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Publié le 11 sep 2006 à 12:17
Par noelkodia

Problème de double culture ?
 

Après avoir mis en relief la condition féminine dans la société à travers ses poèmes, ses romans, ses nouvelles et son théâtre, la Congolaise Ghislaine Nelly Huguette Sathoud, dans son premier essai intitulé Les femmes d’Afrique centrale au Québec*, vient de nous « décrire » le séjour des immigrantes dans ce pays, particulièrement les vicissitudes qui marquent leur vie de couple avec ses corollaires tels l’éducation des enfants et l’acceptation de la double culture sous fond du choc de civilisations.

Les problèmes de l’immigration occupent une grande place dans la politique des populations des sociétés occidentales. En général, l’immigration au niveau social pose beaucoup de problèmes chez les immigrants et particulièrement les femmes.

Résidant au Canada depuis plusieurs années, Ghislaine Nelly Huguette Sathoud nous révèle la vie des immigrantes dans une enquête qui devrait intéresser les sociologues occidentaux et africains au moment où le monde, malgré une lutte drastique contre l’immigration, se veut être paradoxalement un village planétaire. Le Canada, pays développé, n’échappe pas aux mouvements migratoires où, « tout en gardant certaines habitudes culturelles, religieuses ou alimentaires, les groupes d’immigrés doivent adopter les us et coutumes d’un Québec qui s’est fait en français au cours des siècles de son histoire et qui entend rester français »1. Et c’est ce Québec qui attire particulièrement les ressortissants de l’Afrique centrale, car essentiellement francophone.

Métamorphose du couple ou crise identitaire des immigrantes ?

Pour avoir, elle-même émigré de l’Afrique en Occident, l’auteur n’a pas eu de difficultés majeures pour mener sa réflexion en se fondant sur une enquête au niveau des consoeurs immigrantes de l’Afrique centrale vivant au Canada. La métamorphose des couples se réalise avec le choc des civilisations et la position de l’homme qui croit perdre une partie du pouvoir qu’il avait depuis le pays d’origine. Il est de même pour la femme qui se voit « abandonnée à elle-même » par la nouvelle société. De la vie du dehors au pays, elle tombe brusquement dans la solitude et l’enfermement qui caractérisent la société occidentale. Et comme le spécifie l’auteur, « c’est une femme déracinée, coupée de son pays, de ses traditions (…) qui a perdu tous ses repères et qui se retrouve dans un environnement souvent hostile » (p.25). Ainsi, on peut dire que l’immigration impose beaucoup de problèmes au couple dans lequel l’homme ne fait presque pas d’effort pour s’adapter aux nouvelles réalités du pays d’accueil. Loin de certaines coutumes rétrogrades de leur pays d’origine, les immigrantes découvrent les possibilités de s’affirmer dans le couple mais elles doivent se confronter malheureusement à leur mari, surtout quand il y a parrainage. Et comme le pense Sathoud, « consciente de cette situation défavorable pour elles, les femmes parrainées sont dans une situation d’extrême vulnérabilité, ; ils (les hommes) en profitent souvent pour traumatiser leur conjointe qui se trouve dans cette situation » (p.67). A la merci de l’homme pendant le parrainage, la femme subit la terreur psychologique de l’homme et le couple commence à se désintégrer de l’intérieur. D’un côté il y a l ‘homme qui fait chanter sa conjointe en la menaçant d’interrompre la procédure du parrainage à tout moment, et de l’autre côté la femme qui subit le poids de la souffrance morale et psychologique consécutive à cette situation. Et dans cette société, les hommes sont étonnés de constater malheureusement (et pourtant ils sont sensés de le savoir) qu’ils se retrouvent en face des femmes « rebelles » auxquelles ils ne peuvent imposer les réalités du pays d’origine. Pour l’auteur, « les maris justifient souvent les actes qu’ils posent au nom des traditions et des coutumes » (p.99). Et comme il est souvent difficile d’intégrer certaines coutumes qui ne reflètent pas du tout la façon de vivre du pays d’accueil, s’en suit une cacophonie entre les époux. Ainsi les hommes agressent verbalement leurs épouses quand celles-ci découvrent l’aide que peuvent leur apporter les travailleuses sociales qui s’occupent des problèmes de couple. Et quand la femme ayant découvert ses droits s’impose au niveau du couple, son mari exerce sur elle une violence psychologique pour montrer que le comportement de cette dernière ne rime pas avec les coutumes africaines. Dans cette nouvelle société où la communauté a une grande importance, les couples ont du mal à se maintenir, constat de l’auteur : « Ainsi, le dénigrement des amis peut parfois avoir une incidence sur le comportement du couple (…) amenant les conjoints à se conformer en apparence aux normes culturelles de conduite entre époux (p.118). Et dans un couple où la femme veut affirmer ses droits et où l’homme essaie de s’imposer traditionnellement, se réalise avec le temps l’incompatibilité de vivre à deux et s’ensuit le divorce avec toutes ses conséquences telles la fragilité de l’éducation des enfants et l’acceptation de la double culture.

L’école chez les enfants des immigrantes : une éducation aléatoire

Ayant été scolarisées dans leur pays d’origine, les immigrantes au Canada se trouvent confrontées à un autre système d’école, bien que se reposant sur la francophonie. Du système éducatif au Québec, les immigrantes africaines remarquent une grande différence avec celui de leur pays. Si au niveau de l’apprentissage, les conditions de travail dans le scolaire sont largement appréciées, il n’en est pas pour la liberté d’agir et de dénoncer que l’on donne aux enfants. Très tôt, ces derniers sont paradoxalement responsabilisés dès leur jeune âge. Ainsi l’école apparaît comme un handicap pour les immigrantes qui veulent être regardantes comme l’étaient leurs parents vis-à-vis d’elles. Et nous pouvons le constater dans ces propos ci-après : «Nous avons reçu une éducation différente de celle-ci (…) Nos parents étaient sévères avec nous (…). Ici, on n’a presque pas d’autorité sur les enfants, car ils font ce qu’ils veulent. Même quand on veut les orienter dans une formation, il faut que l’enfant puisse avoir le dernier mot » (p.109). Protégé par les droits que lui octroie la société et suivi particulièrement par sa mère, l’enfant se voit tiraillée par deux cultures : celle qui surgit du maternel et celle que lui donne la société canadienne à travers l’école. Et dans cette nouvelle société, l’immigrante constate que « c’est le modèle de la femme épouse et mère « moderne », heureuse de se consacrer à l’éducation des enfants qui domine »2 quand les immigrantes s’efforcent tant bien que mal à préserver le couple.

Les immigrantes et la double culture : un avenir indéfini pour les enfants

Malgré les bonnes conditions dans lesquelles étudient leurs enfants, les immigrantes s’inquiètent un peu de leur avenir qui « se développe » en marge des réalités de leur pays d’origine. Mais avec l’arrivée des nouvelles technologies de communication qui influencent le monde des enfants, l’éducation de ces derniers se trouve travestie par l’actualité tel que l’Internet qui bouscule la curiosité des enfants. Ceux-ci sont plus proches de l’Internet, avec tous ses avantages et inconvénients, que de leurs parents.

Eduquées par la famille dans leur enfance, les parentes immigrantes se trouvent dépassées par les métamorphoses sociales qui ont marqué le monde des enfants. Mais l’avenir de leur pays d’origine en particulier et celui du continent conduit ces femmes à accepter cette éducation fondée sur la double culture : « Il est donc permis de rêver que les enfants africains éduqués dans les pays occidentaux, qui apprennent les valeurs démocratiques que les sociétés modernes ont acquises au fil de leur histoire, aient le goût de retourner au pays de leurs ancêtres pour transmettre ces valeurs et bâtir un monde meilleur » (p.134).

