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Publié le 01 nov 2008 à 15:27
Par noelkodia
 

Il m’avait aimée. Vraiment aimée. Et énormément aimée. A seize ans, j’avais découvert l’amour à travers les romans photos que ma sœur aînée Nellia avait l’habitude de lire. C’était trop réaliste pour moi car mon incrédulité se confrontait avec cette superposition d’une suite de photos qui racontaient moult histoires d’amour par l’intermédiaire des bouts de textes qui les accompagnaient sur chaque page. C’était comme si ces photos étaient là par la volonté du photographe. Des agréables histoires d’amour inventées de toutes pièces et racontées par des photos comme au cinéma. Sauf qu’au cinéma, les personnages représentés bougeaient et parlaient comme dans le vécu quotidien. Des histoires qui souvent me réveillaient certains sens. Des photos où l’on pouvait imaginer les positions imposées par le photographe. J’avais découvert l’amour à travers certains livres scolaires de Nellia. J’étais en classe de 3è et elle préparait son bac. Sur sa table de travail, se remarquaient deux livres qu’elle avait eu le soin de plastifier pour les protéger contre l’humidité. En classe de 3è, j’avais déjà lu La Mare au diable de George Sand et La Nouvelle Romance de Henri Lopes. Deux beaux livres qui m’avaient révélé que l’on pouvait lire des ouvrages sans illustrations comme les romans photos et les aventures de Tintin. Deux livres dont les histoires se racontaient par une suite interminable de pages imprimées sans illustrations. Sur la table de travail de Nellia, Madame Bovary de Gustave Flaubert et Gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain ne cessaient de m’attirer. Je les avais dévorés l’un après l’autre en quelques semaines tant leurs histoires reflétaient mon adolescence. Chez Flaubert, j’avais découvert comment une fille pouvait être frivole, à l’instar d’Emma, en donnant son sexe à plusieurs hommes. Le héros principal de Gouverneurs de la rosée me fit pleurer et j’eus du mal à continuer la lecture du récit quand Gervilen s’était acharné sur lui pour récupérer l’amour qu’Annaïse lui avait refusé aux dépens de Manuel.

 

A vingt ans, je venais de manquer pour la deuxième fois mon bac. Et mes parents n’avaient jamais compris d’où venait cette malédiction alors que mes notes de classe ainsi que les appréciations de mes professeurs étaient des signes qui annonçaient toujours la réussite à mon examen. Le premier échec pour un bon élève est souvent accepté car il est souvent pris pour un accident de parcours. Parfois il est lui-même surpris de l’échec. Aux examens, il fallait toujours s’attendre aux caprices de certains professeurs membres du jury qui n’étaient pas toujours dans leur assiette le jour de la correction, à cause des difficultés et acrobaties financiers qui ne leur permettaient pas de bien faire leur travail. Le deuxième échec me fit pleurer en pensant que le ciel, avec tout ce qu’il avait comme nuages, allait me tomber sur la tête. Triste réalité. Des amies à qui j’expliquais certaines notions de mathématique et de physique qu’elles trouvaient difficiles, étaient admises à leur examen, tandis que moi, je me retrouvais abandonnée à moi-même dans l’urne du désespoir. Triste réalité. A vingt ans et après ce double échec, je réalisais que je ne pouvais plus être étudiante dans un établissement de l’université Marien Ngouabi, la seule que nous avions au pays. A vingt ans, je pris conscience que j’étais déjà une femme, cinq ans après la première épreuve d’amour que m’avait fait subir Casimir Baniakina. J’étais une femme qui, dans certaines régions du Congo, devait être dans un foyer et mère d’un ou de deux enfants à élever. Aujourd’hui, ce garçon, devenu homme, vit à Pointe Noire où il travaille dans une compagnie pétrolière. Dans le quartier, Martial Sengo Mona, un étudiant qui était en année de maîtrise me consola. Timide de nature et n’ayant pas un physique qui pouvait faire tomber les femmes, il commença à m’adresser la parole après mon deuxième échec au bac pour me remonter le moral. Maladroit, il commença quand même à me draguer. Il paraît que l’homme timide profite toujours de la détresse d’une femme pour lui exprimer ses sentiments. Svelte et bodybuildé, Martial Sengo Mona n’était ni beau ni laid, un homme que l’argent devait rendre beau dans l’avenir. Je pensai à un ancien ministre du pays qui, dans l’exercice de ses fonctions, ne cessait de clamer tout que « je suis vilain mais l’argent me rend beau » au cours de ses conquêtes féminines. Autres temps, autres moeurs. Maladroit dans sa conquête, Martial Sengo Mona me paraissait souvent ennuyeux. Il me parlait de plusieurs choses à la fois, passant souvent du coq-à-l’âne, effleurant à peine le côté sentimental qui devait nous unir. A le voir parler et me regarder, j’imaginais qu’à son âge, son pénis n’avait jamais pénétré une femme sinon être satisfait par la masturbation qu’il pouvait se faire sans problème. Il faillit s’évanouir (de peur ou de honte ?) le jour où je lui avais dit « que je vois que tu m’aimes et tu n’oses me le déclarer. Nous sommes assez grands et ne jouons pas avec le feu de l’amour. Dis-moi réellement ce que tu veux de moi ». Je le sentis tétanisé (par l’amour ou par la timidité ?). Pendant quelques secondes, son regard s’éloigna du mien. J’avais l’impression qu’il se sentait humilié. Lui qui devait faire le premier pas, était pris au dépourvu en voulant remettre à demain sa déclaration d’amour, chaque fois que nous nous rencontrions. Ne dit-on pas que « qui remet à demain trouve malheur en chemin ? » Mais le malheur de Martial Sengo Mona devint pour lui un bonheur implicite car je lui avais, en quelque sorte, exprimé mon amour. Au cours de son année de licence qui devait l’ouvrir les portes du deuxième cycle en France, nous vécûmes un grand amour sincère. Il me recevait chez lui à tout moment. Nos parents avaient imaginé notre complot. Son calme, sa timidité et son intelligence avaient séduit papa et maman, surtout que je venais de manquer mon bac pour la deuxième fois. Ma beauté, mon amour pour l’école, malgré mes deux échecs, avaient marqué les parents de Martial Sengo Mona, qui pensaient que le temps était venu pour que leur fils se décidât en amour avant son envol pour la France qui pointait à l’horizon. Pendant son année de licence, il me reçut chez lui dans son studio qui jouxtait la maison principale. Parfois, je le surprenais en train de faire ses devoirs, son corps perdu dans une grosse culotte qui lui arrivait jusqu’aux mollets. Il me parlait peu sinon avec des gestes et du regard. On s’embrassait, il le faisait un peu maladroitement. Et quand je manifestais une petite résistance indépendamment de ma volonté, je le sentais se refroidir et sa timidité venait se révéler sur sa face et particulièrement dans ses yeux d’enfant de protestants. Son père était un pasteur de l’église évangélique. Malgré le feu que je sentais souvent au fond de mon vagin, malgré la bosse qui se formait du côté de la braguette de sa culotte, il n’osait pas aller loin. Il n’osait pas me violer, son éducation d’enfant de protestants lui interdisait de succomber aux caprices du Diable. Peut-être attendait-il que je lui dise « fais-moi l’amour, je t’en prie, je suis en feu ! Mon vagin brûle d’envie. ». Aurait-il accepté ce langage cru et incisif ? Plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois, il n’avait osé me faire l’amour. C’était un enfant de pasteur, l’homme le plus vénéré et respecté de tous les habitants de Ouenzé, mon quartier natal. Peut-être attendait-il que nous déclarions officiellement notre amour, nos fiançailles, pour qu’il soit entreprenant. Parfois, au cours de nos habituelles causeries, je me sentais froide et vide devant lui comme l’est une femme qui dort dans un même lit avec son frère.

