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Publié le 14 mai 2007 à 15:08
Par noelkodia

Avec l’arrivée du président Nicolas Sarkozy au pouvoir, les Français ont démontré aux yeux du monde que seules les idées pouvaient diriger une nation et non les liens naturels du terroir. N’en déplaise à Jean Marie Le Pen qui s’était naïvement pris au président Nicolas Sarkozy parce qu’il était d’origine hongroise. Une leçon de civilité des Français qui doivent interpeller les hommes politiques africains qui se réfugient derrière des réalités telles « congolité », « ivoirité » pour barrer la route aux idées justes d’autres compatriotes qui pouvaient aider la démocratie à s’épanouir sur le continent. Nicolas Sarkozy est maintenant le président des Français, c’est-à-dire le président de Jean Marie Le Pen et autres. Mais qu’attendre de son « hyperactivité » quant au développement de l’Afrique qu’il compte sortir de la misère, des maladies et de l’immigration non maîtrisée comme il l’a récemment annoncé au cours d’un de ses discours d’avant son installation à l’Elysée ?

 
Le 6 mai 2007, la France, dans un élan majoritaire, vient de choisir sans état d’âme, un fils d’un immigré comme président de la république. Bonne réaction du peuple français lorsque l’on constate qu’en Afrique, on vote rarement pour les idées ou programmes  mais surtout par affinités tribales et régionales. Sur ce point, les Français ont démontré leur grandeur politique. Mais fallait-il qu’ils privilégient l’égoïsme hexagonal en laissant au bord de la route tout un continent qui les a sauvés de la deuxième guerre mondiale avec ses valeureux tirailleurs sénégalais ? Dans son éditorial du n° 227, Paul Tedga tirait la sonnette d’alarme en précisant que « Ségolène Royal [était] mieux qualifiée pour renouer les fils entre la France et les pays africains ». Les Français ont voté Nicolas Sarkozy. Soit Contredira-t-il l’inquiétude de notre confrère Paul Tedga? 


Peur sur la ville après l’annonce des résultats finaux

Juste après quelques heures de l’annonce du sacre de Nicolas Sarkozy, une partie de la jeunesse s’est exprimée en se « fâchant » contre la victoire de Sarkozy en cassant et brûlant tout à leur passage avant que celui-ci s’installe à l’Elysée. S’agirait-il d’un mauvais présage des Français qui doivent pendant cinq ans accepter ce qu’ils ont choisi, démocratie oblige ? Mais avec cette situation socio-politique que vit pour la première fois la France et même l’Afrique après l’élection d’un président de l’Hexagone, on est en droit de se demander si réellement la majorité a toujours raison dans tout problème.Heureusement que nous sommes dans le pays de Descartes. En Afrique, on aurait cru à la fraude, surtout que les machines à voter ont aidé les électeurs. La victoire de Sarkozy, un bel exemple qui devrait faire réfléchir les Africains dans la mise en œuvre de la démocratie au niveau des élections sur le continent. 


L’Afrique et Nicolas Sarkozy

Nicolas Sarkozy en tant que fils d’immigré, est trop jeune pour comprendre les véritables rapports qui lient la France à l’Afrique, surtout la francophone. Seule l’Histoire lui a donné quelques bribes d’information sur l’Afrique. Mais a-t-il lu celle écrite par Cheik Anta Diop, Joseph Kizerbo et Théophile Obenga ? Le doute persiste quand on se rappelle son comportement on ne peut plus mégalomane devant l’identité noire. Comportement qui, en principe, divorce d’avec sa profession d’avocat qui demande tac et diplomatie. Et  l’on peut se demander si réellement Paul Tedga n’a-t-il pas raison quand il affirme que « Nicolas Sarkozy a bâti son fonds de commerce électoral sur sa politique anti-immigrés. On pourrait caricaturer en disant que Monsieur Sarkozy, c’est Monsieur anti-Noirs ; Monsieur anti-Arabes. Il en est fier ». Et de ce comportement « anarchique » du nouveau président français, force est de se demander une fois de plus si Paul Tedga n’a pas une fois de plus raison quand il dit que « si ce Hongrois devenu français par la loi du sol, connaissait réellement le passé historique qui lie la France à l’Afrique, il tournerait sept fois sa langue dans sa bouche avant de sortir des énormités ».. Et son dernier discours à Bamako au Mali en tant que ministre de l’Intérieur et candidat à la présidence, aurait même bouleversé l’un des doyens de la littérature-monde en français, Olympe Bhêly Quenum qui rappelle que celui-ci déclarait sans ambages que « la France, économiquement, n’a pas besoin de l’Afrique ». Peut-être un frémissement du côté des hommes parmi lesquels Vincent Bolloré dont l’Afrique constitue le socle de leurs intérêts économico-financiers. Et nous sommes stupéfaits de ces propos quand Olympe Bhêly Quenum nous rappelle une triste réalité constatée par le président François Mitterrand lors de son règne quand il précisait qu’ « en dépit des sommes considérables affectées aux aides bilatérales et multilatérales le flux des capitaux qui viennent de l’Afrique vers les pays industriels est plus important que le flux des capitaux qui vont des pays industrialisés vers l’Afrique ». Cette situation aurait-elle changé ? That is the question? Comme on le dirait au pays de Shakespeare. De toutes les façons, qu’on le veuille ou non, L’Afrique va prendre un nouveau virage pendant les cinq ans du mandat de Monsieur Sarkozy. Il n’y aura peut-être pas de grands bouleversements, comme le pensent ceux qui ont adhéré à ses idées sur la politique africaine. D’ailleurs la plupart des Noirs sarkozistes n’ont d’Africain que leur couleur de peau et leur patronyme que certains même ont eu à franciser car n’ayant plus d’attaches socio-politiques réelles sur le continent, ayant quitté le sol africain voici bientôt plusieurs décennies  sans aucun retour au terroir pour se ressourcer, de véritables « peaux noires, masques blancs » qui nous penser au grand penseur négro-africain Franck Fanon. Des Noirs sarkozistes de nationalité française qui croient être plus Français que les Hexagonaux. 


Avec Nicolas Sarkozy : une nouvelle Françafrique en préparation ?

