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Publié le 22 oct 2007 à 15:23
Par noelkodia
L’Algérie de Ben Bella qui se voit imposer le colonel Houari Boumédienne par son putsch du 19 mai 1965, souvenirs d’un petit garçon dans sa famille hétérogène et son défaut d’être gaucher qui le confronte à la réalité musulmane ainsi que ses aventures sexuelles avec des femmes de l’âge de sa maman, tels sont les traces diégétiques que nous révèle le roman d’Amin Zaoui. 

Voici un récit autobiographique qui avance paradoxalement par analepses et qui nous fait revivre la naïveté d’un adolescent qui ne connaît ni l’amour paternel, ni l’amour maternel. Et cela, à cause de son oncle qui complote contre son frère  (le père du héros) pour jouir sentimentalement de sa femme : « J’avais été stupéfait de surprendre ma mère en train de chevaucher mon oncle. Elle était nue (…) et haletait comme une chienne en chaleur » (p.111). Pour ne pas être gêné par son neveu dans sa conquête de la mère du héros, celui-ci est envoyé dans un lycée d’une autre ville après une bonne scolarité primaire. Et c’est à travers cette vie qui va du primaire au lycée que le héros nous fait découvrir les femmes qui vont le « violer », la situation politique que va connaître son pays ainsi que le conflit entre Arabes et Juifs d’Israël. Toutes ces expériences vont lui laisser un goût, tantôt agréable, tantôt amer de la condition de l’homme adulte qu’il découvre en tant qu’adolescent. Car tout cela se passe quand le héros n’est qu’un jeune garçon sans expérience.
 

La main gauche, un supplice pour le musulman
Déjà à quatre ans, le héros se voit comme un sacrilège pour sa maman car il est inadmissible qu’ « un enfant musulman, d’une famille musulmane croyante et pratiquante, [mange] de la main gauche. » (p.12). Car seuls les Roumis (Français) et Juifs peuvent manger avec leur main gauche. Ainsi le héros se rappelle lui-même que « selon les croyants, il y était écrit, noir sur blanc, que dans notre religion faire ses ablutions avec la main gauche, la main impure, la main du diable (…) était illicite » (p.19). Sa mère fera tout pour « briser » ce défaut inadmissible et qui emmène la malédiction dans la famille musulmane. Et le narrateur le déclare lui-même : « J’étais condamné à vivre dans l’illicite, dans la malédiction. Les enfants me surnommaient lgauchi. Les mauvaises langues colportèrent que je n’étais qu’un bâtard, une saleté, une injure un rebut » (p.19). Les souffrances endurées pour remplacer l’utilisation de la main gauche par la droite lui créent une autre idée. Il pense même à se débarrasser de cette maudite main à l’aide d’un couteau : « Quand je décidai de me (…) débarrasser de cette main (…) qui depuis ma naissance endeuillait ma mère (…) cette dernière [la mère du héros] surgit dans le noir en criant : « Maintenant tu oses utiliser le couteau pour te libérer » (p.18). Mais le jeune garçon ne commettra pas l’irréparable. En plus sa mère va lui attacher la main gauche dans le dos pour qu’il ne s’en serve pas. De plus, cette situation lui crée une autre dérive : sa main droite est attirée par son sexe qui le pousse à la masturbation. Il se rappelle quand même qu’ « il était strictement prohibé de toucher sa verge avec la main droite » (p.16). Cet interdit lui sera notifié par ses soeurs. Mais l’esprit du démon qui le possède et que tente de chasser sa mère, s’incruste en lui à travers l’image du sexe féminin qu’il découvre avant d’être un véritable homme. 

