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reliau lou : dibien
guy Menga : palabre sterile
mongo beti : l'ivrognerie
diongue : saul je voudrais savoir combien de chapitre comporte le pleurer rire et s il vous plait donner un titre a chaque chapitre
jrk : cnnaissance
guy menga : le résumé de la palabre stérile
mongo beti : villa cruelle
guy menga : la palabre sterile
guy menga : le résumé de la palabre stérile
eza boto : ville cruelle
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Publié le 03 mai 2008 à 13:17
Par noelkodia
Dans quelques mois, le Congo va rentrer dans la zone de turbulence de ses souvenirs historiques, plus précisément ceux des Trois Glorieuses. Une occasion de rappeler à la jeune génération les tenants et aboutissants de nos échecs pour qu’elle puisse être à l’origine d’une nouvelle société où les Congolais de toutes les régions pourraient vivre en symbiose. Et pour cela, les romans de Dominique Mfouilou, que l’on peut considérer sans contexte comme l’un des meilleurs romanciers-historiens de notre époque, se présentent comme des textes didactiques pour élever la conscience de certains Congolais qui n’arrivent pas encore à s’approprier le "nous" commun..
Le roman, dit Stendhal, est un miroir que l’on promène le long de la route. Balzac se disait secrétaire de la société de son temps. Au Congo, s’il y a un écrivain qui peut répondre à ces deux assertions, c’est bien Dominique Mfouilou dont l’histoire du Maswaniste et celle de la Révolution des 13, 14 et 14 août 1963 trouvent le reflet parfait dans ses œuvres. Et cela prouve un travail de recherche dont les historiens ne peuvent nier les faits romancés avec justesse. Si les historiens congolais ont souvent peur d’écrire l’Histoire contemporaine du peuple congolais, surtout que celle-ci rappelle le sang, il y a des romanciers qui ont osé briser le tabou mais en se cachant derrière la fiction qui permet aux lecteurs de "croire" à tout ce qu’on leur raconte. L’œuvre de Dominique Mfouilou relègue la fiction au second plan pour se définir comme un film documentaire sur les réalités congolaises de son époque et même celui de ses parents. Son œuvre romanesque se présente comme un diptyque dont le Maswanisme et la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963 semblent être les thématiques centrales.
"La Soumission" et "Les Corbeaux" : deux récits fondés sur le Maswanisme Ces deux livres situent leurs événements dans la période coloniale avec toutes les brutalités que les Français imposent aux Congolais, particulièrement aux populations de la région du Pool et Brazzaville. A travers les aventures rapportées par le héros-narrateur de "La Soumission", le lecteur découvre les supplices et les travaux forcés qui ont désorganisé la société congolaise en général et la région du Pool en particulier : les cultures vivrières seront délaissées au profit de l’exploitation du "nkuezo". Et apparaissent les premiers miliciens au Congo qui vont aussi occuper une grande place dans la littérature congolaise à cause de leur impact négatif sur les populations. Aussi, "La Soumission" aura sa suite logique dans "Les Corbeaux", deuxième roman de l’auteur qui met en exergue les véritables héros du Maswanisme appelé encore "corbeaux". Leur chef André Maswa est le héros central du livre qui mène, avec ses adeptes tels le vieux Sita, Mbemba et Nganga, une lutte contre l’administration coloniale. Ils sont persécutés et Maswa est jugé par l’administration coloniale pour ses idées anticoloniales. Les Maswanistes sont arrêtés et conduits aux travaux forcés de la construction du CFCO (Chemin de fer Congo Océan). Arrêté, Maswa meurt et les Congolais du Pool qui ne veulent pas payer l’impôt de capitation subissent la loi bestiale des "mbulu mbulu" au service des Français. Et le roman de s’achever en enjambant le temps colonial par l’évocation de la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963. "La Soumission "et "Les Corbeaux", deux romans qui révèlent le héros Maswa qui est en avance sur le temps quand il demande ouvertement la liberté des Congolais en s’opposant à l’administration coloniale.
Du "Vent d’espoir" au "Mythe d’Ange" : l’histoire de la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963 romancée avec justesse Après l’indépendance qui annonce déjà la Françafrique de De Gaulle, la véritable histoire post coloniale commence en 1963 avec la Révolution congolaise. Et Dominique Mfouilou est âgé de 21 ans, et déjà un grand garçon scolarisé et patriote qui ne peut rester indifférent devant ce grand bouleversement sociopolitique qui se passe devant lui, mouvement sociopolitique qui révèle certains acteurs qui ont son âge. "Vent d’espoir" devient en quelque sorte le "commencement de l’espoir" qui va malheureusement se transformer quelques années plus tard en "commencement des douleurs" avec la stalinisation du pouvoir politique. "Vent d’espoir" retrace le déroulement de la Révolution qui va emporter le premier président congolais Fulbert Youlou. Celui-ci, ne voulant pas se conformer au désir du peuple par le biais des syndicalistes, se trouve confronté à la colère de ce même peuple qui demande sa démission le 15 août 1963 après plusieurs incidents dans Brazzaville qui provoquent la mort de trois manifestants. Aussi ce "vent d’espoir" va donner naissance quelques années après au "Quidam" qui rappelle le mouvement du 22 février 1972 qui va bousculer la classe politique congolaise issue de la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963. Dans ce roman, la réalité dépasse la fiction et se lit comme un film dont l’acteur principal fait penser au grand musicien Franklin Boukaka emporté par l’intolérance "révolutionnaire d’une société qu’il voulait paradoxalement conscientiser par la chanson. Et la mort du quidam annonce celle des innocentes victimes d’une machination politique dans le cinquième roman intitulé "La Salve des innocents". Ce roman se lit comme une page sanglante de la Révolution congolaise après la mort mystérieuse et mystique du président Marien Ngouabi. Dominique Mfouilou nous rappelle un certain 7 février 1978 quand, à l’aube dans la brousse sur la nationale 2, appelé encore Route du Nord, l’exécution sommaire de dix Congolais innocents, tous de la même ethnie, après une parodie de procès. Le Procureur a joué son rôle dans ce procès sur l’énigmatique assassinat de Marien Ngouabi. Et le roman de Dominique Mfouilou de nous rappeler une fois de plus l’histoire du Congo des années 70 marquée par le passage lugubre d’un Général-président au pouvoir qui n’accorda aucune mesure de clémence aux innocents condamnés à mort même quand leur culpabilité s’était avérée aléatoire. Avec "L’Inconnu de la rue Mongo", l’auteur laisse un peu de côté les méandres de la vie politique congolaise pour nous développer une chronique brazzavilloise dans le quartier Poto-Poto Alcool et bagarre dans une buvette vont accompagner le "Grand costaud" et l’inconnu de la rue Mongo tout au long du récit. Le Brazzaville de ce roman fait écho à un grand monument de la capitale qui fait revivre la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963, le célèbre "Ondongo Très Fâché". Le récit d’"Ondongo" est comme le rappel de l’enfance d’un jeune Congolais après un long séjour à l’étranger. Et quand il revient en vacances à Brazzaville, il redécouvre la statue d’Ondongo à la place de la gare. Commencent alors à défiler en lui les souvenirs du soulèvement du peuple de Brazzaville qui avait commencé en ces lieux avant de provoquer la chute de Fulbert Youlou. Aussi, par sa thématique, "Ondongo" se présente comme une réécriture de "Vent d’espoir". Et avec la milice populaire nommée "Défense civile" qui naît après la Révolution, se révèle une figure charismatique de la jeunesse congolaise nommé Ange Diawara qui va inspirer l’auteur pour son huitième intitulé "Le Mythe d’Ange". Dans ce roman, l’auteur se focalise sur les turpitudes que connaît la Révolution congolaise, surtout au niveau de la jeunesse où des noms tels Ange Diawara, Claude Ernest Ndalla Graille, Ambroise Noumazalaye, José Maboungou, Lécas Atondi Momondjo… vont jouer de grands rôles. Mais des antagonismes, au sein de cette même jeunesse, provoquent l’insurrection du 22 février 1972 dirigée par Ange Diawara. Et comme l’affirme lui-même l’auteur dans son avant propos, "la génération de Diawara (…) a marqué son époque et [que ce dernier] a tenté de conduire à la victoire, restera assimilé à la JMNR (Jeunesse du Mouvement National de la Révolution) et à son aile militaire, la Défense civile, dont l’organe suprême était le parti : le MNR (Mouvement National de la Révolution). Elle appartient à l’Histoire du Congo, pour ce qu’elle y présente et ce qu’elle explique".
