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Publié le 22 jui 2007 à 20:11
Par noelkodia
                                            
Les Editions Menaibuc à Paris ont publié récemment, « Les Enfants de la guerre : Eteindre le feu par le feu ? » de notre confrère Noël Kodia-Ramata. Préfacé par Yves Ekoué Amaïzo, le roman de Kodia-Ramata est un récit qui se fonde sur une séquence imaginaire du destin politico-tragique du Congo qui a pour toile de fond les douloureux événements de juin 1997 vécus par le peuple congolais après la Conférence nationale. Tout au long du récit, se manifeste une jeunesse façonnée par les hommes politiques et la drogue mais qui ne se laisse pas emportée par le tribalisme. Dans ce récit, deux tribus imaginaires (Djassikini et Djabotanais) vont traverser ensemble la guerre en s’opposant aux idées on ne peut plus rétrogrades des hommes politiques.



Les enfants de la guerre, ce sont Stève Guerman Malanda et Mélia Bwessé Abibatou, un jeune garçon et une jeune fille qui se caractérisent par un courage fou dans l’exercice de leur fonction de milicien au service des hommes politiques. Des miliciens qui souvent se comportent comme des animaux féroces quand ils ont été au contact de la drogue qui les emmènent au pillage, au vol et au viol comme on peut le constater crûment dans cet extrait : « Au carrefour de la Place de Cinq chemins, un officier des FAP vient d’être interpellé par un milicien. Il est accompagné d’une femme qui doit être son épouse car elle s’est accrochée d’une façon amoureuse au bras de l’homme. C’est comme si elle voulait se protéger d’un danger apparent. Le milicien tient dans ses mains une kalachnikov à crosse pliable, deux grenades sont accrochées à sa ceinture du côté gauche. A six mètres de lui, son compagnon, les yeux travaillés par la dose, regarde indifférent ce que son ami est en train de faire. Le milicien (qui a l’arme dans ses mains) demande à la femme de l’officier des FAP d’avancer vers lui. Il est calme. Il attend. La femme hésite.(…)

Le milicien peut admirer toute la viande de son derrière couleur chocolat. Un peu en dessous, s’étend une grande vulve et qui forme une espèce de losange. Il ouvre sa braguette et sort du fond de sa tenue de combat son gros zizi gonflé de plaisir et luisant de chaleur. L’officier des FAP assiste impuissant au viol de sa femme » (pp. 87-88).

Véritable autopsie de la jeunesse africaine qui a découvert les vertus de la kalachnikov à travers la pratique de la guerre, le roman de Noël Kodia-Ramata, tout en condamnant la malgérance de la politique au niveau des jeunes, annonce quand même un espoir du côté de ces derniers. Stève Guerman Malanda, ce jeune homme qui a découvert tôt la politique sur le banc de l’école comprendra à la fin le côté négatif de la guerre. Et il va se transformer en romancier après avoir échappé à la mort au cours d’une offensive, comme il dira plus tard à son amie Mélia Bwessé Abibatou après la rencontre d’un écrivain de son pays : « Le docteur François Tchichélia Tia m’a offert ses trois livres déjà publiés : deux recueils de nouvelles et un roman. Je te fais une confidence : J’ai décidé, moi aussi d’écrire un livre à partir de ce que nous avons vécu » (p.100). Et malgré ses maladresses temporelles, la jeunesse africaine est toujours récupérable. Comme le manifeste le héros Stève Guerman Malanda au cours d’une discusion avec un ami milicien : « - Mbaki, reprit Stève Guerman Malanda, nous serons heureux et nous serons nous-mêmes le jour où nos hommes politiques comprendront qu’il nous faut des calculatrices et des ordinateurs à la place de ces trucs (il caressa son pistolet et redressa sa kalachnikov). Des pelles et des houes à la place de ces lance-roquettes (qui se trouvaient à sa droite et qu’il regarda avec attention) ». (p.39).

Les enfants de la guerre, un livre qui dessine une autre carte de l’Afrique au seuil de la démocratie, une carte dont il faut revoir les contours dans l’acceptation d’un changement positif depuis la porte du XXIè siècle qui nous est grandement ouverte et qui devrait nous mener droit sur le boulevard de la liberté et de l’acceptation des différences dans les idées politiques, gage d’une alternance qui contribuerait au progrès du continent. L’Afrique, un continent qui pose problème car elle accouche sa démocratie dans la douleur. Et l’éditeur, dans sa quatrième de couverture de ce roman de remarquer quatre spécificités dans ce récit lorsque l’on se réfère à sa quintessence. Les enfants de la guerre, se définit comme « un roman dans lequel se reflètent quelques morceaux du quotidien sauvage et belliqueux de la jeunesse désœuvrée et droguée du Rwanda, de l’Angola, de la Centre Afrique, des deux Congo. Et pourquoi pas de la Sierra Leone et de la Côte d’Ivoire ? Un roman qui annonce la bombe à retardement que constitue la jeunesse africaine habituée aux armes et au pillage. Un roman qui rend témoignage des expédients et fourberies politiques de certains dirigeants africains encore allergiques à la démocratie et au multipartisme après quatre décennies de pouvoir dictatorial sous fond de coups d’Etat militaires. Enfin un roman où se mêlent tragi-comédie et fantastique dans un pleurer-rire typiquement africain ».

Les Enfants de la guerre pose un problème qui dépasse les frontières du pays de l’auteur pour dénoncer tout un système qui s’est développé dans presque tous les pays africains, une espèce d’arbitraire des adultes que dénonce son préfacier en écrivant : « le comble de l’arbitraire serait qu’il n’y ait pas de justice à terme..Lle chef d’accusation sera le déni d’existence et de liberté en Afrique la globalisation continue son œuvre ravageur. Un grand nombre des ex-enfants soldats sont condamnés à exercer le pire des formes modernes du travail : la mendicité. Tout cela n’a pas échappé à Noël Kodia, plus connu sous Ramata, qui tente par sa plume de toucher les cœurs des Africains et non-Africains que la globalisation a renforcés dans l’indifférence et l’insensibilité » (pp. 27-28)

Après la poésie et la critique littéraire, Kodia-Ramata se découvre romancier à l’instar de ses confrères Emmanuel Dongala, Alain Mabanckou, Auguy Makey et Assitou Ndinga, pour ne citer que ces quatre noms (2) Avec son premier roman, Noël Kodia-Ramata a participé à la Foire internationale du livre de Paris et à la Foire du livre africain qui ont eu lieu respectivement en mars et avril 2005. Il vient d’être admis à l’Association des Ecrivains de Langue Française dont le siège se trouve à Paris. Avec cette rentrée remarquable dans le monde de la littérature francophone, on ne peut que souhaiter bonne carrière littéraire à notre collègue Ramata qui contribue souvent à notre journal par quelques réflexions culturelles.

Noël Kodia est un universitaire originaire de la République du Congo (Brazzaville). Il a publié beaucoup d'articles sur l'Afrique dans le domaine de la politique et de la littérature dans les presses nationale et internationale. Poète et critique littéraire, il travaille beaucoup sur la promotion de la littérature congolaise. Il vient de terminer une étude critique sur l' oeuvre poétique et narrative de Jean Baptiste Tati Loutard (1968 à 1987). Il travaille actuellement sur un Dictionnaire des œuvres littéraires congolaises de 1954 à 2004 qui comprendra des romans, des récits et des recueils de nouvelles


 
   Pays : Congo (Rep)
Média : Presse écrite
Thème : Société
Auteur : Eugène Gampaka




              


                                                                                      




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