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Publié le 28 oct 2008 à 14:26
Par noelkodia
Sur la liste des 100 meilleurs établissements universitaires que vient de publier le site www.20mai.net, on constate une absence notoire des universités de l’Afrique centrale. Une situation qui devrait interpeller les gouvernants ainsi que les décideurs du monde éducatif de la région dans la mesure où l’université contribue énormément au développement d’un pays par l’intermédiaire de la recherche au niveau des sciences humaines et exactes. Une remarque pertinente sur ce classement : la grande présence des universités anglophones qui pourrait être synonyme de suprématie du système éducatif anglo-saxonne sur celui des Francophones

.

 

Une université se respecte par la notoriété de ses enseignants et la pertinence de ses travaux de recherche. Mais dans certains pays où sont passées la mauvaise gouvernance sur fond de népotisme et les guerres interethniques, l’université a vu ses cadres aller exercer sous d’autres cieux. Dans les universités de l’Afrique centrale où les professeurs titulaires se comptent sur le bout des doigts, et où les travaux de recherche sont en général sous la direction des maîtres-assistants et vacataires, on ne peut pas être étonné de leur classement médiocre sur l’échiquier continental. A l’Ecole normale supérieure de Brazzaville où j’ai exercé, la majorité des départements compte plus de vacataires que d’enseignants titulaires. Et l’on remarque aussi que certains enseignements ne sont pas confiés à leurs spécialistes.

 

Les conditions de travail dans les universités de l’Afrique centrale

Les universités du Congo-Brazzaville, du Gabon, de la République centrafricaine et du Tchad ont vu le jour après la disparition de la FESAC (Fondation de l’enseignement supérieure en Afrique centrale) mise en œuvre par l’Unesco pour la formation des enseignants du secondaire de la région. Après plusieurs décennies, ces universités restent en général marginalisées dans les programmes de développement socioculturels élaborés par les gouvernements qui se sont succédé dans cette région. Des pays comme le Gabon et le Cameroun devraient profiter de leur quiétude sociale pour revaloriser leurs universités par rapport aux autres qui ont été secoués par des guerres civiles. Mal rémunérés et travaillant dans des conditions aléatoires, les enseignants de ces pays ont eu du mal à s’extérioriser. Les bibliothèques universitaires sont absentes et ne sont pas mises à jour quand elles existent comme au Congo-Brazzaville, Etre bien suivi dans ses travaux de recherche pour les étudiants devient une sinécure car leurs professeurs sont souvent partagés entre les classes et les bureaux de certains politiques dont ils sont des conseillers. Dans ces pays où les enseignants ne sont pas généralement bien payés quand on voit le travail qu’ils fournissent ainsi que leur cursus universitaire, l’on constate le départ de certains d’entre eux vers d’autres horizons plus rémunérateurs. L’enquête faite au niveau des compétences de la diaspora de l’Afrique centrale révèle qu’il y a des universitaires bien formés et capables d’aller rehausser le niveau de formation dans leur pays. Mais se posent les conditions de travail avec des salaires qui ne permettraient pas de mener à bien leurs enseignements et recherches. Dans ces pays, on a parfois des hommes qui n’ont que le niveau du secondaire mais qui gagnent mieux leur vie que des universitaires parce qu’acteurs politiques au pouvoir. Et cette situation n’encourage pas certaines compétences de rentrer à Ndjaména, Brazzaville, Bangui ou Libreville où ils seront plus nécessiteux que dans les pays du Nord où certains se sont donnés à des petits métiers qui leur donnent le minimum vital malgré la « mise au placard » de leurs diplômes.

 

Revaloriser l’université en Afrique centrale

Aucune université de l’Afrique centrale sur la liste des cent meilleures du continent et cela devrait interpeller nos décideurs politiques car ils doivent comprendre que l’éducation est l’une des conditions fondamentales pour le développement d’un pays en dehors de la santé. Et apparaît chez nos politiques un élan égoïste quand ils préfèrent envoyer leurs enfants aller étudier dans les pays du Nord et où ils vont aussi se faire soigner au moindre mal. Les pays d’Afrique centrale ont des richesses énormes qui devraient leur permettre de reconsidérer leur système éducatif en revalorisant la condition enseignante. Que de compétences de l’Afrique centrale devenues Français, Britanniques, Canadiens et Américains qui voudraient participer au développement de leur pays ! Mais malheureusement ils sont incompris par les dirigeants de leur pays qui ont souvent lié le tribalisme à leur vision monarchique dans la direction de l’Etat.

 

Les universités d’Afrique centrale, une catastrophe humanitaire quand on se réfère à la place qu’elles occupent sur le classement continental par rapport à celles de l’Afrique de l’Ouest. Et quand on se rappelle les quelques années post-indépendances quand les étudiants de ces pays venaient se former dans des universités de l’Afrique centrale comme le Centre d’enseignement supérieur de Brazzaville qui s’est transformé en Université de Brazzaville depuis 1972. Et ces établissements de l’Afrique centrale sont maintenant classés loin derrière l’université Cheik Anta Diop (Sénégal) et l’université de Ouagadougou (Burkina Faso) qui occupent respectivement les 14è et 37è places. A quand les richesses de l’Afrique centrale devront-elles servir grandement à la formation des cadres ainsi qu’à leur prise en charge décente et non à l’achat des armes et la corruption des acteurs politiques qui ne font qu’aggraver les malheurs des Africains de cette sous-région ? Si l’Afrique centrale néglige ses universités, elle va droit au mur : triste réalité d’une région riche qui mériterait mieux que ça de ses politiques.