Le Congolais révolté dans les romans de Dominique Mfouilou Dans presque tous les récits de Dominique Mfouilou, le Congolais se montre révolté dans sa propre société où il ne semble pas jouir de sa liberté. Le premier roman de l’auteur a pour titre révélateur "La Soumission" où le Congolais révolté est représenté par les Maswanistes qui ne veulent pas se soumettre à l’administration coloniale Et cela se vérifie aussi dans "Les Corbeaux" qui traite peu ou prou la même thématique. Et même après l’indépendance, le Congolais révolté est toujours présent dans la société quand la lutte des classes y est dénoncée. Les Congolais se révoltent contre la politique aléatoire de Fulbert Youlou. Mais après le désenchantement que crée la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963, le Congolais continue à se révolter. Dans "Le Quidam", le héros-narrateur n’accepte pas l’assassinat de Franklin Boukaka. Dans "La Salve des innocents", le Congolais révolté ne comprend pas ce sadisme qui caractérise le Général-président en 1978 qui ferme les yeux devant l’innocence de dix malheureux compatriotes victimes d’un procès bidon. Se réalise aussi la révolte intérieure de l’inconnu de la rue Mongo devant l’attitude pugiliste de "Grand costaud". Cette révolte le pousse de le défier jusqu’au bout, à la grande surprise de celui-ci. Dans son ensemble, l’œuvre de Dominique Mfouilou est une somme de livres d’une certaine jeunesse révolutionnaire des années 60 et 70 avec ses éclats ambitieux d’un enthousiasme qui, parfois, a conduit à des erreurs politiques. Les romans de Mfouilou font vivre en général, dans l’intérieur des Congolais, l’angoisse et la torpeur auxquels ils se sont confrontés depuis la montée du tribalisme, du népotisme que pourtant Youlou et Opangault avaient essayé d’effacer à leur époque.
Dominique Mfouilou : un écrivain qui a réussi le mariage roman-histoire Toute son œuvre se fonde sur l’histoire du Congo. Aucun univers étranger ne vient perturber la réalité congolaise de ses romans en dehors de l’expérience française du héros de "Ondongo". L’œuvre de Dominique Mfouilou annonce des personnages, pour la plupart politiques, qui rappellent des grandes figures ayant réellement existé. E la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963, fondement de la majorité de ses romans, est une étape primordiale de l’histoire congolaise du XXè siècle. Si Dominique Mfouilou se découvre comme l’un des meilleurs romanciers-historiens, on peut aussi citer Guy Menga avec "La Palabre stérile "et "Case de Gaulle", Antoine Letembet Ambily (1) (plus connu comme dramaturge par son célèbre "L’Europe inculpée"), avec "La Femme d’espoir" et Bernard Zoniaba (2) avec "Les Rescapés de Mbirou". On découvre dans les romans d’Antoine Letembet Ambily et Bernard Zoniaba comment les peuples du Nord Congo ont lutté contre la présence des Blancs dans les régions de la Cuvette et de la Sangha.
Conclusion Au moment où l’Afrique commence à récrire son histoire longtemps falsifiée par les Africanistes eurocentristes, il serait intéressant de revaloriser les œuvres littéraires qui retracent avec objectivité quelques pans de notre histoire. Et les livres de Dominique Mfouilou sont bien placés pour relire une page de l’Histoire congolaise, principalement celle qui a été marquée par la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963. Dominique Mfouilou romancier ou historien ? Peut-être les deux à la fois, lorsque l’on se réfère à sa formation universitaire en sciences sociales.
Bibliographie de l’auteur (3) "La Soumission", L’Harmattan, 1971 "Les Corbeaux", Akpagnon, 1980 "Vent d’espoir", L’Harmattan, 1991 "Le Quidam", L’Harmattan, 1994 "La Salve des innocents", L’Harmattan, 1997 "L’Inconnu de la rue Mongo", L’Harmattan, 1999 "Ondongo", L’Harmattan, 2000 "Le Mythe d’Ange", L’Harmattan, 2006 Noël KODIA
Notes (1) Antoine Letembet Ambily (1929-2003) est plus connu comme dramaturge avec sa célèbre pièce "L’Europe inculpée" primée en 1969 par l’ORTF. Il a publié son seul roman "La Femme d’espoir" en 1994 aux Editions de l’Imprimerie Nationale du Congo. (2) Ancien homme politique du Congo, Bernard Zoniaba (1929-2001) est venu tard à la littérature avec deux excellents ouvrages : le roman "Les Rescapés de Mbirou" publié en Roumanie en 1966 et un recueil de nouvelles "Hier et maintenant" aux éditions Nouvelles du Sud à Paris, 1993. (3) En dehors du roman, Dominique Mfouilou est aussi dramaturge. On lui doit la pièce "Fuir l’enfer de Brazzaville" publiée aux éditions Paari en 2006. Se fondant sur le vécu du cardinal Emile Biayenda, il s’apprête à publier un livre sur la vie de cet homme d’église aux éditions Paari à Paris. |  |  Noel Kodia
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Publié le 30 avr 2008 à 21:45
Par noelkodia
Après son premier roman "Hymne à la tolérance" (2), Ghislaine Nelly Huguette Sathoud, plus connue comme poétesse, dramaturge, nouvelliste et essayiste, revient à la prose romanesque avec "L’Amour en migration", un récit qui rappelle ses idées de femme de combat pour l’émancipation féminine(3). Aussi il n’est pas surprenant de rencontrer dans ce texte l’héroïne Léki, ainsi que la majorité des personnages féminins, être au carrefour du mariage et des conditions rétrogrades à elles imposées par la coutume et la tradition africaines.
Pour avoir été emmenée en Occident par son mari, Léki, après moult souffrances, finit par divorcer. Elle ne peut supporter le comportement rétrograde de son mari qui profite des droits que lui confère le mariage coutumier pour détruire sa véritable signification. "Pourquoi vivre en couple alors qu’en réalité je vivais comme une femme seule" se demande l’héroïne. Souvenirs d’enfance marqués par l’ "acceptation" de ses frères par rapport à elle par les parents, souvenirs de sa tante Muboté qui s’est vue imposer un mari grotesque à cause du respect de la tradition, rappel de sa vie avec son mari à l’étranger, tels sont les points essentiels que nous rappelle l’héroïne qui, âgée de 55 ans, revient au pays où elle retrouve quelques amies de jeunesse. Et le roman apparaît comme un mélange de monologue intérieur de Léki et ses conversations avec ses amies sur la condition de la femme qui doit se libérer de l’emprise de l’homme. Ce dernier et sa famille se permettant d’influencer négativement la femme au foyer.
