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reliau lou : dibien
guy Menga : palabre sterile
mongo beti : l'ivrognerie
diongue : saul je voudrais savoir combien de chapitre comporte le pleurer rire et s il vous plait donner un titre a chaque chapitre
jrk : cnnaissance
guy menga : le résumé de la palabre stérile
mongo beti : villa cruelle
guy menga : la palabre sterile
guy menga : le résumé de la palabre stérile
eza boto : ville cruelle
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Publié le 08 jun 2009 à 14:34
Par noelkodia
Voici un roman qui révèle pour la première fois la faiblesse d’un prêtre devant l’amour d’une femme. Un étrange destin de l’héroïne qui ne cesse d’interpeller Dieu tout au long du récit sur certains problèmes qu’elle « comprend sans comprendre » la position de Dieu à propos. Dieu, l’homme, la femme et le sexe, trois instances qui définissent l’histoire de la jeune Rama qui se passe dans une région du Congo. Amoureuse d’un jeune prêtre qui l’aime aussi avec passion, Rama refuse le fiancé que lui a été choisi par sa famille. Elle décide d’aller au couvent pour fuir ce mariage. Partagé entre son amour pour servir Dieu et celui qui la lie encore au jeune prêtre Paolo, elle se découvre immorale quand la Supérieure du couvent découvre dans sa chambre son carnet intime où elle se plaint devant Dieu qui, à travers la Bible, ne lui permet pas d’aimer Paolo. Chassée du couvent et après plusieurs mésaventures, elle se marie avec Mike, un ancien ami de jeunesse. Un mariage arrangé par la famille du garçon et qui sera un enfer pour l’héroïne. Mike, un mari désagréable qui lui apporte malheur à la place de l’amour. A la cinquantaine, elle retrouve son premier amour, le père Paolo avec qui elle fait un enfant au moment où elle ne s’y attend pas. Le prêtre est émerveillé de se reconnaître géniteur de l’enfant quand il est invité à l’anniversaire de Rama en compagnie de ses premiers enfants devenus grands. « Homme et femme Dieu les créa », un roman dense, riche où se dégagent plusieurs destins qui tournent autour du personnage central, Rama. Rama, une femme entre souffrance et amour
Née dans une bonne famille, Rama semble destinée à une vie agréable dans la mesure où elle affronte l’école avec succès. Mais les frémissements de l’adolescence la pousse amoureusement vers un « homme de Dieu ». Et c’est à ce moment que va se dessiner son destin atypique qui ne sera géré que par l’Homme. Elle souffre d’avoir aimé un « homme de Dieu » qu’elle ne peut prendre comme mari. Elle souffre de son éventuel mariage forcé avec le fiancé choisi par la famille. Et pour éviter cette union, elle se fait religieuse, à la grande déception de son père qui la renie. Commencent alors d’autres souffrances dont elle ne cesse de demander le pourquoi à Dieu. Le couvent qui était un refuge pour retrouver son homme de Dieu, la sépare de celui-ci quand la Supérieure découvre son carnet intime. Elle est chassée du couvent à cause de ses lettres inacceptables qu’elle « adresse » à Dieu et à Paolo. Hébergé par la Grande-tante Mâ Kanda, parente de sa meilleure amie Lydie-Violette, elle trouve l’occasion de rencontrer Paolo avec qui elle revit un bonheur éphémère tout en concrétisant l’amour sexuel. Séparée de nouveau de « son » prêtre par l’Eglise qui a découvert leur complicité, elle retombe dans le désespoir qui va se transformer en supplice quand elle se marie avec Mike. Complexé devant une femme instruite, celui-ci se transforme en ivrogne et découche à tout moment. Après plusieurs maternités, Rama devient une épave et subit paradoxalement ce qu’elle craignait en ne voulant pas épouser le fiancé choisi par la famille. Après la mort la Grande-tante Mâ Kanda, révoltée, elle veut se libérer de son mari. Mais les enfants sont devenus grands et ont quitté le toit parental ; Rama est obligée de s’occuper de son mari dont la décrépitude et la mauvaise santé nécessite sa présence. C’est après la mort de ce dernier et après s’être libérée traditionnellement de sa belle-famille qu’elle retrouve le bonheur quand elle rencontre de nouveau son prêtre à qui elle va donner un enfant. C’est avec l’homme de Dieu qu’elle vivra le bonheur sentimental et sexuel. Dieu, le sexe et l’amour interditRama apparaît comme une exception parmi les héroïnes du roman congolais. Elle brise le tabou religieux en entraînant un prêtre dans le péché de la chair. Aussi, elle ne s’empêche pas d’interpeller Dieu qui a créé l’homme et la femme pour peupler la terre : « En demandant à l’homme de remplir la terre, tu n’avais pas