 

Fin juillet. Les vacances. Martial Sengo Mona fut admis à sa licence. Son destin se trouvait maintenant orienté vers la France. Heureusement qu’il faisait partie de la catégorie des « immigrés choisis » car la France avait refusé de recevoir toute la misère africaine même si son grand-père avait perdu sa vie au cours de la Deuxième guerre mondiale. Prenant son courage à deux mains, il me dit une semaine après son succès universitaire que « je te ferai venir en France dès que je pourrais m’installer car plus de cinq ans m’attendent là-bas pour mes deuxième et troisième cycles. Tu devras être la mère de mes enfants ». Juillet s’effaça de l’année pour donner sa place à août quand Casimir Baniakina, contre toute attente, atterrit à Brazzaville pour ses vacances. Depuis deux ans il était informaticien à Pointe Noire, ingénieur en informatique dans une compagnie qui pompait notre pétrole vers la France. Liant la curiosité stupide à l’imbécillité, il se plaisait à entrer dans les boîtes électroniques des autres collègues. Pour avoir jeté un coup d’œil sur la correspondance confidentielle de son patron, celui-ci lui avait donné une mise à pied de deux mois, de juillet à août. Il se trouvait maintenant à Brazzaville. Il chercha à me rencontrer. Je revis le premier garçon de ma vie devenu homme. C’est bizarre quand une fille, devenue femme, se retrouve devant le premier homme qui lui a montré son pénis. Il avait bougrement changé car sa face portait maintenant une barbe bien taillée. Il parlait toujours en souriant comme à l’aube de notre premier amour. Une semaine avant son retour au bord de l’Océan et avant le départ de Martial Sengo Mona pour la France, il m’invita d’aller danser dans une boîte de nuit de la capitale. Je ne sais plus comment et pourquoi j’avais accepté cette invitation. Martial Sengo Mona ne m’avait jamais fait sortir, partageant ses occupations entre l’université et les visites que je lui rendais. Grâce à ma sœur Nellia, j’avais aussi découvert les plaisirs de la danse après celui de la lecture des romans comme Madame Bovary et Gouverneurs de la rosée. Il m’emmena au Ramdam, l’une des plus célèbres boîtes de nuit de Brazzaville. Du monde. De la musique. De l’ambiance. On exhibait la nouvelle danse brazzavilloise, le Lopélé qui consistait à se coller l’un contre l’autre comme des amoureux qui veulent exprimer leur passion et leur patience. Des senteurs d’hommes et de femmes dans le fleuve mondain. Casimir Baniakina me tenait dans ses bras pendant que Koffi Ollomidé chantait mélancoliquement dans un des baffles accrochés au plafond. La musique pleuvait et la fumée artificielle des boîtes de nuit nous couvrait dans une lumière hésitante et multicolore. Les parfums des femmes embaumaient tout le monde. Les couples se trémoussaient sur la piste dans cette lumière habillée d’érotisme. Ainsi allait la vie dans ce coin de Brazzaville où les plaisirs prenaient le dessus sur les tribulations du quotidien. Je dansais follement dans les bras de Casimir tout en pensant à Martial. La musique, la danse et l’alcool avaient grandement travaillé mon corps et mes sens. Au milieu de la nuit, Casimir Baniakina m’emmena chez son ami où il avait élu domicile pour ses vacances. La nuit nous regardait avec son œil lunaire et sa constellation d’étoiles, la Grande Ourse était plus visible. Brazzaville dans le ventre d’un samedi de fin de mois. On avait payé les salaires des travailleurs trois jours auparavant. La boîte de nuit continuait à bouillir de l’intérieur. Brazzaville bouillonnait aussi de l’extérieur. Sous les toits des maisons, on pouvait imaginer à cette heure tardive de la nuit, le nombre de Congolais qui faisaient l’amour sous le regard naïf de Dieu, créateur du Ciel et de la Terre qui était partout et qui voyait tout et qui entendait tout et qui savait tout. Et dire que tous ces amoureux, dans leur mise en œuvre du plus grand plaisir des vivants, se croyaient à l’abri d’un quelconque regard en se cachant dans la nuit de leur chambre fermée à double tour. Et toutes ces précautions, pour éviter d’être surpris par les enfants et des sorciers. Les hommes de troisième âge devaient bénir celui qui avait découvert le viagra avec ses vertus exceptionnelles. Ainsi leur femme ne devait plus aller vers la force de la jeunesse. Ma tête était lourde de pensées, de fatigue et d’alcool. Mes pas étaient imprécis. Dans la chambre, Casimir Baniakina me déposa sur le lit. Mes yeux semblaient en même temps voir mes deux « hommes », Martial et Casimir. Je revis notre première fois. En ce temps-là, timide et inexpérimenté, Casimir Baniakina m’avait entraînée derrière une maison encore en construction. Tremblant, il m’avait fait coucher sur une des pagnes de maman que j’avais sur moi, m’avait ôté ma petite culotte avec des gestes imprécis, avant d’écarter mes jambes pendant que je me cachais le visage avec mes deux mains. La peur de mal faire l’avait envahi un instant avant de se ressaisir. Je ne voulais pas voir mon propre corps, ni la queue qui devait par la suite me pénétrer. Toujours le visage caché dans mes deux mains, j’avais senti son membre me pénétrer avec force comme s’il voulait vite arriver au but. Un peu de douleur dilué dans un peu de plaisir qui s’efforçait de sortir quelque part au fond de moi. Et c’était fini. En quelques secondes j’étais passée de la fille à la femme avec un peu de sang sur le pagne de maman. Le fameux sang du tchikumbi de chez nous, synonyme de perte de virginité. Quand je revins à moi, je constatais que Casimir Baniakina était au-dessus de mon pauvre petit corps qu’il chevauchait en haletant. Une lumière blafarde circulait dans cette chambre où il m’avait emmenée. Ce n’était plus comme la première fois. Il m’avait pénétrée doucement et avait fait durer le plaisir tant mon vagin qui était en feu se contractait et se dilatait par moment sous l’effet des va-et-vient de son bakari qui me parut long et gros. Ce n’était plus comme la première fois. Les yeux fermés, j’étais comme absente, en extase. Il me tenait fort dans ses bras de sportif. Je le serrais avec vigueur contre moi. Je tombai dans un gouffre sans fond où je semblais entendre une mélodie de Salif Keita. Mes oreilles bourdonnaient. Une fatigue de bonheur envahit tout mon corps. Pour la deuxième fois, Casimir Baniakina venait de souiller mon intérieur avant celui qui m’avait demandé d’être la mère de ses enfants. Deux jours après, je me retrouvais comme d’habitude chez Martial Sengo Mona. Il était dans les préparatifs de son voyage. Je le trouvai maintenant beau puisqu’il devait prendre l’avion pour la France. Deux jours avant, Casimir Baniakina avait ouvert ma boîte à plaisirs et j’étais pourchassée par l’envie de faire l’amour. Peut-être encore avec Casimir Baniakina ou même avec Martial Sengo Mona qui se trouvait devant moi. En le regardant assis en face de moi, ses jambes un peu écartées comme s’il m’invitait à tomber dans ses bras, j’étais comme une chienne en chaleur. Cette nuit, Martial Sengo Mona resta encore perplexe et je pris l’initiative quand nous fûmes assis sur le lit. Il y a des moments où les femmes sont entreprenantes quand elles sont dans l’extase du feu de l’amour. J’étais dans cette situation. Je le regardais dans les yeux tout en pensant à Casimir Baniakina et au sang de la virginité, du sang du tchikumbi de chez nous qu’il m’avait fait sortir de mon sexe. Cette nuit, je décidais de violer Martial Sengo Mona. Tant pis. Ma main droite fit glisser le zip de sa braguette à son grand étonnement, pendant que la gauche saisit son zizi gonflé déjà de plaisir et de bonheur. Il ne comprenait rien tant l’action était préméditée et précipitée. Je le fis pénétrer dans mon vagin liquoreux et rempli de sensation. Martial Sengo Mona trembla de tout son corps et gémit de plaisir et fut content de sa virilité. Il me rappela ma beauté qui, d’après lui, est mise en relief par l’écart entre mes deux incisives supérieures quand je lui fis un sourire en sortant du lit. C’est par-là était entré son amour pour moi au début de notre relation. Et cet écart entre les dents s’appelle chez nous « nzéla ya mino » (le chemin des dents).