Mais les dirigeants africains auront-ils entre temps le courage et la volonté de mettre de l’ordre dans leur pays où démocratie rime avec pagaille, situation qui freine les bonnes volontés de s’épanouir ?

Pour conclure

En dehors des problèmes de couple et d’éducation des enfants des immigrantes au Canada, le livre de Ghislaine Nelly Huguette Sathoud se définit comme une étude qui met en exergue les causes de l’immigration des femmes de l’Afrique centrale, tout en révélant les us et coutumes des pays d’origine ayant marqué ces dernières avant de prendre le chemin de l’exil. Un livre qu’il faut lire pour comprendre les tenants et aboutissants des changements qui s’opèrent au niveau de la diaspora africaine où les hommes semblent s’imposer impérativement devant leeurs conjointes malgré la place importante qu’elles occupent maintenant dans le développement du continent.

Noël KODIA

* Les femmes d’Afrique centrale au Québec, Ed. L’Harmattan, Paris, 2008, 135p.
Notes
1 Françoise Tétu de Labsade, Le Québec, un pays, une culture, Ed. Boréal/Seuil, Québec/Paris, 1990, p.72
2 Yves-Henri Nouilhat, Le Québec de 1944 à nos jours, Ed. Imprimerie nationale, Paris,1992, p.195



 

Publié le 09 aoû 2006 à 17:39
Par noelkodia


La femme dans la littérature narrative au sud du Sahara s’est révélée en retard par rapport à l’homme qui, depuis l’époque coloniale, avait commencé à se servir de la plume. Fallait attendre les années 70 pour lire quelques écrits des Africaines. Au Congo, elles commencent par la poésie au niveau de la crétion littéraire avec des noms tels marie Léontine Tchibinda, Amélia Nene, Cécile Diamonika. Il faut attendre la fin des années 80 pour lire un roman écrit pare une femme. Cette réflexion se définit comme une contribution à la découverte des romancières congolaises.


C’est en 1989 que se découvrent deux femmes de la diaspora, Francine Laurens et Jeannette Balou Tchichelle qui publient aux éditions La Pensée universelle à Paris Tourmente sous les tropiques et Cœur en exil. Une autre femme de la diaspora, Binéka Danièle Lissouba met sa plume au service de la littérature des enfants en publiant respectivement Pan t’es mort ! en 1991 et Le Zappeur zappé en 1992 aux éditions Rouge et Or.

Au pays, Alice Valette Bizol Ntim, déjà lauréate au Concours de la Meilleure nouvelle organisé par les éditions Naaman de Québec en 1982, se découvre romancière avec Le Calvaire d’Elise en 1996 aux éditions Héros dans l’Ombre. A ces quatre noms, il faut ajouter à cette même époque celui d’Emilie Flore Faignond avec Afin que tu te souviennes, un beau texte touffu mais attrayant publié à Saint Paul à Kinshasa. Et jusqu’aujourd’hui, la liste des romancières s’est allongée comme nous le verrons dans la suite de notre réflexion.

Tendances des romancières congolaises

Les Congolaises bâtissent souvent leurs textes en se fondant sur le vécu quotidien qui, souvent reflète la vie des couples et les (mé)saventures sentimentales qui les habitent. Ce sont des histoires de la condition féminine qui révèlent paradoxalement le côté fauve des hommes. Tourmente sous les tropiques met en relief les péripéties d’un mariage en Afrique où la femme subit le poids des réalités sociales. Cœur en exil est l’image de la femme africaine qui, tantôt reste attachée à la tradition de son terroir, tantôt succombe aux « mirages » de la société occidentale. Ce récit reflète la vie tumultueuse des Africaines et Africains en Europe comme on peut le remarquer aussi dans Le plus vieux métier du monde de Florence Lina Bamona-Mouissou et La Patience d’une femme d’Evéline Ntsimba-Mankou, deux livres dont l’univers romamesque est la France.

Les textes des romancières congolaises paraissent, à un certain moment, comme des (auto)biographies quand on se réfère à leur quotidien réel. Valette Bizol Ntim dans Le Calvaire d’Elise nous rapporte l’histoire de quatre couples dont le problème principal se situe au niveau de la cohabitation qui ramène dans le foyer le vice, le scrupule, la méchanceté, le complexe et la trahison chez les conjoints. Afin que tu te souviennes d’Emilie Flore Faignond se présente comme une véritable autobiographie qui dépasse la fiction, car l’auteure et la narratrice ne formant qu’un seul « personnage-personne ». Et ce roman n’est pas différent de Béto na béto, le poid de la tribu d’Aimée Mambou Gnali par sa technique du récit homodiégétique où l’auteure-narratrice réécrit sa passion amoureuse avec son compatriote Matsokota.

Quel avenir pour le roman féminin congolais ?

Avant 2000, les romancières congolaises n’ont réellement décollé quand on les compare à leurs consoeurs de l’Afrique de l’Ouest et même de la sous région qui occupent une place non négligeable des les anthologies des littératures africaines.

Organiser, pour la gente féminine qui s’intéresse à l’écriture et plus particulièrement à la création romanesque, des séminaires contribuerait sans doute au réveil des romancières. Des livres comme Le Calvaire d’Elise et Afin que tu te souviennes, malgré quelques maladresses bénignes au niveau du style et bien que publiés par des maisons d’éditions de peu de notoriété, n’ont rien à envier à ceux de leurs consoeurs édités par NEA (Nouvelles éditions africaines), Présence africaine et d’autres maisons d’éditions de l’Hexagone. Aussi, de 2000 à nos jours, les romancières congolaises ont brillé de mille feux en suivant le chemin déjà tracé par leurs confrères. Plus d’une dizaine de publications comme on peut le constater ci-après.

- Cœur en exil, Jeannette Balou Tchichelle, La Pensée universelle, 1989
- Tourmente sous les tropiques, Francine Laurens, La Pensée universelle, 1989
- Pan t’es mort !, Danièle Binéka Lissouba, Rouge et Or, 1991
- Le Zappeur zappé, Danièle Binéka Lissouba, Rouge et Or, 1992
- Afrique : Alerte à la bombe, Marie-Louise Abia, MINSI D.S, 1995
- Afin que tu te souviennes, Emilie Flore Faignond, Saint Paul de Kinshasa, 1996
- Le Calvaire d’Elise, Alice Valette Bizol Ntim, Héros dans l’ombre, 1996
- Béto na béto, le poids de la tribu, Aimée Gnali Mambou, Gallimard, 2001
- Lumière de femme, Aleth Félix Tchicaya, Hatier, 2003
- Bienvenus au royaume du sida, Marie-Louise Abia, ICES, 2003
- Hymne à la tolérance, Ghislaine Sathoud, Melonic, Canada, 2004
- La Patience d’une femme, Evéline Ntsimba Mankou, Bénévent, 2005
- J’espère, Liss, Amalthée, 2005 (recueil de nouvelles)
- Le plus vieux métier du monde, Lina Florence Bamona-Mouissou, Bénévent, 2005
- Le Triomphe de Magalie, Ikama Calissa, Lemba, 2005.

A ces titres, il faut ajouter l’abondante œuvre de Noëlle Bizi Bazouma qui essaie de se spécialiser dans la littérature de jeunesse.