Le héros à la découverte du sexe féminin
Comme la masturbation lui a déjà réveillé les sens érotiques, le héros tombe facilement dans le piège de la luxure quand les occasions se présentent à lui. Et c’est surtout aux femmes qui représentent l’image maternelle qu’il s’intéresse. Peut-être pour prendre une vengeance contre cette dernière qui avait trahi son père. Ainsi dans une partie de l’incipit de son long récit, on peut lire : « Pourquoi est ce que j’adore faire l’amour aux femmes beaucoup plus âgées que moi ? Je réveille ces intimités longtemps enfuies en moi, dans l’interdit ou dans la peur » (p.9). La première femme qui lui dévoile la fonction primordiale de son sexe n’est autre que sa tante Louloua, la sœur jumelle de sa mère. Il poursuit la découverte du sexe des femmes avec plusieurs femmes qui vont tour à tour s’intéresser à la fougue et la virilité de son âge. Son premier rapport sexuel se passe dans des conditions rocambolesques, lors du putsch : « J’avais peur : pour la première fois, je voyais un vrai soldat (…). Je serrai Louloua de mes petits bras. Collé à sa grosse poitrine, je la pénétrai. Je sentis mon corps, je sentis le sien » (p.28). Et cette initiation de la tante lui a ouvert le véritable chemin du sexe féminin dont il n’aura plus peur. Et c’est ainsi qu’il devient « l’amant » de la femme de son maître d’école quand l’occasion se présente à lui : « Sans attendre, la femme aux petits pieds, me prit dans ses bras. Je tremblai. C’était la femme de mon maître (…) Sans hésitation, elle commença à déboutonner mon pantalon. J’eus peur (…) Quand j’eus fini de lui faire l’amour, elle m’offrit une boîte de chocolat » (pp.55-56). Ainsi le roman d’Amin Zaoui apparaît, dès qu’on arrive à sa clausule, comme un texte érotique. Après sa tante et la femme de son maître, le héros connaît d’autres femmes. La vieille religieuse Rosa s’intéresse à lui et ne peut s’empêcher de commettre le péché de la chaire : « D’un mouvement doux et poétique [la vieille Rosa] ouvrit la fermeture Eclair de ma braguette et (…) enfonça ma verge dans sa bouche chaude » (p.68). Aussi sa cousine Jade s’intéresse à lui. Mais, habitué aux femmes plus âgées, il aura du mal à satisfaire Jade, pensant au sang de sa virginité : « Je tremblais et pensais au sang de la virginité. Soudain, mon sexe se fana, s’évanouit, fondit. [Jade] me cracha violemment au visage avec un regard de fauve » (p.92). Mais la violence de sa cousine est chassée de sa conscience en rencontrant trois autres « vieilles femmes ». Au lycée, c’est la femme de ménage qui lui fait de nouveau vivre le sexe avant de connaître celle du bordel, un lieu où les femmes changent de nom : « Pourquoi les femmes du bordel changeaient-elles leur prénom ? Comme elles étaient libres de vivre avec plusieurs noms, ces femmes de bordel. » (p.167). . Ce changement de nom ne serait-il pas lié au changement de partenaires qui, sans cesse, défilent devant elles ? 

La politique au service du roman
Aussi, dans cette histoire qui fixe l’érotisme, se révèle une page de l’histoire politique de l’Algérie définie par les personnages ayant réellement existé ainsi que certains événements sociopolitiques de la réalité algérienne : « Au marché hebdomadaire du village, les gens ne parlaient que du putsch militaire qui avait renversé le président Ben Bella. Le putsch avait été commandité par son ministre de la Défense, le colonel Houari Boumédienne » (p.31). Et cette référence historique dénote un certain réalisme du roman. Ce clin d’œil au réalisme primaire de tout récit qui emprunte  une part de l’histoire, se traduit par le rappel des personnages tels  Nasser et Golda Meir, faisant penser à la guerre qui avaient opposé les Arabes aux Juifs. : « Vive Nasser, vive Nasser, mort à Golda Meir, mort aux Juifs ! » (p.92). 

« Festin de mensonges », un style d’écriture « personnel »
Le récit d’Amin Zaoui se caractérise par sa progression qui se fait paradoxalement à reculons. Le roman apparaît comme une succession de souvenirs d’enfance du héros. A quel moment nous les révèle-t-il ? Aucune indication temporelle. D’ailleurs le jeune garçon, lui-même, se définit de l’extérieur. Le lecteur ne sait rien de sa vie « actuelle » au moment où il retrace son passé d’enfance qui va de quatre à quinze ans. Même dans le passage du présent au passé dans l’incipit du récit, on remarque « l’absence » du héros. Du point de vue narratologique,  le récit se déroule en focalisation externe, à l’instar de Germinal de Zola ou de La Peau de chagrin de Balzac. Le personnage principal se présente « anonymement » pendant un bon moment au début du récit et le lecteur ne le connaîtra que dans la suite de la narration  quand il va se présenter nommément dans l’histoire qui est en train d’être rapportée. Festin de mensonges, « un livre des livres » dans la mesure où le narrateur nous rappelle l’existence de certaines œuvres devenues classiques tels Le Coran (p.30), Madame Bovary (p.30), La Chèvre de Monsieur Seguin (p.50), Les Fleurs du mal (p.50). Une autre spécificité se dégage dans ce roman : il apparaît comme un récit arabe « traduit  directement » en français et y impose son vocabulaire arabe qui n’entâche en rien sa dimension référentielle. Et ces mots arabes qui font la guerre à la langue française tout au long du récit, donne une autre dimension esthétique et poétique au roman tout entier. 