Sous le Vè République, les affaires africaines faisaient partie du domaine reservé du pouvoir président, qu’il soit de gauche ou de droite. En dénonçant publiquement la Françafrique et par delà les relations amicales et familiales qu’entretenaient Jacques Chirac avec certains chefs d’Etat, particulièrement francophones, Nicolas Sarkozy venait de taper dans le mille. Comportement. Et les oppositions et sociétés civiles africaines de se réjouir. Un jeune président français promettant d’écrire une nouvelle page de l’Histoire des relations franco-africaines, à l’image de François Mitterrand quand il demandait en 1991 à tous les pays africains d’aller vers la démocratie et le multipartisme pour bénéficier du soutien économique de la France. La suite, nous le savons car, abandonnés à eux-mêmes, les peuples africains malgré leur courage d’avoir imposé la démocratie à leurs dirigeants, se sont vus secoués par les guerres interethniques sur fond de leurs richesses. Les tragédies qui se sont déroulées ces dernières années en Afrique centrale, sont des exemples qui ont fait dire à certains hommes que « l’Afrique n’était pas prête pour la démocratie ».Les Français, en donnant leur confiance à Nicolas Sarkozy, ont démontré que la France « roule » grandement à droite. Nicolas Sarkozy est un allié des « hommes d’argent » français. Arrivera-t-il à faire comprendre à tous ces lobbies qui pillent les richesses de l’Afrique qu’il faudrait « dialoguer » dignement avec  les Africains en ne soutenant pas les dictateurs qui facilitent paradoxalement le pillage des richesses du continent ? Des doutes persistent car les hommes de la Haute Finance qui auraient aidé Nicolas Sarkozy à gagner l’élection présidentielle entretiennent des relations particulières et même privilégiées avec certains chefs d’Etat africains que  le président français avait déjà « consultés » quand il était encore ministre et candidat à la magistrature suprême.  Et cela pouvait faire penser à cette Françafrique qui, d’après François-Xavier Verschave est « une nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, et polarisée sur l’accaparement de deux rentes : les matières premières et l’aide publique au développement ». Le nouveau locataire de l’Elysée pourrait-t-il donner un autre sens au mot  « développement » pour le continent africain au lieu de s’attaquer maladroitement à l’immigration qui n’est autre que la conséquence d’une cause ? Nicolas Sarkozy, fils d’immigré, connaît sûrement (à moins qu’il fasse  semblant d’oublier) que ce n’est pas de bonté de cœur que son père avait quitté la Hongrie pour la France. Il doit aussi comprendre que ce n’est pas par pure fantaisie que les Africains décident de venir dans les pays du Nord. Une seule raison : la misère qui a été accentuée après les indépendances par le pillage à outrance des matières des pays africains ainsi que par la main tendue aux dictateurs qui se sont installés depuis les années 70. Ainsi, on peut même dire que certains Africains viennent en Europe arracher à la sueur de leur front, la part de leurs richesses volées et emmenées en Europe, pour la renvoyer ensuite à leurs parents restés pauvres au pays, comme on le remarque surtout dans les communautés ouest-africaines. L’immigration africaine est une conséquence de la mauvaise gérance de la politique françafricaine par les dirigeants français. Le président Nicolas Sarkozy doit sûrement connaître le remède principal pour soigner ce mal tout en préservant « les équilibres non seulement en France mais aussi entre la France et les pays africains sans beaucoup de dégâts de part et d’autre ». Et si dans ces cinq années à venir, le problème de l’immigration continue à être traité comme tel en bafouillant la dignité du noir, le feu qui couve en Afrique francophone et qui a eu à embraser une partie de la richesse française en Côte d’Ivoire il y a quelques années, pourrait se revivifier. Les jeunes Africains conscients du pillage de leurs richesses par les compagnies françaises, découragés par la restriction de visa qui ne leur permet pas de venir poursuivre leurs études en métropole à cause de la négligence des universités africaines abandonnées à leur triste sort à dessein pour freiner les élans intellectuels des enfants des larges masses populaires, pourront se réveiller d’une façon inattendue. N’ayant plus rien à gagner, ils brûleraient tout à leur passage, y compris les intérêts et la langue française dont ils commencent à douter de la pertinence en s’intéressant massivement à l’Anglais. Un diplomate français tué dans les locaux de l’ambassade à Kinshasa il y a quelques années, les incidents de la Côte d’Ivoire, les relations diplomatiques entre la France et le Rwanda « coupées » par le tonitruant Kagamé qui veut d’ailleurs de divorcer d’avec la Francophonie pour se marier avec le Commonwealth, le drapeau tricolore brûlé aux abords de l’ambassade de France à Brazzaville suite à l’affaire des disparus du beach, voilà quatre situations qui n’augurent pas des lendemains meilleurs entre la France et certains pays africains si les relations franco-africaines continuent à porter les habits de la Françafrique telle que nous l’avons connu depuis sa naissance jusqu’au règne de Jacques Chirac. La jeunesse africaine, une véritable bombe à retardement si on ne prend pas en main le problème de co-développement entre l’Europe et l’Afrique. 

Nicolas Sarkozy doit faire ce qu’a préconisé Ségolène Royal : un plan Marshall pour l’Afrique
L’Afrique traverse une situation difficile qui commence à se répercuter au-delà de ses frontières. Avoir confiance aux diasporas africaines de sa génération pour redresser certains problèmes qui minent le continent, tel devrait être le leitmotiv du nouveau président au lieu de s’attaquer fougueusement à l’immigration qui devrait être traitée en aval et non en amont avec une dose d’humanisme fondé sur les droits de l’Homme. Pour l’économiste Yves Ekoué Amaïzo, « L’Afrique a été l’espace privilégié de multiples tentatives visant à  greffer « l’Etat moderne » à l’occidentale, fondé sur le monopole de l’édiction et de la sanction du droit positif. Ces tentatives ont échoué ou plutôt elles n’ont réussi qu’à moitié : des appareils d’Etat se sont constitués, mais sans démocratisation, du moins au sens que l’on donne à cette expression en Europe. L’exemple de l’élection des présidents de la république est à cet égard probant ».Seraient disqualifiés de l’Union africaine et ne recevraient aucune aide de la Communauté européenne, les pays qui ne respecteraient pas la logique politique de l’alternance sur fond de limitation de mandats à deux comme on le remarque dans les plus vieilles démocraties. Il n y a que la bonne gouvernance loin des appétits de certains hommes en treillis assoiffés de pouvoir qui redonnera l’espoir au continent. Le président Nicolas Sarkozy connaît bien que l’Afrique a des richesses dans tous les domaines : matières premières, ressources humaines dont une bonne partie exerce brillamment dans le Nord à cause de manque de structure sur le continent et de l’insécurité dont la principale cause est le tribalisme. Et ce tribalisme pourra mourir de sa belle mort lorsque dans le peuple, chacun aura sa part par une bonne gouvernance sur fond de salaires convenables et d’une garantie de sécurité sociale, choses qui n’existent pas encore presque dans tous les pays africains. Ce que doit savoir le nouveau président français c’est que la France n’a plus les moyens de s’occuper convenablement des pays francophones en dehors de l’exploitation de leurs richesses matières sur fond d’un pillage organisé car le prix de vente fixé à sa guise. Jusqu’à quand la France va-t-elle continuer à s’occuper de certains « accords de pauvreté » comme celui signé dernièrement à Yaoundé qui prévoit l’annulation d’une portion de 204 milliards de francs CFA (311 millions d’euros) de la dette contractée par le pays de Paul Biya à son égard ? Le FMI continuera-t-il sa main mise sur l’Afrique à travers ses « prêts destructeurs » comme nous le constatons à propos de celui de 117,3 millions de dollars accordé au Gabon pour soutenir son programma économique ? La France doit aider les peuples africains à gérer convenablement leurs richesses  par une meilleure répartition afin de ne plus voir les jeunes Africains se déferler vers l’Eldorado européen. Si la nouvelle classe politique française ne veut pas que les Africains viennent « manger leur pain » et « prendre leur travail », elle doit agir dans le sens de l’ordre juste. Réviser les relations personnelles entre le président français et les chefs d’Etat africains. Il faut, comme l’a annoncé lui-même Sarkozy avant la formation de son gouvernement, « laisser les sentiments pour la fidélité et l’efficacité pour le travail ». Même s’il faut « travailler plus pour gagner plus », la réalité en politique, plus particulièrement en Afrique, n’est pas la même. Où travailler plus est synonyme de voler plus. Triste réalité !. Le pouvoir africain corrompt et avilit les mœurs. Trente ou quarante ans au pouvoir a été une triste expérience en Afrique comme on peut le constater à travers les exemples de Mobutu au Congo-Zaïre et Eyadéma au Togo après leur déchéance.La France vient de tourner une nouvelle page de son histoire dont le rédacteur en chef sera le président Nicolas Sarkozy. Arrivera-t-il à dénoncer ouvertement les liens obscurs qu’entretenait l’Elysée avec le syndicat des chefs d’Etat africains à travers la Françafrique ? Il faut se rendre compte que la France a été le premier pays à signer la Convention contre la corruption. A ce jour, elle n’a encore entamé aucune démarche de restitution des richesses volées par les dictateurs africains et qui se trouvent gardées sur le sol français. Cette restitution sera-t-elle mise en œuvre par le nouveau patron de l’Elysée ? Pour parler du pillage organisé par certains chefs d’Etat tout en aggravant paradoxalement la misère dans leur pays sur fond d’un écart de plus en plus criard entre l’opulence des acteurs politiques au pouvoir et les « larges masses populaires » du continent, on peut citer, parmi ceux qui ne sont plus de ce monde, l’exemple de Mobutu du Zaïre. Il est révélé dans une enquête intitulée « Le magot caché des potentats africains » (cf.  l’hebdomadaire Choc Hebdo n° 79 du 3 au 9 mai 2007) ce qui suit : « Mobutu, l’homme fort du Zaïre, mort en 1997, (…) qualifié de « compte en banque ambulant » [avait une] fortune personnelle (…) estimée à 4 milliards d’euros ». La France de Nicolas Sarkozy réussira-t-elle là où celle de François Mitterrand et Jacques Chirac aurait échoué ? L’Histoire de la nouvelle donne des relations franco-africaines nous le dira dans cinq ans. 