Une enfance "souillée" par les parents Léki se voit encore sous l’emprise de ses parents, en particulier de son père qui ne l’autorise pas de sortir comme ses frères. Elle se croit alors brimée malgré la place d’aînée par rapport aux garçons de la maison. Et s’oppose, dans le conflit père-fille, l’homme accroché à la tradition à la fille transformée par l’ouverture du modernisme. L’éducation traditionnelle que le père veut inculquer à son enfant fait écho aux "grossesses accidentelles" qui arrivent dans le monde des filles et qui n’honorent pas leur famille. Pour respecter la famille, Léki se fera avorter contre son gré, son divorce n’étant pas prononcé : "Malheureusement, il fallait encore respecter ces fameuses traditions (…). Il fallait (…) s’attendre que le divorce soit prononcé pour envisager une telle entreprise" (p.115). L’enfance de Léki, c’est aussi le retour de l’image de sa tante Muboté maltraitée par son mari. Encore élève, elle vit les tribulations conjugales de cette dernière et constate que la femme n’a pas les mêmes droits que l’homme. Elle ne comprend pas la réaction de son père devant les souffrances conjugales de sa sœur qui vient chercher protection au près de lui. Il lui demande de rejoindre le foyer pour la dignité de la famille, même quand elle préfère se suicider que de repartir de souffrir dans la maison de son homme. Et la jeune Léki de découvrir l’enfer du monde des adultes pour les femmes quand sa tante se confie à elle, un enfer qu’elle vivra elle-même quand elle va se marier plus tard. Sa tante a vécu un mariage forcé, sans amour. Elle se révèle comme une femme révoltée à qui on a imposé un homme sans scrupule et plus âgée qu’elle. Cette femme dont les études ont été arrêtées par le mariage se rappelle un parent humilié après sa mort par une autre femme se disant intellectuelle. Aussi, profitant de la maturité scolaire de sa nièce, elle se propose de venger le parent défunt humilié. Ce que va accepter la jeune Léki avec courage pour l’honneur de la famille. Cette tante qui meurt à la suite d’un accouchement dans un mariage éprouvant, va bouleverser le destin de l’héroïne. Quelle ne sera pas sa peine quand plus tard elle va, elle aussi, se confronter aux vicissitudes du mariage !
Quand Léki parle de son séjour à l’étranger avec son mari N’ayant pas d’enfant dans son foyer, un conseil de famille tente de trouver une solution à ce problème. Et l’héroïne d’accepter de suivre son mari à l’étranger dans l’espoir d’y "soigner" sa stérilité, la médecine étant perfectionnée en Occident. Commencent alors pour elle d’autres tribulations quand son homme n’accepte pas sa stérilité tout en la déstabilisant moralement et socialement. Mais le récit prend une autre tournure quand la femme se voit enceinte. Et le texte de nous rappeler le passage de Léki dans un foyer. Pour ne pas se rendre responsable de la séparation de Léki avec son ex mari, Nari son nouvel homme, opte pour l’avortement par le biais duquel elle perd son droit à la féminité tant attendue : "J’aurai bien voulu cet enfant, surtout quand je pense à ton problème. Mais tu connais ton mari. Je crains qu’il ne rejette même toute la responsabilité de l’échec de votre mariage sur moi alors que je ne te connais que depuis votre séparation" (p.106). Et comme une grossesse qui se déclare avant le divorce devient un dilemme pour le couple, Léki est contrainte de respecter les lois de la coutume : elle se fait avorter alors que son ex-mari est encore convaincu de sa stérilité, cet homme qui n’a pas pu la satisfaire dans leur vie de couple : "Comment dire au grand jour que je n’étais pas satisfaite sexuellement sans courir le risque de se faire passer pour une pute ? Lui-même déjà était conscient de la difficulté d’une femme d’avouer publiquement ce problème. Il en était conscient et en profitait pour me narguer" (p.122)
La place de la femme dans le roman Elles sont souvent martyrisées par l’homme qui profite de la situation sociale que lui procure le pouvoir de la coutume et de la tradition africaines. En dehors de l’intellectuelle qui s’est servie de sa situation de femme ayant étudié pour dénigrer paradoxalement un parent de l’héroïne, toutes les femmes du roman subissent le poids de la tradition à travers le mariage. Léki se voit martyrisée par son mari à l’étranger. Sa tante Muboté et son amie Matambi vivent des mariages "pénibles" avec leurs époux. Pendant que la première ne comprend pas la réaction affichée par son frère, le père de l’héroïne, quand elle vient se plaindre pour maltraitance de la part de son homme, la seconde, quant à elle, se voit tromper par son époux qui se donne une maîtresse avec laquelle il aura un enfant. Vil comportement de l’homme qui a été aidé et soutenu par sa femme quand il avait perdu son emploi. La femme dans L’Amour et migration, c’est aussi l’image de la mère de Léki qui avec ses enfants, sont maltraités par la belle-famille à la mort de leur mari et père. Et cette situation est bien mise en exergue par l’auteure dans son théâtre et ses essais (3) où elle se dévoile comme fervente militante pour l’émancipation féminine en condamnant les coutumes rétrogrades africaines qui "mettent l’homme au-dessus de la femme". Se dégage aussi dans ce roman l e destin des enfants orphelins en Afrique avec leurs réalités socioéconomiques telle la sorcellerie dont ils sont accusés et la puissance des églises de réveil qui puisent ses adeptes dans la gente féminine et orpheline. Et la place de la femme dans ce livre se résume agréablement dans le chapitre 15 intitulé "Réflexion de femmes" où la conversation entre l’héroïne et ses amies d’enfance se focalise sur son mari et sa belle-famille qui semblent être à l’origine de ses malheurs. Désespérée et trahie, elle croit trouver la solution dans le suicide que lui déconseillent ses amies.
La signification du mariage dans "L’Amour en migration" Le mariage nous révèle ici les "liaisons dangereuses" entre les deux époux sur fond de la réalité africaine confrontée parfois à la vie occidentale pour les immigrés. Et de cette situation, se réalise l’ "amour en migration" pour les couples. Dans ce genre de mariage, l’homme est en général vu sous l’angle infernal de sa "méchanceté" vis-à-vis de la femme. En dehors du père de Léki qui est pour l’émancipation de la femme africaine à travers l’éducation qu’il donne à ses filles, malgré son penchant à la tradition afin de sauvegarder la virginité de celles-ci, tous les hommes de L’Amour en migration paraissent grotesques. Le mari de Léki et ceux de sa tante Muboti et son amie Matambi sont des hommes de paille qui lient l’imbécillité au pouvoir que leur donne la puissance de la dot selon les réalités africaines pour humilier leur conjointe. Mais devant ce négationnisme en ce qui concerne les libertés primaires d’une femme au foyer et dans la vie civile, s’élève le cri de révolte de l’héroïne qui se remarque dans la clausule du récit : "Pourquoi vivre en couple alors qu’en réalité je vivais comme une femme seule ? Pour le regard des autres ? Il fallait mettre fin à cette comédie" (p.175)
Du style dans le roman Comme la plupart des romans écrits par les écrivaines congolaises, le texte de Ghislaine Sathoud épouse la narration à la première personne où parfois le "je-narrant" se confond avec le "je-narré". De l’incipit du texte au chapitre 4, la narratrice évolue de l’extérieur sans "se montrer" au lecteur et ce n’est qu’à la page 25, quand sa mère l’appelle par son nom, qu’elle se rapproche du lecteur. A partir de ce moment, le récit évolue par l’intérieur de l’héroïne qui raconte ses aventures. Tout au long du texte, Léki se montre dubitative et sceptique car ne pouvant pas résister à la société des hommes qu’elle rencontre. Et ses propos avancent souvent par une série d’interrogations qui poussent le lecteur à la réflexion comme on peut le constater dans son attitude à propos du comportement on ne peut plus désagréable de son mari : "Etait-ce un moyen de marquer son incapacité ? Etait-ce de l’intimidation pour me faire taire ? (…) Pourquoi était-il aussi cruel envers une femme qui partageait sa vie ?" (p.122). Du style, on remarque aussi la théâtralisation du texte dans les dialogues de certains personnages où la narratrice n’intervient pas. Deux personnages peuvent parler sans aiguillages narratifs comme on peut le constater aux pages 112 et 113 dans la longue discussion entre Léki et son père. Peut-être une réminiscence de la dramaturgie qu’a pratiquée l’auteure.