choisi une certaine catégorie d’hommes, et de femmes habilitées à le faire, tu t’étais adressé à l’Homme et à la Femme » (p.132). Paolo étant d’abord un homme avant de devenir prêtre, il ne pourra résister à la beauté de Rama et l’amour interdit. L’enfant qu’il fera avec Rama en sera une preuve. Et c’est au cours de l’anniversaire de celle-ci auquel il est invité que Paolo s’émerveille en se découvrant père du dernier enfant de Rama. Le récit d’Abia : un roman des romansCe livre pourrait aussi être présenté comme une succession de récits que le lecteur découvre à travers le destin de l’héroïne. C’est d’abord sa rencontre avec une psychologue qui nous prépare à découvrir ses souffrances sentimentales qui vont constituer une grande partie de son destin. Et dans le récit principal de Rama, se découvrent d’autres parenthèses diégétiques importantes comme l’enfance de Paolo dont la réussite ne sera pas acceptée par un ami de son père. Accusé de sorcellerie à cause de l’échec social des autres enfants du village, le père de Paolo est obligé de quitter les lieux pour protéger sa petite famille. Il meurt quelques mois après l’ordination de son fils. Et c’est au cours de ses activités paroissiales que le jeune prêtre se fait séduire par Rama. Quand Paolo est nommé aumônier à la Maison d’arrêt de la place, nous découvrons les « histoires » des prisonniers Ngulu Nkila et Tuseho qui nous ouvrent une page de la société congolaise. Grâce à la parole de Dieu, ils vont s’amender. Ngulu Nkila s’est retrouvé en prison après un crime passionnel car ayant tué sa femme par jalousie. Quant à Tuseho, il redécouvre Dieu après avoir été livré à la Justice par un prêtre par le biais d’une confession. Dans le récit de Rama, se lisent certaines vies comme celle de Lydie-Violette qui est omniprésente aux côtés de l’héroïne et celle de la Grande-tante Mâ Kanda qui meurt en leur laissant un héritage qu’elles vont mettre au service du social. Pédagogie et racisme dans « Homme et femme Dieu les créa »Derrière l’histoire de Rama, et particulièrement son amour pour son homme de Dieu, se cache une grande pédagogie au niveau de la conception de l’Eglise catholique face à la femme et l’homme noir. Rama ne cesse d’interpeller Dieu dans ses lettres car elle ne comprend pas le célibat des prêtres par rapport aux pasteurs, rabbins et imams qui peuvent prendre femme : « Pourquoi un prêtre marié (…) oublierait-il d’aller dire une messe (…) alors qu’un pasteur, un rabbin ou un imam n’oublierait pas son engagement envers toi, tout en étant marié et père de famille ? » pp.138-139). Là, se dégage un problème qui se pose déjà au sein de l’Eglise catholique et que le Vatican semble ignorer. Et le texte de Marie-Louise Abia pourrait s’inscrire dans la documentation de réflexion sur l’autorisation du mariage des prêtres. Mais la grande interpellation de Dieu est explicitée dans la partie intitulée « Habemus Papam » où Rama dans un rêve se retrouve dans une église où se passe l’élection d’un pape. S’y dégage le racisme au niveau de l’église catholique à travers le personnage du pape noir Akpamé qui se voit rejeté par les Blancs de la communauté catholique : « Des personnes encagoulées, tout de noir vêtues, de la tête aux pieds, l’avaient brutalement porté à l’intérieur et une autre, camouflée dans un costume de bourreau, nous demanda d’un air intimidant : « Quelqu’un a-t-il vu quelque chose ? » (p.303). Et ce racisme est vraiment manifeste à travers le fameux discours du Roi des Belges prononcé en 1883 » sur les devoirs des prêtres et pasteurs blancs au Congo repris dans le roman (pp.84-86). « Homme et femme Dieu les créa », un roman polyphonique qui révèle une multitude de problèmes socio-idéologiques qui définissent la société congolaise à travers plusieurs paramètres comme le mariage traditionnel et le complexe de l’homme devant la femme instruite. Un livre qui doit être lu et relu car traitant plusieurs sujets importants à la fois. Et la maîtrise du scriptural sur fond pédagogique que nous avions déjà découvert dans « Afrique : Alerte à la bombe » et « Bienvenus au royaume du sida » se révèle une fois de plus dans ce roman qui montre que l’auteure est plus qu’une romancière.
(1) « Homme et femme Dieu les créa », Ed. J&P. Publishing, février 2009, Royaume Uni. L’auteureMarie-Louise Abia est l’une des romancières congolaises les plus prolifiques avec trois ouvrages à son compte. On lui doit « Afrique : Alerte à la bombe » et « Bienvenus au royaume du sida ». Elle s’apprête à publier un autre roman intitulé « Libres et égaux ».