 

Publié le 28 sep 2008 à 15:22
Par noelkodia
 

Parmi les nouvellistes confirmés au Congo, Tchichellé Tchivéla est sans doute l’un des écrivains qui a une particularité dans l’art de construire la nouvelle. Deux recueils, « Longue est la nuit » et « L’Exil ou la tombe », définissent l’écriture de Tchichellé Tchivéla. Si dans le premier livre, on sent encore du populaire et du banal à travers le comportement de certains personnages, l’écriture de l’auteur se confirme dans le deuxième recueil par un style qui se caractérise par une technique narrative propre à lui. Après un « sommeil de travail », l’auteur s’apprête à revenir sur la place de la littérature. En attendant, redécouvrons ce vieux « modèle » de la nouvelle congolaise.

 

Prise dans sa globalité, la nouvelle de Tchichellé Tchivéla définit un univers ouvert d’un texte à un autre où les personnages et le monde qui le constituent font penser à un macro-texte. On constate par exemple le retour obsédant de plusieurs personnages dans la plupart des récits. Motungisi présent dans Longue est la nuit  par l’intermédiaire de quelques textes tels «La pierre et les noyaux » (p.24), «Futurs souvenirs » (p.117) réapparaît dans L’Exil ou la tombe où il occupe une position stratégique dans «Terre des anges »(p.91) et «Un fait quotidien (p.102). L’homogénéité qui marque l’œuvre de Tchichellé Tchivéla se traduit aussi dans l’espace où évoluent ses personnages. Les lieux comme Tongwétani et Côte Kanu appartiennent à l’univers diégétique de plusieurs nouvelles des deux recueils comme on peut le reamrquer dans « Longue est la nuit » : «A Matiti, Faubourg de Côte Kanu il pleuvait » (p.27) et « L’Exil ou la tombe » : « Jénie avait treize ans quand son cadet Gaby mourut à Côte Kanu » (p.149). D’autres espaces tels Mabaya, Mbokabato appartiennent aussi aux deux livres. Dans son ensemble, les textes de Tchichellé Tchivéla mettent en relief les tractations socio-politique d’une Afrique qui se cherche encore : lutte contre certaines notions rétrogrades comme le mariage forcé dans «Parasitose mentale » (L’Exil ou la tombe) p.135, et le burlesque qui caractérise les hommes politiques africains dans l’exercice de leur fonction, dégradation des mœurs, lutte de libération, coup d’Etat et d’amateurisme, tels sont les faits que l’on remarque dans le socio-politique des textes de Tchichellé Tchivéla. Contrairement à la plupart des nouvellistes qui font évoluer leurs textes par rupture de la trajectoire spatio-temporelle, on remarque dans chaque livre de Tchichellé Tchivéla une constante macrotextuelle : certains personnages et lieux apparaissent dans plusieurs textes. Yéli Boso que nous fait découvrir Longue est la nuit : « 13 heures. La radio nationale diffusa l’allocution du président Yéli Boso le tout puissant Dynaste Yéli Boso » (p.111) apparaît de nouveau dans  L’Exil ou la tombe : « Le soir, on apprit que dans le palais du tout puissant dynaste, le président Yéli Boso (…) le docteur Tandi K K s’était suicidé » (p.45)

La spécificité de la nouvelle de Tchichellé Tchivéla prend source dans l’écriture en tant que matériau. Si dans Longue est la nuit l’auteur se cherche encore car sa plume est simple, directe et trop populaire à certains moments, il se découvre comme grand nouvelliste dans son deuxième livre. Avec L’Exil ou la tombe, Tchichellé Tchivéla divorce avec le linéaire qui, jusque là est la caractéristique d’autres nouvellistes tels Henri Lopes, J.B. Tati-Loutard et d’autres dont les textes sont écrits à la Balzacienne. Dans son deuxième recueil, l’auteur s’insurge contre les principes élémentaires de la syntaxe qu’il bouscule. Les mots deviennent dans certains textes, des «personnages » qui marquent le récit du côté de la littéralité. Dans la nouvelle intitulée «Un fait quotidien », le mariage entre les pronoms personnels «tu » et « vous » dans un récit conduit principalement par la troisième personne (il) étonne le lecteur habitué aux récits traditionnels commandés en générale soit par la première personne (je), soit par la troisième personne (il) : « Voilà ce que tu t’es demandé, l’œil dilaté en entendant toquer à la porte. Tu as alors saisi votre bras pour vous retenir, je t’en prie (…) ne bouge pas, mais vous avez repoussé ta main et votre réaction t’a convaincue (…) » p.102.

Un autre fait caractérise l’œuvre de Tchichellé Tchivéla : le travail au niveau du texte qui joue avec une catégorie de lecteurs (les compatriotes de l’auteur). En effet chez Tchichellé Tchivéla ; les noms de certains personnages comme Yéli Boso, Mayaka Mba, Motungisi et des pays imaginaires tel Tongwétani rappellent des réalités linguistiques congolaises (ces noms ont des significations en langues du terroir). Une autre originalité de l’auteur : parfois ses textes avancent sans aiguillages temporels ; dans L’Exil ou la tombe, se remarque un divorce entre le temps du récit et celui de la narration dans la majorité des nouvelles. Ces textes demandent au lecteur de reconstruire l’ossature temporelle de la diégèse. On peut dire que dans ce livre la construction des textes au niveau de leur matérialité apparaît comme l’élément pertinent de l’écriture tchichellienne. Dans un entretien avec Alain Brezault et Gérard Clavreuil, Tchichellé Tchivéla se découvrait partisan de la rigueur scripturale quand il affirmait : « En travaillant sur la conception et la structure du récit, je souhaite contribuer à l’avènement d’un genre littéraire d’une beauté formelle propre à l’Afrique ». Et l’auteur d’utiliser quelques africanismes dans ses textes (sans pourtant entacher leur littéralité) tels «cet homme qui autrefois la chicotait » (…) ; « comme des poulets entassés dans une moutête » (Longue est la nuit, pp.30 et 94) et «Daminga, combien en possèdes-tu de deuxièmes bureaux ? » (…) « Ah ! si elle n’avait pas fétiché… » (L’Exil ou la tombe, pp. 135 et 176).

