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Publié le 01 déc 2006 à 12:30
Par noelkodia
Après plusieurs articles dans les presse nationale et internationale, et après un roman, "Les Enfants de la guerre" publié l’année passée, Noël Kodia-Ramata vient de récidiver cette année avec une étude intitulée "Mer et écriture chez Tati Loutard : de la poésie à la prose". Avec ces deux ouvrages, l’auteur vient de rentrer dans la famille des écrivains francophones. Nous connaissons Noël Kodia-Ramata par ses critiques qui contribuent à la promotion de la littérature francophone. Des autres noms célèbres comme Aimé Césaire, Ahmadou Kourouma et Tati Loutard ont été présentés par lui dans certaines publications d’Afrique Education. Son roman et son deuxième ouvrage nous emmènent à reconsidérer cet auteur congolais qui, comme ses compatriotes Alain Mabanckou, Daniel Biyaoula et bien d’autres continuent à pérenniser la flamme littéraires du pays de Tchicaya U Tam’si, Sylvain Bemba et Sony Labou Tansi pour ne citer que ces trois grands noms de la littérature congolaise. Noël Kodia-Ramata : un romancier dont l’écriture prometPlus connu comme critique littéraire pendant plusieurs années par ses articles qui ont meublé plusieurs pages de notre magazine, Noël Kodia-Ramata se découvre romancier dans un récit qui a pour toile de fond la guerre de Brazzaville qu’il a vécue en 1997. Un texte écrit en 2000 et qui sera publié cinq ans après. Les Enfants de la guerre est le reflet de l’histoire d’une catégorie de jeunes Congolais pendant la guerre de Brazzaville qui se déroule dans un pays imaginaire, la Katamalaisie. Un livre qui résume toutes les atrocités des « enfants soldats » de la plupart des pays africains au sud du Sahara qui ont connu des conflits interethniques sur fond de mésententes des acteurs politiques. D’ailleurs son éditeur le spécifie bien quand il écrit à la quatrième de couverture : « Un roman dans lequel se reflètent quelques morceaux du quotidien sauvage et belliqueux de la jeunesse désoeuvrée et droguée du Rwanda, de l’Angola, de la Centre Afrique, des deux Congo. Et pourquoi pas de la Sierra Leone et de la Côte d’Ivoire ? ». Les Enfants de la guerre révèle une page triste de l’histoire du continent. Le livre signifie aussi la position de l’auteur, déjà remarquée dans ses réflexions où il ne manque pas de donner son point de vue en ce qui concerne les problèmes qui touchent la jeunesse africaine. Devant l’attitude rétrograde de l’homme politique vis-à-vis des jeunes, il fait entendre sa révolte par l’intermédiaire d’un de ses personnages qui déclare : « (…) nous serons heureux et nous serons nous-mêmes le jour où nos hommes politiques comprendront qu’il nous faut des calculatrices et des ordinateurs à la place de ces trucs (il caressa son pistolet et redressa sa kalachnikov). Des pelles et des houes à la place de ces lance-roquettes (qui se trouvaient à sa droite et qu’il regarda avec attention) » (p.39). Mais partisan de la Nouvelle critique qui privilégie le travail du signifiant dans un texte, il se permet de rentrer agréablement dans ce jeu d’écriture qui met en exergue la créativité dans l’art. Dans son roman, nous remarquons la surdétermination du chiffre 3 à travers les noms des personnages. On remarque aussi dans ce livre l’énumération de certains œuvres de ses compatriotes qui créent un texte qui sied bien avec l’histoire racontée, comme dans le passage ci-après : «Dans les normes du temps, le commencement des douleurs s’était déclaré un certain mercredi de juin 199.. On avait parlé d’une affaire de tipoye doré que les initiés n’avaient pu régler quelques semaines avant que l’homme aux pataugas n’explose. Une fois de plus le soleil est parti à Mpemba.