Publié le 07 avr 2009 à 17:26
Par noelkodia
Voici une étude qui rappelle quelques pages de la récente histoire du Congo-Brazzaville tâchée de sang à cause de la cacophonie politique engendrée par la classe politique après la Conférence nationale de 1991. Pourquoi le sang a-t-il servi d’écrire l’histoire sociopolitique à partir de 1992 ? C’est à cette question que l’anthropologue Patrice Yengo essaie de répondre à travers l’étude comparative des « Fruits d’une passion partagée » (1) de Pascal Lissouba avec « Le manguier, le fleuve et la souris » (2) de Denis Sassou Nguesso, dans son essai « Le venin dans l’encrier : Les conflits du Congo-Brazzaville au miroir de l’écrit » (3). Il y a une littérature abondante sur les conflits du Congo-Brazzaville après les élections de 1992. Essais, récits et romans ont évoqué les tenants et aboutissants de ces drames qui se sont métamorphosés en « mésententes » interethniques pour se révéler explosifs en 1997 quand le mandat du président Pascal Lissouba prenait fin dans des turpitudes on ne peut plus rocambolesques. Mais avant que le pire arrive en juin 1997, les deux protagonistes rêvent de nouveau du pouvoir. Lissouba, maladroit, déclare en 1996 : « Je n’organiserai pas les élections pour les perdre ». De son côté, Denis Sassou Nguesso compte revenir au pouvoir par les urnes en se fondant sur sa popularité naissante avant les élections. Ces deux hommes politiques vont se préparer, chacun de son côté, à la présidentielle de 1997 en essayant de montrer au peuple leur humanisme tout en « s’attaquant mutuellement ». Et ils vont le faire à travers la plume et l’encre en publiant pour Pascal Lissouba « Les fruits de la passion partagée » et « Le manguier, le fleuve et la souris » pour Denis Sassou Nguesso. Deux livres qui prouvent qu’ils sont les futurs candidats les plus en vue car s’étant succédé au pouvoir, et leurs capacités à diriger les affaires de l’Etat pouvant être jugées par le peuple congolais. Deux ouvrages conçus pour la campagne présidentielle qui s’annonçait à l’horizon. Et Patrice Yengo le spécifie très bien en découvrant déjà l’attitude de « chef de guerre » des deux hommes quand on se réfère aux conséquences dramatiques que va entraîner le télescopage de leurs idées. Peut-être que ces deux ouvrages seraient des armes pacifiques pour la campagne présidentielle si le professeur Pascal Lissouba avait respecté la date de la présidentielle dictée par la Constitution. « Les fruits de la passion partagée » et « Le manguier, le fleuve et la souris », deux ouvrages qui rentrent dans la stratégie électorale des deux acteurs politiques comme le spécifie Yengo : « Bien que ne permettant pas de distinguer les candidats entre eux, ces livres à prétention programmatique présentent l’avantage d’accompagner la pensée de leur auteur grâce à des considérations sur la vie politique du pays ou sur leurs adversaires, donnant ainsi la signification à la bataille politique en cours » (p.29). « Les fruits de la passion partagée » et « Le manguier, le fleuve et la souris » : deux livres écrits séparément mais qui s’appellentCes deux ouvrages sont préparés dans le secret pour être curieusement publiés au même moment, quelques mois avant la présidentielle de 1997. Les deux hommes se présentent de l’intérieur en utilisant une temporalité autobiographique comme pour rappeler aux Congolais leur passé politique. Et ce biographisme décrit, comme le remarque Patrice Yengo, « le parcours de vie des deux protagonistes et donne de leur trajectoire individuelle, sur le long terme, le sens de l’enchaînement des séquences ou l’implication politique devient significative tant du point de l’intensité que du contenu » (p.32). Aussi, dans ce biographisme, ils essaient tous les deux de rappeler leur enfance, leur parcours scolaire, leur manifestation dans la vie politique du pays tout en s’attaquant parfois à l’autre, position de futur candidat à la présidentielle oblige. Et Patrice Yengo, contrairement à certains lecteurs victimes de réactions épidermiques provoquées par des lectures politiciennes, a fait une analyse scientifique et comparative des deux livres pour montrer la symétrie et l’asymétrie des idées que développent les deux auteurs dans leur livre à effet dialogique. Quand Pascal Lissouba déclare : « Lorsque je suis arrivé au pouvoir en 1992, le Congo était un pays sinistré. C’est la conséquence d’un régime marxiste », son adversaire lui répond calmement : « La crise que nous vivons depuis [l’arrivée de Lisouba au pouvoir] est issue de ce manquement aux règles votées par tous. Elle est la conséquence du reniement de la parole donnée, de l’incapacité du président à respecter les engagements qu’il a pris » (p.47). A partir de ces deux répliques prises comme exemples dans le dénigrement de l’un par l’autre, se révèle déjà le venin qui se trouve tapis au fond de l’encrier et qui va remonter à la surface pour faire des victimes au moment opportun. Et tout au long de leur discours, chacun essaie de soigner son image en égratignant l’autre. A travers ces deux livres qui sont publiés presque au même moment, les deux auteurs se définissent comme les deux seuls politiques valables