 

 

Il y a cinq ans que Martial Sengo Mona vit à Toulouse. Notre fils a déjà quatre ans. Il paraît plus grand que son âge. Il ne ressemble pas tellement à son père. C’est ma photocopie. Quand je lui tresse des mèches, on le prend, dès le premier regard, pour une fille. Quand j’étais conçue, j’avais souhaité une fille. Un garçon est venu. Ca ne fait rien. J’aurais souhaité, avec notre ressemblance que l’on me dise souvent « telle fille, telle mère ». Voici cinq ans que Martial Sengo Mona m’a quittée et j’avais accouché quelques mois après son départ. Il ne connaît l’enfant que par les photos en couleurs que je lui envoie souvent. Il y a deux ans, il a engagé la procédure du regroupement familial puisque l’année passée nous nous sommes mariés. Un mariage par procuration car je me suis présentée à l’Hôtel de ville de Brazzaville avec son frère cadet. Très souvent, je me rends au Consulat de l’ambassade de France pour cette procédure qui prend beaucoup de temps. Le dossier vient enfin d’arriver à Brazzaville. Une fois de plus, le Consulat m’a demandé l’acte de mariage et l’acte de naissance du petit Arnold, notre enfant. On m’a dit de repasser dans un mois pour la procédure des visas. Hier j’ai longuement causé au téléphone avec Martial Sengo Mona. Il m’a dit que nous ferons nuit blanche mon premier jour à Toulouse. Hier, j’ai reçu une convocation du Consulat. On m’a demandé d’emmener le petit Arnold. Je me suis sentie gonflée de bonheur et de rêves. Mais contre toute attente, la secrétaire du Consul m’a fait remarquer que les nouvelles lois sur l’immigration en France imposent maintenant un test ADN pour authentifier la filiation que l’enfant. Il paraît que dans nos pays, nombreux sont les faux documents d’état civil. Le test ADN doit prouver si mon enfant est vraiment le fils de Martial Sengo Mona. Il paraît qu’il y a plein de gens, en particulier les Africains, qui ont transformé leurs neveux et nièces en véritables progénitures grâce à la complicité de certains agents de l’administration de mairies moyennant une somme d’argent. Je ne me reproche de rien car mon acte de mariage et l’acte de naissance d’Arnold sont authentiques. Depuis Toulouse, Martial Sengo Mona m’a demandé d’accepter le fameux test ADN pour accélérer la procédure du regroupement familial. On a prélevé un peu de la salive à l’enfant et on m’a dit que je serai de nouveau convoquée dès que les résultats seront prêts à livrer.

 

Je viens du Consulat de France. Mon corps semble être un grand trou de désespoir. J’ai l’impression que tout tourne autour de moi. Le soleil semble plus accablant que d’habitude. Je tremble et je transpire. Mon cœur bat fort (de découragement ou de surprise ?). L’obtention du visa de l’enfant a été ajournée. Les résultats du test ADN ont imposé leur refus au service des visas. On n’a pas besoin de test pour moi car mon acte de mariage a été jugé authentique. Voyager sans mon enfant devient une chimère. L’homme propose et Dieu qui connaît tout, qui entend tout et qui sait tout, dispose.

 

Du côté de Martial Sengo Mona, finis les DVD pornos. Finies les prostituées de Toulouse qu’il fréquentait malgré lui pour étancher sa soif libidinale et dont l’intensité se désintégrait avec l’utilisation des préservatifs. Il prit le combiné de son téléphone et, avec une carte téléphonique prépayée « Amis d’Afrique », composa le numéro de Jessica.

Au bout du fil du côté de Toulouse : - Allô !

Jessica : - Allô ! C’est Martial ?

Au bout du fil du côté de Toulouse : - Et les résultats au niveau du Consulat ?