(…) . L’Afrique a changé de visage avec ses guerres à répétition et particulièrement chez nous où les exilés de la forêt vierge venus en ville avec leur esprit belliqueux sont en train de nous écrire le récit de la mort » (pp.105-106) Noël Kodia-Ramata, critique littéraireAprès plusieurs critiques, il s’est consacré à l’œuvre d’un auteur qu’il semble bien connaître puisqu’il lui a déjà consacré des articles dans quelques-unes de nos publications tel le n° 51 de novembre 1998. En publiant Mer et écriture chez Tati Loutard, Noël Kodia-Ramata vient de réaliser un travail à encourager pour la promotion de la littérature au niveau du continent où la critique qui doit en principe être le leitmotiv des universitaires, ne semble pas bien développée. Il l’a d’ailleurs récemment affirmé dans un article en hommage à l’écrivain-journaliste David Ndachi Tagne : « En Afrique, il y a plus de créateurs que de critiques, ce domaine étant la « propriété » des expatriés qui parfois jugent mal nos œuvres » (Cf. Afrique Education n° 216 du 16 au 30 novembre 2006). Mer et écriture chez TaTi Loutard, un livre qui montre que la littérature congolaise commence à avoir aussi ses propres critiques. Ainsi pour bien comprendre la portée de cet ouvrage, référons-nous à l’éditeur qui écrit à la quatrième de couverture : « Voici pour la première fois l’œuvre du congolais J.B. Tati Loutard « décortiquée » par un compatriote. Noël Kodia-Ramata donne en partage la spécificité de l’écriture de cet auteur majeur de la littérature africaine contemporaine. Il analyse le premier volet de sa production, avant le tournant vers l’hermétisme qui marque sa production à partir de 1987. En poésie se dévoile l’être profond de J.B. Tati Loutard. S’écartant du classicisme et du surréalisme pour créer sa propre « écriture », sa poésie ne se lit pas, elle se vit, œuvre « où se marient les préoccupations de la vie publique avec les certitudes, les joies et les douleurs du monde intérieur ainsi que les mystères de l’impalpable et de l’inconnu dans une langue précise d’une richesse éblouissante ». Il cherche à rendre compte, sans ajouter de la confusion à la confusion qui sévit déjà à l’extérieur de l’espace de création. La prose de J.B. Tati Loutard dévoile une personnalité plus tourmentée, où le lecteur découvre les thèmes de la mort et de la solitude, reflets des préoccupations de l’écrivain vis-à-vis de l’avenir politique de son pays et du continent. Cette étude s’attache, fait encore rare aujourd’hui, à la pratique langagière de Tati Loutard, au-delà d’une critique psychosociologique du monde et des personnages créés par l’auteur. Amateurs de la littérature et universitaires trouvent leur compte à travers l’analyse thématique et structurale des textes de l’écrivain, une autre façon de le lire au pluriel ».Avec ces deux livres publiés en deux ans, nous souhaitons une bonne carrière littéraire à notre ami Noël Kodia-Ramata.
Paul Tedga
Eléments bio-bibliographiques Noël Kodia-Ramata est né le 26 décembre 1949 à Brazzaville. Etudes universitaires à Brazzaville et à Paris. Il a enseigné les littératures française et congolaise à l’Ecole Normale Supérieure de Brazzaville et a publié plusieurs articles dans les presses nationale et internationale dans le domaine de la littérature, de l’éducation, du théâtre, de la musique de la peinture, du cinéma et de la musique. Il s’intéresse aussi aux problèmes politiques du continent et ne manque pas de s’exprimer sur les questions africaines et plus particulièrement la contribution des intellectuels africains au développement du continent. Membre de l’Association des écrivains de langue française, il vit actuellement à Paris avec sa famille et s’adonne à la création littéraire.
Publications - Les Conjurés, Editions Héros dans l’ombre, Brazzaville (théâtre)- « Le Feu, le soleil et la fille de la mer », in La Nouvelle Génération des Poètes congolais de Léopold Pindy Mamansono, 1984, Editions Bantoues P. Kivouvou Verlag, Brazzaville/Heideelberg Congo/ R.F. d’Allemagne (poésie) - Colloquium sur l’écriture d’Emmanuel Boundzéki Dongala (collectif sous la direction d’Alain Kouzilat), 2001, Editions ICES, Paris (réflexion) - L’Union africaine freine-t-elle l’unité des Africains ? (collectif sous la direction de Yves Ekoué Amaïzo, 2005, Editions Menaibuc, Paris (réflexion) - Les Enfants de la guerre. Eteindre le feu par le feu ?, 2005, Editions Menaibuc, Paris (roman) - Mer et écriture chez Tati Loutard : de la poésie à la prose, 2006, Editions Connaissances et Savoirs, Paris (étude) | |
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