aux yeux des Congolais. Ils se déclarent déjà « candidats avant même les candidatures ». Si pour Denis Sassou Nguesso, « Il [lui] est impossible de laisser [son] pays aller plus longtemps à vau-l’eau… C’est pourquoi [il a] décidé de [se] présenter aux élections présidentielles de juillet ». Pascal Lissouba, quant à lui, pense que « ce peuple congolais, il [a] décidé de lui offrir un nouveau rendez-vous au cours de l’été 1997 en se présentant à sa propre succession ». Avec tout ce que font découvrir les deux ouvrages qui mettent en relief l’ambition politique des deux hommes pour se maintenir au pouvoir pour l’un, et pour y revenir pour l’autre, nous ne serions pas surpris quand la guerre va éclater le 5 juin 1997 car aucun des deux ne voudra se laisser faire. Et ne dit-on pas que la guerre est le prolongement de la lutte politique quand celle-ci n’a pas réussi par le dialogue ? « Le venin dans l’encrier » : un des livres-références sur les guerres du Congo S’il est un chercheur qui a su bien décrypter les tenants et aboutissants des guerres du Congo, c’est Patrice Yengo. Déjà, « La guerre civile du Congo-Brazzaville, 1992-2002 » ouvrage publié chez Karthala en 2006, est une mine pour comprendre les conflits d’avant et d’après la Conférence nationale de 1991 qui sera l’origine du multipartisme au Congo. Aussi « Le venin dans l’encrier » apparaît comme une relecture de « La guerre civile du Congo-Brazzaville » par certaines séquences textuelles qui semblent s’appeler les unes les autres. Ici Patrice Yengo rappelle aux lecteurs la transition conflictuelle de 1991-1992 avec les premières conscriptions miliciennes jusqu’à « la guerre du tipoye » qui annoncera le retour de Denis Sassou Nguesso au pouvoir dont l’occasion lui sera donnée par Pascal Lissouba quand celui-ci recevra le rebelle Savimbi sur tapis rouge, une occasion à Dos Santos pour être aux côtés de Sassou Nguesso ; la suite, nous la savons. « Le venin dans l’encrier » : une diachronie fouillée Ce livre apparaît comme l’un des plus méticuleux travaux en ce qui concerne les études réalisées sur l’historicité et l’histoire du Congo en ce qui concerne les conflits consécutifs au multipartisme post Conférence nationale de 1991. Aussi au chapitre II intitulé « Maturation des contradictions et annales résumées des conflits congolais » et plus précisément de la page 65 à 89, Patrice Yengo nous explicite avec précision et dates à l’appui les événements les plus pertinents qui ont marqué les conflits du Congo-Brazzaville. Une diachronie qui permet de comprendre les tenants et aboutissants de ces conflits. Sur l’autre côté des conflits congolais De la réflexion sur ces conflits, Patrice Yengo enrichit celle-ci par les analyses faites à propos par certains intellectuels congolais tels l’historien Théophile Obenga, le littéraire Jean Pierre Makouta Mboukou et le sociologue Henri Ossébi, analyses où chacun donne sa vision des faits. Aussi, de l’autre côté des conflits congolais, Patrice Yengo nous révèle le dilemme dans lequel s’étaient trouvés les médias et organisations humanitaires français au moment de ces événements tragiques. Pour conclure « Le venin dans l’encrier » est sans doute l’un des livres les plus fournis sur les conflits ayant marqué le Congo-Brazzaville, particulièrement à partir des années 90. Un livre de référence qui s’inscrit dans la compréhension sociopolitique de l’histoire congolaise de ces dernières années que l’auteur nous retrace à certains moments sous l’angle anthropologique. Et s’il y a un chercheur que l’on devrait absolument lire avant de parler des conflits du Congo-Brazzaville, c’est bien Patrice Yengo. Notes (1) P. Lissouba « Les fruits d’une passion partagée » Ed. Odilon Media, Paris, 1997 (2) D. Sassou Nguesso, « Le manguier, le fleuve et la souris », Ed. J. Cl. Lattès, Paris, 1997 (3) P. Yengo, « Le venin dans l’encrier : Les conflits du Congo-Brazzaville au miroir de l’écrit », Ed. Paari, Paris, 2009
L’auteur : Socio-anthropologue, Patrice Yengo a d’abord enseigné à l’Institut supérieur des sciences de la santé et à la Faculté de médecine de l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville. Chercheur au Centre d’études africaines de l’EHSS de Paris, il dirige la revue « Rupture-Solidarité » et s’intéresse à l’anthropologie historique et politique, particulièrement aux dynamismes politiques et aux conditions sociales induites par la mondialisation
Publié le 05 avr 2009 à 20:49
Par noelkodia