Pour conclure

La France de Nicolas Sarkozy devrait se faire violence pour « reconvertir » les dictateurs africains qu’elle soutient, des analphabètes politiques responsables des guerres interethniques car allergiques à l’alternance du pouvoir. Si la France pense que la seule solution, c’est de fabriquer des frontières « matérielles » à travers la restriction des visas et le durcissement du regroupement familial pour lutter contre l’immigration, la solution paraît aléatoire. Ce qui se passe au Nigéria (pays riche en pétrole où paradoxalement le peuple vit dans la misère) avec des kidnappings des employés des compagnies pétrolières, doit faire réfléchir car, n’ayant plus rien à gagner et confrontée à la misère, la jeunesse des pays francophones pourrait s’attaquer aux symboles économiques de la France en Afrique. La suite est difficile à imaginer. Un véritable co-développement qui mettrait à l’aise les jeunes à qui leurs dirigeants politiques ont offert des « sociétés de guerre » est à mettre en place. Une solution qui leur permettrait de « vivre chez eux dans la dignité et la liberté avec un minimum de sécurité socio-économique ». Si le président Nicolas Sarkozy, fidèle à son image d’homme (hyper)actif, arrive à persuader les dictateurs africains, produits de la Françafrique, de respecter l’alternance au pouvoir, de travailler « plus pour voler moins » et d’éviter de s’éterniser au pouvoir, l’Afrique lui sera reconnaissante. Et son nom rentrerait dans la Révolution de l’Histoire contemporaine du continent malgré tout ce que pensent les Africains de lui. 

 

Références bibliographiques

- Ekoué Amaïzo (Yves.), L’Union africaine freine-t-elle l’unité des Africains, Editions Menaibuc, 2005, Paris.- Bêly Quenum (Olympe), « Etre étranger en littérature » in Afrique Education n° 211 du 1er au 15 septembre 2006, Paris.
-Tedga (Paul), « Présidentielle française : Ce sera Ségolène ou le chaos » in Afrique Education n° 227 du 1er au 15 mai, 2007, Paris.
- Verschave (François-Xavier), La Françafrique, le plus long scandale en Afrique, Editions Stock, 1998, Paris.
www.congosite.com pour l’annulation de la dette du Cameroun par la France et du prêt octroyé au Gabon par le FMI.
- lire l’enquête intitulée « Le magot caché des potentats africains » in Choc Hebdo n° 79 du 3 au 9 mai 2007, Paris. 
Publié le 10 mai 2007 à 16:57
Par noelkodia
Toute oeuvre d’art se définit en général par son côté cognitif qui valorise deux tendances : la thématique et l’esthétique. Au niveau de la conception du romanesque congolais, se révèle une caractéristique : la répétition. Celle-ci se remarque dans moult romans et recueils de nouvelles. Elle fait même une spécificité de quelques œuvres dans la délivrance de leur écriture tant au niveau du référentiel que celui du littéral. Aussi pour étudier ce phénomène dans le récit congolais, nous nous sommes fondés sur des textes que nous avons jugés pertinents. Ils appartiennent à Placide Nzala-Backa, Jean Pierre Makouta Mboukou, Tchichelle Tchivéla, Emmanuel Dongala, Auguy Makey, Henri Djombo, Jean Michel Mabeko Tali, François Bikindou et Sony Labou Tansi. Peut-être  qu’il y aurait d’autres exemples. Mais nous avons trouvé ceux-là plus manifestes. 


I. Du réel à l’imaginaire

Le roman, comme le spécifie Stendhal au XIXè siècle, étant un miroir que l’on promène le long d’une route, on n’est pas surpris qu’il soit en général une sorte de traduction des aventures et événements qui font partie du vécu quotidien de l’auteur. Ainsi se découvre dans certaines œuvres (auto) biographiques, certains pans de la vie de l’auteur qui, pour des besoins du réalisme référentiel, se reflètent chez les personnages-narrateurs. Et il n’est pas étonnant que les récits écrits à la première personne posent le problème de l’identification de l’auteur à travers le héros-narrateur. Des romans tels Le Tipoye doré de Placide Nzala-Backa  et Enquête de la liberté de Jean Pierre Makouta Mboukou développent clairement les rapports entre auteur et narrateur qui favorisent la réalisation du miroir dont parle l’auteur du Rouge et le Noir à propos du roman. Ces deux récits retracent la période coloniale sur fond de l’enfance des deux héros qui rappelle celle des auteurs, enfance marquée par le personnage de Matswa. L’administration coloniale que connaissent les auteurs se répète dans leur roman où les événements rapportés vont du réel à l’imaginaire. De l’identification de l’auteur à travers son héros-narrateur, François Bikindou dans Des rires sur une larme, nous donne un bel exemple. En se fondant sur la contemporanéité des événements vécus par l’auteur et son héros-narrateur, on se rend compte que l’un se répète psychologiquement dans l’autre. Ce qui pousse Alpha Noël Malonga à affirmer dans  son étude intitulée Roman congolais : Tendances thématiques et esthétiques que « le roman de François Bikindou peut se prêter à une lecture autobiographique. Les deux  phonèmes initiaux, [fr], des prénoms de l’auteur, François, et du héros narrateur Frédéric, ne sont pas sans doute un hasard et renseignent sur la co-fusion de François et de Frédéric… ».

En lisant souvent le roman avec les instruments hérités de la critique traditionnelle, le lecteur s’efforce à trouver des similitudes entre les auteurs et leurs personnages-narrateurs. Mais dans un texte de roman où se reflètent quelques instances qui vont du réel à l’imaginaire, se remarque aussi le retour de certains personnages avec leur monde géographique dans plusieurs récits d’un même auteur.  


II. Le retour des personnages et leur univers diégétique

Procédé que l’on remarque déjà dans la littérature classique du XIXè siècle, particulièrement chez Honoré de Balzac, la technique du retour des personnages n’échappe pas à la prose congolaise. Peut-être une influence de la littérature du colonisateur.Le retour des personnages avec le milieu dans lequel il s évoluent, dénote dans la nouvelle une autre façon de pratiquer ce genre. Habitué à lire chaque nouvelle comme un tout cohérent, fermé et différent des autres textes du même recueil comme on peut le constater dans la majorité des recueils, le lecteur se trouve confronté à une autre lecture chez Tchichelle Tchivela et Auguy Makey dans les recueils de nouvelles annoncent certains textes qui se suivent linéairement. Tchichelle Tchivéla transvase ses personnages d’un livre à un autre jusqu’au roman. La lecture des Fleurs des lantanas fait écho à Longue et la nuit et à L’Exil ou la tombe à travers les personnages de Yéli Boso et Motunguisi. Et presque l’essentiel des aventures de tous ces personnages se passent à Côte Kanu. Quant à Auguy Makey, on se rend compte que son troisième recueil intitulé Tiroir 45 se définit comme la suite des deux précédents car développant le même thème et faisant apparaître dans certains textes les mêmes personnages tels Songolo, Toumba et Popolino et sa mère. Et cette technique de répéter personnages et univers diégétique dans la nouvelle, se remarque aussi dans le roman. L’Exil et l’Interdit et Le Musée de la honte de Jean Michel Mabeko Tali, se lisent comme deux récits en un seul. Par le retour de certains personnages comme l’oncle Ntollo, papa Ndoki, Djidji Bé et le narrateur-héros, Le Musée de la honte apparaît comme une suite logique de L’Exil et l’Interdit. Et cette situation du romanesque qui se répète tant au niveau du retour des personnages que celui de l’espace géographique où ils évoluent fait aussi penser aux deux premiers romans de Henri Djombo (Sur la braise et Le Mort vivant) où les histoires ont pour dénominateurs communs le personnage de Nyamo.Mais cette répétition « éclatée » qui peut couvrir plusieurs œuvres d’un même auteur, peut aussi se révéler dans un seul livre. Apparaît alors la notion du récit répétitif qui se remarque dans le récit traditionnel comme dans le roman moderne. 