Jessica (après un petit silence inhabituel) : - Je viens de prendre connaissance des résultats du test ADN (pause). Il paraît que le petit Arnold n’est pas ton fils même si c’est le mien… Je n’ai rien compris de tout cela.

Un silence de l’autre bout du fil du côté de Toulouse. Puis la communication tarde à se rétablir. Et c’est à ce moment que Jessica réalise, qu’une semaine avant de coucher avec Martial Sengo Mona, elle avait fait l’amour avec Casimir Baniakina pour la deuxième fois.

Paris, Toulouse, Août 2007

Publié le 28 oct 2008 à 14:26
Par noelkodia
Sur la liste des 100 meilleurs établissements universitaires que vient de publier le site www.20mai.net, on constate une absence notoire des universités de l’Afrique centrale. Une situation qui devrait interpeller les gouvernants ainsi que les décideurs du monde éducatif de la région dans la mesure où l’université contribue énormément au développement d’un pays par l’intermédiaire de la recherche au niveau des sciences humaines et exactes. Une remarque pertinente sur ce classement : la grande présence des universités anglophones qui pourrait être synonyme de suprématie du système éducatif anglo-saxonne sur celui des Francophones

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Une université se respecte par la notoriété de ses enseignants et la pertinence de ses travaux de recherche. Mais dans certains pays où sont passées la mauvaise gouvernance sur fond de népotisme et les guerres interethniques, l’université a vu ses cadres aller exercer sous d’autres cieux. Dans les universités de l’Afrique centrale où les professeurs titulaires se comptent sur le bout des doigts, et où les travaux de recherche sont en général sous la direction des maîtres-assistants et vacataires, on ne peut pas être étonné de leur classement médiocre sur l’échiquier continental. A l’Ecole normale supérieure de Brazzaville où j’ai exercé, la majorité des départements compte plus de vacataires que d’enseignants titulaires. Et l’on remarque aussi que certains enseignements ne sont pas confiés à leurs spécialistes.

 

Les conditions de travail dans les universités de l’Afrique centrale

Les universités du Congo-Brazzaville, du Gabon, de la République centrafricaine et du Tchad ont vu le jour après la disparition de la FESAC (Fondation de l’enseignement supérieure en Afrique centrale) mise en œuvre par l’Unesco pour la formation des enseignants du secondaire de la région. Après plusieurs décennies, ces universités restent en général marginalisées dans les programmes de développement socioculturels élaborés par les gouvernements qui se sont succédé dans cette région. Des pays comme le Gabon et le Cameroun devraient profiter de leur quiétude sociale pour revaloriser leurs universités par rapport aux autres qui ont été secoués par des guerres civiles. Mal rémunérés et travaillant dans des conditions aléatoires, les enseignants de ces pays ont eu du mal à s’extérioriser. Les bibliothèques universitaires sont absentes et ne sont pas mises à jour quand elles existent comme au Congo-Brazzaville, Etre bien suivi dans ses travaux de recherche pour les étudiants devient une sinécure car leurs professeurs sont souvent partagés entre les classes et les bureaux de certains politiques dont ils sont des conseillers. Dans ces pays où les enseignants ne sont pas généralement bien payés quand on voit le travail qu’ils fournissent ainsi que leur cursus universitaire, l’on constate le départ de certains d’entre eux vers d’autres horizons plus rémunérateurs. L’enquête faite au niveau des compétences de la diaspora de l’Afrique centrale révèle qu’il y a des universitaires bien formés et capables d’aller rehausser le niveau de formation dans leur pays. Mais se posent les conditions de travail avec des salaires qui ne permettraient pas de mener à bien leurs enseignements et recherches. Dans ces pays, on a parfois des hommes qui n’ont que le niveau du secondaire mais qui gagnent mieux leur vie que des universitaires parce qu’acteurs politiques au pouvoir. Et cette situation n’encourage pas certaines compétences de rentrer à Ndjaména, Brazzaville, Bangui ou Libreville où ils seront plus nécessiteux que dans les pays du Nord où certains se sont donnés à des petits métiers qui leur donnent le minimum vital malgré la « mise au placard » de leurs diplômes.

 

Revaloriser l’université en Afrique centrale

Aucune université de l’Afrique centrale sur la liste des cent meilleures du continent et cela devrait interpeller nos décideurs politiques car ils doivent comprendre que l’éducation est l’une des conditions fondamentales pour le développement d’un pays en dehors de la santé. Et apparaît chez nos politiques un élan égoïste quand ils préfèrent envoyer leurs enfants aller étudier dans les pays du Nord et où ils vont aussi se faire soigner au moindre mal. Les pays d’Afrique centrale ont des richesses énormes qui devraient leur permettre de reconsidérer leur système éducatif en revalorisant la condition enseignante. Que de compétences de l’Afrique centrale devenues Français, Britanniques, Canadiens et Américains qui voudraient participer au développement de leur pays ! Mais malheureusement ils sont incompris par les dirigeants de leur pays qui ont souvent lié le tribalisme à leur vision monarchique dans la direction de l’Etat.

 

Les universités d’Afrique centrale, une catastrophe humanitaire quand on se réfère à la place qu’elles occupent sur le classement continental par rapport à celles de l’Afrique de l’Ouest. Et quand on se rappelle les quelques années post-indépendances quand les étudiants de ces pays venaient se former dans des universités de l’Afrique centrale comme le Centre d’enseignement supérieur de Brazzaville qui s’est transformé en Université de Brazzaville depuis 1972. Et ces établissements de l’Afrique centrale sont maintenant classés loin derrière l’université Cheik Anta Diop (Sénégal) et l’université de Ouagadougou (Burkina Faso) qui occupent respectivement les 14è et 37è places. A quand les richesses de l’Afrique centrale devront-elles servir grandement à la formation des cadres ainsi qu’à leur prise en charge décente et non à l’achat des armes et la corruption des acteurs politiques qui ne font qu’aggraver les malheurs des Africains de cette sous-région ? Si l’Afrique centrale néglige ses universités, elle va droit au mur : triste réalité d’une région riche qui mériterait mieux que ça de ses politiques.

 

Publié le 28 sep 2008 à 15:22
Par noelkodia
 

Parmi les nouvellistes confirmés au Congo, Tchichellé Tchivéla est sans doute l’un des écrivains qui a une particularité dans l’art de construire la nouvelle. Deux recueils, « Longue est la nuit » et « L’Exil ou la tombe », définissent l’écriture de Tchichellé Tchivéla. Si dans le premier livre, on sent encore du populaire et du banal à travers le comportement de certains personnages, l’écriture de l’auteur se confirme dans le deuxième recueil par un style qui se caractérise par une technique narrative propre à lui. Après un « sommeil de travail », l’auteur s’apprête à revenir sur la place de la littérature. En attendant, redécouvrons ce vieux « modèle » de la nouvelle congolaise.