Voici un livre qui pose une problématique pertinente sur l’avenir du continent africain au moment de la mondialisation. L’Afrique qui subit encore l’influence de la civilisation occidentale voit ses cultures se dévaloriser avec le temps. En une centaine de pages, le sociologue Amouzou analyse cette dégradation des cultures africaines au contact avec l’Occident, démontre que la civilisation africaine a été travestie par l’Occident, spécifie les bouleversements subis par les cultures africaines par le biais de la colonisation avant d’esquisser quelques solutions pour freiner la décadence des cultures africaines tout en respectant les principes élémentaires de la mondialisation. Les cultures et civilisations africaines ont été niées par certains eurocentristes à la découverte du continent. L’Afrique a été violée à partir du 17è siècle quand les Occidentaux ont commencé à visiter les côtes africaines. Ce livre nous révèle que la société précoloniale africaine est structurée en fonction de l’âge, du sexe et de la parenté. Sur le plan économique, il y a au sein des groupes sociaux, des échanges qui se limitent à la communication des biens et des marchandises. Une économie de subsistance qui se réalise sans problème au sein des groupes sociaux, se basant sur les échanges matrimoniaux et les obligations de parenté. Du politique, le chef, dans l’Afrique traditionnelle, a une autorité charismatique lui permettant d’imposer le respect et l’écoute dans la vie communautaire. L’Afrique apparaît comme une société d’opinion publique dans laquelle tout acte de l’autorité est surveillé et même épié. Ce qui pousse ce dernier de bien se comporter dans la société. L’éducation dans l’Afrique traditionnelle est assurée par la famille, le clan et le lignage ; une éducation qui n’est pas détachée de la société comme en Occident. Avec la colonisation, le continent se voit imposer la civilisation occidentale avec tous les problèmes au niveau de la société africaine. Et le constat fait par presque tous les historiens et sociologues qui étudient les sociétés africaines est amer : l’importation des modèles étrangers sur le continent depuis sa rencontre avec l’Europe, ont entraîné un grand séisme sur les plans politique, économique et social. Cette situation a fait que, les élites africaines soient accusées de l’opprobre et du déshonneur qui frappent l’identité africaine. Aussi, après les ravages du colonialisme, l’auteur actualise le thème de la mondialisation qui déconstruit et reconstruit les Etats africains selon des modalités qui favorisent la libre circulation des capitaux, des marchandises et de la technologie. Il remarque la domination culturelle des Français dans leurs ex-colonies par la dégénérescence des langues locales marquées par le français ; celles-ci ont perdu leur originalité avec déformation des patronymes africains et interférences linguistiques. Et dans le quotidien africain, se développent de nouvelles relations sociales. Par complexe devant la civilisation occidentale, les Africains perdent leur « authenticité » par mimétisme. Les adolescents découvrent une autre image de la sexualité à travers l’audiovisuel et la littérature pornographique. Ce qui les entraînent dans la prostitution, surtout dans le milieu urbain où se développe le harcèlement sexuel au niveau scolaire, universitaire et dans l’administration. Pour Amouzou, la banalisation du sexe apportée par la civilisation occidentale serait à l’origine de l’homosexualité visible en Afrique à partir des années 80. Avec le choc des cultures (occidentale et africaine), les jeunes paient un lourd tribut dans l’aliénation culturelle. Ils délaissent le vêtement traditionnel et s’habillent comme le Blanc, particulièrement les filles dans le dessein d’attirer les hommes. Complexé par l’image du Blanc, le Noir africain se blanchit la peau, ignorant les conséquences néfastes de cette pratique. A cela, il faut ajouter l’impact négatif de la musique moderne africaine dans la société. Considérée comme vecteur des valeurs morales pour conscientiser le peuple, elle est bradée par des musiciens qui valorisent le sexe et l’argent. Dans ce bouleversement que subit le continent, Amouzou réalise aussi l’influence de la culture occidentale sur la diaspora où elle semble plus « virulente ». Contraint de réinventer une nouvelle identité, l’immigrant se confronte à l’expérience insupportable du déracinement et de l’acculturation que subira surtout sa progéniture ; réalité de l’individualisme et de l’enfermement de la société occidentale qui sera héritée dès leur naissance. Dans ce livre où nous avions dégagé les sujets on ne peut plus pertinents, l’auteur suggère des solutions pour « redécouvrir » l’Afrique et sauvegarder ses cultures dans l’avenir. Il préconise la formation des anthropologues, sociologues, psychologues et linguistes qui enseigneraient à la société africaine ses réalités bafouées par l’Occident. Car le colonialisme a esquinté la civilisation africaine ; l’Occident est devenu un mythe que les Africains prennent pour modèle. Mimétisme et suivisme les poussent à singer le Blanc, réalité dévoilé par l’auteur dans la dernière partie du livre en s’appuyant sur l’histoire et le social de son pays. L’impact de la culture occidentale sur les cultures africaines (1), un ouvrage qui livre aux Africains des éléments objectifs pour prendre conscience de leur originalité en train de se dissoudre dans la mondialisation à eux imposée par l’Occident. Tout en regardant l’avenir en rapport avec cette mondialisation, l’Afrique doit s’efforcer de ne pas se couper de son riche passé. Ce livre, une invite à tous les Africains du contient et de la diaspora pour une prise de conscience de l’histoire de leurs cultures et civilisations en danger de perdition. (1) Essé Amouzou, L’impact de la culture occidentale sur les cultures africaines, L’Harmattan, Paris, 2009, 190p.