III. Le récit-répétition


Il se définit très bien dans la relation des thématiques que révèle la narration avec l’évolution des événements rapportés. Si au niveau de plusieurs récits, la répartition peut caractériser le style de l’auteur, rares sont les répétitions de narration qui se développent dans un même récit à l’exception d’un seul roman congolais qui explicite très bien cette technique que nous appelons par « répétition narrative ne parallèles » : Johnny Chien Méchant d’Emmanuel Dongala. Ce livre développe un récit à double perspective narrative et où les événements sont rapportés par deux instances narratives distinctes. Les deux principaux personnages, (le guerrier Lufua Liwa dit Matiti Mabé qui deviendra par la suite Johnny Chien Méchant et la jeune Laokolé) se répètent tout au long de la diégèse en se partageant l’énonciation historique sur fond des mêmes péripéties. Les mêmes événements sont racontés tantôt pat la jeune fille, tantôt pat le jeune homme, les deux héros évoluant en parallèles l’un fixant l’autre de l’extérieur et vice-versa. Voici par exemple comment se répète un même segment événementiel qui signifie la dispute des deux protagonistes :
 « J’ai avancé sur elle. Je n’ai pas vu venir la Bible. Lancé par sa main gauche, le gros livre m’a frappé en plein visage, juste à la base du nez, avec une force inouïe (…). J’ai basculé à la renverse sous l’impact du choc. Ma nuque a violemment percuté le rebord de la table avant que je m’écroule » (p.357). Et le même texte apparaît quelques pages après sous une autre forme : « La Bible l’a frappé en plein visage (…). Il est tombé sous l’impact. Il aurait pu se lever aussitôt si la chance n’avait pas été avec moi et cette chance a été qu’avant de tomber sa nuque a violemment percuté la pointe de l’angle droit formé par la rencontre de deux côtés d’une table rectangulaire. Le bruit du choc m’a faut penser que sa nuque s’était brisée ». (p.360). On voit ici comment le roman de Dongala démontre bien sa capacité répétitive qui se dévoile après lecture comme le résultat de récits complémentaires de deux héros sur les mêmes faits. Mais de tous les romanciers congolais, Sony Labou Tansi apparaît comme le plus remarqué dans l’usage de la répétition. 


IV. La répétition chez Sony Labou Tansi


Les romans de Sony Labou Tansi, en dehors de L’Anté peuple (qui est en réalité son premier roman bien que publié en deuxième position), développent un travail particulier sur l’axe du littéral du récit où la répétition occupe une place remarquable. On y rencontre la répétition des segments textuels, la répétition numéro-cardinale et l’intertextualité au niveau référentiel et littéral.
 


IV.I
.  Le récit répétitif

Pour ne pas confondre le répétitif et l’itératif qui se fondent tous deux sur l’idée de retour (répétition), Genette, dans Figures III, a bien spécifié ces deux genres de récits qui font partie de l’énonciation historique. L’itératif se réalise sur l’axe diégétique tandis que le répétitif se repose sur le textuel en tant qu’élément scriptural. En gros, on peut dire que l’itératif raconte une fois ce qui s’est passé plusieurs fois tandis que le répétitif rapporte plusieurs fois un événement se répétant textuellement.Le texte qui se répète scripturalement est rare dans les récits congolais. Il se remarque dans le roman moderne français et plus particulièrement dans le Nouveau roman où il peut occuper de longs segments de texte. Jean Ricardou dans Les Lieux-dits et Claude Simon dans Leçon de choses se plaisent à reprendre un même texte plusieurs fois dans le coulé narratif.Avec Sony Labou Tansi, se reproduisent quelques bouts de bouts dans quelques-uns de ses romans. Dans L’Etat honteux, le récit ne cesse de se répéter à travers le groupe de mots « mes frères et chers compatriotes » qui fait penser au personnage de l’ex- colonel Martillini Lopez. Dans L’Anté peuple, c’est le mot bi-syllabique « moche » qui revient souvent au fur et à mesure que se dé-roule le récit. Et cette répétition sera repris par certains écrivains de la nouvelle génération tels Dibakana Mankessi dans Ascension férié (reprise de l’expression « les battes de base-ball américain  » et Serge Armand Zanzala dans Les Démons crachés de l’autre république (reprise du qualificatif « le président Tamboula Malembe, alias un-pas-en-avant-trois-pas-en-arrière ». 


IV.II.  La répétition numéro-cardinale

Elle est manifeste dans Les Sept solitudes de Lorsa Lopez et Le Commencement des douleurs. Les Sept solitudes de Lorsa Lopez compte 7 chapitres. Dans ces deux romans cités, la plupart des instances comptables sont en relation avec le chiffre 7 qu revient d’une façon remarquable dans les textes. En voici quelques exemples dans chaque roman. 1- Les Sept solitudes de Lorsa Lopez- « Nous avons pensé au jugement dernier à cause du trône de pourpre et de feu qui flottait au beau milieu du ciel, tiré par sept ballons géants » (p.55)- « Je te laisse sept jours pour libérer tes femmes » (p.65)- « Il évita le chemin du bayou (…) non loin du septième morceau du pont » (p.66)- « Il fit rejouer sept fois le morceau des morceaux »  (p.73) 2- Le Commencement des douleurs- « Pour répondre à ses juges (…) Baignés des sept parfums symboles de Hondo-Noote » (p.12)- « Nous avons apprêté les sept taureaux (…) les sept cabris de Valtano qui n’avaient point connu de femelles » (p.79)- « Hoscar Hana le tribunal vous condamne à sept semaines de réclusion criminelle ferme » (p.116)- « C’était au sommet de ce rocher que le colonel Sombro avait sept siècles auparavant, mis un point final aux guerres » (p.146) Et dans leur fonctionnement sur fond de répétitions tant au niveau du fond que celui de la forme, les textes de Sony Labou Tansi s’appellent les uns les autres et pose le problème de l’intertextualité. 


IV.III. L’intertextualité dans l’œuvre de Sony Labou Tansi

On a constaté que les textes de Tchichelle Tchivéla, Auguy Makey, Henri Djombo et Jean Michel Mabeko Tali mettent en exergue le retour des personnages et très souvent avec leur même univers géographique. Avec Sony Labou Tansi, il y a aussi le retour régulier de certains thèmes et personnages. Le tragique, la mort et le sang se dévoilent presque dans tous ses textes. On peut se référer à Mouyabas qui est assassiné dans L’Etat honteux. Le héros des Sept solitudes de Lorsa Lopez prend plaisir à dépecer et étriper sa femme. Dans Le Commencement des douleurs, Dierno Cervantez meurt au cours d’un accident de cervelle.Dans la majorité des romans de l’auteur, des variantes textuelles se reflètent les unes à travers les autres, donnant l’impression d’appartenir à un même récit. Le personnage d’Estina Bronzario que l’on rencontre dans Les Sept solitudes de Lorsa Lopez réapparaît dans Le Commencement des douleurs. La ville de Nsanga Norda définit l’univers diégétique de ces deux romans. La ville de Tombalbaye existe dans Les Yeux du volcan et Le Commencement des douleurs. Des occurrences de même sujet, on peut dire que chaque roman de Sony Labou Tansi en contient un autre tant sur le plan du contenu que celui du contenant. 


Conclusion


Que dire de l’esthétique de la répétition dans le roman congolais sinon qu’elle est un point pertinent dans l’étude des textes de narration. Réfléchir sur une particularité du romanesque congolais et plus précisément dans les œuvres citées dans cette analyse, nous fait sortir du socio-psychologique des personnages que nous révèle souvent l’étude des thématiques dans le roman, étude qui s’apparenterait à de simples résumés, à de simples tautologies. Avec l’étude de ces quelques romans au niveau littéral, nous avons fait nôtre cette affirmation de Philippe Sollers : « La question essentielle n’est plus aujourd’hui celle de l’écrivain et de l’œuvre, mais celle de l’écriture et de la lecture ». Une réflexion qui pourrait aider les producteurs des œuvres littéraires à s’auto-valoriser en ce qui concerne leur technique de création.
  
Publié le 30 avr 2007 à 20:47
Par noelkodia
 A quelques semaines des élections législatives au Congo, se développe une cacophonie dans le monde politique et le re-mariage dans un « Je t’aime, moi non plus » entre les deux frères ennemis d’hier, bouleverse les données de la balance politique du pays. Personne n’avait imaginé un tel scénario,  le retour de Kolélas n’étant pas prévisible avant ces élections. Car d’aucun pensait que ce dernier finirait ces jours dans son exil compte tenu de la bizarre guerre de Ntumi qui ne laissait pas tranquille le pouvoir. 