Son premier roman « Les Fleurs de lantanas », publié en 1997 confirme la volonté de l’auteur de «bien écrire » car ce livre qui est en quelque sorte la suite de ses deux recueils de nouvelles au niveau de la thématique, se distingue de ces derniers par un travail fourni au niveau de la littéralité du texte. Si entre temps, le Congo avait ses poètes (Tchicaya U’Tam’Si, Jean Baptiste Tati Loutard, Maxime Ndébéka), ses dramaturges (Sylvain Bemba, Antoine Letembet Ambily), ses romanciers (Sony Labou Tansi, Emmanuel Dongala), on peut affirmer, qu’en dehors de Lopes et Tati Loutard, Tchichellé Tchivéla est un nom qui rappelle une autre façon d’écrire la nouvelle. Et s’il y a des adeptes qui ont plus ou moins épousé la technique d’écriture de Tchichellé Tchivéla sur fond de retour obsédant de certains personnages, c’est bien son cadet Auguy Makey. Celui-ci apparaît comme le nouvelliste congolais le plus fécond de notre époque. Ses textes, à l’instar de Longue est la nuit et L’Exil ou la tombe, apparaissent comme un macro-texte où les principaux personnages tels Toumba, Songolo, Polopino et sa mère, vont d’une nouvelle à une autre comme le font Yéli Boso, Mayaka Mba et Motunguisi dans les textes de Tchichellé Tchivéla.

 

Publié le 01 aoû 2008 à 20:24
Par noelkodia
2008-07-28 19:29:44 par CGPLUS

Le 15 août 2008 prochain, le Congo fête ses 48 ans d’indépendance. Dépasser les élans tribalo-régionalistes sur fond de politique politicienne, tel doit être le leitmotiv que doivent manifester les compétences congolaises de l’Intérieur comme de l’Extérieur pour participer au développement du Congo. Car en dehors de la lutte politique, on peut tout aussi bien participer au développement du pays par le biais de l’Art, de la Culture et de l’Economie.

Des compétences qui dans tous ces domaines existent au Congo et le peuple ne demande que leur participation au lieu de se donner réciproquement à des discours malsains et monotones déjà entendus. Discours entendus depuis l'acquisition de l'Indépendance et particulièrement depuis la Révolution d'août 1963. Triste constat.

Les 13, 14 et 15 août 1963, trois ans après l'indépendance, la crème congolaise s'en prend au Président Fulbert Youlou qualifié de « celui qui avait tout volé ». Pour éviter un bain de sang, le Prélat préféra démissionner. C'est pour dire que la critique est aisée de la part de cette crème et que dénoncer les maladresses d'un chef d'Etat n'est nullement une trouvaille pour l'intelligentsia congolaise. « Indexer », accuser l'autre ethnie, l'autre région qui serait à l'origine de malheurs du pays est tout aussi un exercice aisé.

Critiqué, vilipendé et démissionné par l'intelligentsia nationale, les 13, 14 et 15 août 1963, Youlou est incarcéré avant de se retrouver en exil à Madrid. A son successeur, Alphonse Massambat Débat, il fut reproché une carence idéologique. Pour les censeurs congolais, seul existait le socialisme scientifique et nullement le socialisme bantou abâtardi, imaginé par A. Massambat Débat. Le 31 juillet 1968, il fut évincé du pouvoir par l'aile radicale du Parti, qui s'estimait plus révolutionnaire que lui. Il s'en retourna dans son village Boko. Du M.N.R. au C.N.R., comprenant très tôt ce qu'était l'intellectuel congolais, Marien Ngouabi, va créer le P.C.T. et s'entourer de militaires et ainsi devenir maître de la situation.

Le PCT (Parti Congolais de Travail) est né et avec lui ainsi que le drapeau rouge. Marien Ngouabi va affronter des périodes mouvementées tant sur le plan économique que militaire, ponctuée par des coups d'Etat jamais élucidés. Et pour des raisons qui sont restées jusqu'aujourd'hui obscures, il est assassiné le 18 mars 1977 avant le congrès extraordinaire du PCT auquel il tenait tant. A sa mort, une ethnie, une région sont livrées à la vindicte nationale. Jacques Joachim Yhombi Opango se montrera inflexible. Innocents, le Cardinal Biayenda, A. Massambat Débat et ses compères sont exécutés, car il leur fallait à tout prix des coupables.
 
A titre posthume, les présumés assassins de Marien Ngouabi seront paradoxalement innocentés lors de la Conférence Nationale de juin 1991. Et au cours de ce ragoût populaire, la crème congolaise se trouve un bouc émissaire idéal: Denis Sassou Nguesso. Pendant plus de trois mois, du fait du brusque changement international imposé par la chute du mur de Berlin, les conférenciers congolais, plus concernés par leur per diem vont tirer à boulets rouges sur le parfait bouc émissaire tout désigné : Denis Sassou Nguesso. Fin politique, Denis Sassou Nguesso va assumer toutes les dérives politiques depuis l'Indépendance à 1991. Grand Seigneur, Denis Sassou Nguesso acceptera l'organisation des élections libres consécutives à la Conférence Nationale Souveraine pour tourner une nouvelle page de l'histoire du pays. Et dans ce Congo en effervescence qui apparaît comme une bombe à retardement, le peuple naïf, croira à un changement.