Publié le 14 mar 2009 à 19:06
Par noelkodia
Noël Kodia et Emmanuel Martin, le 10 mars 2009 - Alors que le président de la Guinée-Bissau a été tué et que le premier ministre zimbabwéen a été victime d’un accident suspect, force est de constater que la démocratie en Afrique a toujours le plus grand mal à fonctionner. Le pouvoir agit comme un aimant qui empêche le plus souvent l’alternance. Comment expliquer cet échec de la démocratie africaine ? Les causes sont multiples, mais il peut se dégager quelques axes fondamentaux. Nation et démocratie
La démocratie d’un Etat fonctionne relativement bien en premier lieu lorsqu’elle s’applique dans une nation, au sens civique comme au sens ethnique. La première suppose que les citoyens se retrouvent autour d’un projet politique commun, en dehors de toute référence ethnique ; elle a vaincu en grande partie les clanismes et « nationalismes régionaux ». La deuxième conception de la nation suppose une très forte homogénéité ethnique et culturelle. Les pays d’Afrique ont le plus souvent été le résultat du découpage de la Conférence de Berlin par les puissances européennes à la fin du 19° siècle : des peuples qui vivaient ensemble ont été séparés par des frontières purement arbitraires, et des peuples qui ne voulaient pas vivre ensemble, du fait de leurs modes vie très différents, ont été placés malgré eux au sein des mêmes frontières. Le Royaume Kongo englobait par exemple l'Angola, la République démocratique du Congo et le Congo Brazzaville. Il était formé d’une seule ethnie, les Kongos avec leur mentalité commune et leurs lois scrupuleusement respectées. En Afrique on a ainsi appliqué le modèle occidental d’Etat nation « civique » sur des territoires qui sont en réalité « pluri-nationaux », dans le sens où plusieurs ethnies très souvent cohabitent au sein d’un même Etat. Le concept de nation y étant donc très fortement ethnique, le partage du pouvoir politique s’avère difficile, donnant lieu à des conflits interethniques, des refus d’alternance en faveur de « l’autre ». La pauvreté, un handicap pour la démocratie africaine
La démocratie fonctionne d’autant plus mal dans les Etats plurinationaux ou pluriethniques qu’ils sont pauvres. La raison est que dans ces pays la préoccupation principale est bien souvent de manger à sa faim. Un pied dans le pouvoir politique pour un membre d’une famille, d’un village, d’une ethnie peut changer totalement la capacité de cette famille, de ce village, de cette ethnie à survivre. La solidarité ethnique prime pour résoudre ce problème de pauvreté, d’où les conflits ethniques/claniques pour le pouvoir. L’accès à la richesse passant par le politique, les ressources de l’Etat sont donc privatisées et réparties au sein du clan au pouvoir. Par ailleurs, dans les économies qui disposent de richesses naturelles fantastiques, il est d’autant plus coûteux pour l’ethnie ou le clan qui est au pouvoir de lâcher ce dernier. Cela se mesure en millions de dollars. Le multipartisme ne fonctionne alors pas dans un Etat plurinational pauvre, c’est à dire où l’immense majorité de la population vit dans la misère, même, ou surtout, si le pays regorge de richesses naturelles. Dans les pays démocratiques riches, l’accès au politique se fait le plus souvent par l’idéologie, la vision du monde, non par l’appartenance ethnique. Le minimum vital pour l’immense majorité de la population permet d’écarter ce spectre ethnique. Manger à sa faim et pouvoir se soigner relativement correctement évitent généralement les solidarités de l’ethnisme ou du népotisme et tous les fanatismes qui vont avec.
Remettre en adéquation démocratie et nation, permettre la prospérité
Alors qu’on a voulu imposer la démocratie de manière centralisée à des entités pluriethniques ou plurinationales dans un contexte de rareté (impliquant donc des conflits), il faut sans doute « redescendre » la pratique démocratique et multipartiste à un niveau moins générateur de conflits, au niveau de gens qui veulent vivre ensemble, au sein des « vraies » nations qui très souvent ne correspondent donc pas encore au niveau de l’Etat. C’est la grande leçon du principe de subsidiarité : que les problèmes se résolvent d’abord au niveau local si possible parce que les populations y ont la connaissance requise pour traiter ces problèmes et l’envie de le faire ensemble. Autonomiser les « départements » locaux, les responsabiliser financièrement et fiscalement pour éviter les conflits : cette décentralisation politique, c’est la démocratie du bas vers le haut. C’est aussi une chance pour les minorités souvent laissées pour compte. Bien sûr l’Etat central doit jouer un rôle en matière de respect de l’état de droit ou d’infrastructures nationales, mais il doit demeurer si possible en retrait pour le reste. Avec la concurrence institutionnelle entre régions ou départements les meilleures pratiques sociales émergeront. Des partenariats, des coopérations pourront se former, et peu à peu se construira sans doute une idée moins ethnique de la nation. C’est un processus, encore une fois, du bas vers le haut. Cette meilleure gestion, plus pacifique, de la chose publique au niveau adéquat favorisera donc le développement politique (du bas comme du haut) mais aussi économique : la sérénité politique limite l’incertitude institutionnelle, extrêmement néfaste au développement. Enfin, il y a ici un parallèle entre la démocratie imposée par le haut et l’économie de marché imposée par le haut. Pour qu’une économie fonctionne, il faut un socle, un terreau institutionnel qui soit d’abord en accord avec les pratiques sociales locales (ce qui ne signifie pas que certaines d’entre elles ne doivent pas évoluer). Il faut aussi que ce terreau institutionnel favorise l’ouverture vers le chemin de la prospérité, permettant la responsabilisation des individus et l’incitation à investir dans leur futur. La prospérité entraînera peu à peu la constitution de nations « civiques » et de moins en moins « ethniques ». Développement économique et développement politique peuvent aller de pair pour peu qu’on n’impose pas des schémas, préconçus ailleurs, à des niveaux inadéquats et en n’étouffant pas les libertés locales et individuelles. Noël Kodia est critique littéraire et essayiste d’origine congolaise, Emmanuel Martin est analyste sur www.unmondelibre.org.