Sassou Nguesso et Kolélas : « Je t’aime, moi non plus»
Sassou Nguesso et Kolélas se sont retrouvés à la grande surprise des victimes de leur guerre. J’avais imaginé la renaissance de leur alliance brisée il y a quelques années, après la guerre de juin 1997.  (Lire « L’amnistie de Kolélas » in (www.afrology.com). Les services rendus au vieux de Total après la mort de sa femme ne pouvaient le laisser insensible. Marqué par l’âge et gonflé par le natal qu’il tenait à revivre après moult tentations, Kolélas ne devait qu’accepter la main tendue de Sassou Nguesso. Mais au lieu de voir toujours le côté politicien de leur acte de reconciliation, il faut aussi réfléchir sur la situation du pays qui laisse à désirer. Et devant le dilemme qui le regardait, que pouvait faire  Kolélas rentré au pays d’une façon inattendue. On s’étonne de le voir revenir dans les bras de son frère ennemi. Que pouvait-il faire devant les réalités de la situation trouvée au pays sur fond de toute l’assistance matérielle  et financière de Sassou Nguesso ? Continuer son "jusqu’au boutisme" ? Non ! Et on devait crier au scandale si Sassou Nguesso s’était opposé au retour de Kolélas. Il pouvait bien le faire, et le ciel "n’allait pas tomber". On dit que l’homme se découvre quand il se mesure à l’obstacle. Le vieux de Total aurait peut-être compris que sa fonction de Premier ministre éphémère de Pascal Lissouba n’était qu’un piège. Cette fonction ne lui avait pas rendu service en dehors des malles de billets de banque à lui donnés dans l’exercice de sa nouvelle fonction. Est-ce que vraiment Kolélas est un homme politique ou un simple courageux révolté à l’image de lui-même ? Est-ce qu’il ne serait pas trompé et obnubilé par son messianisme ? Et-ce qu’il y a des grands hommes politiques fidèles à leurs idées au Pool qui a été marqué par les différentes guerres de ces dernières ? Il y a eu les Diawara, les Matoumpa Mpolo et aujourd’hui il y a les Ndalla Graille et les Mvouba et peut-être encore les Ambroise Malonga. Les autres ne seraient que des parleurs qui ne savent pas la science véritable de la politique. Notons en passant que les véritables hommes politiques congolais ont été façonnés dans les pays de l’Est où, tout cadre formé dans n’importe quel domaine, devrait savoir la science politique, contrairement à ceux qui, formés en Occident (comme moi), ont brillé par la parlote et les revendications, comme cela se passe en général dans la société occidentale. La preuve : la diaspora congolaise venue de l’Occident avec des belles idées à la Conférence nationale en 1991, avait lamentablement échoué, car récupérée par les vieux crocodiles de la politique. Ainsi les partis d’avenir, (en plus d’une partie intègre de l’UJSC) comme le PARI, le MOLIDE ne sont plus que de vagues souvenirs dans le milieu des jeunes de cette époque , car devenus grands serviteurs des vieux politiciens du pays. Kolélas a trahi ses convictions. Tout le monde l’a compris. Il a décidé d’œuvrer pour la paix à sa manière en regardant de loin le champ macabre que révèle sa région. Que pouvait-il faire d’autre ? Continuer un combat qu’il avait perdu avec de milliers de cadavres à son compte ? Au lieu de critiquer à tout moment, car le Pool est aussi responsable de ses souffrances, ses enfants devraient plutôt voir du côté économique pour redresser leur région. On devrait remplacer la prolifération des parties politiques par des ONG sur fond économique. Et cela dans toutes les régions de notre pays. Il paraît qu’ « il n y a que les imbéciles qui ne changent pas » disait un certain homme d’église congolais. Peut-être que Kolélas aurait compris ces paroles, lui qui souvent mélangeait politique et prière, pour revenir aux bons sentiments de la paix malgré son cuisant échec politique. Jamais il ne pourra briguer la magistrature suprême car la Constitution et son âge qui approche inexorablement la porte de Saint-Pierre ne lui permettent plus cette ambition qu’il portait en lui depuis la mort de Youlou. On peut dire que l’homme propose et Dieu dispose. Après tout, il faut aussi voir le rapport de force sur le terrain. Et quand on a passé plusieurs décennies au bord de la Seine, quand on a oublié les réalités du pays que l’on caricature parfois à dessein, on est loin d’être réaliste. Le temps laisse toujours le temps au temps pour faire son histoire.

Il nous faut un Ministère de la Diaspora
Le pays compte sur la diaspora qui devrait se mobiliser économiquement au lieu de rabâcher les mêmes revendications politiques. L’exemple de nos amis les Ouest-Africains, et en particulier les Maliens, devrait nous faire réfléchir. Kolélas et ses "complices" sont à l’orée du crépuscule de leur vie familiale et ... politique. La diaspora devrait se mobiliser pour se rencontrer avec ses frères au pouvoir au pays afin de mener des discussions franches comme par exemple la proposition d’un Ministère de la diaspora qui lui permettrait de poser ses problèmes en toute réalité au lieu de passer par des critiques sans propositions rappelant ainsi aux parents l’adage qui dit que "la politique, c’est l’art de tromper" (luvunu ; lokuta, bungungu, mampia). Ce qui unit les Congolais est plus fort que ce qui les divise. Dans quelques années, ceux qui nous dirigent ne seront plus que des "loques" humaines et la nouvelle génération doit se préparer pour tendre la main à la jeunesse qui est au pouvoir et celle qui semble lutter dans une « opposition de ventre », pour réfléchir sur les lendemains du pays. Chaque chose a son temps. Laissons Sassou Nguesso et Bernard Kolélas faire leur temps puisque la situation du moment leur impose de « respecter » leur alliance d’antan car le souffle des atrocités qu’ils ont eu à provoquer semblent s’éloigner pour laisser la place à la paix. Et cette PAIX, nous devons la préserver  malgré tout ce que nous avions connu dans les années 90. Sans la paix, les Congolais ne pourront rien reconstruire. Et ce ne sont pas ceux qui ont vécu les guerres du Congo par la magie de la technologie sur les bords de la Seine qui pourront objectivement parler de cette situation. L’avenir appartient à la nouvelle génération qui doit se préparer pour prendre la relève. Mouvance présidentielle et Opposition au Congo, c’est bonnet blanc et blanc bonnet car ils n’ont rien à apprendre à la nouvelle génération et aux « larges masses populaires ». Puisque la plupart des partis de l’Opposition, en dehors du MCDDI et de l’URD Mwinda, ne sont que constitués des transfuges du PCT. Triste réalité ! Ils avaient tous quitté le navire le croyant gagner le fond de la mer pour toujours.

La prostitution des hommes politiques congolais
Au lieu de continuer à gaspiller l’argent dans les phases de « municipalisation » on ne peut énigmatique des chefs de région sur fond de célébration de fête nationale, (car l’action profite aux entrepreneurs mafieux) le président de la République devrait plutôt responsabiliser les natifs de chaque région en leur confiant les budgets de développement et en prenant les populations à témoin. Ainsi ces responsables rendraient compte à leurs populations dans l’utilisation du budget alloué. Et ces mêmes populations « s’occuperaient » de ceux qui n’utiliseraient pas à bon escient le budget de développement de la région. Une sorte de fédéralisme positif qui ne dit pas son nom. Et le Gouvernement éviterait d’encaisser tous les coups au niveau de l’Assemblée qui représente le peuple, pour la malgérance de ce budget par certains fils irresponsables de notre pays. Et il (le Gouvernement) pourrait même avoir l’occasion de sanctionner les mauvais utilisateurs de ces fonds publics avec la bénédiction des larges masses populaires. Un adage de chez nous révèle que « l’excès est nuisible » et nous disons que la prolifération des partis politiques paraît nuisible pour la bonne marche des idées politiques. Que Kolélas retombe dans les bras de Sassou Nguesso, que maître Martin Mbéri ait trompé Pascal Lissouba après (et peut-être avant) la guerre du 5 juin 1997, que Victor Tamba Tamba, après avoir pris la poudre d’escampette après la guerre de juin dont il était l’un des acteurs implicites,  ait fait un tour du côté de Mpila,  que Thystère Tchicaya ait passé de l’Opposition à la Majorité et vice versa sans fausses hontes, cela n’étonne pas le Congolais lambda. La prostitution des hommes politiques sur fond de trahison à cause des intérêts financiers et matériels ne date pas d’aujourd’hui. Au Congo, ils sont rares, les fidèles et les vrais « bosseurs » que l’on peut compter sur les bouts des doigts. Mais ils sont quand même là car ils ont marqué la jeunesse du pays. Heureusement pour l’avenir ! 