Une Conférence nationale mal négociée

La Conférence Nationale Souveraine sera l'autre tournant mal négocié par les bien pensants congolais. Aussitôt, plusieurs partis politiques verront le jour. Des partis politiques qui pour la plupart se définiront par leur base tribalo-régionaliste. Accusé de tous les maux par ceux là même qui en étaient les grands ordonnateurs, sali, trahi et lâché, le navire P.C.T. va tanguer. Quelques fidèles, Justin Lékoundzou, Isidore Mvouba, Henri Djombo, Jean Baptiste Tati-Loutard, Damien Boussoukou-Mboumba.... résisteront contre vents et marées, à la tentation et se regrouperont autour du Sphinx de Mpila. Ainsi, surgiront : le MCDDI de Bernard Kolelas et son bourgeon : l'UDR Mwinda d'André Milongo, l'UPADS des Trois palmiers, le RDD de Jacques Joachim Yhombi Opango qui seront composés par les transfuges du PCT. Tous ces ensembles ne proposeront rien d'autre que le feu, le fer, les larmes, lors de la décennie 1990. A croire que la bonne gouvernance est allée à la Conférence uniquement pour régler ses comptes à Denis Sassou Nguesso.
La Conférence Nationale Souveraine, avait imposé une transition qui sera conduite par André Milongo. Elle sera couronnée par des élections qui vont se dérouler dans des conditions fort acceptables. Denis Sassou Nguesso acceptera le verdict des urnes, soucieux de la tension créée par ses anciens compagnons de route, issus majoritairement et paradoxalement du PCT.

Pascal Lissouba, l'homme mythe «des Trois palmiers», sera élu président de la République avec la bénédiction et le soutien de son prédécesseur sur la base d'une nouvelle Constitution. Car, à bien réfléchir, bien que le Niari, la Lékoumou et la Bouenza définissant «la région des Trois palmiers», soient une base électorale fort importante, il faut admettre que ces trois entités ne traduisent nullement les 63% sortis des urnes, ayant porté le professeur Pascal Lissouba à la Magistrature suprême. Et comme de bien entendu, Pascal Lissouba divorcera de Denis Sassou Nguesso, son prédécesseur qui l'a aidé à gagner les élections.

Le début d'un mauvais commencement
Avec l'alternance, commence paradoxalement la descente aux enfers du peuple congolais. P. Lissouba va ordonner les bombardements des quartiers Sud de Brazzaville, alors que le pouvoir n'était même pas menacé. Le Congo découvre qu'il a en son sein des Niboleks et des Tcheks. Refusant sciemment de faire confiance à l'armée républicaine, le Professeur s'appuie sur la milice des Aubevillois, pour «protéger son pouvoir ». Une milice formée, comme de bien entendu, sur des bases tribales et régionales. Aussitôt, les autres formations politiques emboîteront le pas et auront aussi leur milice : les Zoulou-Aubevillois pour l'UPADS, les Nindjas pour le MCDDI et les Cobras pour le PCT.
 
Les armes se retrouvent dans les mains des jeunes comme jadis, du temps de la J.M.N.R d'Alphonse Massambat Débat. A partir de 1993, la violence fait partie intégrante de la vie politique congolaise avant d'atteindre son paroxysme le 5 juin 1997. La suite, nous la connaissons tous. Quand Denis Sassou Nguesso devient maître du terrain, Lissouba, Kolelas, Yhombi Opango et quelques-uns de leurs proches prennent le chemin de l'exil. De 1997 à 2003, la région du Pool militairement instable, subit une extermination larvée qui ne dit pas son nom et qui lui est imposée par les confrontations entre armée et des éléments illuminés d'un Pasteur Ntoumi sorti de nulle part.

Depuis 1960, le même scénario revient. L'intelligentsia tient le même raisonnent qui se résume en un seul constat : le Président en exercice est jugé comme étant un incapable, indécrotable tribaliste ne favorisant que son ethnie, sa tribu et sa région pour les uns et l'inverse pour les autres. Tous les présidents congolais ont été traités à la même enseigne dans l'exercice de leur fonction. Chose fortement discutable car aucun Président ne s'est passé des autres régions, à en juger par la formation de toutes les équipes gouvernementales qu'a connues le pays, de Fulbert Youlou à Denis Sassou Nguesso. Tribalisme et régionalisme, des notions qui sont plus extériorisées par l'intelligentsia pour des raisons purement politiques et électorales alors que les Congolais vivent sans ces tares comme on l'a souvent constaté dans des quartiers cosmopolites comme Poto-Poto, Ouenzé et Moungali.
Depuis quelques années, le Congo semble retrouver la paix et essaie de cicatriser, tant bien que mal, toutes les blessures consécutives à tous les tumultes des années 90. Oubliant que les hommes passent et le pays demeure, certains Congolais sont arrivés à une étape où ils ne proposent rien car se déclarant originaires d'une région dont n'est pas issu le Président de la République. Qu'on le veuille ou non, le pays doit être dirigé par un seul chef. Et ce chef est toujours fils d'une région donnée du Congo.
Le Congo a fait une triste expérience en mélangeant guerre et démocratie. Et cette expérience devrait nous faire grandir pour dire : « Plus jamais ça! ».

Nous avons condamné Pascal Lissouba pour avoir bombardé les quartiers Sud de Brazzaville. Nous l'avons aussi condamné pour avoir donné un prétexte à Denis Sassou Nguesso de justifier la guerre du 5 juin 1997. Nous avons condamné ce dernier pour avoir déclenché la tragédie du 18 décembre 1998. Nous l'avons aussi condamné pour avoir laissé ses Cobras écumer la région du Pool. Mais cela devrait-il se passer autrement pour tous ces antagonistes politiques quand on sait que « l'on ne peut pas faire des omelettes sans casser les œufs » ?