Conclusion
Par une écriture qui dévoile, sans fausses hontes et sans pudeur, quelques sujets tabous de  l’islam telles la sexualité qui dévore l’enfance du narrateur et la mésaventure des Arabes dans leur guerre contre les Juifs, le roman d’Amin Zaoui donne une autre définition à la littérature arabe, souvent marquée par le respect d’Allah. Aussi, le côté « livre des livres » du récit montre à suffisance la puissance et la richesse de son écriture ainsi que la maturité textuelle du romancier qui se montre ici comme un auteur ayant traversé plusieurs littératures, la française en particulier. Festin des mensonges, un roman qui peut révéler d’autres « curiosités » à la critique à cause de sa richesse thématique sur fond d’un littéral soigné. 

Notes
(1)
Zaoui (A.) Festin de mensonges, Editions Fayard, Paris, 2007, 200 pages.
 

L’auteur

Amin Zaoui est un écrivain qui pratique bien le français et l’arabe.  Travaillant dans l’univers de livres car Directeur Général de Bibliothèque Nationale d’Algérie, il est l’auteur de plusieurs romans traduits dans une dizaine de langues et publiés tous aux éditions Le Serpent à plumes de Paris : Sommeil du mimosa, 1998, 1999, La Soumission, 1998, 2001, La Razzia, 1999, Haras de femmes, 2001, 2002, Les Gens du parfum, 2003 avant d’être accepté par  la Maison Fayard..Il a aussi, publié aux éditions Le Serpent à plumes  un essai en 2002, intitulé La Culture du sens en Algérie et dans le monde arabe. 
Publié le 22 oct 2007 à 15:18
Par noelkodia
Deuxième roman de J.B. Tati Loutard, « Le Masque de chacal » apparaît comme un autre pan de la réalité sociopolitique du Congo esquissé déjà dans les précédentes proses narratives. Et il n’est pas étonnant de voir Dozock rimer avec Touazock du « Récit de la mort ». De la prose loutardienne, on remarque que ce sont les personnages du terroir qui sont partout omniprésents dans toutes les histoires qui nous sont  rapportées. Même s’ils ont pris de l’âge, des « Chroniques congolaises » au « Masque du chacal ». 