Que le Gouvernement et les partis politiques prennent leur responsabilité pour que les législatives se passent dans de bonnes conditions et que l’on pense maintenant à l’économie, l’éducation et à la culture. Et quel retard par rapport à nos voisins gabonais et camerounais pour ne citer que ces deux exemples ?
Publié le 13 avr 2007 à 18:46
Par noelkodia
 

Parmi les romans publiés au cours de ces deux dernières années, il y a aussi "Cœurs en papier"* qui a retenu notre attention par sa qualité indéniable. L’auteur, qui fait partie de la nouvelle génération des écrivains francophones, vient de prouver une fois de plus que sa place parmi les romanciers congolais, devient incontestable après son premier récit "La Gazelle et les exciseuses". Et si on pouvait lire et peut-être relire même son deuxième roman ?.


Cœurs en papier nous présente l’Afrique et l’Europe avec leurs réalités contemporaines à travers l’histoire d’un jeune étudiant noir en France et sa fiancée restée au pays. Leur amour, né dans la fougue de leur jeunesse pour aboutir aux fiançailles avant que le jeune homme s’envole pour ses études, se brise contre le mur du désespoir que construisent l’Afrique des coups d’Etat et l’immigration avec son corollaire le racisme en Europe. L’Afrique des militaires, du népotisme et du tribalisme, les problèmes de l’immigration et du racisme qui se posent à certains moments aux étrangers en France et l’amour inachevé des deux fiancés séparés par le voyage, tels sont les trois principales branches de ce récit émouvant.


L’Afrique des coups d’Etat et le tribalisme

Lorsque le jeune Polhit, à la fin de ses études en France, se prépare pour retourner dans son pays où il avait laissé sa fiancée Faty, s’y produit un coup d’Etat qui marque sa famille ; son oncle Moussa est arrêté puis incarcéré car n’étant pas de la tribu du nouveau Général-président. Et dans cette Afrique des coups d’Etat, se révèle toujours l’inacceptable avec la désorganisation de la société où mort, violence, viol, vol et pillage deviennent des réalités. Et bien que loin du pays, le héros vit ces faits par la « magie » de la télévision : « (…) l’étudiant scrutait les visages quand le cameraman faisait des plans rapprochés, (…) la violence et la soudaineté des combats ne leur permettaient que de sauver leur vie. Les biens restaient dans les habitations, sous la protection des soldats pilleurs. Ils servaient de butin aux vainqueurs » (p. 5). Sur place au pays, le coup d’Etat du général Kouli remet le tribalisme à la surface des événements car si dans certains pays l’on constate l’opposition Nord/Sud, ici dans Cœurs en papier, le tribalisme se définit par l’opposition entre les peuples de l’Ouest et ceux de l’Est. Le pouvoir étant revenu dans la région du Akebou à l’Ouest, l’oncle du héros, originaire de l’Est, est arrêté et incarcéré avant de mourir, suite à la vengeance tribale. Et le jeune Polhit s’en aperçoit par le cri de détresse que lui lance son oncle depuis la prison : « Nos geôliers ne nous permettent pas un bel avenir (…) ne reviens pas au pays. (…) Avec ton niveau en France, tu trouveras un travail » p. 40). Et avec l’Afrique des coups d’Etat et du tribalisme, Christian Mambou met en exergue le roman du désenchantement dont parle Jacques Chevrier dans Littérature nègre. Aussi, devant cette nouvelle situation on ne peut plus tragique qui vient de se produire dans son pays, et devant l’invite de son oncle, le héros est obligé de vivre l’exil forcé, période pendant laquelle il va affronter les problèmes de l’immigration car la validité de sa carte de séjour prenant fin inéluctablement. Commence alors une autre vie pour l’étudiant où se bousculent l’image du pays marqué par la situation pénible de sa famille après le coup d’Etat, son amour (véritable) pour Faty et (de raison) pour Céline, les conseils que lui prodiguent son ami Fidèle et le vieux Charlie, promotionnaire de son oncle Moussa, marié à une Française.


Immigration et racisme dans « Cœurs en papier »

Quand le jeune Polhit fait la connaissance de la Française Céline à l’université, il ne sait pas qu’elle va jouer un rôle révélateur dans sa vie. Et, dans l’impossibilité de proroger la validité de sa carte de séjour, c’est Céline qui lui propose un mariage blanc pour le « sauver » de la clandestinité. Entre l’ amour sincère pour sa fiancée et l’amour de raison pour Céline, le héros vit des cauchemars de l’exil. Après avoir lutté contre les avances implicites de Céline, Polhit tombe dans le piège de la chaire : « Les regards se croisaient chargés de désir (…) Elle [Céline] sentit le souffle chaud et enfin des lèvres pulpeuses. Le long baiser mit fin au massage. Il s’en suivit un autre. Puis les désirs et les pulsions jusque-là contenus déchaînèrent la danse des corps » (p.102). Et quand la jeune Française annonce naïvement à ses parents son intention de se marier avec son ami noir, se dévoile le racisme des ses parents vis-à-vis de l’autre. Ils ne peuvent accepter que leur fille unique se perde dans l’ « obscurantisme » des Noirs : « Jean-Paul et Nadine[les parents de Céline] refusaient d’emblée qu’un étranger jouisse du fruit de leur labeur. Les Noirs, paresseux devant l’Eternel, ne connaissaient pas la valeur de l’argent » (p. 84). Et quand Céline ne veut rien savoir des conseils de ses parents et, se servant de sa majorité pour continuer à vivre avec son ami, elle ne sait pas qu’elle pousse son père à « agir autrement » pour l’éloigner de Polhit. Ainsi, le jeune homme sera, sans le savoir, dans le collimateur d’une détective jusqu’au moment où la police va l’accueillir au cours d’un contrôle de police de papiers. A cause de sa couleur, l’Africain ne sera pas accepté par les parents de son amie. Celle-ci sera malheureusement à l’origine de l’agonie de l’amour des deux fiancés en démontrant à Faty qu’elle a couché avec son homme : « En parlant d’amour, Polhit a trois grains de beauté sur la fesse gauche. C’est mignon » (p.112). Et cette révélation refroidit la pauvre Faty quand elle réalise la véracité de la déclaration de la Française en se projetant dans le passé : «  (…) entre le marigot et la termitière géante, [des] herbes servirent de matelas à la fiancée vierge. Cachés dans l’intimité de la nature, deux êtres épris de passion se connurent pour la première fois (…). La complicité du temps permit aux amants de découvrir le corps de l’un et de l’autre. Faty vit les grains de beauté [ sur la fesse gauche de Polhit] » (p.113).