Il était temps que la parenthèse de sang ouverte depuis la Conférence Nationale Souveraine fût fermée. L'Initiateur importe peu, car tous les leaders politiques et l'intelligentsia congolaise en sont responsables. Il faut penser à la (re)construction du pays au lieu d'être dans un virtuel et perpétuel combat idéologique qui n'est que le relent des certaines déceptions et de certaines rancœurs. Comment comprendre que, ceux qui hier louaient le pouvoir se retournent contre ce même pouvoir alors qu'il fonctionne toujours de la même façon depuis des lustres. On peut regretter un mérite du PCT, celui d'avoir en son sein son CCV (Commission de Contrôle et de Vérification) qui ne permettait pas la gabegie actuelle constatée dans le pays depuis l'arrivée de l'UPADS au pouvoir jusqu'à nos jours. Comment comprendre que ceux qui ont crié haro sur Denis Sassou Nguesso en soient arrivés à partager le pain et le vin avec lui ?

Vu les situations vécues depuis la colonisation par les Congolais du Nord au Sud, d'Est à l'Ouest, vu les liens qui se sont fondés sur la base des amitiés et mariages interethniques, vu les réalités du monde, il est impensable que les uns puissent vivre sans les autres. Ce qui nous rassemble, étant plus fort que ce qui nous divise. L'intelligentsia congolaise, Urbi et Orbi, doit plutôt réfléchir sur les tenants et aboutissants de l'avenir du pays au lieu de passer le temps à chantonner les mêmes rengaines des temps anciens. Les hommes politiques congolais « se comprennent bien » car ayant été formatés à la même école.

L'intelligentsia doit être une force de propositions
Nous devons être une force de propositions. Nous devons proposer, proposer et encore proposer. Même si dans un premier temps le Sphinx de Mpila balaie le tout d'un revers dédaigneux, il arrivera un moment où il se rendra compte de la pertinence de ces propositions.
Les conflits interethniques d'après Conférence Nationale Souveraine doivent nous faire réfléchir. Les hommes politiques en sont conscients, contrairement à ce que pensent certains intellectuels. Il faut même louer leur prise de conscience d'une réalité dont ils ont été eux-mêmes géniteurs.

Denis Sassou Nguesso a permis le retour au bercail de tous les exilés politiques. Un geste fortement louable de sa part. Une fois de plus, Denis Sassou Nguesso a assumé, il a accepté de partager le pain et le vin avec ceux là même qui le vouaient aux enfers. Nous ne pensons pas que Kolelas, Yhombi Opango, Moukouéké, Tamba Tamba soient inquiétés ou menacés d'un quelconque procès de la part du Sphinx de Mpila. Auraient-ils fait pareil si c'était l'inverse? Nous en doutons fortement. La Sangsue (ainsi B.Kolelas en 1992 avait qualifié Denis Sassou Nguesso) aurait pu les condamner à l'exil à vie, le ciel ne serait pas tombé, comme on le dit souvent chez nous. Mais Denis Sassou Nguesso a pensé à l'Unité nationale, à la Réconciliation nationale après les dures épreuves de la décennie 90. Devons nous penser que le vertueux Kolelas s'est mué lui aussi en sangsue ? Car, qui se ressemble, s'assemble.

Le pays a besoin de tous ses fils et filles du Nord au Sud et d'Est à l'Ouest pour son développement. Le temps est venu pour que les compétences de la diaspora congolaise sortent des sentiers battus de la critique politicienne et de se rapprocher de cette classe politique afin de les aider à force de propositions.
Le pays a des compétences dans tous les domaines.

Chaque région a des filles et des fils qui sont en quête d'une fenêtre leur permettant d'effectuer certaines réalisations. Si les médecins ne pouvaient penser que Médecine, si les enseignants ne pouvaient penser qu'Enseignement, si les économistes ne pouvaient penser qu'Economie, si les agronomes ne pouvaient penser qu'Agriculture, nos régions respectives foisonneraient de projets qui n'ont nullement besoin de l'Etat pour leurs réalisations. Alors, nous serions loin de ces désastres que nous avons connus et que nous continuons à connaître. Si cette plage avait existé, certains de nos frères de la zone d'Ollombo-Oyo auraient préféré, auraient conseillé par exemple la construction d'une université comportant toutes les annexes car située à quelques heures de la capitale, à la plate forme aéroportuaire. Même si pour le Président l'option sécuritaire primait, il aurait compris, qu'Ollombo-Oyo rayonnerait beaucoup plus avec une université et qu'un aéroport dans ce coin était une vue de l'esprit.

Il est entendu que tous les Congolais ne peuvent être au gouvernement, au Sénat ou à l'Assemblée. S'occuper uniquement de la politique où l'on croit gagner sa vie sans effort, mais avec toutes les arabesques possibles, apparaît jusque là comme une erreur fondamentale pour les compétences. C'est une sclérose mentale qui a fait des métastases dans le microcosme intellectuel congolais. Les Congolais pensent toujours que l'on ne peut améliorer le sort des nationaux qu'en étant au gouvernement. Pour avoir théorisé cette pensée, certains intellectuels se bousculent au portillon de Mpila. A celui qui sera le meilleur Beni oui - oui.

Cesser d'être plus royaliste que le roi

Tant que les compétences n'auront pas le courage de servir le pays en étant des forces de propositions, leurs pamphlets envers les hommes politiques ne seront que du vent. Alors, le chien continuera à aboyer et la caravane poursuivra inexorablement son chemin. Participer au développement du pays en s'écartant de la politique politicienne doit être au centre de toute réflexion du Congolais, indépendamment de son origine ethnique. Et pour cela il nous faut une révolution mentale. Certes, les mentalités dans une société prennent du temps à changer. La Démocratie chez les Occidentaux s'est imposée après plusieurs générations. L'Europe a aussi connu ses dictateurs, ses guerres. Nous devons comprendre que la (néo)colonisation avait pris en otage la majorité des dirigeants politiques africains dès l'indépendance, les nôtres y compris. Aux compétences de proposer des alternatives de développement au lieu de continuer dans une critique creuse et stérile qui n'amène à rien et dont le seul résultat est de braquer, de cabrer l'homme politique.

