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Publié le 15 jan 2006 à 19:56
Par noelkodia

Mercredi 23 novembre 2005, l’Assemblée nationale a voté à l’unanimité la loi d’armistice en faveur de M. Bernard Kolélas condamné à mort par la Justice congolaise, après les douloureux événements consécutifs à la guerre de juin 1997. Le président Denis Sassou Nguesso en accueillant son ancien collègue qui l’avait « trahi » au cours de cette guerre, vient de montrer son humanisme. Avec le retour de Bernard Kolélas à Brazzaville grâce à Denis Sassou Nguesso, s’impose-t-il le retour réel et effectif de la paix tant attendu par le peuple congolais depuis belle lurette ?

Après un exil de plusieurs années au Mali, Bernard Kolélas est rentré au Congo depuis le mois d’octobre 2005 par la voie officielle, et cela, avec l’accord du président de la République, le général Denis Sassou Nguesso, suite au décès de son épouse survenu à Paris malgré toute la contribution de ce dernier pour éviter l’irréparable. Hélas ! Un grand geste qu’il faut louer car il y a eu bien des cas sous d’autres cieux où des dirigeants ont eu à agir négativement et sans état d’âme face à une situation pareille.

M. Bernard Kolélas est rentré « proprement » à Brazzaville après plusieurs tentatives mises en œuvre dans la clandestinité. Les hommes politiques congolais viennent, une fois de plus, de montrer à l’opinion internationale qu’ils sont capables de trouver des solutions à leurs cafouillages et querelles politiques avec le temps. Ils ont démontré que ce qui les unit est plus fort que ce qui les divise. Et la guerre des paroles apparaît à ce moment comme un corollaire de l’apprentissage de la démocratie plurielle.

Bernard Kolélas : l’homme à qui l’Histoire a donné raison avec la mort du socialisme scientifique

Depuis l’indépendance et plus particulièrement après la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963 qui balaie l’abbé Fulbert Youlou de la scène politique, le Congo se remarque en Afrique par sa maturité politique grâce au dynamisme de sa jeunesse formée dans le moule de la F.E.A.N.F (Fédération des Etudiants d’Afrique Noire de France) avant les indépendances africaines. Et à partir des années 60 dans les maisons A.E.C (Association des Etudiants Congolais) et J.M.N.R (Jeunesse du Mouvement National de la Révolution) qui deviendra plus tard U.J.S.C (Union de la Jeunesse Socialiste Congolaise). Déjà en 1963, les idées progressistes qui ont gagné les intellectuels congolais, sont une détonation pour l’éviction de Youlou que l’on considère, par ses idées on ne peut plus néocoloniales, comme un allié de l’impérialisme et capitalisme français. Et son départ du pouvoir ne va pas laisser indifférents ses adeptes dont Bernard Kolélas qui développe des idées diamétralement opposées à la gauche. Ce dernier pourrait se définir comme l’homme à qui l’Histoire a donné raison avec la fin du socialisme par l’intermédiaire de la chute du mur de Berlin et du déclin de l’ex-Union soviétique. C’est l’homme qui avait déclaré publiquement au président Marien Ngouabi, bien que condamné à mort, qu’il ne serait jamais d’accord avec le socialisme même après sa mort. Du courage pour le clamer ouvertement et devant un public surchauffé criant «Au poteau ! Au poteau ! » après son arrestation suite à un coup de force raté. Bernard Kolélas, l’homme qui a gardé ses convictions politiques jusqu’au déclin du socialisme appelant la démocratie plurielle.