Un amour inachevé sans véritable orgasme de la virginité du terroir Le coup d’Etat du général Kouli et le tribalisme prendront le dessus sur l’amour des deux fiancés. Le coup fatal viendra de l’attitude de Céline après avoir découvert la véritable signification des liens entre Polhit et sa prétendue cousine Faty. Persécuté par sa fiancée qui ne cesse de lui téléphoner depuis le pays, bouleversé par ce qu’elle vient d’attendre de la bouche de Céline, nargué par l’infirmier Joël, le nouveau prétendant de Faty qui se montre jaloux et tribaliste, et pris à partie par sa propre mère qui ne comprend pas sa « trahison », le jeune Polhit se laisse emporter par la fatalité du destin jusqu’au jour de son arrestation par la police, consécutive à un contrôle de pièce d’identité. Refoulé dans son pays, il sera victime des réalités locales avec le pouvoir politique qui vient de passer d’une tribu à une autre. Ses diplômes obtenus en France ne seront pas « acceptés » par l’administration à cause du tribalisme. Et l’amour dans lequel il s’était réfugié jusque-là, se brise en faisant trois victimes. La première est lui-même qui perd sa fiancée à cause du tribalisme qui a provoqué la mise à mort de la virginité du terroir. Faty, de son côté, victime du tribalisme, voit son amour pour Polhit inachevé et s’acheminer vers l’inacceptable. De son côté, Céline restée en France ne peut jouir d’un amour de couple après son accouchement car elle élèvera seule le bébé de Polhit, symbole de leur amour qui révèlera plus tard aux parents de la Française que l’amour n’a pas de frontière, n’a pas de couleur. Et les cœurs de ces trois personnages (Polhit, Faty et Céline) deviennent des véritables « cœurs en papier » à cause d’un étudiant devenu un sans-apiers. Tribalisme, coup d’Etat, exil sont les principaux thèmes qui reviennent dans la littérature narrative congolaise. Des titres tels Tribaliques d’Henri Lopes, L’Exil ou la tombe de Tchichelle Tchivéla et Le Récit de la mort de Jean Baptiste Tati Loutard. Mais c’est surtout la littérature de la diaspora qui dévoile très bien l’exil, l’immigration et le racisme sur fond de couleur de peau, comme on peut le remarquer chez Daniel Biyaoula dans son premier roman L’Impasse, Didier Kounkou-Lareis dans Noir Charbon et Marie-Louise Abia dans Bienvenus au royaume du sida avec cette réplique combien révélatrice d’une Blanche à son mari congolais au cours d’une scène de ménage : « Ce n’est pas parce que je te permets de coucher avec moi que tu crois avoir le droit de me frapper ; n’oublie jamais que pour moi, tu n’es et ne resteras qu’un nègre ! » (p. 151). Et ces récits se trouvent plus ou moins « intertextualisés » dans le récit de Christian Mambou.


Le scriptural dans « Coeurs en papier »

La lecture approfondie de ce roman nous révèle que le texte « avance en récits parallèles » : les deux principaux personnages (Polhit et Fady) évoluent dans des univers qui ne se rapprochent pas physiquement sauf dans leurs souvenirs. La jeune fille est restée en Afrique dans l’attente de son fiancé tandis que celui-ci vit en France. Et même quand il retourne au pays, le tribalisme creuse un fossé entre les deux amis. Du suspense dans le rebondissement des événements, le roman rappelle la surprise dans laquelle tombe le lecteur à un moment du récit. Comme dans Gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain où le lecteur est refroidi et se voit déconnecté du suspense par la mort du héros Manuel, lui qui attendait plutôt celle de Gervilen. Dans Cœurs en papier, le lecteur se voit surpris par l’attitude de Céline qui trahit naïvement le héros au cours de sa conversation téléphonique avec la fiancée de ce dernier. Et la diégèse semble se dégonfler comme un ballon de Baudruche à partir de ce moment qui, fatalement, annonce déjà la fin du rêve des deux fiancés. Au niveau des personnages qui évoluent dans ses romans, l’auteur semble forger son propre style. Ces derniers rappellent l’univers sociétal de l’Afrique de l’Ouest et non son terroir comme on le remarque chez la majorité de ses compatriotes. On « rencontre » par exemple Kéïta, Aya, Djama dans La Gazelle et les exciseuses et Moussa, Faty et Abdoulaye dans Cœurs en papier. L’écrivain serait-il influencé par son séjour en Afrique de l’Ouest dans l’exercice de son métier de journaliste comme le précise sa biographie ?


Conclusion

Cœurs en papier, un roman écrit dans un style fluide où le linéaire du récit ne pose aucun problème au lecteur lambda dans l’acceptation des événements à lui rapportés et où la dimension narrative prime sur la descriptive. La lecture donne l’impression que le narrateur laisse plus de place aux personnages pour s’exprimer dans une grande partie de la diégèse, positionnant ainsi le lecteur sur le va-et-vient qui se réalise entre la diégésis (qui se fonde sur la performance descriptive et l’énoncé narratif) et la mimésis (qui épouse la représentation du langage dialogique des personnages) et vice versa. En dehors de quelques rappels de souvenirs des deux fiancés et de la maman de Faty qui revit le viol de sa mère par les hommes en treillis dans une Afrique de la honte, le récit avance sans rétroviseur diégétique jusqu’au retour du héros au pays. Et on peut dire que Cœurs en papier confirme la maîtrise de la création romanesque que l’auteur avait déjà agréablement annoncé dans son premier roman où se révèle la confrontation des deux Afriques : la traditionnelle incarnée par les « coupeuses de clitoris », autrement dites les exciseuses, et la moderne qui lutte contre cette pratique. Et la critique de se demander si le lecteur lambda, devant les deux premiers romans de Christian Mambou, ne s’apparente-t-il pas au « chercheur d’Afriques » d’Henri Lopes devant les problèmes que posent l’excision en Afrique et l’immigration dans le milieu de la diaspora africaine ?


Noël KODIA



* Christian Mambou, Cœurs en papier, Editions, Le Marchand de Tyr, Saint-Pierre Lafeuille, 2006, 148 p. 9euros. Avec deux romans en un laps de temps, l’auteur est, sans contexte, l’une des promesses de la nouvelle génération, vu son âge. Il a exercé le métier de journaliste en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest. Il vit actuellement en France, plus précisément en Lorraine où il est correspondant d’un quotidien régional et animateur radio.


Références bibliographiques

- Abia (Marie-Louise), Bienvenus au royaume du sida, Editions ICES, Paris, 2003
- Biyaoula (Daniel) L’Impasse, Editions Présence africaine, Paris, 1997
- Chevrier (Jacques), Littérature nègre, Editions, A.Colin, Paris, 1990
- Kounkou-Lareis (Didier), Noir Charbon, Editions Paari, Paris, 2005
- Lopes (Henri), Tribaliques, Editions Clé, Yaoundé, 1972
- Lopes (Henri), Chercheur d’Afriques, Editions du Seuil, Paris, 1997
- Mambou (Christian) La Gazelle et les exciseuses, Editions L’Harmattan, Paris, 2004
- Tati Loutard (Jean Baptiste), Le Récit de la mort, Editions Présence africaine, Paris, 1987
- Tchivéla (Tchichelle) L’Exil ou la tombe, Editions Présence africaine, Paris, 1986
- Roumain (Jacques.) Gouverneurs de la rosée, Imprimerie de l’Etat, Port-au-Prince, 1944

Publié le 31 mar 2007 à 14:50
Par noelkodia

La littérature congolaise ne cesse de se fructifier par l’effort de sa diaspora. Avec son premier récit  intitulé « On m’appelait Ascencion Férié », le sociologue Jean Aimé Dibakana vient d’agrandir le cercle des romanciers sous un nom plus proche du terroir : Dibakana Mankessi.

 
A la manière de  Jazz et vin de palme d’Emmanuel Dongala et plus précisément de sa nouvelle intitulée « L’étonnante et dialectique déchéance du camarade Kali Tchikali » (1), le roman de Dibakana Mankessi se révèle comme le seul texte de la narration congolaise qui caricature très bien le marxisme en Afrique noire avec un humour qui pousse le lecteur à y découvrir la dictature militaire, le despotisme et le népotisme qui caractérisent la majorité des pouvoirs politiques en Afrique. Les personnages d’Ascension Férié font écho à ceux que le lecteur a déjà découverts chez Emmanuel Dongala dans Jazz et vin de palme, des récits où la couleur rouge, symbole du marxisme, est omniprésente.Le roman de Dibakana Mankessi apparaît comme une tragi-comédie romancée où les personnages tels le maire, le docteur-directeur de l’hôpital de Kuzaboké, le malade Obarabia Saint Antoine de Padoue « qui ne cesse de mourir quand on le conduit à l’hôpital », les militaires et les miliciens au service du pouvoir, sont caricaturés dans un style dont l’auteur semble avoir seul le secret. Trois dimensions se dégagent après lecture de ce roman. Nous avons d’abord le personnage principal, « propriétaire » du récit (l’héroïne)  et qui, à certains moments, rapporte les aventures plus moins rocambolesques du maire avec son Directeur de protocole et le Chef de ses gardes du corps, les mésaventures de ses parents avant d’être la femme du maire. La troisième dimension se révèle à travers l’univers politique marxiste dans lequel se déroulent les aventures rapportées sur fond d’un agréable pleure-rire. 