Conclusion L’Amour en migration, un roman qui pose les véritables problèmes que rencontre la femme africaine dans la société. La lutte des femmes pour briser certains pratiques néfastes de l’homme "traditionnel", les coutumes du mariage et le réveil de la femme à travers l’école sont des thèmes qui reviennent souvent dans le roman féminin. Et des textes tels Bienvenus au royaume du sida de Marie-Louise Abia, L’Hôte indésirable Doris Kélanou et Détonations et folie de Liss pour ne citer que ces œuvres de ces dernières années, se définissent comme des instruments de lutte pour les femmes contre le népotisme de l’homme africain qui reste encore accroché au traditionalisme quand il s’agit de considérer la femme comme lui. Les problèmes posés par les couples dont les femmes semblent se révolter contre le comportement "impérialiste" de l’homme, sont souvent au centre des "dénonciations" de ces écrivaines. Une façon de s’attaquer à l’hégémonie de l’homme sur la femme. Et la lutte des femmes pour leur émancipation s’avère explicite à travers les héroïnes de ces œuvres.
Notes (1) Ghislaine Nelly H. Sathoud, L’Amour en migration, Ed. Menaibuc, Collection Interdépendance africaine, Paris, décembre 2007, 176 p. (2) Ghislaine Nelly. H. Sathoud, Hymne à la tolérance, Ed. Ménolic, Québec, 2005, 75 p. (3) lire ses deux essais Les Femmes d’Afrique centrale au Québec et Le Combat des femmes au Congo Brazzaville, publiés respectivement en 2006 et 2008 aux éditions l’Harmattan, et présentés dans le magazine Afrique Education nos 212 et 246. |  |
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Publié le 21 avr 2008 à 17:25
Par noelkodia
25 juin 1913 - 17 avril 2008, Aimé Césaire, l’un des piliers de la littérature négro-africaine n’est plus. Condisciple de Léopold Sédar Senghor et de Léon-Gontran Damas, il peut être considéré comme l’un des précurseurs de la Négritude. Ecrivain célèbre, il nous laisse un héritage qui nous pousse à réfléchir sur le devenir de l’homme nègre ainsi que sa place dans l’histoire culturelle et politique au moment où les Noirs ont décidé de réviser l’historiographie de leur continent longtemps réalisée par les africanistes européens avec quelques maladresses qui souvent dépassent l’entendement africain.
Après avoir découvert les lettres en Martinique au lycée de Fort de France et à Louis-le-Grand à Paris, il fonde avec Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas en 1939 "L’Etudiant noir" qui se présente comme une suite logique d’une autre revue de l’époque intitulée "Légitime défense". A la même année apparaît son "Cahier d’un retour au pays natal" comme pour annoncer son retour au bercail dans une langue volcanique et pleine d’agressivité et qui va s’approfondir avec une colère légitime dans "Discours sur le colonialisme". Le texte met en relief l’itinéraire du poète nègre devant son destin de colonisé dont la thématique sera le nerf directeur de l’emblématique "Discours sur le colonialisme". Dans ce cri de douleur, il ne se voit pas fils de certains royaumes africains comme le Dahomey et le Ghana. Il se veut enfant de ce pays calme et merveilleux qui était l’Afrique : "Non, nous n’avons jamais été amazones du roi du Dahomey, ni princes de Ghana (…) ni docteurs de Tombouctou (…). Nous sommes un fumier ambulant hideusement prometteur de cannes tendres et de coton soyeux (…) et ce pays l’Afrique était calme, disant que l’esprit de Dieu était dans ses actes". Et Jacques Chevrier de faire la remarque suivante sur l’auteur en relation avec son œuvre : "A la différence de l’Africain également victime de la colonisation occidentale, mais dont la culture submergée n’a jamais totalement cessé d’exister, l’Antillais a été coupé de ses racines et sonné d’adhérer à la politique pratiquée par le maître blanc qui prétendait pouvoir l’assimiler dans le temps même il refusait l’égalité la plus élémentaire. Aussi privé de contre de gravité puisque voulant être Nègre, il constate qu’il est Blanc. L’Antillais fait-il figure de bâtard de l’Europe et de l’Afrique partagé entre le père qui le renie et cette mère qu’il a reniée". Une œuvre engagée et engageante Déjà dans ses textes qui apparaissent comme un mélange de l’expression personnelle du poète avec le déchirement de la symbiose de plusieurs cultures, s’élabore une poétique de la Négritude sur fond d’une revendication de l’identité noire. Et dans ces textes revendicatifs, se dégage un surréalisme qui empêche le message de s’ouvrir sans difficulté comme les poètes classiques. Ce qui a poussé certains critiques à dire que les textes de Césaire sont hermétiques et difficiles à "soutenir". Mais il faut plutôt voir dans ce langage fermé du poète sa capacité de jouer avec les mots dans l’univers des images qui rappellent le monde noir : "Sang Sang ! tout notre sang ému par le cœur mâle du soleil / ceux qui savent la féminité de la lune au corps d’huile / l’exaltation réconciliée de l’antilope et de l’étoile / ceux dont la survie chemine en la germination de l’herbe". Aussi dans un poème dédié à Césaire, le Congolais Théophile Obenga remarque à juste titre que "les mots sont les leurs / mais le chant est nôtre". La révolte poétique de Césaire définit le futur homme politique de la Martinique. Elu député de Fort-de-France, il se fait, d’après Henri Lemaître, "porte-parole de la revendication d’indépendance avec un extrémisme qui trouve son expression la plus complète dans "Discours sur le colonialisme". Ses idées politiques le poussent à frapper à la porte du parti communiste auquel il adhère. Dans l’effervescence des idées de la Négritude et du Communisme qui se télescopent, il se sépare du parti communiste en justifiant sa décision dans sa "Lettre à Maurice Torez". Ayant compris que le langage poétique n’est pas accessible à la masse populaire, il embrasse le théâtre pour divulguer ses idées de "libéralisation et d’indépendance" du peuple noir. En 1961, il écrit "La Tragédie du roi Christophe" inspirée par l’aventure historique d’un roi noir d’Haïti. Cinq après, il récidive dans la relation politique/théâtre avec "Une saison au Congo" qui se présente comme l’une des grandes fresques de l’histoire post-coloniale de l’Afrique. La trame de la pièce se situe en République démocratique du Congo, une année après son indépendance, et met en relief la disparition tragique de Patrice Emery Lumumba. On peut dire, qu’après analyse de sa dramaturgie, Césaire révèle une multitude de thèmes telle la révolte sur fond de cri de douleur qui fait penser à la revendication de la Négritude