Parmi ces romans, des textes comme Afin que tu te souviennes et Bienvenus au royaume du sida pourraient être considérés comme des chefs d’œuvre. Et si les auteures de ces livres pouvaient continuer sur la même lancée, certainement qu’elles seraient comptées parmi les meilleures plumes du continent dans les années à venir.

Conclusion

Le roman congolais au niveau des femmes est arrivé au point de non retour et a supplanté même la poésie. Après la poésie, certaines écrivaines, comme par exemple Ghislaine Sathoud avec Hymne à la tolérance, se livrent à la narration sans beaucoup de difficultés. Pour préserver le roman d’un éventuel "sommeil léthargique", les jeunes filles et femmes devraient être encouragées à s’intéresser à la littérature par le biais des concours littéraires dans les lycées et à l’université. Les initier à la lecture pourrait les amener à l’écriture. Pourquoi pas créer un prix littéraire féminin au niveau du pays ?


Références bibliographiques

- Ormerod (B.) et Volet (J.M.) Romancières africaines d’expression française, L’Harmattan, 1994
- Littératures francophones d’Afrique centrale : Anthologie, ouvrage collectif, Nathan, 1995
- Tati Loutard (J.B) et Makita (Ph.) Nouvelle Anthologie de la littérature congolaise, Hatier, 2003
 


 

Publié le 28 jun 2006 à 08:45
Par noelkodia
Le développement d’un pays se manifeste dans plusieurs domaines ; parmi ceux-ci, il y a la culture. Beaucoup de pays ont connu la gloire à travers le développement de leur littérature : l’Allemagne, la France et la Grande Bretagne pour ne citer que ces trois grandes puissances, se sont fait connaître dans le monde des nations par certains de leurs hommes de lettres tels Goethe, Voltaire et Golding. De son côté l’Afrique, au contact avec la civilisation européenne, passe de l’oralité à la « littérature sur papier ». Et parmi les pays africains qui se font remarquer dans l’écriture littéraire, il faut citer le Congo. De tous les genres littéraires que pratiquent les Congolais, le roman semble être le plus prisé. Évolution ou révolution du roman congolais au XXè siècle ? Telle est la question sur laquelle va se fonder notre réflexion. Car de 1953 à 2000 le roman congolais a été florissant.

Pendant plusieurs décennies, la littérature congolaise s’est fait remarquer au niveau continental. Beaucoup d’auteurs et particulièrement les romanciers ont intéressé la critique littéraire tant qu’ils se sont distingués des autres écrivains africains par leur « façon d’écrire ». Par sa taille et le nombre de ses habitants, le Congo au XXè siècle peut être considéré comme le pays qui a le plus d’écrivains, en particulier les romanciers dont la qualité des œuvres est manifeste. Et comme l’affirment Alain Rouch et Gérard Clavreuil, "la littérature congolaise compte actuellement parmi les meilleures, les plus prolifiques et les plus homogènes d’Afrique noire"[1]

De son côté, Roger Chemain renchérit dans la préface à Tarentelle noire et diable blanc de Sylvain Bemba. Pour lui , le Congo en Afrique francophone

« compte le plus fort pourcentage d’écrivains par rapport à l’ensemble de la population »[2].

Parmi les écrivains qui ont marqué l’histoire du roman congolais, on peut citer des noms célèbres tels Jean Malonga, Guy Menga, Sylvain Bemba, Jean Pierre Makouta MBoukou, Henri Lopes, Sony Labou Tansi, Emmanuel Dongala, Tchichélé Tchivéla, Tchicaya U Tam’Si… qui sont devenus aujourd’hui des classiques de la littérature (négro) africaine d’expression française. D’une façon générale, l’histoire du roman congolais se fonde sur un itinéraire marqué par deux « mouvements », deux façons d’écrire.

De 1953 à la fin des années 70 : Evolution du roman du roman congolais

Dans les années 50, il Jean Malonga publie deux romans : Cœur d’Aryenne et La légende de M’Pfoumou ma Mazono. Du point de vue de la thématique, ces deux textes narratifs ne traitent que de la réalité sociale de l’époque. Il faut attendre les indépendances et surtout la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963 pour lire de nouveau le roman avec la publication en 1968 du Tipoye doré de Placide Nzala-Backa et La palabre stérile de Guy Menga. Pendant une décennie (de 1969 à 1979) moult publications voient le jour dans le domaine romanesque. Guy Menga confirme ses talents de prosateur avec Kotawali et Case de Gaulle après la série des Aventures de Moni Mambou. Henri Lopes publie coup sur coup La nouvelle romance et Sans tam-tam. Au cours de la même période, d’autres romanciers se découvrent. Jean Pierre Makouta MBoukou écrit de 1970 à 1974 Les initiés, En quête de la liberté et Les exilés de la forêt vierge. Emmanuel Dongala se proclame romancier en 1973 avec Un fusil dans la main, un poème dans la poche. En 1977, Dominique MFouilou se fait connaître avec La soumission qui sera suivi trois ans plus tard par Les corbeaux. En 1979, Sylvain Bemba embrasse le roman avec Rêves portatifs.

La majorité des fictions écrites à cette époque épouse l’histoire du peuple congolais d’avant et d’après les indépendances et les événements rapportés dans ces œuvres se déroulent souvent au Congo en dehors de l’histoire de Ratimanari des Initiés (une longue nouvelle de Makouta MBoukou) qui se passe en France et celle de Un fusil dans la main, un poème dans la poche qui se situe principalement en Afrique australe. Dans l’ensemble les écrivains de cette époque sont marqués par la souffrance des Congolais pendant la colonisation. Un mouvement politico-messianique comme le Matswanisme sera le thème principal de plusieurs récits ; on peut citer comme exemples Le tipoye doré, La palabre stérile, En quête de la liberté, La soumission, Les corbeaux et Case de Gaulle. A ce sujet, Arlette et Roger Chemain, deux spécialistes de la littérature congolaise notent que

« La palabre stérile » et « Le tipoye doré » évoquent le passé d’ailleurs récent puisqu’il s’agit des persécutions encourues par le Matswanisme dans sa confrontation avec les autorités coloniales »[3]

De son côté, Claude Wauthier qui a fait une étude sur le matsouanisme dans la littérature congolaise tire une conclusion pertinente en annonçant :

« Ainsi [plusieurs] ouvrages ont-ils été consacrés entièrement ou partiellement à André Matsoua par des intellectuels congolais ».[4]

Evoluant dans l’espace et dans le temps, des romans comme La nouvelle romance et Sans tam-tam décrivent les réalités de la société congolaise marquée par la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963 ; une partie de Case de Gaulle met en relief Brazzaville des années 60 où sévissent les dérives révolutionnaires avec les atrocités commises par les milices. Du point de vue de la forme, les romanciers congolais continuent à écrire comme les classiques occidentaux qu’ils ont découvert à travers les écoles coloniale et néo-coloniale ; celles-ci définissent le roman comme

« une suite d’événements enchaînés dans le temps depuis le début jusqu’à la fin. Sans perdre de vue la vraisemblance, le romancier doit songer à l’unité du tout, aux causes et aux effets, au choix des périodes importants, à la corrélation des divers fils de l’intrigue, au mouvement qui aboutit à une conclusion »[5]

Jusqu’à la fin des années 70, le roman congolais reste encore prisonnier de l’idéologie de la référentialité qui domine au niveau de la création littéraire et artistique.