Ascension Férié : une fille pas comme les autres

C’est l’héroïne du roman qui rapporte ses propres aventures. Cette adolescente qui prend conscience de sa beauté physique vit avec ses parents dans une société qui est tombée dans la dictature marxiste. Et quand arrive le moment de se faire établir la carte d’identité pour passer l’examen d’entrée en sixième, le destin de la petite Ascension Férié et sa famille change de trajectoire. Sa beauté physique ne passe pas inaperçue devant l’autorité municipale qui la reçoit dans son bureau et qui ne peut se retenir. Malheureusement ce dernier ne peut pas pousser plus loin ses désirs à cause de la présence de son garde du corps alentour  : « Pourquoi ce barbu est-il toujours à mes pattes ? (…) Ah barbu poisseux (…) pourquoi es-tu là à m’épier kô ! J’allais pour moi faire ! Là à cause de toi, je vais rater cette chaire douce et épurée » (2). Mais cette brusque aventure avec le maire ne s’arrête pas là. Ascension Férié sort du bureau du maire avec le précieux document malgré son dossier incomplet. Et la visite inattendue de ce dernier au domicile de la jeune fille change les données des relations entre sa famille et l’autorité municipale. Celui-ci aurait-il contribué à la réussite de la jeune fille à son examen ? Ni elle-même, ni le lecteur ne le sauront. Devenue par la suite femme du maire, Ascension Férié verra sa vie s’améliorer et elle réalise aussi, pour la circonstance, le bonheur de ses parents. 


Le maire Mati ma Molé : un archétype du marxisme de l’Afrique des années 70

C’est le produit des pouvoirs marxistes sur le continent qui se sont caractérisés par la dictature, le tribalisme et le népotisme dans les pays où le pouvoir était au bout du canon. Le maire exerce ses fonctions au milieu des kalachnikovs qui sécurisent les analphabètes politiques. Homme de paille au service d’un président dictateur ayant gagné le pouvoir par la force des armes, Mati ma Molé se distingue par sa nullité intellectuelle et son machiavélisme. Déjà enfant, son maître le remarque inapte aux études : « Un garçon turbulent, plutôt meneur de bandes et pas du tout doué pour les études (…) Il était le plus âgé de sa classe et presque toujours en queue de liste dans les performances scolaires » (3). Membre du parti au pouvoir après un stage en Europe, il devient une autorité municipale influente, avec une dose de tyrannie qui le pousse à s’en prendre aux contre-révolutionnaires de sa ville. Se remarque sa désinvolture au cours de ses meetings qu’il tient à la place de la mairie. Aucune absence est tolérée : hommes, femmes, enfants, malades et mourants doivent assister à ses meetings. Tout ce qu’il demande doit être exécuté : ainsi le port de la cravate et l’abandon des noms du terroir au profit des prénoms du « calendrier des Blancs », bousculent la vie des habitants de Kuzakobé. Il impose le respect de la Révolution pour respecter les ordres du président de la République qui pour le contrôler, lui a imposé un Directeur de protocole, un parent à lui, respectant ainsi les principes élémentaires du tribalisme. Mati na Molé fait penser à ces hommes de paille dont parle Jean Pierre Makouta Mboukou dans son Introduction à la littérature noire quand il stipule : « la société étant mal organisée, étant régie par des lois égoïstes souvent inspirées par le simple désir de dominance politique dans le monde nègre, est faite de heurts, de troubles sociaux qui ont pour résultats des divisions, la formation des partis multiples, la violence qui va jusqu’aux assassinats politiques répétés et non justifiés » (4). Ce triste tableau et même l’image de l’homme de paille  se réalisent dans le roman. Le maire s’en prend à son ancien maître, le père Le Chrétien qu’il chasse de son bureau parce que contre-révolutionnaire, la religion étant l’opium du peuple pour les marxistes. Il sera de même impitoyable pour le jeune lycéen Saint Pierre Claver qui sera torturé par les agents de la Sécurité d’Etat pour avoir lu une œuvre censurée à Kuzakobé : « Oui chez nous, il n’est pas permis de lire n’importe quoi, surtout pas ces auteurs qui combattent les postures de Karl Marx, premier dieu de notre révolution » (5). 


Ascension Férié, une tragi-comédie romancée

Par la technique du mariage de la satire avec le comique qui fait penser à certains moments aux textes d’Emmanuel Dongala tels Jazz et vin de palme, Les petits garçons naissent aussi  des étoiles, le récit de Dibakala Mankessi pourrait se définir comme le premier roman qui a réussi à être mené sur fond de technique théâtrale. Tragique et comique dans tous  ses compartiments donnent une autre dimension au texte. De l’incipit à la clausule, le lecteur y observe le tragique tout en riant. Le texte de Dibakana Mankessi n’émeut pas même quand certains personnages (les mésaventures Ta Polo en prison ainsi que celles du père de l’héroïne battu et emprisonné pour avoir porté main à son patron qui voulait violer sa femme, le jeune lycéen que l’on torture pour avoir lu un livre censuré…) souffrent tant le comique de situation et de paroles est trop poussé. On ne peut s’empêcher de rire quand on voit comment les hommes en armes se comportent mécaniquement. Le maire lui-même ressemble à un pantin pendant ses meetings. L’auteur leur donne un destin rocambolesque. On voit aussi comment les disputes entre le Directeur de protocole et le chef des gardes du corps du maire, ainsi que les attitudes de ce dernier pendant ses meeting épousent le ridicule. Au niveau du langagier,  la dose on ne peut plus exagérée des idiomes du terroir de l’auteur dans des scènes qu’il voudrait « réelles », car ne voulant pas trahir sa pensée, pousse au rire : « oh, devant lui, oh non pas devant lui kô... oh mu manga ! Ah bika munu kô ! » « oh, devant lui ! Je ne veux plus pour moi… Ah laisse kô ! Tika ngaï.. longola soko na yo.. na boyi na ngaï. Bimisa dikata na ngué.. Laisse-moi » (6). Et un peu plus loin, on peut se rendre compte de la spécificité du langage parlé qui caractérise le vécu quotidien du Congolais que l’auteur utilise agréablement dans son récit sans pour autant entacher le sens de la diégèse : « Pourquoi es-tu là kô ! J’allais pour moi faire ! » (7). Et cette façon de « reproduire le français » sur fond de réalité congolaise se remarque aussi dans certains romans de Henri Lopes.(8). Du style, on remarque chez Dibakana Mankessi, la technique de la répétition qui vient donner une autre saveur au récit. Des segments narratifs tels « les battes de base-ball américain », « Mwasi, le magazine des femmes où en sa première page il y a toujours l’éditorial et la photographie d’une belle Assiatou Bah », « le fils aîné d’Obarabia en train de mourir [sur le chemin de l’hôpital] » reviennent de temps en temps dans la narration et donnent une certaine musicalité au texte. Peut-être un clin d’oeil de l’auteur à la littérature orale, car sociologue de formation. 


Conclusion

Avec le roman de Dibakana Mankessi, se découvre une autre page de la satire politique des pays des « guides providentiels ». Mais c’est au niveau de la caricature  brute et corrosive que le texte d’Ascension Férié se différencie des autres récits qui traitent de la même thématique. Avec Dibakana Mankessi, on se plait à rire au fur et à mesure que l’on tourne les pages de son livre. On se voit comme transporté dans l’univers trompe-l’œil du théâtre tant les dialogues entre les personnages sont vivants et pleins d’humour. 

 *Dibakana Mankessi, On m’appelait Ascension Férié, Paris, L’Harmattan, 2006, 208p. 18 euros. 

Notes

(1) Cf. Emmanuel Dongala Jazz et vin de palme, Paris, Hatier,1982.

(2) Dibakana Mankessi, On m’appelait Ascension Férié, Paris, L’Harmattan, 2006, p.p. 181-182.
(3) ibidem, p.120.
(4) J.P. Makouta Mboukou, Introduction à la littérature noire, Yaoundé, Clé, 1970, p. 83
(5) Dibakana Mankessi, op. cit. p. 117.
(6) ibidem, p. 39.
(7) ibidem, p. 182.

(8) On rencontre beaucoup de congolismes dans les textes d’Henri Lopes. S’y remarque aussi l’interjection congolaise « kô ! » utilisée par Dibakana Mankessi.


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