pour la libération du peuple noir. Une œuvre fournie, souvent "gardée dans l’ombre" à cause de sa violence et son agressivité fondée sur une colère légitime vis-à-vis du pouvoir (néo)colonial qu’elle a traversé. En poésie on peut citer "Cahier d’un retour au pays natal" (1939), "Les Armes miraculeuses" (1946), "Soleil cou coupé" (1950), "Ferrements" (1960), "Cadastre" (1961), "Moi, laminaire" (1982). Son théâtre se définit par quatre pièces : "Et les chiens se taisaient" (1956), "La Tragédie du roi Christophe" (1963), "Une Saison au Congo" (1967), "Une Tempête" (1969). Il a aussi élucidé sa pensée politique avec "Discours sur le colonialisme", (1956), "Lettre à Maurice Thorez" (1956), lettre dans laquelle il explique sa rupture avec le Parti communiste avant de fonder le Parti progressiste martiniquais en adoptant le programme aux besoins de ses militants, "Toussaint Louverture : la Révolution française et le problème colonial" (1960). On peut remarquer que son œuvre couvre la période (néo)coloniale, d’où son "rejet" de la part des Eurocentristes malgré sa richesse esthétique et la véracité de ses idées. Des textes qui anticipent la décolonisation de l’Afrique par la puissance de leur dimension politique. En 1981, il pense trouver l’acceptation de ses idées quand la gauche revient au pouvoir en France avec François Mitterrand. Peine perdue ! Il n’aura pas gain de cause, d’où son dernier recueil de poésie "Moi, laminaire" publié en 1982. Comme le souligne Henri Lemaître ; "Césaire apparaît non seulement comme un de grands porte-parole de la Négritude, mais aussi et peut-être surtout comme l’un de ceux qui ont su situer l’expression de l’âme noire dans des perspectives non point particularistes, mais largement humanistes". Un héritage à fructifier Jusqu’à la fin de sa vie, Aimé Césaire n’a pas trahi son esprit combatif pour la liberté et le respect du peuple noir. Fidèle à ses idées avant-gardistes, il a eu même à s’opposer à l’aspect positif de la colonisation que voulait "faire valoir" la France et la conception migratoire du président Nicolas Sarkozy dont la maîtrise de l’historiographie du peuple noir laisse malheureusement à désirer. Après la disparition de tous les précurseurs de la Négritude, se ferme une page qui n’a pas séduit beaucoup d’écrivains négro-africains du XXè siècle. De la Négritude, sommes-nous peut-être passés à la Tigritude du Nobel Wolé Soyinka quand on remarque les contre-vérités ainsi que la falsification de certaines pages de l’histoire des peuples noirs par des africanistes eurocentristes. Longtemps allergiques à l’œuvre de Césaire car agressive et attaquant l’immoralité du Blanc vis-à-vis du Noir, certains Eurocentristes se dévoilent maintenant tolérants et conciliants alors qu’ils n’osaient accepter, il y a quelques années, les vérités du "Discours sur le colonialisme". Les Noirs doivent garder en eux un point positif de la Négritude, même si elle fut décriée par certains intellectuels, celui d’avoir lancé le débat sur la véritable indépendance de l’homme noir. Et Aimé Césaire est de ceux qui ont participé au mouvement malgré la connaissance on ne peut aléatoire qu’il avait sur la terre de ses ancêtres, comme il l’affirmait à Lilyan Kesteloot : "Ma connaissance de l’Afrique était livresque ; j’étais tributaire de ce qu’écrivaient les Blancs ; (…) la littérature[ sur l’Afrique] n’était pas fort abondante, et même quand elle existait, elle était certainement partiale" (Cf. Lilyan Kesteloot, Bernard Kotchy, "Aimé Césaire, l’homme et l’œuvre", Présence africaine, 1993). Pour conclure Aimé Césaire est un chantre de la "dignité nègre" que l’élite intellectuelle et politique du continent doit immortaliser en récrivant notre histoire longtemps déformée et falsifiée à des fins impérialistes ; et cela pour décourager les Africains dans la prise de conscience d’une partie de la responsabilité du Blanc dans leurs souffrances actuelles à travers la traite négrière qui écuma une grande partie du continent. Aimé Césaire, un alchimiste de la langue française qui devrait rappeler les tenants de la Francophonie que l’agressivité et la colère qui se traduisent en langue française du côté des Noirs n’est autre qu’une façon d’assumer leur identité longtemps malmenée et falsifiée par le (néo)colonialisme. Aussi "Cahier d’un retour au pays natal" et "Discours sur le colonialisme" peuvent être considérés comme deux armes miraculeuses qui doivent être des livres de chevet pour la jeunesse africain qui se cherchent encore. Une jeunesse qui doit les brandir comme des boucliers et des lances au moment où l’on constate l’émergence de certains réflexes néocoloniaux du côté de certains Blancs. "Anti raciste, anticolonial, altermondialiste avant l’heure, Aimé Césaire est le témoin téméraire du XXIè siècle" constate agréablement Yves Ekoué Amaïzo dans son éditorial sur www.afrology.com. Aujourd’hui la Négritude césairienne est un héritage qui n’appartient plus à la seule Martinique mais à tous les Nègres quel que soit le lieu où ils se trouvent en se confrontant paradoxalement à l’inhumanisme de la mondialisation prônée par les Eurocentristes. Aimé Césaire, un prototype de la dignité humaine qui doit servir d’exemple à la nouvelle classe politique africaine qui lutte contre la "désinvolture" eurocentriste.
Publié le 19 avr 2008 à 12:15
Par noelkodia
Le Kenya et le Tchad, deux pays qui viennent de prouver aux yeux du monde que la démocratie en Afrique a des problèmes pour s’installer normalement. Une fois de plus l’Union africaine est mise à l’épreuve, surtout qu’elle vient d’avoir un nouveau président en la personne du Gabonais Jean Ping depuis le 1er février 2008. Mais pourquoi l’Union africaine, qui s’est voulue plus combative que l’Unité africaine, n’arrive-t-elle pas à résoudre les problèmes que cette dernière n’a pas pu régler ? Avec le retour du multipartisme sur fond de démocratie imposée après la chute du mur de Berlin, le continent est entré dans le cycle infernal des guerres interethniques. Le Rwanda s’est rendu « célèbre » par son génocide, le Congo-Brazzaville a eu ses guerres des années 90 avant de connaître la paix. La République démocratique du Congo n’arrive pas à remettre de l’ordre dans une partie du pays en dépit des élections qui s’y sont passées. Et malgré de nombreuses rencontres au niveau des chefs d’Etat par l’intermédiaire de l’Union africaine née sur les cendres de l’Organisation de l’unité africaine, le continent ne fait que surprendre dans le comportement rétrograde de certains de ses chefs d’Etat.