Les politiques sont tellement vaccinés aux discours pamphlétaires qu'il faut « travailler » avec eux pour leur imposer « scientifiquement » les bonnes idées qui nous éviteraient d'ouvrir à tout moment la boîte de Pandore.
Pour cela, nous demandons à Monsieur Le Président Denis Sassou Nguesso d'opérer une véritable métanoïa dans son schéma de réflexion. Nous lui proposons d'engager une décentralisation, une autonomie réelle des 10 départements et de la zone autonome de Brazzaville. Ces régions devraient alors être dotées d'un budget octroyé par l'Etat. Les filles et les fils des dites régions ayant comme mission et tâche de les engager respectivement dans la voie du développement. Cela va dédouaner la Présidence de la République et le Gouvernement si souvent taxés de mauvaise gestion et de malversations diverses malgré leur bonne volonté dans l'exercice de leurs missions. Alors et alors seulement, nul au Congo ne pourra dire que le pays ne marche pas à cause du Président. Denis Sassou Nguesso a-t-il compris le bien fondé, tout comme tous les bénéfices qu'il peut tirer d'une décentralisation, de donner plus d'autonomie aux départements?

Nous avons réfléchi sur le passage des régions aux départements qui devrait emmener ceux-ci au développement de tout le pays si on pouvait les contrôler à bon escient. Le gouvernement devrait responsabiliser chaque chef de Département qui serait élu objectivement par la population de la dite région. A lui serait confié le budget de certaines réalisations à effectuer dans le département en mettant à sa disposition des compétences dans les domaines appropriés. Aussi, tous les fils et filles de chaque département seraient directement concernés pour son développement.

Le Président de la République et le gouvernement pourraient envisager le développement des régions sans pour autant se sentir diminués dans la direction des affaires nationales et internationales. Au contraire, l'exécutif se dédouanerait devant les populations car les responsables de toute mauvaise gestion seraient tout désignés. Les populations auraient la tâche de dénoncer ceux de leurs frères ethniques, co-tribaux, filles et fils de la région qui se seraient mal comportés dans la gérance du budget à eux alloué pour les projets à mettre en œuvre dans leur terroir. Projets que les filles et les fils de la région auraient déterminés librement. Pour tout Congolais, tout échec dans quelque réalisation que ce soit est imputable au haut sommet. Le Haut sommet souvent pris à partie car jugé complice et incapable de punir les mauvais gérants du fait des affinités amicales et tribales. Accepter l'autonomie des départements n'est pas synonyme de sécession. Cette autonomie serait même la voie qui résorberait ce cancer qu'est le réflexe ethnique, tribal.

Certes, Denis Sassou Nguesso (acte I et acte II) a mis beaucoup de temps dans l'exercice de ses fonctions de Premier Magistrat. Mais nous ne pensons pas que les injures, les invectives, les propos diffamatoires soient la solution qui ferait avancer le pays. Le Président de la République, comme de bien entendu, est un être humain qui aussi un Ego. Injures et invectives, sont une source inquiétante qui pourrait écorner son orgueil et partant l'Unité nationale, déjà fragilisée par les derniers malheureux événements de la dernière décennie.

En quarante huit ans d'indépendance, la classe intellectuelle congolaise a lancé des mouvements sans savoir ce qu'il fallait faire après. Cela va du mouvement du 13, 14, 15 août 1963 pour culminer à la Conférence Nationale Souveraine de juin 1991. Ainsi comme l'a écrit William Faulkner, « le passé n'est pas mort et enterré. En fait il n'est même pas passé ». Aussi pensons-nous qu'un mariage sincère entre les intellectuels et les dirigeants politiques serait une véritable bouée de sauvetage du pays qui commence à renaître de ses cendres des tristes événements de la décennie 90.


Noël KODIA (Critique littéraire) et Alexandre DZELA PASSY (Economiste)

Publié le 01 aoû 2008 à 20:10
Par noelkodia
Publié le 03 mai 2008 à 13:17
Par noelkodia

  Dans quelques mois, le Congo va rentrer dans la zone de turbulence de ses souvenirs historiques, plus précisément ceux des Trois Glorieuses. Une occasion de rappeler à la jeune génération les tenants et aboutissants de nos échecs pour qu’elle puisse être à l’origine d’une nouvelle société où les Congolais de toutes les régions pourraient vivre en symbiose. Et pour cela, les romans de Dominique Mfouilou, que l’on peut considérer sans contexte comme l’un des meilleurs romanciers-historiens de notre époque, se présentent comme des textes didactiques pour élever la conscience de certains Congolais qui n’arrivent pas encore à s’approprier le "nous" commun..

Le roman, dit Stendhal, est un miroir que l’on promène le long de la route. Balzac se disait secrétaire de la société de son temps. Au Congo, s’il y a un écrivain qui peut répondre à ces deux assertions, c’est bien Dominique Mfouilou dont l’histoire du Maswaniste et celle de la Révolution des 13, 14 et 14 août 1963 trouvent le reflet parfait dans ses œuvres. Et cela prouve un travail de recherche dont les historiens ne peuvent nier les faits romancés avec justesse.

Si les historiens congolais ont souvent peur d’écrire l’Histoire contemporaine du peuple congolais, surtout que celle-ci rappelle le sang, il y a des romanciers qui ont osé briser le tabou mais en se cachant derrière la fiction qui permet aux lecteurs de "croire" à tout ce qu’on leur raconte. L’œuvre de Dominique Mfouilou relègue la fiction au second plan pour se définir comme un film documentaire sur les réalités congolaises de son époque et même celui de ses parents. Son œuvre romanesque se présente comme un diptyque dont le Maswanisme et la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963 semblent être les thématiques centrales.