 

Prise dans sa globalité, la nouvelle de Tchichellé Tchivéla définit un univers ouvert d’un texte à un autre où les personnages et le monde qui le constituent font penser à un macro-texte. On constate par exemple le retour obsédant de plusieurs personnages dans la plupart des récits. Motungisi présent dans Longue est la nuit  par l’intermédiaire de quelques textes tels «La pierre et les noyaux » (p.24), «Futurs souvenirs » (p.117) réapparaît dans L’Exil ou la tombe où il occupe une position stratégique dans «Terre des anges »(p.91) et «Un fait quotidien (p.102). L’homogénéité qui marque l’œuvre de Tchichellé Tchivéla se traduit aussi dans l’espace où évoluent ses personnages. Les lieux comme Tongwétani et Côte Kanu appartiennent à l’univers diégétique de plusieurs nouvelles des deux recueils comme on peut le reamrquer dans « Longue est la nuit » : «A Matiti, Faubourg de Côte Kanu il pleuvait » (p.27) et « L’Exil ou la tombe » : « Jénie avait treize ans quand son cadet Gaby mourut à Côte Kanu » (p.149). D’autres espaces tels Mabaya, Mbokabato appartiennent aussi aux deux livres. Dans son ensemble, les textes de Tchichellé Tchivéla mettent en relief les tractations socio-politique d’une Afrique qui se cherche encore : lutte contre certaines notions rétrogrades comme le mariage forcé dans «Parasitose mentale » (L’Exil ou la tombe) p.135, et le burlesque qui caractérise les hommes politiques africains dans l’exercice de leur fonction, dégradation des mœurs, lutte de libération, coup d’Etat et d’amateurisme, tels sont les faits que l’on remarque dans le socio-politique des textes de Tchichellé Tchivéla. Contrairement à la plupart des nouvellistes qui font évoluer leurs textes par rupture de la trajectoire spatio-temporelle, on remarque dans chaque livre de Tchichellé Tchivéla une constante macrotextuelle : certains personnages et lieux apparaissent dans plusieurs textes. Yéli Boso que nous fait découvrir Longue est la nuit : « 13 heures. La radio nationale diffusa l’allocution du président Yéli Boso le tout puissant Dynaste Yéli Boso » (p.111) apparaît de nouveau dans  L’Exil ou la tombe : « Le soir, on apprit que dans le palais du tout puissant dynaste, le président Yéli Boso (…) le docteur Tandi K K s’était suicidé » (p.45)

La spécificité de la nouvelle de Tchichellé Tchivéla prend source dans l’écriture en tant que matériau. Si dans Longue est la nuit l’auteur se cherche encore car sa plume est simple, directe et trop populaire à certains moments, il se découvre comme grand nouvelliste dans son deuxième livre. Avec L’Exil ou la tombe, Tchichellé Tchivéla divorce avec le linéaire qui, jusque là est la caractéristique d’autres nouvellistes tels Henri Lopes, J.B. Tati-Loutard et d’autres dont les textes sont écrits à la Balzacienne. Dans son deuxième recueil, l’auteur s’insurge contre les principes élémentaires de la syntaxe qu’il bouscule. Les mots deviennent dans certains textes, des «personnages » qui marquent le récit du côté de la littéralité. Dans la nouvelle intitulée «Un fait quotidien », le mariage entre les pronoms personnels «tu » et « vous » dans un récit conduit principalement par la troisième personne (il) étonne le lecteur habitué aux récits traditionnels commandés en générale soit par la première personne (je), soit par la troisième personne (il) : « Voilà ce que tu t’es demandé, l’œil dilaté en entendant toquer à la porte. Tu as alors saisi votre bras pour vous retenir, je t’en prie (…) ne bouge pas, mais vous avez repoussé ta main et votre réaction t’a convaincue (…) » p.102.

Un autre fait caractérise l’œuvre de Tchichellé Tchivéla : le travail au niveau du texte qui joue avec une catégorie de lecteurs (les compatriotes de l’auteur). En effet chez Tchichellé Tchivéla ; les noms de certains personnages comme Yéli Boso, Mayaka Mba, Motungisi et des pays imaginaires tel Tongwétani rappellent des réalités linguistiques congolaises (ces noms ont des significations en langues du terroir). Une autre originalité de l’auteur : parfois ses textes avancent sans aiguillages temporels ; dans L’Exil ou la tombe, se remarque un divorce entre le temps du récit et celui de la narration dans la majorité des nouvelles. Ces textes demandent au lecteur de reconstruire l’ossature temporelle de la diégèse. On peut dire que dans ce livre la construction des textes au niveau de leur matérialité apparaît comme l’élément pertinent de l’écriture tchichellienne. Dans un entretien avec Alain Brezault et Gérard Clavreuil, Tchichellé Tchivéla se découvrait partisan de la rigueur scripturale quand il affirmait : « En travaillant sur la conception et la structure du récit, je souhaite contribuer à l’avènement d’un genre littéraire d’une beauté formelle propre à l’Afrique ». Et l’auteur d’utiliser quelques africanismes dans ses textes (sans pourtant entacher leur littéralité) tels «cet homme qui autrefois la chicotait » (…) ; « comme des poulets entassés dans une moutête » (Longue est la nuit, pp.30 et 94) et «Daminga, combien en possèdes-tu de deuxièmes bureaux ? » (…) « Ah ! si elle n’avait pas fétiché… » (L’Exil ou la tombe, pp. 135 et 176).

Son premier roman « Les Fleurs de lantanas », publié en 1997 confirme la volonté de l’auteur de «bien écrire » car ce livre qui est en quelque sorte la suite de ses deux recueils de nouvelles au niveau de la thématique, se distingue de ces derniers par un travail fourni au niveau de la littéralité du texte. Si entre temps, le Congo avait ses poètes (Tchicaya U’Tam’Si, Jean Baptiste Tati Loutard, Maxime Ndébéka), ses dramaturges (Sylvain Bemba, Antoine Letembet Ambily), ses romanciers (Sony Labou Tansi, Emmanuel Dongala), on peut affirmer, qu’en dehors de Lopes et Tati Loutard, Tchichellé Tchivéla est un nom qui rappelle une autre façon d’écrire la nouvelle. Et s’il y a des adeptes qui ont plus ou moins épousé la technique d’écriture de Tchichellé Tchivéla sur fond de retour obsédant de certains personnages, c’est bien son cadet Auguy Makey. Celui-ci apparaît comme le nouvelliste congolais le plus fécond de notre époque. Ses textes, à l’instar de Longue est la nuit et L’Exil ou la tombe, apparaissent comme un macro-texte où les principaux personnages tels Toumba, Songolo, Polopino et sa mère, vont d’une nouvelle à une autre comme le font Yéli Boso, Mayaka Mba et Motunguisi dans les textes de Tchichellé Tchivéla.