La tragédie du Kenya et l’imbroglio du Tchad : une honte pour l’Union africaine
Il a fallu beaucoup de morts et de dégâts matériels pendant plusieurs semaines pour qu’une solution politique soit trouvée au Kenya ; une solution imposée par l’extérieur comme si les Africains étaient incapables de se faire violence pour se ressaisir à temps quand les conflits interethniques commencent à « appeler le sang ». Et cela, devant l’impuissance de l’Union africaine alors même que les irrégularités ont été manifestes dans la lutte électorale qui opposait Mwai Kibaki à son adversaire Raila Odinga. Heureusement que les forces de l’ordre kenyanes se sont montrées « républicaines ». Quelques années auparavant, l’hypothèse de la confiscation du pouvoir par l’armée pour remettre de l’ordre dans le pays au bord du chaos, n’aurait pas été à exclure. Aujourd’hui, l’Union africaine a très bien compris que le « respect » des armées du continent vis-à-vis du politique non militaire est devenu une réalité concrète. Surtout que l’alternance est liée maintenant aux urnes. L’Union africaine se dit formellement catégorique pour ne plus accepter en son sein tout Etat qui se reformerait à partir d’une prise de pouvoir par les armes. Mais pourquoi ce type d’exigence ne concernerait-il pas les Etats dont les dirigeants ne respecteraient pas la limitation du nombre de mandats à eux imposée par leur Constitution ? Pourquoi ces dirigeants ne veulent-ils pas quitter « démocratiquement » le pouvoir qu’ils prétendent avoir conquis normalement par la voie des urnes ? Pourquoi ont-ils oublié subitement que « Vox populi, vox Dei »? Une révolution culturelle devait s’imposer sur le continent pour changer les mentalités. Car il faut tourner la page de cet analphabétisme politique qui caractérise cette classe politique. Elle reste en effet encore accrochée aux élans monarchiques hérités de la fin des monarchies ayant existé sur le continent quand elles ont été combattues par les puissances coloniales. Il faut une révolution culturelle pour contrecarrer le « lavage de cerveau » subi par le continent pendant moult décennies et dont les séquelles sont encore « visibles » dans les sociétés africaines.
L’Union africaine sur les traces de l’Unité africaine De sa naissance à sa mort, l’Unité africaine a brillé par son incompétence si bien qu’à un certain moment elle a été qualifiée de syndicat de chefs d’Etat. L’Unité africaine a connu l’Afrique des coups d’Etat dont plusieurs ont été sanglants et ont même emporté la vie de certains chefs d’Etat. Nous affirmions, il y a quelques années, qu’ « avec les coups d’Etat militaires, est mise en pratique une nouvelle façon de s’approprier le pouvoir : l’assassinat des chefs d’Etat. Inauguré tristement par les Togolais avec la mort de leur premier président et suivi plus tard par celle du président Diori Hamani en 1974, le phénomène fait tache d’huile dans la plupart des pays au sud du Sahara. Quelques exemples : le 13 avril 1975, le président Garta Tombalbaye est tué avec toute sa famille dans son palais, le 18 mars 1977, le Congolais Marien Ngouabi tombe « l’arme à la main » en plein jour dans son état major au moment où l’armée est paradoxalement consignée, le capitaine Thomas Sankara du Burkina Faso est tué par ses proches, [quelque temps après] le Niger [récidivait] avec la mort tragique du président Maïnassara » (1). Il faut rappeler que dans les années qui suivent les indépendances, se révèle déjà la Françafrique initiée par le Général De Gaulle. Ce dernier préfère avoir des « croûtons » à la tête de chaque nouveau pays indépendant. Et cela, pour mieux les contrôler à travers le respect du pacte colonial qui va favoriser le pillage des matières premières. Pour De Gaulle, il faut maintenir ces « pères de l’indépendance » au pouvoir, grâce aux accords militaires entre la France et ces nouveaux pays quand ces derniers sont menacés par la colère des peuples oppressés qui se rendent compte de la naissance d’une bourgeoisie compradore dans leur pays. Et commence une sorte de lutte de classes qui poussent les militaires à être aux côtés des exploités. Malheureusement, par manque d’éducation politique, ils font pire que leurs prédécesseurs. L’Africain qui, après la lueur d’espoir apportée par la chute du mur de Berlin avec comme résultante le retour du multipartisme, est vite tombé dans le désenchantement. De la monarchie dictatoriale, on est vite passé à la démocratie dictatoriale. On se sert des luttes interethniques sur fond d’élections tripatouillées pour se maintenir au pouvoir. Les récents événements du Kenya et du Tchad viennent de démontrer la fragilité de la démocratie africaine qui se fonde malheureusement sur le tribalisme et l’égoïsme de certains dirigeants. Et devant cette nouvelle situation, l’Union africaine démontre son impuissance à agir malgré la tricherie avérée et le manque de respect par les pouvoirs en place des principes élémentaires de la démocratie pluraliste. L’alternance au pouvoir, comme on la trouve dans les grandes démocraties tels les Etats unis et l’Europe, devient une chimère chez les Africains. La France qui, en s’adressant principalement à ses ex-colonies, avait bien commencé avec le discours de la Baule, a été vite rattrapée par les réalités de la Françafrique. Après l’étape du multipartisme, élément essentiel de la démocratie donnant la possibilité aux peuples de choisir leurs dirigeants, il faut maintenant imposer au continent l’obligation de l’alternance à la tête de chaque Etat comme on le remarque dans les vieilles démocraties où le président ne peut pas s’éterniser au pouvoir. L’histoire politique contemporaine nous révèle toujours des alternances dans les pays réellement démocratiques, même si le président a été exceptionnel dans l’exercice de ses fonctions. Les Africains éviteraient les conflits politiques avec affrontements interethniques si leurs dirigeants pouvaient imiter les vieilles démocraties en ce qui concerne l’alternance au pouvoir. Moult chefs d’Etat, à l’exception de quelques sages d’Afrique tels Mathieu Kérékou du Bénin, Abdou Diouf du Sénégal et Alpha Oumar Konaré du Mali, ne veulent pas rendre service à leur peuple en quittant le pouvoir dans la dignité. Plusieurs décennies au pouvoir et le chef d’Etat finit par transformer la république en monarchie. Et cela va à l’encontre du continent qui est entré dans l’ère du multipartisme sur fond d’élections libres et transparentes et de Constitutions où sont notifiées les limitations de mandats présidentiels.
