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Publié le 05 avr 2009 à 20:49
Par noelkodia

Voici un livre qui pose une problématique pertinente sur l’avenir du continent africain au moment de la mondialisation. L’Afrique qui subit encore l’influence de la civilisation occidentale voit ses cultures se dévaloriser avec le temps. En une centaine de pages, le sociologue Amouzou analyse cette dégradation des cultures africaines au contact avec l’Occident, démontre que la civilisation africaine a été travestie par l’Occident, spécifie les bouleversements subis par les cultures africaines par le biais de la colonisation avant d’esquisser quelques solutions pour freiner la décadence des cultures africaines tout en respectant les principes élémentaires de la mondialisation.

 

Les cultures et civilisations africaines ont été niées par certains eurocentristes à la découverte du continent. L’Afrique a été violée à partir du 17è siècle quand les Occidentaux ont commencé à visiter les côtes africaines. Ce livre nous révèle que la société précoloniale africaine est structurée en fonction de l’âge, du sexe et de la parenté. Sur le plan économique, il y a au sein des groupes sociaux, des échanges qui se limitent à la communication des biens et des marchandises. Une économie de subsistance qui se réalise sans problème au sein des groupes sociaux, se basant sur les échanges matrimoniaux et les obligations de parenté. Du politique, le chef, dans l’Afrique traditionnelle, a une autorité charismatique lui permettant d’imposer le respect et l’écoute dans la vie communautaire. L’Afrique apparaît comme une société d’opinion publique dans laquelle tout acte de l’autorité est surveillé et même épié. Ce qui pousse ce dernier de bien se comporter dans la société. L’éducation dans l’Afrique traditionnelle est assurée par la famille, le clan et le lignage ; une éducation qui n’est pas détachée de la société comme en Occident.

 

Avec la colonisation, le continent se voit imposer la civilisation occidentale avec tous les problèmes au niveau de la société africaine. Et le constat fait par presque tous les historiens et sociologues qui étudient les sociétés africaines est amer : l’importation des modèles étrangers sur le continent depuis sa rencontre avec l’Europe,  ont entraîné un grand séisme sur les plans politique, économique et social. Cette situation a fait que, les élites africaines soient accusées de l’opprobre et du déshonneur qui frappent l’identité africaine. Aussi, après les ravages du colonialisme, l’auteur actualise le thème de la mondialisation qui déconstruit et reconstruit les Etats africains selon des modalités qui favorisent la libre circulation des capitaux, des marchandises et de la technologie. Il remarque la domination culturelle des Français dans leurs ex-colonies par la dégénérescence des langues locales marquées par le français ; celles-ci ont perdu leur originalité avec déformation des patronymes africains et interférences linguistiques. Et dans le quotidien africain, se développent de nouvelles relations sociales. Par complexe devant la civilisation occidentale, les Africains perdent leur « authenticité » par mimétisme. Les adolescents découvrent une autre image de la sexualité à travers l’audiovisuel et la littérature pornographique. Ce qui les entraînent dans la prostitution, surtout dans le milieu urbain où se développe le harcèlement sexuel au niveau scolaire, universitaire et dans l’administration. Pour Amouzou, la banalisation du sexe apportée par la civilisation occidentale serait à l’origine de l’homosexualité visible en Afrique à partir des années 80. Avec le choc des cultures (occidentale et africaine), les jeunes paient un lourd tribut dans l’aliénation culturelle. Ils délaissent le vêtement traditionnel et s’habillent comme le Blanc, particulièrement les filles dans le dessein d’attirer les hommes. Complexé par l’image du Blanc, le Noir africain se blanchit la peau, ignorant les conséquences néfastes de cette pratique. A cela, il faut ajouter l’impact négatif de la musique moderne africaine dans la société. Considérée comme vecteur des valeurs morales pour conscientiser le peuple, elle est bradée par des musiciens qui valorisent le sexe et l’argent.

Dans ce bouleversement que subit le continent, Amouzou réalise aussi l’influence de la culture occidentale sur la diaspora où elle semble plus « virulente ». Contraint de réinventer une nouvelle identité, l’immigrant se confronte à l’expérience insupportable du déracinement et de l’acculturation que subira surtout sa progéniture ; réalité de l’individualisme et de l’enfermement de la société occidentale qui sera héritée dès leur naissance.

 

Dans ce livre où nous avions dégagé les sujets on ne peut plus pertinents, l’auteur suggère des solutions pour « redécouvrir » l’Afrique et sauvegarder ses cultures dans l’avenir. Il préconise la formation des anthropologues, sociologues, psychologues et linguistes qui enseigneraient à la société africaine ses réalités bafouées par l’Occident.  Car  le colonialisme a esquinté la civilisation africaine ; l’Occident est devenu un mythe que les Africains prennent pour modèle. Mimétisme et suivisme les poussent à singer le Blanc, réalité dévoilé par l’auteur dans la dernière partie du livre en s’appuyant sur l’histoire et le social de son pays.

 

L’impact de la culture occidentale sur les cultures africaines (1), un ouvrage qui livre aux Africains des éléments objectifs pour prendre conscience de leur originalité en train de se dissoudre dans la mondialisation à eux imposée par l’Occident. Tout en regardant l’avenir en rapport avec cette mondialisation, l’Afrique doit s’efforcer de ne pas se couper de son riche passé. Ce livre, une invite à tous les Africains du contient et de la diaspora pour une prise de conscience de l’histoire de leurs cultures et civilisations en danger de perdition.

  (1) Essé Amouzou, L’impact de la culture occidentale sur les cultures africaines, L’Harmattan, Paris, 2009, 190p.

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