"La Soumission" et "Les Corbeaux" : deux récits fondés sur le Maswanisme

Ces deux livres situent leurs événements dans la période coloniale avec toutes les brutalités que les Français imposent aux Congolais, particulièrement aux populations de la région du Pool et Brazzaville. A travers les aventures rapportées par le héros-narrateur de "La Soumission", le lecteur découvre les supplices et les travaux forcés qui ont désorganisé la société congolaise en général et la région du Pool en particulier : les cultures vivrières seront délaissées au profit de l’exploitation du "nkuezo". Et apparaissent les premiers miliciens au Congo qui vont aussi occuper une grande place dans la littérature congolaise à cause de leur impact négatif sur les populations. Aussi, "La Soumission" aura sa suite logique dans "Les Corbeaux", deuxième roman de l’auteur qui met en exergue les véritables héros du Maswanisme appelé encore "corbeaux". Leur chef André Maswa est le héros central du livre qui mène, avec ses adeptes tels le vieux Sita, Mbemba et Nganga, une lutte contre l’administration coloniale. Ils sont persécutés et Maswa est jugé par l’administration coloniale pour ses idées anticoloniales.

Les Maswanistes sont arrêtés et conduits aux travaux forcés de la construction du CFCO (Chemin de fer Congo Océan). Arrêté, Maswa meurt et les Congolais du Pool qui ne veulent pas payer l’impôt de capitation subissent la loi bestiale des "mbulu mbulu" au service des Français. Et le roman de s’achever en enjambant le temps colonial par l’évocation de la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963. "La Soumission "et "Les Corbeaux", deux romans qui révèlent le héros Maswa qui est en avance sur le temps quand il demande ouvertement la liberté des Congolais en s’opposant à l’administration coloniale.

Du "Vent d’espoir" au "Mythe d’Ange" : l’histoire de la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963 romancée avec justesse

Après l’indépendance qui annonce déjà la Françafrique de De Gaulle, la véritable histoire post coloniale commence en 1963 avec la Révolution congolaise. Et Dominique Mfouilou est âgé de 21 ans, et déjà un grand garçon scolarisé et patriote qui ne peut rester indifférent devant ce grand bouleversement sociopolitique qui se passe devant lui, mouvement sociopolitique qui révèle certains acteurs qui ont son âge. "Vent d’espoir" devient en quelque sorte le "commencement de l’espoir" qui va malheureusement se transformer quelques années plus tard en "commencement des douleurs" avec la stalinisation du pouvoir politique. "Vent d’espoir" retrace le déroulement de la Révolution qui va emporter le premier président congolais Fulbert Youlou. Celui-ci, ne voulant pas se conformer au désir du peuple par le biais des syndicalistes, se trouve confronté à la colère de ce même peuple qui demande sa démission le 15 août 1963 après plusieurs incidents dans Brazzaville qui provoquent la mort de trois manifestants. Aussi ce "vent d’espoir" va donner naissance quelques années après au "Quidam" qui rappelle le mouvement du 22 février 1972 qui va bousculer la classe politique congolaise issue de la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963.

Dans ce roman, la réalité dépasse la fiction et se lit comme un film dont l’acteur principal fait penser au grand musicien Franklin Boukaka emporté par l’intolérance "révolutionnaire d’une société qu’il voulait paradoxalement conscientiser par la chanson. Et la mort du quidam annonce celle des innocentes victimes d’une machination politique dans le cinquième roman intitulé "La Salve des innocents". Ce roman se lit comme une page sanglante de la Révolution congolaise après la mort mystérieuse et mystique du président Marien Ngouabi. Dominique Mfouilou nous rappelle un certain 7 février 1978 quand, à l’aube dans la brousse sur la nationale 2, appelé encore Route du Nord, l’exécution sommaire de dix Congolais innocents, tous de la même ethnie, après une parodie de procès. Le Procureur a joué son rôle dans ce procès sur l’énigmatique assassinat de Marien Ngouabi. Et le roman de Dominique Mfouilou de nous rappeler une fois de plus l’histoire du Congo des années 70 marquée par le passage lugubre d’un Général-président au pouvoir qui n’accorda aucune mesure de clémence aux innocents condamnés à mort même quand leur culpabilité s’était avérée aléatoire.

Avec "L’Inconnu de la rue Mongo", l’auteur laisse un peu de côté les méandres de la vie politique congolaise pour nous développer une chronique brazzavilloise dans le quartier Poto-Poto Alcool et bagarre dans une buvette vont accompagner le "Grand costaud" et l’inconnu de la rue Mongo tout au long du récit. Le Brazzaville de ce roman fait écho à un grand monument de la capitale qui fait revivre la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963, le célèbre "Ondongo Très Fâché".

Le récit d’"Ondongo" est comme le rappel de l’enfance d’un jeune Congolais après un long séjour à l’étranger. Et quand il revient en vacances à Brazzaville, il redécouvre la statue d’Ondongo à la place de la gare. Commencent alors à défiler en lui les souvenirs du soulèvement du peuple de Brazzaville qui avait commencé en ces lieux avant de provoquer la chute de Fulbert Youlou. Aussi, par sa thématique, "Ondongo" se présente comme une réécriture de "Vent d’espoir". Et avec la milice populaire nommée "Défense civile" qui naît après la Révolution, se révèle une figure charismatique de la jeunesse congolaise nommé Ange Diawara qui va inspirer l’auteur pour son huitième intitulé "Le Mythe d’Ange". Dans ce roman, l’auteur se focalise sur les turpitudes que connaît la Révolution congolaise, surtout au niveau de la jeunesse où des noms tels Ange Diawara, Claude Ernest Ndalla Graille, Ambroise Noumazalaye, José Maboungou, Lécas Atondi Momondjo… vont jouer de grands rôles. Mais des antagonismes, au sein de cette même jeunesse, provoquent l’insurrection du 22 février 1972 dirigée par Ange Diawara. Et comme l’affirme lui-même l’auteur dans son avant propos, "la génération de Diawara (…) a marqué son époque et [que ce dernier] a tenté de conduire à la victoire, restera assimilé à la JMNR (Jeunesse du Mouvement National de la Révolution) et à son aile militaire, la Défense civile, dont l’organe suprême était le parti : le MNR (Mouvement National de la Révolution). Elle appartient à l’Histoire du Congo, pour ce qu’elle y présente et ce qu’elle explique".

