa Vita qui veut réhabiliter l’église du Kôngo, cette dernière sera persécutée et tuée. Ne voulant pas se soumettre à l’occupant, le peuple kôngo va opposer une lutte farouche contre les Portugais ; mais le rapport des forces en faveur de l’ennemi fera que ceux-ci feront main basse sur le royaume : « Après huit heures de combats acharnés, le général Dom Pedro Constantino blessé, lui aussi, ordonna le retrait de l’armée Kôngo. Le déséquilibre des forces avait conduit à une véritable boucherie. Plus de cinq mille guerriers kôngo étaient tombés » (p.38)


 
Kimpa Vita : de la prophétie à la mort pour libérer le royaume

La naissance de cette prophétesse est programmée dans la turbulence que connait le royaume. C’est une fille de Kangu-a-Vimba qui s’initie aux plantes et choses sacrées et reçoit aussi une formation militaire. Introduite dans la société Marinda, elle prend le nom de Kimpa Vita. A vingt ans sa réputation de grande prêtresse est établie. Sa grand-mère, à qui elle rend visite, lui révèle la mission que lui a confiée Nzambi-a-Mpungu : « Là-bas, tu vivras dans le cœur et l’esprit des enfants Kôngo qui ont été enlevés à notre terre. C’est pour cela que le Dieu tout puissant m’a dit que tu es la mère des peuples. Va et accomplis ta mission. Le temps est venu. » (p.72). Et cette mission, elle la mènera jusqu’au sacrifice suprême. Dans ses prêches, elle est en désaccord avec l’église des Portugais qui n’en croient pas à leurs yeux quand elle annonce que Jésus Christ est né à Mbanza Kôngo et que sa mère Marie était une esclave noire : « (…) la terre sainte est Kôngo ; Jésus Christ est né à Mbanza Kôngo et baptisé au nord de la province de Nsundi, la mère du Christ était une esclave de Nzimba Mpangui » (p.81). Aussi les missionnaires décident de mettre fin à cette hérésie de peur qu’elle gagne tout le royaume.


 
Histoire et roman chez Dieudonné Nkounkou 

Dans ce livre où la dimension historique dépasse celle de la fiction, l’auteur se révèle comme un grand chercheur sur l’histoire du royaume kôngo dont la présence portugaise a été un frein au développement dès 1482. Dans ce récit l’homme de droit Nkounkou se remarque plus historien que romancier. Il nous livre une richesse sur la connaissance des us et coutumes kôngo qui, jusqu’aujourd’hui, se remarque dans le Kôngo profond des Congolais des deux rives et de l’Angola, originaires de Mbanza kongo. On peut lire : « A l’époque de Kimpa Vita, ce désordre est arrivé à cause de l’attaque lancée sur Mbanza Kongo par Dom Pedro III (Ndo Mpétolo III) un, prétendant de la lignée Mpanzu qui a fait tuer en 1678, Dom Daniel 1er (Ndo Nanyêle 1er), successeur de Dom Raphaël 1er (Ndo Lufwâyi 1er) de la lignée Nlaza » (p.61). Et la fonction romanesque apparaît dans le récit quand le narrateur « je » de l’incipit, nous revient à la fin du texte et nous pouvons nous représenter ce vieillard de 96 ans devant ses trois élèves à qui il a conté l’étrange destin de Kimpa Vita. Ce fils de l’héroïne jadis emmené en Europe après la mort de cette dernière.


 
Pour conclure
« L’Histoire sécrète de Kimpa Vita », un roman riche dans la connaissance du royaume kôngo. Dans cette littérature congolaise qui tire souvent ses réalisations dans l’histoire contemporaine, ce livre, avec « Le Chevalier de Soyo » du sociologue Côme Mankassa, apparaît comme une mine à bien exploiter pour la relecture de l’espace kôngo. Et on ne peut qu’être d’accord avec l’éditeur qui constate sur la 4è de couverture : « Roman historique, L’Histoire secrète de Kimpa Vita est bâtie avec ce qui appartient à tous, afin qu’elle soit plus proche de chacun ». 

(1)     D. Nkounkou, L’histoire secrète de Kimpa Vita, Ed. ICES, Paris, 2009, 156p.

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