Combattre les coups d’Etat constitutionnels qui ont remplacé les coups d’Etat militaires En saluant la fin des partis uniques, les peuples africains croyaient trouver leur espérance et leur bonheur dans la démocratie pluraliste où pouvoir et opposition devaient se surveiller mutuellement pour la bonne gouvernance du politique et de l’économique dans un pays. Les peuples africains ne vivraient pas dans cette pauvreté qui saute aux yeux si les richesses que regorge le continent étaient bien gérées par leurs dirigeants. Comment comprendre que des pays du Nord sans pétrole ne vivent jamais la pénurie de ce liquide qui paradoxalement manque à certains moments dans les pays producteurs tels le Nigeria ou le Congo ? L’Union africaine devrait se poser des questions sur cette situation tant des compétences au niveau continental et au sein de la diaspora existent pour proposer des solutions. L’Union africaine doit écrire une autre page de l’histoire du continent, plus humaine et plus démocratique que celle que nous avons héritée de l’Unité africaine qui a été influencée par les « pères des indépendances », de la vieille école. Avec les compétences sur le continent et au niveau de la diaspora, le développement de l’Afrique devrait se reposer en partie sur la bonne volonté de la nouvelle classe politique (2). Celle-ci commence à se faire remarquer en remettant en cause certains manquements acceptés et même appréciés par la vieille classe. On note une réelle remise en cause de la politique de la Françafrique avec ses corollaires tels la monnaie Franc CFA (qui dépend curieusement de l’Euro par l’intermédiaire de la Banque française) et quelques manifestations « impérialistes » de la Francophonie. Ce qui est bizarre, c’est que l’on a souvent présenté les pays africains comme des états pauvres dans tous les domaines. Des pays où le citoyen vivrait en général avec moins d’un dollar par jour et dont le « mode de vie » est défini à partir des bureaux climatisés des pays développés. Comment l’Union africaine n’arrive-t-elle pas à réfléchir au paradoxe affiché par nos pays qui sont pourtant riches en pétrole, en bauxite, en diamant, en uranium, en bois, en eau, en soleil mais dont les populations croupissent dans une pauvreté insolente ? L’Union africaine a demandé aux militaires de ne plus utiliser les armes pour accaparer le pouvoir même si les manquements politiques sont explicites au niveau de la classe dirigeante, l’alternance politique étant maintenant synonyme de batailles des urnes. Soit. Mais il faut qu’elle s’impose maintenant dans le domaine de la limitation des mandats présidentiels, passage obligé pour amener les Africains à l’alternance au pouvoir, au changement réclamé par les peuples. L’histoire politique des pays du Tiers monde nous a révélé qu’un président de la République qui s’éternise au pouvoir se transforme souvent en monarque car grisé par le pouvoir. Aussi, faudrait-il rappeler que « les présidents à vie n’amènent qu’à la médiocrité » (3). L’histoire de ces dernières années nous a révélé des coups d’Etat constitutionnels comme au Tchad et au Togo. Le président Idriss Déby Itno a foulé aux pieds la limitation des mandats imposée par la Constitution de son pays pour se représenter aux nouvelles élections. Au Togo, il y a eu mise à mort de la Constitution par les militaires fidèles au défunt Eyadema qui avait transformé la république en monarchie. Et l’intervention de l’armée a permis au jeune Faure Gnassingbé de remplacer royalement son père sans la « permission » du peuple. Pourquoi l’Union africaine n’exprime pas tout haut ce que pensent tout bas les populations africaines ? Comment ne peut-elle pas prendre en compte les inquiétudes qu’expriment les vieilles démocraties sur le modèle on ne peut plus aléatoire d’interprétation de nos Constitutions ? Peut-être que la situation du Cameroun, où la Constitution s’apprête à être modifiée pour permettre au président Paul Biya de barrer la route à l’alternance, devrait-elle faire réfléchir l’Union africaine. A ce sujet, les Etats Unis, par la voie de Janet Elisabeth Garvey ont déjà mis en garde les autorités camerounaises : « la position des Etats Unis est claire. Nous condamnons régulièrement la modification de la limitation du nombre de mandats présidentiels dans d’autres pays (…) ; tout effort visant à réviser la Constitution (…) pourrait être perçu comme étant destiné à servir les intérêts d’un individu ou d’un groupe » (4). Comment comprendre que le vieux Zimbabwéen Robert Mugabe, avec le poids de ses 83 ans, puisse encore briguer un sixième mandat en 2008 ? Comment pourrait-on prendre l’Union africaine au sérieux quand elle ne peut pas aller à l’encontre du tripatouillage des Constitutions, source de conflits politiques sur le continent ? L’UA ne devrait pas marcher sur les traces de l’OUA qui a été incapable de condamner les coups d’Etat militaires qui ont ensanglanté les nombreuses années de son existence. Pour conclure
Le Kenya et le Tchad viennent de nous rappeler que la démocratie est encore faible et aléatoire sur le continent. L’Union africaine d’Alpha Oumar Konaré s’est battue tant bien que mal pour essayer de faire prendre conscience aux chefs d’Etat africains de l’importance majeure de la bonne gouvernance. Aujourd’hui, l’optimisme est devant nous quand nous remarquons que le nouveau président l’Union africaine élu depuis le 1er février 2008 à Addis Abeba, le Gabonais Jean Ping, a tendu déjà la main aux compétences de la diaspora comme nous le fait savoir Jean Paul Tedga quand il affirme que l’actuel patron de l’Union africaine « a demandé le soutien sans faille de la diaspora que l’Union africaine considère à juste titre comme « la sixième région » africaine » (5). Et ces compétences de la diaspora devraient lui demander de réfléchir aux véritables tenants et aboutissants du nouveau visage de la Françafrique sarkozienne et sur la limitation des mandats, point essentiel de nos Constitutions. Limitation des mandats qui devrait nous ouvrir le chemin de l’alternance politique sur le continent. Limitation des mandats qui fait couler beaucoup d’encre dans les classes politiques africaines et qui permettrait aux autres compétences des majorités au pouvoir comme celles des oppositions de se présenter aux élections présidentielles pour donner un autre souffle à la politique africaine marquée par la monotonie et la désinvolture de la puissance des présidents « inamovibles » qui voudraient mourir le pouvoir dans leurs mains, à l’instar des rois des temps immémoriaux.
Le Dr. Noël KODIA est essayiste et critique littéraire.
Notes (1) Noël Kodia, « La démocratie, un luxe pour les Africains ? » in Développement et Coopération (D+C) n° 6, novembre-décembre 2002, Francfort. (2) Lire L’Union africaine freine-t-elle l’unité des Africains ?, Tomes 1 et 2, Ouvrages collectifs sous la direction de Yves Ekoué Amaïzo, Editions Menaibuc, Paris, 2005. (3) Propos d’un auditeur au cours de l’émission « Une semaine en Afrique » du 15. 03. 08. Radio France Internationale. (4) linternationalmagazine.com du 7.02.08. (5) Jean Paul Tedga, « Union africaine : Jean Ping demande le soutien de la diaspora » in Afrique Education n°247 du 1er au 15 mars, Paris 2008
Publié le 14 mar 2008 à 12:43
Par noelkodia
Fervente militante pour les droits humains en général et des droits de la femme en particulier, Ghislaine Nelly Huguette Sathoud ne cesse de lutter, depuis son adolescence, contre la suprématie de l’homme vis-à-vis de la femme dans la société contemporaine où ce dernier a de la peine à se faire violence pour accepter la femme comme une « égalité » dans l’évolution de la société. Après « Les Femmes d’Afrique centrale au Québec » (1) qui met en exergue les difficultés des immigrantes dans leur pays d’adoption, le Canada, l’auteure revient, une année après, sur la condition des femmes dans le monde en la percevant aussi sous le prisme de son pays d’origine, le Congo-Brazzaville.
Des « Femmes d’Afrique centrale au Québec » au « Combat des femmes du Congo-Brazzaville », une seule préoccupation pour l’auteure : montrer et dénoncer les affres que subit la femme africaine en général et la Congolaise en particulier dans cette société des hommes où le masochisme semble se révéler dans la plupart des nations, surtout dans les pays du Sud. « Le Combat des femmes du Congo-Brazzaville », une réflexion qui peut se lire sur fond d’autobiographie et d’expériences sociales personnelles.