Le commencenment du début

Conscient de la nouvelle donne politique qui vient de se créer sur le continent après l’appel de Mitterrand qui, à l’orée de la décennie 90, demande aux chefs d’Etat africains d’ouvrir leur pays au multipartisme pour une véritable démocratie s’ils ne veulent pas être marginalisés par Paris, Denis Sassou Nguesso suit l’exemple extraordinaire de son homologue du Bénin. Avec son parti, (le Parti Congolais du Travail), il se remet à la disposition de son peuple. Après une Conférence nationale souveraine qui a fait revenir au pays presque tous les exilés politiques (volontaires et involontaires), le Congo tourne une page de son passé « made in parti unique ». Plusieurs membres du P.C.T trahissent le président Sassou Nguesso en quittant le bateau qui commence à couler dans l’océan des palabres. Mais il a des fidèles tels Mvouba, Lékounzou, Noumazalaye Tati Loutard, Nsiba, Boussoukou-Boumba…qui ne l’abandonnent pas. Il est obligé d’assumer toutes les bonnes et mauvaises actions de l’indépendance jusqu’à la fin de la Conférence nationale souveraine. Le multipartisme tant souhaité par les Congolais renaît. Bernard Kolélas fonde son M.C.D.D.I (Mouvement Congolais pour la Démocratie et le Développement Intégral) qui se démarque des autres nouveaux partis crées par les transfuges du P.C.T. On peut citer comme exemples l’U.P.A.D.S de Pascal Lissouba, le R.D.D de Joachim Yombi-Opongault et le R.D.P.S de Tchystère Tchicaya, quatre grands partis qui vont influencer la vie politique du pays.

Après la Conférence nationale présidée de main de maître par un prélat, un Gouvernement de Transition voit le jour. Il est dirigé par le Premier Ministre André Milongo voté par les conférenciers. Ce gouvernement devra préparer les élections que l’on voudrait pluralistes et démocratiques. Sassou Nguesso reste toujours président de la République et accepte de perdre une partie de ses prérogatives jusqu’à l’élection présidentielle programmée pour août 1992, pour éviter des soubresauts dans le pays qui, cisaillé par la crise financière consécutive aux injonctions du FMI et de la Banque mondiale, et fatigué par plusieurs années de monopartisme. Les Congolais espèrent trouver le bonheur dans l’arrivée du multipartisme.

Le début du commencement

Le 16 août 1992, l’élection présidentielle se passe comme prévue. Pascal Lissouba, qui s’était entre temps préparé professoralement après son échec à la Conférence nationale, est élu président de la République au deuxième tour pour un mandat de cinq ans comme le stipule la nouvelle Constitution. Il doit cette victoire au soutien incontestable de son prédécesseur. Battu, Bernard Kolélas annonce aussitôt de constituer une Opposition constructive. Commence alors pour les Congolais les véritables balbutiements de la démocratie plurielle. Du côté des gagnants, la joie est de courte durée. Il y a mésentente dans la formation du futur gouvernement entre les deux hommes (Pascal Lissouba et Denis Sassou Nguesso) qui se connaissent depuis de longue date. Sassou Nguesso a beaucoup aidé Lissouba dans ses malheurs et déboires après l’échec du putsch du M 22. Pas de compromis après plusieurs tractations. Le nouveau président décide de se passer de l’expérience politique de Sassou Nguesso qui est sans contexte le chef d’Etat congolais qui connaît le mieux les problèmes du pays. Commencent alors les difficultés du professeur Pascal Lissouba pour se faire accepter par les quelques 2700 000 Congolais « bourrés » de politique. Et cela jusqu’à la fin tumultueuse de son mandat. Abandonné à lui-même, le parti de Denis Sassou Nguesso ne peut pas laisser le destin politique du pays être confisqué par les nouveaux maîtres du pays. Il se retrouve par conséquent dans l’Opposition.

Et vînt le « commencement des douleurs »

Novembre 1992, soit un trimestre après l’élection présidentielle, on assiste déjà à la douloureuse et pénible dissolution de l’Assemblée nationale. Première panne de la démocratie. Des manifestations antigouvernementales. Les Forces de l’ordre passent à l’offensive. Dans Brazzaville, la démocratie naissante commence déjà à compter ses blessés et ses morts.
En 1993, se produisent des confrontations entre les partisans de Pascal Lissouba (qui ont peur de perdre le pouvoir qu’ils viennent de conquérir démocratiquement) et ceux de Bernard Kolélas (qui constitueraient un obstacle démographique pour le nouveau président). Plusieurs victimes dans le Pool, la Bouenza, la Lékoumou, le Niari et certains quartiers de Brazzaville comme Bacongo, Makélékélé, Diata et Mfilou où (d’après la presse de l’époque) les partisans de Président Pascal Lissouba vont s’adonner à l’insoutenable en pilant des bébés dans des mortiers en signe de représailles contre leurs soit disant « ennemis ». Devant cette arrogance du pouvoir, Sassou Nguesso et Bernard Kolélas fortifient l’Opposition pour se préparer à l’alternance de juillet 1997.