 

Publié le 01 aoû 2008 à 20:24
Par noelkodia
2008-07-28 19:29:44 par CGPLUS

Le 15 août 2008 prochain, le Congo fête ses 48 ans d’indépendance. Dépasser les élans tribalo-régionalistes sur fond de politique politicienne, tel doit être le leitmotiv que doivent manifester les compétences congolaises de l’Intérieur comme de l’Extérieur pour participer au développement du Congo. Car en dehors de la lutte politique, on peut tout aussi bien participer au développement du pays par le biais de l’Art, de la Culture et de l’Economie.

Des compétences qui dans tous ces domaines existent au Congo et le peuple ne demande que leur participation au lieu de se donner réciproquement à des discours malsains et monotones déjà entendus. Discours entendus depuis l'acquisition de l'Indépendance et particulièrement depuis la Révolution d'août 1963. Triste constat.

Les 13, 14 et 15 août 1963, trois ans après l'indépendance, la crème congolaise s'en prend au Président Fulbert Youlou qualifié de « celui qui avait tout volé ». Pour éviter un bain de sang, le Prélat préféra démissionner. C'est pour dire que la critique est aisée de la part de cette crème et que dénoncer les maladresses d'un chef d'Etat n'est nullement une trouvaille pour l'intelligentsia congolaise. « Indexer », accuser l'autre ethnie, l'autre région qui serait à l'origine de malheurs du pays est tout aussi un exercice aisé.

Critiqué, vilipendé et démissionné par l'intelligentsia nationale, les 13, 14 et 15 août 1963, Youlou est incarcéré avant de se retrouver en exil à Madrid. A son successeur, Alphonse Massambat Débat, il fut reproché une carence idéologique. Pour les censeurs congolais, seul existait le socialisme scientifique et nullement le socialisme bantou abâtardi, imaginé par A. Massambat Débat. Le 31 juillet 1968, il fut évincé du pouvoir par l'aile radicale du Parti, qui s'estimait plus révolutionnaire que lui. Il s'en retourna dans son village Boko. Du M.N.R. au C.N.R., comprenant très tôt ce qu'était l'intellectuel congolais, Marien Ngouabi, va créer le P.C.T. et s'entourer de militaires et ainsi devenir maître de la situation.

Le PCT (Parti Congolais de Travail) est né et avec lui ainsi que le drapeau rouge. Marien Ngouabi va affronter des périodes mouvementées tant sur le plan économique que militaire, ponctuée par des coups d'Etat jamais élucidés. Et pour des raisons qui sont restées jusqu'aujourd'hui obscures, il est assassiné le 18 mars 1977 avant le congrès extraordinaire du PCT auquel il tenait tant. A sa mort, une ethnie, une région sont livrées à la vindicte nationale. Jacques Joachim Yhombi Opango se montrera inflexible. Innocents, le Cardinal Biayenda, A. Massambat Débat et ses compères sont exécutés, car il leur fallait à tout prix des coupables.
 
A titre posthume, les présumés assassins de Marien Ngouabi seront paradoxalement innocentés lors de la Conférence Nationale de juin 1991. Et au cours de ce ragoût populaire, la crème congolaise se trouve un bouc émissaire idéal: Denis Sassou Nguesso. Pendant plus de trois mois, du fait du brusque changement international imposé par la chute du mur de Berlin, les conférenciers congolais, plus concernés par leur per diem vont tirer à boulets rouges sur le parfait bouc émissaire tout désigné : Denis Sassou Nguesso. Fin politique, Denis Sassou Nguesso va assumer toutes les dérives politiques depuis l'Indépendance à 1991. Grand Seigneur, Denis Sassou Nguesso acceptera l'organisation des élections libres consécutives à la Conférence Nationale Souveraine pour tourner une nouvelle page de l'histoire du pays. Et dans ce Congo en effervescence qui apparaît comme une bombe à retardement, le peuple naïf, croira à un changement.


Une Conférence nationale mal négociée

La Conférence Nationale Souveraine sera l'autre tournant mal négocié par les bien pensants congolais. Aussitôt, plusieurs partis politiques verront le jour. Des partis politiques qui pour la plupart se définiront par leur base tribalo-régionaliste. Accusé de tous les maux par ceux là même qui en étaient les grands ordonnateurs, sali, trahi et lâché, le navire P.C.T. va tanguer. Quelques fidèles, Justin Lékoundzou, Isidore Mvouba, Henri Djombo, Jean Baptiste Tati-Loutard, Damien Boussoukou-Mboumba.... résisteront contre vents et marées, à la tentation et se regrouperont autour du Sphinx de Mpila. Ainsi, surgiront : le MCDDI de Bernard Kolelas et son bourgeon : l'UDR Mwinda d'André Milongo, l'UPADS des Trois palmiers, le RDD de Jacques Joachim Yhombi Opango qui seront composés par les transfuges du PCT. Tous ces ensembles ne proposeront rien d'autre que le feu, le fer, les larmes, lors de la décennie 1990. A croire que la bonne gouvernance est allée à la Conférence uniquement pour régler ses comptes à Denis Sassou Nguesso.
La Conférence Nationale Souveraine, avait imposé une transition qui sera conduite par André Milongo. Elle sera couronnée par des élections qui vont se dérouler dans des conditions fort acceptables. Denis Sassou Nguesso acceptera le verdict des urnes, soucieux de la tension créée par ses anciens compagnons de route, issus majoritairement et paradoxalement du PCT.

Pascal Lissouba, l'homme mythe «des Trois palmiers», sera élu président de la République avec la bénédiction et le soutien de son prédécesseur sur la base d'une nouvelle Constitution. Car, à bien réfléchir, bien que le Niari, la Lékoumou et la Bouenza définissant «la région des Trois palmiers», soient une base électorale fort importante, il faut admettre que ces trois entités ne traduisent nullement les 63% sortis des urnes, ayant porté le professeur Pascal Lissouba à la Magistrature suprême. Et comme de bien entendu, Pascal Lissouba divorcera de Denis Sassou Nguesso, son prédécesseur qui l'a aidé à gagner les élections.