De 1979 à 2000 : Révolution du roman au Congo

Jusqu’aujourd’hui, la majorité des romanciers congolais s’adonnent encore au récit dit traditionnel. Quand en 1979 Sony Labou Tansi publie son premier roman La vie et demie, se crée chez les amateurs des romans une frustration dans l’acceptabilité de l’histoire rapportée. Avec La vie et demie, Sony Labou Tansi fait table rase de la formule traditionnelle du roman jusque-là soutenue par ses aînés comme Jean Malonga, Placide Nzala-Backa, Makouta MBoukou, Guy Menga, Henri Lopes… Habitué à lire des récits linéaires et logiques, le lecteur se trouve déconcerté et désemparé par la multiplication des personnages, le fantastique et l’irréel dans lesquels évoluent ces derniers. Dans ce roman, le lecteur découvre un personnage burlesque qui refuse de mourir malgré le ventre que lui a ouvert le Guide Providentiel. Emboîtant le pas à Sony Labou Tansi, Henri Lopes sort des sentiers battus au début des années 80 en publiant Le Pleurer-Rire, espèce de roman-fleuve qui se remarque par un travail de recherche soutenu au niveau de la forme. Avec une technique d’organisation scripturale qui donne la possibilité au lecteur de lire son récit tantôt comme un roman épistolaire, tantôt comme une pièce de théâtre romancée, Henri Lopes se démarque des règles « conventionnelles » du roman. Il adopte à certains moments un langage dérisoire issu du populaire congolais. « Le Pleurer-Rire » produit un langage embarrassant qui met en relief le français africanisé qui caractérise le burlesque et le comique des « larges masses populaires » de la majorité des pays au sud du Sahara.. Le travail de l’écriture chez nos deux auteurs va s’approfondir dans certains de leurs textes qui suivront après comme L’Etat honteux», Les yeux du volcan chez Sony Labou Tansi et Le chercheur d’Afriques et Sur l’autre rive chez Henri Lopes.

Et ces métamorphoses du roman seront aussi la caractéristique des textes de Tchicaya U Tam’Si venu un peu tard à la prose. Cet écrivain surprend les amateurs du roman en publiant quatre volumineux récits en un laps de temps : Les cancrelats (1980), Les méduses (1982), Les phalènes (1984) et Ces fruits si doux de l’arbre à pain (1987). Ces quatre livres proposent une écriture « hermétique » sous fond de poésie qui, comme chez Sony Labou Tansi et Henri Lopes, définit un nouveau type de textes qui privilégient le travail du signifiant. Se fondant sur la société congolaise d’avant et d’après les indépendances, les romans de Tchicaya U Tam’Si se présentent souvent comme un amalgame de récits enchâssés avec une prolifération de narrateurs qui, quelquefois, embrouille le lecteur. Comme les récits de Sony Labou Tansi et Henri Lopes, les romans de Tchicaya U Tam’Si se présentent comme des aventures discontinues, comme des puzzles qui demandent au lecteur de « reconstruire » la diégèse à lui proposée. On remarque dans « Les cancrelats » la technique du conte et la présence des textes de chanson en langue congolaise. « Les méduses » mettent en évidence le français africanisé qui provient de l’oralité vili, la langue maternelle de l’auteur.
Avec Sony Labou Tansi, Henri Lopes et Tchicaya U Tam’Si, commencent au Congo « les métamorphoses du roman ». Avec ces trois écrivains,

« le roman ici [dans les œuvres des trois auteurs précités] ne se donne pas le droit de raconter bien ou mal, ni même par l’absurde ou encore par défaut, des histoires vraies ou fausses, éclatantes ou secrètes, familières ou sublimes, pleines ou vides de sens (…). Sa place est toute clandestine, entièrement du côté « sauvage » de la pratique textuelle »[6]

Au cours de cette période, se remarquent quelques jeunes écrivains tels Jean Claude Zounga Bongolo, Julien Omer Kimbidima et Caya Makhélé par la qualité de leurs textes. Zounga Bongolo publie aux Nouvelles Editions Africaines L’enfant prodigue de Soweto en 1983 et Les sorciers de l’île Tibau en 1988. Julien Omer Kimbidima rappelle l’écriture de Sony Labou Tansi avec ses romans Les filles du président et Kriste est une gonzesse publiés respectivement en 1986 et 1990 à l’Harmattan ; Caya Makhélé se découvre prosateur confirmé avec L’homme au landau publié en 1988 aux mêmes éditions.

Que dire du roman congolais au seuil du XXIè siècle ?
Après plusieurs prix littéraires octroyés aux écrivains congolais et quelques satisfecit dans le domaine du roman, on peut dire que le Congo a été une grande « puissance » littéraire en Afrique subsaharienne au siècle dernier.

1969 : Guy Menga ; Grand Prix littéraire de l’Afrique noire (La palabre stérile)
1973 : Emmanuel Dongala ; Prix Ladislas Dormandi du meilleur livre étranger (Un fusil dans la main, un poème dans la poche).
1979 : Sony Labou Tansi ; Prix du Jury du Festival de la Francophonie à Nice (La vie et demie )
1983 : Sony Labou Tansi ; Grand Prix littéraire de l’Afrique noire ( L’Anté peuple)
1987 : Jean Baptiste Tati Loutard ; Grand Prix littéraire d’Afrique noire ( Le Récit de la mort)
1988 : Emmanuel Dongala ; Grand Prix littéraire de l’Afrique noire (Le feu des origines )
1988 : Emmanuel Dongala ; Prix Charles Oulmont Fondation de France (Le feu des origines)
1990 : Henri Lopes ; Prix Jules Vernes (Le chercheur d’Afriques )
1997 : Daniel Biyaoula ; Grand Prix littéraire de l’Afrique noire (L’impasse )
1998 : Emmanuel Dongala ; Prix RFI / Témoin du monde ( Les petits garçons naissent aussi des étoiles )
1999 : Alain Mabanckou ; Grand Prix littéraire de l’Afrique noire ( Bleu, blanc, rouge )

Cependant il y a eu un fait inquiétant : la disparition de trois grandes figures de la littérature congolaise dans les années 80 et 90 qui a porté un coup dur à la vie du roman. Tchicaya U Tam’Si meurt en 1988 avec toute sa fécondité dans le domaine de la création littéraire. Sylvain Bemba et Sony Labou Tansi sont emportés par la maladie en 1995. Ils emportent avec eux l’espoir du roman congolais, plus particulièrement Sony Labou Tansi encore jeune et servant de pont entre les confirmés d’avant et d’après la Révolution et la nouvelle génération.

Après la disparition de ces trois écrivains et l’exil aux Etats Unis d’Amérique d’Emmanuel Dongala provoqué par la guerre de juin 1997, le roman semble connaître une décadence de 1995 à 2000. Seuls quelques jeunes de la diaspora tels Alain Mabanckou, Julien Omer Kimbidima, Caya Makhélé et Daniel Biyaoula basés en France constituent l’espoir du genre. Au pays cet espoir renaît avec Henri Djombo, auteur de deux romans, Sur la braise et Le mort vivant.

Pour conclure

Malgré le coup dur des années 80 et 90, le roman congolais continue son chemin avec des grands auteurs féconds à l’instar de Guy Menga, Jean Pierre Makouta MBoukou, Henri Lopes et Emmanuel Dongala qui ne se fatiguent pas d’écrire. En considérant les nouvellistes Tati Loutard et Tchichélé Tchivéla qui pratiquent aussi le roman et les écrivains de la nouvelle génération de la diaspora et ceux restés au pays avec des manuscrits prometteurs qui n’attendent qu’à être édités, on peut dire que le roman congolais a encore de la chance de briller comme il l’a fait de 1953 à 2000.