Chronique d’un exil annoncé : on ne réveille pas un général d’armée qui dort

Le 5 juin 1997, les Congolais se réveillent, l’inquiétude dans le ventre, la peur dans les bras et l’incertitude dans les yeux. L’armée gouvernementale a attaqué aux premières heures de la matinée le domicile privé du général Denis Sassou Nguesso dans le quartier Mpila, pour un banal interpellation policière, annonce le gouvernement. On ne réveille pas un militaire qui dort, de surcroît général d’armée. Comment les conseillers militaires du président Pascal Lissouba pouvaient-ils laisser ce dernier s’en prendre « policièrement » à son prédecesseur après tout ce qui venait de se passer de 1992 à 1993 ? Des combats entre l’armée gouvernementale et les miliciens de Denis Sassou Nguesso (les Cobras) qui assument la garde du chef. En quelques heures, les combats gagnent une bonne partie de Brazzaville avec l’utilisation de l’arme lourde. L’élection présidentielle préparée pendant plusieurs mois pour juillet prochain est reportée sine die. La capitale est à feu et à sang avec la prolifération des « enfants de la guerre » qui se battent, soit aux côtés des partisans de Pascal Lissouba, soit aux côtés de ceux de Denis Sassou Nguesso pendant plusieurs jours. Brazzaville se voit divisé en deux zones diamétralement opposées. Entre temps les acteurs politiques se retrouvent plusieurs fois au Gabon, à Libreville sous l’initiative du président Omar Bongo Ondimba, pour colmater les brèches, ce dernier qui a toujours œuvré inlassablement pour la paix sur le continent. Car ils veulent éteindre le feu qu’ils ont allumé depuis le 5 juin et qui perdure. A Brazzaville, Bernard Kolélas qui s’était proclamé médiateur national (et qui, jusque-là, est neutre) accepte, contre toute attente, le poste de Premier Ministre que lui offre gracieusement Pascal Lissouba dans ses derniers soubresauts, n’écoutant que sa propre conscience (et non celle de sa base) comme il le déclarera sur les ondes de la radio. Peut-être pensait-il réconcilier les belligérants. Hélas ! Mais c’est quand ses Nindjas rentrent dans la danse, que se dessine clairement sa position aux yeux des partisans de Denis Sassou Nguesso. Pour eux, le vieux a trahi. Brazzaville, dont les populations se sont réfugiées soit vers le Nord, soit vers le Sud, tend dangereusement vers la confrontation entre les originaires du Nord et ceux du Sud. Heureusement que la maturité politique des Congolais ne se laisse pas gagner par le tribalisme, l’ethnicité et le régionalisme au sens propre du terme et par les confrontations politiciennes d’en haut. La coexistence pacifique qui a toujours régné au sein du peuple profond et les mariages interethniques qui se sont réalisés pendant plusieurs années sur tout le territoire national, vont empêcher l’irréparable de se produire malgré quelques dérapages du côté des fanatiques de tout bord.

Le 15 octobre, Denis Sassou Nguesso et ses miliciens, avec l’appui de l’armée angolaise, mettent fin à la parenthèse de sang consécutive à cette guerre. Pascal Lissouba et Bernard Kolélas, accompagnés de leurs proches prennent la poudre d’escampette. C’est le chemin d’un long exil qui va commencer pour eux laissant Denis Sassou Nguesso et ses Cobras maîtres du terrain.

Retour (in)attendu ?