Le Congolais révolté dans les romans de Dominique Mfouilou

Dans presque tous les récits de Dominique Mfouilou, le Congolais se montre révolté dans sa propre société où il ne semble pas jouir de sa liberté. Le premier roman de l’auteur a pour titre révélateur "La Soumission" où le Congolais révolté est représenté par les Maswanistes qui ne veulent pas se soumettre à l’administration coloniale Et cela se vérifie aussi dans "Les Corbeaux" qui traite peu ou prou la même thématique. Et même après l’indépendance, le Congolais révolté est toujours présent dans la société quand la lutte des classes y est dénoncée. Les Congolais se révoltent contre la politique aléatoire de Fulbert Youlou. Mais après le désenchantement que crée la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963, le Congolais continue à se révolter. Dans "Le Quidam", le héros-narrateur n’accepte pas l’assassinat de Franklin Boukaka. Dans "La Salve des innocents", le Congolais révolté ne comprend pas ce sadisme qui caractérise le Général-président en 1978 qui ferme les yeux devant l’innocence de dix malheureux compatriotes victimes d’un procès bidon. Se réalise aussi la révolte intérieure de l’inconnu de la rue Mongo devant l’attitude pugiliste de "Grand costaud". Cette révolte le pousse de le défier jusqu’au bout, à la grande surprise de celui-ci. Dans son ensemble, l’œuvre de Dominique Mfouilou est une somme de livres d’une certaine jeunesse révolutionnaire des années 60 et 70 avec ses éclats ambitieux d’un enthousiasme qui, parfois, a conduit à des erreurs politiques. Les romans de Mfouilou font vivre en général, dans l’intérieur des Congolais, l’angoisse et la torpeur auxquels ils se sont confrontés depuis la montée du tribalisme, du népotisme que pourtant Youlou et Opangault avaient essayé d’effacer à leur époque.

Dominique Mfouilou : un écrivain qui a réussi le mariage roman-histoire

Toute son œuvre se fonde sur l’histoire du Congo. Aucun univers étranger ne vient perturber la réalité congolaise de ses romans en dehors de l’expérience française du héros de "Ondongo". L’œuvre de Dominique Mfouilou annonce des personnages, pour la plupart politiques, qui rappellent des grandes figures ayant réellement existé. E la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963, fondement de la majorité de ses romans, est une étape primordiale de l’histoire congolaise du XXè siècle.

Si Dominique Mfouilou se découvre comme l’un des meilleurs romanciers-historiens, on peut aussi citer Guy Menga avec "La Palabre stérile "et "Case de Gaulle", Antoine Letembet Ambily (1) (plus connu comme dramaturge par son célèbre "L’Europe inculpée"), avec "La Femme d’espoir" et Bernard Zoniaba (2) avec "Les Rescapés de Mbirou". On découvre dans les romans d’Antoine Letembet Ambily et Bernard Zoniaba comment les peuples du Nord Congo ont lutté contre la présence des Blancs dans les régions de la Cuvette et de la Sangha.

Conclusion

Au moment où l’Afrique commence à récrire son histoire longtemps falsifiée par les Africanistes eurocentristes, il serait intéressant de revaloriser les œuvres littéraires qui retracent avec objectivité quelques pans de notre histoire. Et les livres de Dominique Mfouilou sont bien placés pour relire une page de l’Histoire congolaise, principalement celle qui a été marquée par la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963. Dominique Mfouilou romancier ou historien ? Peut-être les deux à la fois, lorsque l’on se réfère à sa formation universitaire en sciences sociales.

Bibliographie de l’auteur (3)
"La Soumission", L’Harmattan, 1971
"Les Corbeaux", Akpagnon, 1980
"Vent d’espoir", L’Harmattan, 1991
"Le Quidam", L’Harmattan, 1994
"La Salve des innocents", L’Harmattan, 1997
"L’Inconnu de la rue Mongo", L’Harmattan, 1999
"Ondongo", L’Harmattan, 2000
"Le Mythe d’Ange", L’Harmattan, 2006
Noël KODIA

Notes
(1) Antoine Letembet Ambily (1929-2003) est plus connu comme dramaturge avec sa célèbre pièce "L’Europe inculpée" primée en 1969 par l’ORTF. Il a publié son seul roman "La Femme d’espoir" en 1994 aux Editions de l’Imprimerie Nationale du Congo.
(2) Ancien homme politique du Congo, Bernard Zoniaba (1929-2001) est venu tard à la littérature avec deux excellents ouvrages : le roman "Les Rescapés de Mbirou" publié en Roumanie en 1966 et un recueil de nouvelles "Hier et maintenant" aux éditions Nouvelles du Sud à Paris, 1993.
(3) En dehors du roman, Dominique Mfouilou est aussi dramaturge. On lui doit la pièce "Fuir l’enfer de Brazzaville" publiée aux éditions Paari en 2006. Se fondant sur le vécu du cardinal Emile Biayenda, il s’apprête à publier un livre sur la vie de cet homme d’église aux éditions Paari à Paris.
 


Noel Kodia

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