Publié le 23 déc 2008 à 16:53
Par noelkodia
Henri Lopes, un grand nom de la littérature africaine que l’on ne peut plus présenter tant sa notoriété au niveau francophone est manifeste. Une grande figure du roman congolais dont les textes se sont démarqués de ceux de ses contemporains après les trois premiers ouvrages (« Tribaliques », « La Nouvelle romance » et « Sans tam tam » ) pour se retrouver de l’autre rive du roman avec les textes narratifs qui vont suivre. Le roman congolais, qui naît avec « Coeur d’Aryenne » et « La Légende de Mpfoumou Mâ Mazono » de Jean Malonga dans les années 50, s’est révélé prolifique et mature à partir des décennies 60 et 70. Des grands noms se sont distingués sur la liste des romanciers africains : Guy Menga, Sylvain Bemba, Henri Lopes, Jean Pierre Makouta Mboukou, Sony Labou Tansi, Emmanuel Dongala ont écrit l’une des plus belles pages du roman congolais du XXè siècle. En dehors de Sony Labou Tansi, Henri Lopes apparaît comme le prosateur le plus prolifère de son époque avec une œuvre abondante et réaliste mais différente des autres avec certains textes qui se sont métamorphosés en aventures du récit pour se retrouver de l’autre rive du roman dans leur trajectoire diégétique. « Tribaliques », « La Nouvelle romance » et « Sans tam tam » : l’héritage du réalisme primaireLes trois premiers textes narratifs de Lopes se situent sur la ligne scripturale de la « phratrie » congolaise en respectant les règles élémentaires d’un récit d’aventures où le linéaire fait foi. « Tribaliques » (1) est une série de huit nouvelles qui révèlent le social politique africain dans lequel le pouvoir politique tourne autour du tribalisme. « La Nouvelle romance » est l’histoire du couple Nkama affecté à l’ambassade du Congo en Belgique et qui se termine mal. « Sans tam tam » nous rappelle l’univers des ambassades à travers un enseignant patriote, Gatsé qui refuse la proposition d’un ami pour le poste de Conseiller culturel à l’ambassade du Congo en France où il aurait l’occasion de se faire soigner. Tribalisme, émancipation de la femme occupent une place considérable dans « La Nouvelle romance » par le biais de Nkama et sa femme Wali. Dans les textes de ces trois livres, la narration respecte le canon classique du réalisme où la technique du récit épistolaire apparaît comme une spécificité de l’auteur. Les premiers textes de Lopes font écho à la littérature narrative congolaise des années 60-70 où le récit se dé-roule comme « une suite d’événements enchaînés dans le temps depuis le début jusqu’à la fin [et où] le romancier doit songer à l’unité du tout, aux causes et aux effets, au choix des périodes importants, à la corrélation des divers fils de l’intrigue au mouvement qui aboutit à une conclusion » (2). Mais ce réalisme primaire ne fera pas long feu quand le romancier Lopes va se démarquer de ses confrères en développant plus la dimension littérale dans les textes qui vont suivre. Et c’est avec « Le Pleurer-Rire » qu’il va commencer le voyage qui va l’emmener sur l’autre rive du roman. « Le Pleurer-Rire » : le début de l’aventure du récit lopésien Avec ce troisième roman, Lopes rejoint Sony Labou Tansi en sortant des sentiers battus dans lesquels se plaisent souvent à nous promener la majorité des récits congolais. Si la thématique sociopolitique reste le leitmotiv du fondamental chez les écrivains congolais, Sony Labou Tansi et Henri Lopes évoluent d’un cran en passant du récit d’aventures aux aventures du récit. Lopes va un peu plus loin en inaugurant le roman-fleuve congolais. Avec trois cent quinze pages, « Le Pleurer-Rire » se remarque par un travail de recherche et soutenu dans la forme. Pouvant être lu tantôt comme un récit épistolaire, tantôt comme du théâtre romancé, ce livre produit un langage spécifique qui met en évidence le français africanisé qui caractérise le burlesque et le comique que l’on rencontre dans le milieu africain au sud du Sahara. Sony Labou Tansi et lui, seront les maîtres de la dérision du français dans les textes congolais. D’ailleurs, l’auteur de « La vie et demie » est plus explicite à ce propos quand il affirme : « En France, il existe ce qu’on appelle l’Académie française qui est obligée d’élaguer la langue, c’est-à-dire d’éliminer toutes les images vivantes (…) pour en faire une langue soignée, rabotée ; l’Académie, moi, je m’en fous ! » (3). Lopes et Labou Tansi sont les deux véritables romanciers congolais qui ont réellement eu le courage de « tordre le cou » à la langue française sur fond de réalités africaines. Un bel exemple, quelques années plus tard après « Le Pleurer-Rire » avec « Dossier classé » où se remarquent plusieurs africanismes comme : « le chauffeur a froncé les sourcils, il ne savait plus s’il devait courber côté bras femelle ou côté bras mâle » (p.103) ; « par exemple, net maintenant là même, y en a qui sont venus suivre le match » (p.131) ; « Elle jure que si vous ne la dormez pas avant votre départ, elle sera obligée de tuer son corps » (p.171). A partir du « Pleurer-Rire », Lopes se découvre comme une particularité du roman congolais. Aussi le comique et le burlesque que définit le destin rocambolesque de Bwakamabé na Sakkadé qui s’entoure des membres de sa tribu, signifie le titre du roman. Le macrotexte se voit traversé par un autre récit en italique qui provoque la contestation du récit et le dédoublement du narrateur. On remarque dans ce roman, le récit qui se situe à certains moments sur la trajectoire qui va de l’oral à l’écrit, la transcription directe du langage parlé.