Le début d'un mauvais commencement
Avec l'alternance, commence paradoxalement la descente aux enfers du peuple congolais. P. Lissouba va ordonner les bombardements des quartiers Sud de Brazzaville, alors que le pouvoir n'était même pas menacé. Le Congo découvre qu'il a en son sein des Niboleks et des Tcheks. Refusant sciemment de faire confiance à l'armée républicaine, le Professeur s'appuie sur la milice des Aubevillois, pour «protéger son pouvoir ». Une milice formée, comme de bien entendu, sur des bases tribales et régionales. Aussitôt, les autres formations politiques emboîteront le pas et auront aussi leur milice : les Zoulou-Aubevillois pour l'UPADS, les Nindjas pour le MCDDI et les Cobras pour le PCT.
 
Les armes se retrouvent dans les mains des jeunes comme jadis, du temps de la J.M.N.R d'Alphonse Massambat Débat. A partir de 1993, la violence fait partie intégrante de la vie politique congolaise avant d'atteindre son paroxysme le 5 juin 1997. La suite, nous la connaissons tous. Quand Denis Sassou Nguesso devient maître du terrain, Lissouba, Kolelas, Yhombi Opango et quelques-uns de leurs proches prennent le chemin de l'exil. De 1997 à 2003, la région du Pool militairement instable, subit une extermination larvée qui ne dit pas son nom et qui lui est imposée par les confrontations entre armée et des éléments illuminés d'un Pasteur Ntoumi sorti de nulle part.

Depuis 1960, le même scénario revient. L'intelligentsia tient le même raisonnent qui se résume en un seul constat : le Président en exercice est jugé comme étant un incapable, indécrotable tribaliste ne favorisant que son ethnie, sa tribu et sa région pour les uns et l'inverse pour les autres. Tous les présidents congolais ont été traités à la même enseigne dans l'exercice de leur fonction. Chose fortement discutable car aucun Président ne s'est passé des autres régions, à en juger par la formation de toutes les équipes gouvernementales qu'a connues le pays, de Fulbert Youlou à Denis Sassou Nguesso. Tribalisme et régionalisme, des notions qui sont plus extériorisées par l'intelligentsia pour des raisons purement politiques et électorales alors que les Congolais vivent sans ces tares comme on l'a souvent constaté dans des quartiers cosmopolites comme Poto-Poto, Ouenzé et Moungali.
Depuis quelques années, le Congo semble retrouver la paix et essaie de cicatriser, tant bien que mal, toutes les blessures consécutives à tous les tumultes des années 90. Oubliant que les hommes passent et le pays demeure, certains Congolais sont arrivés à une étape où ils ne proposent rien car se déclarant originaires d'une région dont n'est pas issu le Président de la République. Qu'on le veuille ou non, le pays doit être dirigé par un seul chef. Et ce chef est toujours fils d'une région donnée du Congo.
Le Congo a fait une triste expérience en mélangeant guerre et démocratie. Et cette expérience devrait nous faire grandir pour dire : « Plus jamais ça! ».

Nous avons condamné Pascal Lissouba pour avoir bombardé les quartiers Sud de Brazzaville. Nous l'avons aussi condamné pour avoir donné un prétexte à Denis Sassou Nguesso de justifier la guerre du 5 juin 1997. Nous avons condamné ce dernier pour avoir déclenché la tragédie du 18 décembre 1998. Nous l'avons aussi condamné pour avoir laissé ses Cobras écumer la région du Pool. Mais cela devrait-il se passer autrement pour tous ces antagonistes politiques quand on sait que « l'on ne peut pas faire des omelettes sans casser les œufs » ?

Il était temps que la parenthèse de sang ouverte depuis la Conférence Nationale Souveraine fût fermée. L'Initiateur importe peu, car tous les leaders politiques et l'intelligentsia congolaise en sont responsables. Il faut penser à la (re)construction du pays au lieu d'être dans un virtuel et perpétuel combat idéologique qui n'est que le relent des certaines déceptions et de certaines rancœurs. Comment comprendre que, ceux qui hier louaient le pouvoir se retournent contre ce même pouvoir alors qu'il fonctionne toujours de la même façon depuis des lustres. On peut regretter un mérite du PCT, celui d'avoir en son sein son CCV (Commission de Contrôle et de Vérification) qui ne permettait pas la gabegie actuelle constatée dans le pays depuis l'arrivée de l'UPADS au pouvoir jusqu'à nos jours. Comment comprendre que ceux qui ont crié haro sur Denis Sassou Nguesso en soient arrivés à partager le pain et le vin avec lui ?

Vu les situations vécues depuis la colonisation par les Congolais du Nord au Sud, d'Est à l'Ouest, vu les liens qui se sont fondés sur la base des amitiés et mariages interethniques, vu les réalités du monde, il est impensable que les uns puissent vivre sans les autres. Ce qui nous rassemble, étant plus fort que ce qui nous divise. L'intelligentsia congolaise, Urbi et Orbi, doit plutôt réfléchir sur les tenants et aboutissants de l'avenir du pays au lieu de passer le temps à chantonner les mêmes rengaines des temps anciens. Les hommes politiques congolais « se comprennent bien » car ayant été formatés à la même école.

L'intelligentsia doit être une force de propositions
Nous devons être une force de propositions. Nous devons proposer, proposer et encore proposer. Même si dans un premier temps le Sphinx de Mpila balaie le tout d'un revers dédaigneux, il arrivera un moment où il se rendra compte de la pertinence de ces propositions.
Les conflits interethniques d'après Conférence Nationale Souveraine doivent nous faire réfléchir. Les hommes politiques en sont conscients, contrairement à ce que pensent certains intellectuels. Il faut même louer leur prise de conscience d'une réalité dont ils ont été eux-mêmes géniteurs.

Denis Sassou Nguesso a permis le retour au bercail de tous les exilés politiques. Un geste fortement louable de sa part. Une fois de plus, Denis Sassou Nguesso a assumé, il a accepté de partager le pain et le vin avec ceux là même qui le vouaient aux enfers. Nous ne pensons pas que Kolelas, Yhombi Opango, Moukouéké, Tamba Tamba soient inquiétés ou menacés d'un quelconque procès de la part du Sphinx de Mpila. Auraient-ils fait pareil si c'était l'inverse? Nous en doutons fortement. La Sangsue (ainsi B.Kolelas en 1992 avait qualifié Denis Sassou Nguesso) aurait pu les condamner à l'exil à vie, le ciel ne serait pas tombé, comme on le dit souvent chez nous. Mais Denis Sassou Nguesso a pensé à l'Unité nationale, à la Réconciliation nationale après les dures épreuves de la décennie 90. Devons nous penser que le vertueux Kolelas s'est mué lui aussi en sangsue ? Car, qui se ressemble, s'assemble.

Le pays a besoin de tous ses fils et filles du Nord au Sud et d'Est à l'Ouest pour son développement. Le temps est venu pour que les compétences de la diaspora congolaise sortent des sentiers battus de la critique politicienne et de se rapprocher de cette classe politique afin de les aider à force de propositions.
Le pays a des compétences dans tous les domaines.