« Le Combat des femmes au Congo-Brazzaville » : chronique d’une révolte sur fond d’autobiographie ? La lutte pour l’émancipation de la femme se dessine déjà chez Ghislaine Sathoud au sein de sa famille quand elle encore enfant et quand les parents donnent une autre dimension à la fille par rapport à la conception générale qui privilégie la venue du garçon. Aussi dans sa famille, la soumission et l’infériorité de l’enfant-fille vis-à-vis de l’enfant-garçon comme le révèle la coutume africaine est battue en brèche. Son père que l’intellectualisme conduit à la politique de son pays, s’oppose déjà à certaines coutumes rétrogrades qui freinent l’émancipation de la femme, en particulier dans le mariage. Et Sathoud de se positionner dans le temps : « Je me souviens de la position de [papa] sur la dot. Il disait toujours qu’il ne voulait pas demander une somme importante pour que même après sa mort, sa fille puisse rembourser la dot si elle se faisait maltraiter par son mari » (p.20). Aussi dégage-t-elle à travers l’image paternelle l’importance de l’école pour l’indépendance de la fille dans la société. Et ce sont les études qui vont l’emmener vers les « pays des Blancs » où elle va se confronter à d’autres réalités en ce qui concerne le combat de la femme au niveau universel. Le combat des femmes à l’extérieur et à l’intérieur du continentDéjà dans « Les Femmes d’Afrique centrale au Québec », l’auteure dresse un tableau sombre de la vie des immigrantes au Canada prises entre les difficultés de s’intégrer dans la nouvelle société et les violences morales et physiques de l’homme. Ici, elle essaie de mettre en relief « La Charte mondiale des femmes pour l’humanité » comme une bouée de sauvetage au secours de la femme africaine qui se voit martyrisée par la gent masculine. Elle révèle que « la Charte dénonce (…) le capitalisme sauvage avec sa cohorte de conséquences : le racisme, le sexisme, la misogynie, la xénophobie, l’homophobie, le colonialisme, l’impérialisme, l’esclavagisme. La Charte prône l’égalité de liberté, la solidarité, la justice » (p.37). Mais cette Charte paraît chimérique quand les réalités sociales s’avèrent pénibles à vivre. Femmes et guerres dans la réflexion de Ghislaine SathoudLes guerres étant des périodes de « dérèglement » mental pour les hommes, il n’est pas étonnant qu’ils manifestent une violence cynique sur les femmes et les filles qui sont des « grandes victimes des guerres qui ont besoin d’une assistance pour sortir du traumatisme de la guerre » (p.40). Aussi assiste-t-on à des viols « organisés ». Et c’est avec énergie que Sathoud condamne ce non-respect de l’homme envers la femme. Elle rappelle que le viol a été un malaise international en rappelant les guerres de la Bosnie, du Kosovo, de la Colombie, du Timor, de la Tchétchénie, du Daguestan, du Rwanda, de l’Ouganda, du Mozambique où les femmes ont subi des viols considérables, viols qui rappellent à l’auteure d’autres violences, à l’instar de la violence conjugale. Violence conjugale : un complexe de l’homme à condamnerCette violence conjugale occupe une place considérable dans « Les Femmes d’Afrique centrale au Québec » où l’auteure condamne le comportement « bestial » de l’homme africain à l’étranger où il reste encore accroché aux coutumes négatives de son pays d’origine. Et le réveil de la femme entre en collusion avec la situation du mariage coutumier qui est un élément très important dans la vie d’un couple. Aussi l’Africain à l’étranger subit la loi d’une vie pénible à deux car, comme le constate Marie-France Horigoyen, « la plupart du temps, la violence physique n’intervient que si la femme résiste à la violence psychologique » (2). Et c’est dans cette résistance psychologique de la femme que la majorité des immigrantes trouvent refuge avant que leurs hommes « pètent les plombs ». Et cette violence au niveau du couple ajoutée à l’expérience de l’auteur dans l’exercice de ses fonctions à l’Alliance des Communautés culturelles pour l’Egalité dans la santé et les Services sociaux (ACCESSS) de Montréal sera à l’origine d’une pièce de théâtre didactique intitulée « Ici, ce n’est pas pareil chérie ! » pour dénoncer cette violence masculine. Et les Congolaises dans leur combat pour l’émancipation féminine ?Dans le combat que mènent les femmes pour leur émancipation, Sathoud n’oublie pas ses compatriotes dont la devise est « Seule la lutte libère ». Et de nous rappeler que la Congolaise qui a commencé à lutter depuis l’indépendance, n’a cessé jusqu’aujourd’hui de faire comprendre à l’homme que les « temps ont changé ». Et de préciser que « le combat des femmes congolaises pour leur émancipation ne date pas d’hier. Depuis toujours, elles se battent bec et ongles pour améliorer leur condition ». Elle rappelle quelques points positifs dégagés par le Code de la famille congolaise en ce qui concerne l’abolition de quelques éléments socioculturels qui gardaient encore la femme dans l’esclavagisme coutumier. Et la meilleure démonstration de cet esclavagisme coutumier est marquée par les conditions on ne peut plus insupportables du veuvage quand l’auteure rapporte par exemple le tragique subi par une journaliste congolaise « sauvagement assassinée en [2002] par un neveu de son mari. (…) [Celle-ci] selon lui, serait responsable de la maladie qui a coûté la vie à son oncle » (p.74). Triste réalité de certaines croyances rétrogrades.Aujourd’hui on remarque dans la société congolaise de grandes victoires à mettre au compte des femmes quand on se réfère au respect explicite de leurs droits dans « la réalisation des activités relatives à la promotion de l’égalité entre les sexes et la démarginalisation des femmes [qui] sont entre autres l’Association des Femmes Juristes du Congo (AFJC, l’Association des Femmes Notaires du Congo, le club Réalités et Perspectives, le Comité national des Droits de la Femme CONADEF, l’Association Congolaise pour le Bien être Familial ACBEF, le Réseau National des Femmes Ministres et Parlementaires, l’Association Congo Assistance, le centre National des femmes en politique, le Centre d’Appui au Développement de la Fille-mère, les professionnelles de l’Education, le mouvement des mères pour le Développement » (p.64).« Le Combat des femmes au Congo-Brazzaville », une réflexion qui avance souvent par des interrogations que se fait de temps en temps l’auteure sur la condition sociale des Congolaises marquée par l’égoïsme, la méchanceté, ainsi que la malhonnêteté de l’homme et des beaux-parents dans la vie des couples : « Que reproche-t-on à ces femmes, si ce n’est le fait de fonder une famille avec un homme ? » (p.74). « Veut-on priver les Congolaises du droit légitime, inaliénable et sacré de faire des choix ? » (p.75). « Qui sera la prochaine veuve à subir des violences de la part de sa belle-faille ? » (p.76). Une succession d’interrogations pour toucher sûrement le mental des Congolais. Afin que ces derniers puissent changer dans le bon sens. Pour conclure« Le Combat des femmes au Congo-Brazzaville », un livre qui montre à suffisance que Ghislaine Sathoud est engagée depuis plusieurs années dans la lutte pour la « libération » de la femme du sociétal masculin africain qui essaie de faire perdurer le négationnisme des coutumes africaines. Aussi, tout pourrait se résumer dans une phrase de la quatrième de couverture quand l’éditeur révèle que « les femmes continuent vaillamment et efficacement de mener une lutte acharnée contre les injustices afin d’obtenir d’autres gains. (…) Elles luttent contre des coutumes draconiennes et encouragent vivement l’émancipation des femmes ». On peut affirmer sans ambages que le livre de Sathoud apparaît comme une arme pour cette lutte féminine. Un livre qu’il faut absolument lire pour comprendre le chemin parcouru par l’ « Afrique-femme » qui se réveille. * «Le Combat des femmes au Congo-Brazzaville », l’Harmattan, Paris, décembre 2007, 90p. 11 euros. Notes(1) Ghislaine N.H. Sathoud, « Les Femmes d’Afrique centrale », Paris, l’Harmattan, 2006, présenté dans « Afrique Education » n° 212 du 16 au 30 septembre 2006. (2) Marie France Hirigoyen, « Femmes sous emprise : les ressorts de la violence dans le couple », Oh ! Editions, 2005. L’auteureNée au Congo-Brazzaville, Ghislaine Nelly Huguette Sathoud est plus connue comme poétesse, nouvelliste et romancier. Fervente militante pour les droits humains, elle lutte pour l’émancipation de la femme. Et c’est un sujet qui occupe presque toutes ses œuvres littéraires ainsi que ses essais. Elle vit actuellement au Canada.
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