Par Noël KODIA


1. Alain Rouch et Gérard Clavreuil, Littératures nationales d’écriture française, Bordas, Paris, 1986, p. 94

2. Cf. la préface de Tarentelle et diable blanc de Sylvain bemba, éditions P.J. Oswald, Honfleur, 1976

3. R. et A. Chemain, Panorama critique de la littérature congolaise contemporaine, Présence africaine, Paris, 1979, p.15

4. Claude Wauthier, « Matsouanisme et littérature » in la revue Notre libraire : Littérature congolaise, CLEF, Paris, n° 92-93 de mars-mai 1988, p. 39

5. Henri Coulet, Le Roman jusqu’à la Révolution, tome I. A. Colin, 1967, p. 12

6. Jean Thibaudeau, « Le roman comme autobiographie » in Théorie d’ensemble, Seuil, Paris, 1969, p.203



Références bibliographiques

Chemain (R.) Préface de Tarentelle noire et diable blanc de Sylvain Bemba, P.J. Oswald, Honfleur, 1976
Chemain (A. et R.) Panorama de la littérature congolaise contemporaine, Présence africaine, 1979
Coulet (H.) Le roman jusqu’à la Révolution, A. Colin, 1981
Rouch (A.) et Clavreuil (G.) Littératures nationales d’écriture française, Bordas,1986
Thibaudeau (J.) « Le roman comme autobiographie » in Théorie d’ensemble, Seuil,1969
Wauthier (Cl.) « Matsouanisme et littérature » in Notre librairie : Littérature congolaise, CLEF, Paris, n° 92 et 93, mars-mai, 1988
 




 

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Publié le 14 avr 2006 à 10:18
Par noelkodia

la honte d'un continent "made in" UE


Quand l’Organisation de l’unité africaine (OUA) se métamorphose en Union africaine (UA) au moment où la démocratie pluraliste tente de changer les mentalités des Africains, ceux-ci croient à l’espoir qui s’est effrité quelques années après les indépendances. Aujourd’hui, quand certains Etats comme le Mali et le Bénin pour ne citer que ces deux exemples, commencent à tracer merveilleusement le droit à l’alternance pacifique, se remarquent encore des réticences chez certains vieux crocodiles africains qui ont dernièrement boudé la "Chartre pour la démocratie" à la dernière rencontre des présidents africains.

Triste réalité que nous impose de nouveau l’UA qui ne voudrait pas se faire violence pour s’écarter des sentiers battus sur lesquels s’était déjà perdue l’OUA.

L’Afrique malade de ses dirigeants de l’OUA

Quarante années après les indépendances, les dirigeants africains, excepté quelques cas en Afrique de l’Ouest où la démocratie s’implante timidement mais sûrement, continuent à se comporter comme des analphabètes politiques. Avec l’avènement de la démocratie consécutive à la chute du mur de Berlin, les pays africains ne devraient plus vivre en principe ces malaises socio-économiques provoqués par le tribalisme et le népotisme.

Créée en 1963, quelques années après les indépendances, par la majorité des pays africains, l’OUA avait pour tache la poussée vers l’indépendance des pays encore sous domination coloniale et l’abolition de l’apartheid. Mais à peine née, l’OUA se transforme en rencontre annuelle politique où les chefs d’Etat viennent fêter leur maintien au pouvoir et en une machine à fabriquer des coups d’Etat. Les militaires nouvellement sortis de l’armée coloniale croient que l’on peut gérer un pays comme un bataillon ou un régiment. Des coups d’Etat, des assassinats politiques, la destruction de l’économie laissée par les colons s’annoncent presque partout. Dès 1963, l’Afrique commence déjà à fabriquer ses monstres politiques tels Eyadéma, Mobutu et Bokassa pour ne citer que ces trois exemples. L’OUA devient un syndicat de chefs d’Etat car chacun gère son pays à son gré selon ses ambitions et l’entente au sein de l’organisation laisse à désirer entre certains pays n’ayant pas les mêmes appuis politiques de la part des grandes puissances, surtout qu’à cette époque persiste encore la guerre froide. Les deux Congo de l’époque vont se regarder en chiens de faïence dans les décennies 60-70, le Congo démocratique étant soutenu par les Etats Unis et le Congo Brazzaville ayant des affinités avec le bloc de l’Est et la Chine de Mao Tsé Toung. Au lieu de s’organiser, l’Afrique se désorganise.

On assiste implicitement à la descente aux enfers du continent malgré ses ressources humaines (cadres nouvellement formés par la métropole) et ses richesses (bauxite, diamant, manganèse, pétrole, bois eau, soleil…). Les élites dans presque tous les pays sont incomprises quand elles veulent mettre en pratique ce qu’elles ont appris en Europe. Le multipartisme qui est venu dans un premier temps avec les indépendances ne résiste pas au tribalisme et à l’ethnicité. Et pour mieux contrôler leur peuple, la majorité des nouveaux dirigeants d’après les indépendances optent pour le parti unique. Sans contre-pouvoir, on se chamaille dans un même parti où les plus forts écrasent les plus faibles. Et pendant ce temps, les pays sont laissés à l’abandon par des dirigeants qui, venus au pouvoir « militairement », se préparent eux-mêmes à s’opposer paradoxalement à tout coup d’Etat. Le pouvoir quitte les mains du peuple pour être gardé dans les canons et dans les poches des treillis. Avec cette classe de dirigeants, « la criminalisation éventuelle des économies et des Etats africains n’inspire que des silences embarrassés ou des commentaires sensationnalistes. [Et pourtant] elle mérite d’être mieux comprise » (1).

L’OUA reste impuissante aux coups d’Etat et même aux assassinats qui se multiplient au niveau du continent. Et le tableau ci-dessous n’honore pas l’OUA qui va « accepter » la bêtise humaine qui avait même commencé avant sa naissance. Comme nous l’avions déjà dit, « avec les coups d’Etat militaires, est mise en pratique une nouvelle façon de s’approprier le pouvoir : l’assassinat des chefs d’Etat. Inauguré tristement par les Togolais avec la mort de leur premier président et suivi plus tard par celle du président Diori Hamani en 1974, le phénomène fait tache d’huile dans la plupart des pays au sud du Sahara. Quelques exemples : le 13 avril 1975, le président Garta Tombalbaye est tué avec toute sa famille dans son palais, le 18 mars 1977, le Congolais Marien Ngouabi tombe « l’arme à la main » en plein jour dans son état-major au moment où l’armée est paradoxalement consignée, le capitaine Thomas Sankara du Burkina Faso est tué par ses proches (…)., le Niger récidive avec la mort tragique du président Maïnasara » (2). Et tout cela se passe aux yeux de l’OUA avant qu’elle se mue en UA.

L’Union africaine existe-t-elle vraiment ?

Avec le retour du multipartisme, certains pays commencent à faire table rase avec le triste passé des quatre décennies d’après les indépendances. Et ce point l’Afrique de l’Ouest, malgré les élucubrations de la Guinée, du Togo et la Côte d’Ivoire, montre un bel exemple par rapport à l’Afrique centrale dont les dirigeants ont lié l’incompétence politique au népotisme pour créer des situations de guerre. OUA ou UA, à l’heure actuelle, c’est bonnet blanc, blanc bonnet avec ces vieux crocodiles qui veulent mourir le pouvoir dans le ventre. Dans quelle position peut se présenter l’UA devant l’Union européenne quand l’Afrique se détériore à cause de la mauvaise gestion des affaires de l’Etat qui a provoqué la fuite des cerveaux et aujourd’hui la débâcle de la jeunesse qui croit trouver mieux en Occident. D’où le crucial problème de l’immigration qui devient un casse-tête chinois pour les pays européens. L’Afrique a des richesses qui ne profitent qu’à une infime partie composée de ceux qui gèrent la politique dans chaque Etat.