Henri Lopes sur l’autre rive du romanA partir du « Chercheur d’Afriques », les héros lopésiens sont en perpétuels mouvements à la quête d’un destin qu’ils veulent multiculturels comme eux-mêmes. De déplacements en déplacements, ils transportent le lecteur sur l’autre rive du roman où le dossier du personnage-narrateur est souvent classé quand se termine le récit. « Le Chercheur d’Afriques » dégage son sens réel quand l’on considère l’enfance du héros qui « se réveille » à tout moment pendant son séjour en France quand il se rappelle sa mère Ngahala et son oncle Ngatsiala. Et ce dernier va l’appeler Okana pour lui enlever sa dimension blanche car il doit « épouser » la tradition congolaise gangoulou. A travers son amour pour sa mère, son amitié pour Kani et sa position de métis s’appelant tantôt Leclerc, tantôt Okana, le héros pourrait être défini comme un chercheur d’Afriques, symbolisé par sa position de double personnage et le sang noir qui coule dans ses veines. Dans « Sur l’autre rive » et « Le Lys et le flamboyant », l’image du métis revient à travers la « présence » des Antilles dans le premier et Kolélé dans le second. « Le Lys et le flamboyant » nous révèle l’histoire d’une métisse congolaise qui, après un long séjour en Oubangui Chari, en France, en Guinée et au Congo belge, revient au pays natal, pleine d’expérience et où elle meurt quelque temps après, laissant un grand héritage au héros-narrateur Victor Augagneur Houang. Et ce roman se caractérise par la présence de beaucoup de personnages métis avec dédoublement de ceux-ci par la technique de la mise en abyme. Dans l’épilogue par exemple, on voit comment le texte de Victor Augagneur semble se refléter sur lui-même en faisant allusion au personnage de Lopes, ainsi que les éditions du Seuil. Une autre particularité de ce roman : l’auteur Henri Lopes (instance concrète) se transforme en un autre Henri Lopes (instance abstraite, personnage de fiction). Et le lecteur de se trouver dans une situation où le texte brise la frontière entre l’auteur et son narrateur. Le grand et long voyage qui caractérise Marie Eve et Kolélé à travers plusieurs continents dans « Sur l’autre rive » et « Le Lys et le flamboyant », revient dans « Dossier classé » où un autre métis, Lazare Mayélé se trouve, tantôt en France, tantôt aux Etats Unis, tantôt en Afrique où il va profiter de revoir sa famille paternelle et d’enquêter sur l’assassinat de son père. Malheureusement il se rend compte qu’il ne pourra pas élucider cette mort, le dossier étant déjà classé. Comme dans la plupart des romans de Henri Lopes, l’écriture du voyage emmène souvent ses personnages vers un destin sans issu, particulièrement dans les derniers livres. De tous les principaux personnages qui participent à l’action de la diégèse, seuls Gatsé et Kolélé meurent quand ils reviennent au pays, leur mort semblant clore le récit. Ce qui n’est pas le cas des autres « acteurs » tels De la rumba, Bwakamabé, Victor Augagneur, Marie Eve et Lazare Mayélé qui continuent leur destin à travers d’autres éventuels voyages.
Henri Lopes, un romancier pas comme les autresDe tous les romanciers congolais, il est celui qui a le plus travaillé les textes dans son scriptural en passant de l’évolution à la révolution du roman. Des récits d’aventures avec « La Nouvelle romance » et « Sans tam tam », il est passé à l’aventure du récit à partir du « Pleurer-Rire » en privilégiant la créativité formelle au niveau du texte.
Avec huit ouvrages de prose narrative remarqués par la critique littéraire francophone par le biais de deux « Grands prix littéraires de l’Afrique noire » en 1972 et en 1990 avec respectivement « Tribaliques » et « Le Chercheur d’Afriques » (ce roman sera aussi distingué par le prix Jules Vernes), Henri Lopes apparaît, sans risque de nous tromper, comme l’un des romanciers le plus prolifique du XXè siècle congolais. (4). Un auteur qui nous regarde maintenant de l’autre rive du roman dans lequel l’homme politique, la femme et le métis entre deux cultures, occupent une place remarquable.
Notes(1) « Tribaliques » est un recueil de nouvelles que la narratologie peut étudier comme instance romanesque (2) Lire Henri Coulet, « Le Roman jusqu’à la Révolution », Editions Armand Colin, Paris, 1967 (3) Entretien avec Singhou Basseha, Brazzaville, 1987 (4) Jusqu’aujourd’hui, il a à son compte huit œuvres de prose narrative ; « Tribaliques », Editions Clé, Yaoundé, 1972, 121p. ; « La Nouvelle romance », Editions Clé, Yaoundé, 1976, 194p. ; « Sans tam tam », Editions Clé, Yaoundé, 1977, 126p. ; « Le Pleurer-Rire », Editions Présence africaine, Paris, 1982, 315p. ; « Le Chercheur d’Afriques », Editions Le Seuil, Paris, 1990, 302p. ; « Sur l’autre rive », Editions Le Seuil, Paris, 1994, 236p. ; « Le Lys et le flamboyant », Editions Le Seuil, Paris, 1997, 431p. ; « Dossier classé », Editions Le Seuil, Paris, 2002, 252p.
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