Chaque région a des filles et des fils qui sont en quête d'une fenêtre leur permettant d'effectuer certaines réalisations. Si les médecins ne pouvaient penser que Médecine, si les enseignants ne pouvaient penser qu'Enseignement, si les économistes ne pouvaient penser qu'Economie, si les agronomes ne pouvaient penser qu'Agriculture, nos régions respectives foisonneraient de projets qui n'ont nullement besoin de l'Etat pour leurs réalisations. Alors, nous serions loin de ces désastres que nous avons connus et que nous continuons à connaître. Si cette plage avait existé, certains de nos frères de la zone d'Ollombo-Oyo auraient préféré, auraient conseillé par exemple la construction d'une université comportant toutes les annexes car située à quelques heures de la capitale, à la plate forme aéroportuaire. Même si pour le Président l'option sécuritaire primait, il aurait compris, qu'Ollombo-Oyo rayonnerait beaucoup plus avec une université et qu'un aéroport dans ce coin était une vue de l'esprit.

Il est entendu que tous les Congolais ne peuvent être au gouvernement, au Sénat ou à l'Assemblée. S'occuper uniquement de la politique où l'on croit gagner sa vie sans effort, mais avec toutes les arabesques possibles, apparaît jusque là comme une erreur fondamentale pour les compétences. C'est une sclérose mentale qui a fait des métastases dans le microcosme intellectuel congolais. Les Congolais pensent toujours que l'on ne peut améliorer le sort des nationaux qu'en étant au gouvernement. Pour avoir théorisé cette pensée, certains intellectuels se bousculent au portillon de Mpila. A celui qui sera le meilleur Beni oui - oui.

Cesser d'être plus royaliste que le roi

Tant que les compétences n'auront pas le courage de servir le pays en étant des forces de propositions, leurs pamphlets envers les hommes politiques ne seront que du vent. Alors, le chien continuera à aboyer et la caravane poursuivra inexorablement son chemin. Participer au développement du pays en s'écartant de la politique politicienne doit être au centre de toute réflexion du Congolais, indépendamment de son origine ethnique. Et pour cela il nous faut une révolution mentale. Certes, les mentalités dans une société prennent du temps à changer. La Démocratie chez les Occidentaux s'est imposée après plusieurs générations. L'Europe a aussi connu ses dictateurs, ses guerres. Nous devons comprendre que la (néo)colonisation avait pris en otage la majorité des dirigeants politiques africains dès l'indépendance, les nôtres y compris. Aux compétences de proposer des alternatives de développement au lieu de continuer dans une critique creuse et stérile qui n'amène à rien et dont le seul résultat est de braquer, de cabrer l'homme politique.

Les politiques sont tellement vaccinés aux discours pamphlétaires qu'il faut « travailler » avec eux pour leur imposer « scientifiquement » les bonnes idées qui nous éviteraient d'ouvrir à tout moment la boîte de Pandore.
Pour cela, nous demandons à Monsieur Le Président Denis Sassou Nguesso d'opérer une véritable métanoïa dans son schéma de réflexion. Nous lui proposons d'engager une décentralisation, une autonomie réelle des 10 départements et de la zone autonome de Brazzaville. Ces régions devraient alors être dotées d'un budget octroyé par l'Etat. Les filles et les fils des dites régions ayant comme mission et tâche de les engager respectivement dans la voie du développement. Cela va dédouaner la Présidence de la République et le Gouvernement si souvent taxés de mauvaise gestion et de malversations diverses malgré leur bonne volonté dans l'exercice de leurs missions. Alors et alors seulement, nul au Congo ne pourra dire que le pays ne marche pas à cause du Président. Denis Sassou Nguesso a-t-il compris le bien fondé, tout comme tous les bénéfices qu'il peut tirer d'une décentralisation, de donner plus d'autonomie aux départements?

Nous avons réfléchi sur le passage des régions aux départements qui devrait emmener ceux-ci au développement de tout le pays si on pouvait les contrôler à bon escient. Le gouvernement devrait responsabiliser chaque chef de Département qui serait élu objectivement par la population de la dite région. A lui serait confié le budget de certaines réalisations à effectuer dans le département en mettant à sa disposition des compétences dans les domaines appropriés. Aussi, tous les fils et filles de chaque département seraient directement concernés pour son développement.

Le Président de la République et le gouvernement pourraient envisager le développement des régions sans pour autant se sentir diminués dans la direction des affaires nationales et internationales. Au contraire, l'exécutif se dédouanerait devant les populations car les responsables de toute mauvaise gestion seraient tout désignés. Les populations auraient la tâche de dénoncer ceux de leurs frères ethniques, co-tribaux, filles et fils de la région qui se seraient mal comportés dans la gérance du budget à eux alloué pour les projets à mettre en œuvre dans leur terroir. Projets que les filles et les fils de la région auraient déterminés librement. Pour tout Congolais, tout échec dans quelque réalisation que ce soit est imputable au haut sommet. Le Haut sommet souvent pris à partie car jugé complice et incapable de punir les mauvais gérants du fait des affinités amicales et tribales. Accepter l'autonomie des départements n'est pas synonyme de sécession. Cette autonomie serait même la voie qui résorberait ce cancer qu'est le réflexe ethnique, tribal.

Certes, Denis Sassou Nguesso (acte I et acte II) a mis beaucoup de temps dans l'exercice de ses fonctions de Premier Magistrat. Mais nous ne pensons pas que les injures, les invectives, les propos diffamatoires soient la solution qui ferait avancer le pays. Le Président de la République, comme de bien entendu, est un être humain qui aussi un Ego. Injures et invectives, sont une source inquiétante qui pourrait écorner son orgueil et partant l'Unité nationale, déjà fragilisée par les derniers malheureux événements de la dernière décennie.

En quarante huit ans d'indépendance, la classe intellectuelle congolaise a lancé des mouvements sans savoir ce qu'il fallait faire après. Cela va du mouvement du 13, 14, 15 août 1963 pour culminer à la Conférence Nationale Souveraine de juin 1991. Ainsi comme l'a écrit William Faulkner, « le passé n'est pas mort et enterré. En fait il n'est même pas passé ». Aussi pensons-nous qu'un mariage sincère entre les intellectuels et les dirigeants politiques serait une véritable bouée de sauvetage du pays qui commence à renaître de ses cendres des tristes événements de la décennie 90.


Noël KODIA (Critique littéraire) et Alexandre DZELA PASSY (Economiste)

Publié le 01 aoû 2008 à 20:10
Par noelkodia

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