Il faut une nouvelle classe politique en Afrique pour que les relations UE-UA trouvent une autre dimension qui revaloriserait l’immigration qui devrait être une chance pour l’Afrique et l’Europe à travers un co-développement sincère. Dans une réflexion intitulée "Les compétences de la Diaspora au service des Africains : redonner espoir au continent" (3), Noël Kodia et Yves Ekoué Amaïzo démontrent que les compétences africaines exercent hors du pays à cause de leurs pays qui ne leur proposent pas des conditions de travail louables pour produire. On ne peut pas comprendre comment on peut vivre pauvres sur un continent paradoxalement riche. Complicité implicite des chefs d’Etat de l’UA qui n’arrivent pas à gérer les destinés de leur pays et qui se prennent pour des petits rois inamovibles. Et on ne remarque aucune volonté des changements pour améliorer la condition sociale de leur peuple. On falsifie les élections et on tripatouille les Constitutions pour se pérenniser au pouvoir.

Et dans tout cela la « Chartre pour la démocratie » ?

L’UA est née presque avec le retour de la démocratie plurielle qui, contre toute attente, surprend les petits « rois » africains.. Après la rencontre de la Baule initiée à l’orée de la décennie 90 par Mitterrand, les dirigeants africains, acceptent, malgré eux, à ouvrir leur pays au multipartisme. Multipartisme de façade car sur fond de tribalisme. D’où la militarisation de certains pouvoirs dans les décennies 70 et 80, les minorités ayant peur de se laisser prendre le pouvoir par les majorités. Le pouvoir doit être toujours gardé dans le canon. On pourrait citer des pays comme le Zaïre de l’époque, la Guinée, le Togo…. Mais contrairement à ce qu’espèrent les peuples africains avec l’arrivée de la démocratie, un vent de malheur va souffler sur le continent et les armes vont tonner de plus bel. Au Zaïre redevenu Congo démocratique, au Congo, en Cote d’Ivoire, au Togo, la démocratie ne s’est pas établie sans conflits armés et interrégionaux. Plus d’une décennie après l’acceptation du multipartisme, certains dirigeants ont plaisir de la « dribler » en tripatouillant leur Constitution pour se maintenir au pouvoir. Les Africains, des spécialistes en crocs-en-jambe.

Et devant cette situation, se dressent deux Afriques : l’Afrique qui se découvre responsable avec à sa tête des pays comme le Mali et le Bénin et l’Afrique de la honte, celle des présidents à vie. La « Chartre pour la démocratie » qui devait aider le continent à aller de l’avant, n’a pas plu aux vieux crocodiles qui veulent mourir au pouvoir, à l’instar du feu président Eyadéma. Cette situation nouvellement créée aurait même découragé le président Alpha O. Konaré à la dernière rencontre des « militants » de l’UA. Il a décidé courageusement de ne plus renouveler sa candidature pour sa propre succession. Lassitude devant l’immobilisme et lourdeur de l’UA qui a du mal à se mettre en mouvement. Manque d’ambition et rapports difficiles avec certains chefs d’Etat comme ceux du Nigéria, du Soudan et du Togo, auraient découragé le président de la Commission de l’UA qui un exemple louable au niveau de la démocratie sur le continent. Dirons-nous qu’après Alpha O. Konaré, le déluge ? « Wait and see » comme disent les Anglais. La « Chartre pour la démocratie » devrait limiter les mandats de chaque président élu démocratiquement pour favoriser l’alternance, le renouvellement progressif de la classe politique, gage de redressement politique et économique sur le continent.

Des pays comme le Congo, le Gabon, Le Togo et la Guinée devraient être sauvés par cette « Chartre pour la démocratie » pour éviter des lendemains incertains. Les pays où les hommes politiques se sont pérennisés sans réellement bénéficier de leurs richesses ont eu des alternances chaotiques : la Côte d’Ivoire, le Togo, le Congo-Zaïre en sont des exemples. Et toutes ces situations se sont développées ou se développent encore au grand désespoir et désespérance des peuples qui avaient cru au changement après le retour de la démocratie pluraliste. Et l’Europe s’étonne quand elle se voit convoitée par les deseperados de l’Afrique.

Complaisance de l’UE devant l’UA ?

Les Etats européens doivent comprendre que, dans les années 60-70, ils ont eu à former des cadres africains qui sont retournés travailler dans leur pays sans problème car il y existait encore le minimum pour vivre et pour travailler. On a toujours dit que l’on est mieux chez soi. Et c’est contre la volonté de mal-vivre et du mal-travailler que l’immigration s’explique. L’Europe ne doit pas seulement se préoccuper à piller les matières premières du continent. Elle doit aussi imposer la bonne gouvernance aux dictateurs africains qui « mangent » même les aides au développement que leur octroie le contribuable européen. Tant que l’Europe ne mettra pas de l’ordre dans ses ex-colonies comme elle le fait dans ses départements et territoires d’Outre mer, il ne faudra pas qu’elle s’étonne que la jeunesse africaine, abandonnée à elle-même, vienne frapper à ses portes. Les enquêtes faites dans le milieu des immigrés maliens qui semblent malheureusement être comptés parmi les plus nombreux en France, a démontré que ceux-ci décident de venir travailler en France pour s’occuper de leur famille restée au pays. Ils vont à l’aventure malgré eux. Et le développement de leur environnement qui se fait avec l’argent envoyé au pays, devrait interpeller l’Europe. Si celle-ci pouvait aider les peuples africains à se débarrasser de leurs dictatures en imposant à ces derniers une ligne de conduite réaliste qui serait en ce moment la mise en œuvre sans condition de la « Chartre pour la démocratie », la dernière rencontre UE-UA sur l’immigration aurait tout son sens.

Encourager la diaspora d’aller redresser les pays africains sans distinctions de nationalités comme au tant de l’AOF et de l’AEF pour ce qui est du pays de Sarkozy par exemple, voilà une solution que l’on pourrait expérimenter dans le cadre des grands ensembles. L’Africain est un homme d’ouverture, du dehors que lui impose le climat. Il vit malgré lui dans un enfer froid parce que ses dirigeants lui refuse le minimum vital dont la santé et le travail sont les principaux demandes. Des véritables problèmes que les sociologues ont eus à soulever et qui n’ébranle même pas la complicité que gèrent l’exploitant (le dirigeant européen) et l’exploité (le dictateur africain). L’Afrique est riche et contrairement à ce que pense M. Sarkozy (4), l’Europe a encre largement besoin d’elle pour ses matières premières. Et des pays pétroliers (en dehors de l’Algérie) comme le Congo et le Gabon, avec l’envolée du prix du baril au niveau mondial ces deux dernières années, n’auraient plus de contentieux avec le FMI et la Banque mondiale. Problème de mauvaise gestion ? les économistes sont mieux placés pour une explication scientifique. Ces pays seraient des paradis quand on voit le rapport gain pétrolier/population. Et il faut reconnaître, sans ambages et une fois de plus, que les Africains vivent en Europe malgré eux parce que chassés par la misère dans leurs pays paradoxalement riches.