« A quelque chose, malheur est bon ! » dit-on. Bernard Kolélas est rentré et a été blanchi par Denis Sassou Nguesso qui a privilégié la paix encore fragile, compte tenu de tous les traumatismes connus par les Congolaises et Congolais au cours de ces huit dernières années à cause des ambitions politiques des hommes politiques, qu’ils soient de la Mouvance présidentielle ou de l’Opposition. L’armistice accordé à Bernard Kolélas pourrait inaugurer d’autres heureuses situations de retour pour ceux qui veulent maintenant venir « lutter » loyalement sur le terrain dans les prochains mois. Si en 1992, la démocratie arrivée au Congo ne s’était pas fabriqué les milices décriées en 1968 par le président Marien Ngouabi, force est de constater que le président Pascal Lissouba n’avait pas rendu service à son peuple avec l’expérience des Haubevillois qui rappelaient la triste Défense civile.

Avec l’arrivée à Brazzaville de Kolélas, le Pool qui attendait (parait-il) le retour de son plus grand fils du moment, doit maintenant retrouver la paix pour qu’il puisse avancer ensemble avec les autres régions du Congo, comme un tout cohérent. Et Bernard Kolélas doit participer obligatoirement à la pacification du Pool. Politiquement, le président Denis Sassou Nguesso a montré sa grandeur d’âme en s’occupant convenablement du cas Kolélas. « La vengeance qui est un plat qui se mange froid » n’a pas été préparée. Bravo ! Les Congolais sont conscients qu’ils sont en train de payer à haut prix les ambitions de leurs hommes politiques qui ont voulu régler leurs contradictions idéologiques par la guerre. Qu’ils soient de la Mouvance présidentielle ou de l’Opposition, ils se sont tous endettés pour acheter des armes pour se faire la guerre. Et l’on se demande naïvement où est passé ou passe encore l’argent du pétrole !

Depuis quelque temps, les salaires et pensions des travailleurs et retraités congolais sont payés régulièrement malgré quelques négligences administratives. Brazzaville a effacé les cicatrices et les stigmates de la guerre de 1997. Au sein de l’Assemblée nationale, la Mouvance présidentielle et l’Opposition se « chamaillent » politiquement dans la liberté d’expression et d’opinion qui caractérise le multipartisme. Et le Congo pouvait maintenant s’auto-pardonner sous fond d’armistice général afin qu’il puisse oublier ses rancoeurs que lui a provoquées la Bêtise humaine ? A l’humanisme et à la grandeur d’âme du président Sassou Nguesso, Bernard Kolélas devrait répondre par la puissance de l’âge et l’expérience politique plus ou moins arrivée à son terme. Que la nouvelle génération se prépare car ayant grandi dans l’unité, dans un pays où tout le monde connaît tout le monde. Les Congolais se réconcilient petit à petit sans apport des grandes puissances comme on le remarque dans d’autres pays du continent. Leurs potions miracles : les expériences communes traversées par des bons et mauvais moments sans pour autant aller à la déchirure fatale. Car le soleil qui les unit est plus fort que la nuit qui les empêche de voir plus loin.

Conclusion

Depuis 2002, une nouvelle politique s’est ouverte après les premières élections d’après guerre de juin 1997. Petit à petit la vie politique avance, bon an mal an, dans les face-à-face Mouvance présidentielle/Opposition où toutes les insuffisances du pouvoir sont décriées et critiquées, démocratie pluraliste et participative oblige. Les contradictions politiques commençant maintenant à se dissiper avec d’autres projets de loi d’armistice qui pourraient bientôt être présentés à l’Assemblée nationale, il serait temps de l’humanisme politique laisse la place à l’humanisme économique pour réaliser in fine le véritable bonheur des larges masses populaires. L’année 2006 doit améliorer les conditions de vie des Congolais. Et Tâtâ Kolélas, en tant que patriarche maintenant, a un rôle à jouer dans cette paix réelle et que le peuple voudrait vraiment effective parce qu’il a trop souffert. Paix réelle et effective que vient de relancer le président Denis Sassou Nguesso en lui permettant de rentrer au bercail sans problème. Un pari qu’il doit gagner pour revaloriser son image de « démocrate » ternie depuis qu’il avait accepté l’éphémère poste de Premier Ministre en 1997. Les populations du Pool attendent. Le peuple congolais attend. L’opinion internationale attend. Et le temps attent aussi.



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