L’Afrique des dictateurs, une bombe à retardement pour l’UE

Il faut reconnaître que « refoulée par le colonialisme puis frustrée par le néocolonialisme [qui a changé de visage après les indépendances] l’Afrique est d’une façon où l’autre toujours traumatisée par l’Occident » (5).
Les Européens doivent comprendre que tous les peuples sont égaux en droit et qu’en soutenant les dictateurs africains, ils ne récoltent que ce qu’ils ont eu à semer pendant plusieurs décennies. Avec la suite des problèmes Habré et Taylor, les pages de l’histoire africaine commencent à se tourner lentement et peut-être sûrement. Le réveil de l’UE à travers le problème de l’immigration et la proposition de la « Chartre pour la démocratie » qui se concrétisera indubitablement avec le temps, sont des signes précurseurs qui annoncent la renaissance du continent.

Pour conclure

Pays pauvres très endettés (PPTE) donnant naissance au Continent très pauvre endetté, voilà le triste tableau que l’Europe a crée en quatre décennies en ne voulant que piller les matières premières de l’Afrique tout en protégeant leurs dictateurs. La politique du capital a eu à neutraliser les véritables fils de l’Afrique tels Lumumba, Um Nyobé, Ben Barka et plus près de nous Marien Ngouabi et Thomas Sankara. L’UE doit maintenant prendre ses responsabilités devant les peuples d’Afrique avant que le continent ne se transforme en un gigantesque volcan qui va brûler tout sur son passage, y compris ses matières premières dont l’Europe a encore besoin.

 

Notes

(1) J.F. Bayard, S. Ellis et B. Hibou, La criminalisation de l’Etat en Afrique, Ed. Complexe, 1997, p. 32
(2) N. Kodia, « La démocratie, un luxe pour les Africains ? », Développement et Coopération (D+C), juin, 2002, pp. 26-29
(3) Lire L’Union africaine freine-t-elle l’unité africaine ?, Collectif sous la direction de Yves Ekoué Amaïzo, Ed. Menaibuc, 2005, pp. 237-276
(4) O. Bhêly Quenum, « Nicolas Sarkozy au Benin ? Chiche ! », Afrique Education n° 206 du 16 au 30 juin 2006, pp. 8-9
(5) K. Mana, L’Afrique va-t-elle mourir ? Ed. Karthala, 1993, p.8


 

Publié le 05 avr 2006 à 22:26
Par noelkodia
Le XXème siècle vient de s’éteindre il y a quelques mois. Presque quarante ans après les indépendances, on peut donner raison à René Dumont quand il affirmait que l’Afrique était mal partie dans les années 60. Aujourd’hui, nous sommes déjà au XXIème siècle et l’avenir semble incertain pour la jeunesse africaine qui pourrait se définir comme une bombe à retardement s’il n’y a pas un sursaut d’orgueil de la part des dirigeants africains, leur bilan social, politique et culturel étant globalement négatif.

Après quarante ans d’indépendance, les Etats africains (surtout au sud du Sahara) viennent de montrer aux yeux du monde qu’ils ont été en majorité dirigés par des «analphabètes» politiques qui ont hypothéqué l’avenir des jeunes au détriment de leur égoïsme. Pourquoi l’Afrique a-t-elle détruit sa jeunesse qui, pourtant, quelques décennies avant les indépendances, avait prouvé à l’opinion internationale que l’on pouvait compter sur elle dans le processus du développement du continent?

La jeunesse africaine avant les indépendances

C’est une jeunesse patriotique qui ne connaît pas encore l’ethnicité car formée culturellement sur le modèle de la société colonisatrice. Beaucoup de jeunes rêvent d’aller plus vite que le temps; certains abandonnent leurs études et vont immigrer dans les capitales occidentales dont les principales seront Paris et Bruxelles pour Francophones et Londres pour les Anglophones. Dans le milieu juvénile, le métier des armes est considéré comme une perte de temps; c’est une préoccupation de ceux qui «n’aiment» pas l’école. Ayant découvert les vertus de la politique à travers les livres et les partis politiques européens, plus particulièrement ceux du pays colonisateur, les jeunes s’intéressent à la politique et veulent la faire à l’image des Européens. C’est ainsi que naîtront des associations et partis politiques qui auront pour point focal un idéal fondé sur une conception commune au niveau des idées et non sur l’ethnicité comme on le remarque maintenant dans la plupart des pays africains.

Les jeunes après les indépendances

L’Afrique a été peut-être décolonisée trop tôt. Quarante ans après les indépendances, sa jeunesse a sombré dans le désarroi. Sa capacité de créativité et de raisonnement développée par l’école coloniale et même post-coloniale n’est plus qu’un triste souvenir. La jeunesse actuelle fait peur et l’on serait même en droit de se demander si l’élite politique africaine a conscience de la situation précaire dans laquelle se trouve le continent.

Il faut souligner que les jeunes ont subi la gestion chaotique des hommes politiques qui ont pris la relève des administrations coloniales dès les années 60. Pendant plusieurs décennies de règne sans partage et cela jusqu’à l’aube du XXIème siècle, les dirigeants africains se sont caractérisés par l’inconscience, l’analphabétisme politique et la gabegie, des maux qui ont porté un coup fatal à l’évolution de la jeunesse. Les chefs d’Etats africains se sont presque comportés en chefs «irresponsables».

De 1960 à nos jours, la majorité des leaders africains se sont montrés incapables de mettre en oeuvre ce qu’ils ont appris auprès des grands hommes d’Etat de l’Occident. Ils ont plutôt cultivé le tribalisme et l’ethnicité pour faire asseoir leur pouvoir. Dans sa réflexion intitulée «L’ethnicité et le phénomène urbain en Afrique subsaharienne», le professeur Albert Muluma Munanga, parlant de certains pays à ce sujet stipule que «sur le plan politique, plusieurs partis politiques ont été modelés sur la base ethnique. C’est notamment le cas du Parti Démocratique de la Côte d’Ivoire (PDCI) du feu Président Houphouet Boigny par la création de sections ethniques (...). Le cas du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) du Président Mobutu au Zaïre constitue un autre exemple? Pour avoir une popularité, le MNR (avait) crée une branche spécialisée en son sein dénommée ’alliance des Bangalas’ (...). Au Congo-Brazzaville, on (peut citer) les cas du parti de Bernard Kolélas, de Yombi Opango etc.».

Avec cette nouvelle conception de faire la politique, la jeunesse voit se créer en elle un divorce entre l’idée d’appartenir à un groupe ethnique et celle de faire membre d’un parti politique au sens propre du terme.

L’échec des hommes politiques, synonyme de malheur de la jeunesse

De 1960 au seuil du XXIème siècle, l’Afrique a échoué dans son développement qui devait garantir l’avenir des jeunes. Si on peut louer quelques pays anglophones (l’Afrique du Sud, la Namibie, le Kenya...) qui se sont développés au cours des dernières décennies du XXème siècle, triste est le sort des pays francophones et lusophones, en particulier ceux de l’Afrique Centrale dont le retard est criard sur les plans culturel, social et économique. Les jeunes de ces pays (Tchad, République Démocratique du Congo, Congo-Brazzaville, Centrafrique et Angola) ont connu la guerre. Malgré quelques réalisations de prestige, les dirigeants politiques n’ont pas été à la hauteur de leur tâche. N’ayant pas pu préserver l’héritage de la colonisation, ils ont paradoxalement détruit le peu de réalisations laissées par l’administration coloniale. L’école et la santé qui sont les points vitaux du développement d’une société ont été négligées. Et pourtant les potentialités ne manquent pas dans certains de ces pays comme la République Démocratique du Congo, le Congo-Brazzaville et l’Angola qui ont des sous-sols riches (cuivre, bauxite, diamant, pétrole...). Malheureusement leurs jeunesses croupissent dans la misère. Des usines n’ont pas été créées pour embaucher les jeunes après leur formation professionnelle; les rares laissées par les colons ont subi la loi de la nationalisation avant d’être littéralement «détruites» par la gabegie et le tribalisme des hommes au pouvoir. Les services sociaux et publics les plus élémentaires qui devaient au moins préserver la santé des populations, et particulièrement les jeunes qui constituent la couche la plus dynamique de la société, n’existent plus dans les villes africaines. L’école et l’université sont malades et il se crée ipso facto une inquiétude au sein de la jeunesse qui vit actuellement dans la saleté et le SIDA. Dans les villes comme Kinshasa et Brazzaville (les capitales les plus rapprochées de la planète), la saleté et le SIDA ne respectent pas les frontières dans le milieu des jeunes des deux rives. A Kinshasa comme à Brazzaville, les services de voirie ne sont plus fonctionnels et les gouvernements constatent impuissants la dégradation des conditions de vie de leurs populations. On assiste dans certains quartiers des deux villes à des scènes insoutenables. Des jeunes désoeuvrés se donnent aux vidanges des fosses sceptiques dans des conditions inimaginables. Ils creusent de grands trous dans les rues à l’intérieur desquels ils déversent toutes les matières fécales qu’ils tirent des fosses sceptiques. Et quand les pluies arrivent, c’est toute la saleté qui se répand dans tout le quartier avec ses conséquences telles les épidémies de diarrhée et de fièvre typhoïde qui font des victimes surtout au niveau des plus petits.

Pendant quarante ans, les leaders politiques africains se sont comportés en chef de village. Il y a eu des gouvernements, des institutions créées à l’image des pays modernes mais les chefs d’Etat du continent n’ont pas été sérieux dans l’exercice de leur fonction car prisonniers de leur ethnicité. Ils n’ont pas pu conscientiser la jeunesse pour créer des nations sur les territoires hérités de la colonisation. Dans son livre «Le manguier, le fleuve et la souris», le Président du Congo-Brazzaville a le courage de reconnaître que la jeunesse de son pays a été (et serait encore) marginalisée; triste constat: «Les plus sacrifiés sont les jeunes (...). Quelle perspective leur offre-t-on? Après avoir vu leurs rêves et leurs espoirs confisqués, le pouvoir (politique) les laisse en proie à tous les doutes, par conséquent à tous les excès».

Devant l’échec d’une partie de l’élite politique africaine, beaucoup de jeunes sont tentés par les pays développés. Ceux qui y sont déjà et qui ont terminé leurs études et formations ne veulent plus rentrer au pays à cause de la sauvagerie et l’animalité qui s’y sont installées.

Quarante ans après les indépendances, les jeunes Africains constituent à végéter dans le désespoir où l’arme et la drogue les guettent à tout moment.

La jeunesse africaine, une bombe à retardement

L’immaturité politique en Afrique a donné naissance à des sociétés d’orphelins par le biais des guerres ethniques et du SIDA. On rencontre maintenant en Afrique les «enfants des rues» âgés en général de cinq à quinze ans, errant dans les grandes villes, abandonnés à eux-mêmes. Incapables d’aller à l’école pour les plus petits et de poursuivre les études pour les plus grands, ces orphelins pensent trouver leur «bonheur» dans la drogue et les armes qui souvent les emmènent au pillage et au viol.

L’Afrique serait-elle en voie de disparition avec une jeunesse qui ne lui inspire plus confiance? Réponse mitigée car elle n’a aucune ambition, aucun défi à relever. Et comme l’affirme l’historien congolais Théophile Obenga, «on disparaît quand on n’arrive pas à relever les défis». Si la jeunesse ne peut pas défier le SIDA, la culture guerre à elle imposée par les hommes politiques, si l’école et l’université africaines continuent à être extraverties (leurs diplômes n’étant plus pris au sérieux sous d’autres cieux), la disparition dont parle Théophile Obenga pourrait se concrétiser pendant ce nouveau millénaire. Angoissés et poussés au désespoir, les jeunes seront capables de prendre des risques car n’ayant plus confiance au pouvoir. Sans travail avec un avenir plus qu’incertain, ils développeront, avec le goût des armes et de la drogue, une culture de pillage, de gangstérisme et de barbarie. Les petits Angolais et Congolais l’ont bien su démontrer en Afrique centrale.

Il faut désamorcer la bombe

Le troisième millénaire devrait être porteur d’espoir pour les jeunes Africains. Le continent est riche. La plupart des Etats qui ont connu les guerres ont le diamant, la bauxite, l’or, le pétrole, l’eau et le soleil; mais paradoxalement la couche juvénile de ces pays n’en profite pas.

Il faut redynamiser l’école et revaloriser surtout l’enseignement technique et professionnel. Des relations humaines, les jeunes Africains devraient faire un effort pour que vive la cohabitation ethnique qui souvent, quand elle est mal entretenue, provoque des remous sociaux qui retardent ainsi le développement de la conscience nationale. Pour Albert Muluma Munanga, «trouver les mécanismes qui permettent la coexistence interethnique (...) est le défi capital auquel doit faire face la sagesse de l’élite africaine actuelle (...) et parmi des solutions possibles pour l’instauration de la coexistence interethnique, (...) le seul moyen, c’est la culture d’une conscience nationale». Une autre aubaine pour le continent pour que le XXIème siècle soit le siècle de la renaissance africaine: la rencontre Afrique-FMI de l’année passée (janvier 2000) au Gabon. Les dirigeants africains, pour donner une chance à la jeunesse, ont intérêt à respecter les recommandations du FMI préconisées à Libreville. Ils doivent maintenant tourner le dos à la guerre pour s’occuper convenablement de la condition sociale des jeunes qui peut être définie comme l’élément moteur du développement d’un pays. Les Etats africains devraient profiter des largesses que leur a faites le FMI à Libreville sur «la croissance et la réduction de la pauvreté en Afrique». Pour les Institutions de Bretton Woods, le social doit maintenant passer avant la macro-économie; elles veulent que les gouvernants africains soient à l’écoute de leurs populations, surtout les jeunes. Ils doivent les associer à la gestion économique. Il faudra aussi effacer l’image de la guerre et de la drogue qui hante encore la conscience des jeunes en dépensant plus dans les secteurs sociaux (éducation, culture, santé) et moins dans l’armement. Le XXIème siècle pourrait être africain si l’on respecte les recommandations de Libreville qui feront que des millions d’Africains, en particulier les jeunes, sortent de la pauvreté et passent de la survie à la vie.

Conclusion

La jeunesse longtemps marginalisée par ses gouvernants, attend que des solutions soient trouvées pour soigner les maux qui la minent depuis les indépendances. Marquée par les injustices sociales, les guerres et la drogue, elle risque de «brûler» les métropoles africaines si les chefs d’Etat continuent à se comporter comme des chefs coutumiers. Saisiront-ils l’occasion à eux offerte par la rencontre Afrique-FMI à Libreville pour réduire la pauvreté sur le continent et travailler pour sa croissance afin que la jeunesse puisse avoir du travail? La bombe que constitue celle-ci, en particulier dans les pays subsahariens, est encore prête à éclater si on ne la désamorce pas à temps.


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