Dozock, ce journaliste incompris et qui décide d’œuvrer pour la liberté de presse, se voit bousculer par les réalités sociopolitiques de son pays. Plus près de nous, les personnages de Tati Loutard évoquent le « quotidien d’aujourd’hui » avec toute son effervescence qui définit ce que nous vivons et ce que nous avions vécu à peine. A la Maison de la Télévision où il est pris à partie par son directeur qui soutient le nouveau régime, Dozock se voit désavoué moralement. Il pense même à démissionner de son travail. Mais le repos, à lui imposé par son chef pour avoir soit disant mal présenter son journal télévisé, le pousse à opter pour une véritable presse démocratique. Et le soutien qu’il a de la part  de « Reports sans frontières » quand on va l’incarcérer, ne fera que fortifier sa volonté. Ainsi, il se propose de créer son journal après sa mise à pied. Alors, il se voit comme accompagné par le « masque du chacal » qu’il avait hérité de son oncle adoptif, cet homme qui n’avait jamais eu d’enfants de son vivant. Après les difficultés de quelques jours passés en prison, seule l’image de sa femme semble le protéger. Mais le héros tombe de nouveau dans la dépression quand sa femme devient, quelque temps après, la secrétaire du maire de Brazzaville. Dans cette ville où la chasse au sexe féminin se constate dans le milieu politique, Dozock doute de la fidélité de sa femme, malgré l’assurance qu’elle lui éprouve mais qui est émoussée par la présence des billets de banque qui dorment dans son sac à main. Déchiré entre la volonté de connaître la réalité et la crainte de perdre sa femme, Dorock tente de noyer son malheur dans l’alcool pour oublier sa détresse. Marqué par la venue inattendue en pleine nuit d’un ami journaliste traqué par le pouvoir, traumatisé par le départ du toit conjugal de sa femme après une dispute, Dozock se voit abandonné à lui-même. Mais il est sauvé de justesse après la réconciliation avec sa femme qui l’aime toujours malgré sa jalousie mal placée. La mort de la mère de cette dernière donne un autre tournant à la vie du couple, surtout quand ils vont découvrir le testament de la défunte qui s’opposait paradoxalement à leur union et qui leur demande de se marier. Soutenue moralement et matériellement par son homme à la mort de sa mère, Mouna devient la complice de son mari dans la mise en œuvre de leur projet du journal. Aussi son soutien moral est manifeste au tribunal de Brazzaville pendant un procès qui met en cause un confrère journaliste. Il s’implique aussi par son professionnalisme dans le travail de l’Avocat défenseur de ce dernier qui gagne le procès. Dozock, son ami Marc qui vient d’être libéré et l’Avocat décident de travailler ensemble pour la liberté de la presse en s’ouvrant aux ONG internationales. Considéré comme élément dangereux par le pouvoir en place, surtout après son passage au tribunal de Brazzaville, son chef Malibou tente de le noyer devant son ministre de tutelle. Un piège se confectionne quand il est invité à la Télévision pour une interview. Devant la caméra, Dozock prend partie pour les journalistes congolais dont les mauvaises conditions de travail poussent ces derniers à la prostition des médias. Il démontre ensuite que la presse privée est aux mains d’anciens journalistes sous la houlette de certains hommes d’affaires et de dirigeants politiques. Mais l’interview du héros va atteindre une autre dimension quand il sera brusquement rejoint sur le plateau par son ancien chef Malibou qui se propose de débattre avec lui. Mais devant le calme et la sérénité de Dozock ainsi que la pertinence de ses idées, Malibou ne peut se contrôler et son caractère d’homme violent se dévoile au grand jour. Croyant avoir bien agi pour faire plaisir au ministre, il est paradoxalement révoqué de la Maison de la Télévision et remis à la disposition de la Fonction publique. Commence alors une nouvelle vie pour le héros et sa femme. Aidé par une banque de la place et la publicité gratuite consécutive à son passage à la Télévision, il concrétise son projet en lançant le premier numéro de son journal au titre révélateur, L’Eveil.
Le Masque de chacal, un récit qui confirme le roman-réalité congolais dont le secret semble être jusqu’aujourd’hui dans l’écriture de Tati Loutard. S’il y a un prosateur dont l’inspiration baigne toujours dans les réalités du terroir, c’est bien Tati Loutard. Il habite le Congo comme le Congo l’habite. 


Vraisemblance dans le récit

Le Masque de chacal, contrairement aux autres récits de l’auteur qui s’éparpillent dans plusieurs villes congolaises tels Pointe Noire, Dolisie,  soutient des aventures qui se déroulent à Brazzaville que l’auteur nous présente avec une nette objectivité sur fond de connaissances géographiques et sociologiques approfondies. Cette ville de Brazzaville qu’il nous présente, dégage encore les effluves des dernières années : « Ce jour-là, Dozock était resté tard dans le bureau. Il avait écrit un article sur les leçons à tirer de la guerre de juin 1997. Il s’était interrogé sur les raisons profondes qui avaient poussé des Congolais à prendre les armes contre eux-mêmes » (p.71) L’auteur élabore son histoire avec les ingrédients qu’il ramasse autour de lui car faisant partie de son quotidien, des ingrédients dont il a eu à vivre les manifestations physiques et morales. Tout se passe dans Brazzaville qu’il connaît comme le fond de sa poche. Ainsi, les lieux comme la Tour Nambemba et la Cathédrale Sacré-Cœur (p.8), Poto-Poto et le port de Yoro (p.9), l’église Saint Esprit p.(74), le rond-point de Poto-Poto (p.82), la Cathédrale et l’Hôtel de ville (p.91), le Cimetière du Centre-Ville dans le quartier de la Maison d’Arrêt non loin du complexe d’habitation de ce que fut la compagnie aérienne Air Afrique (p.114)… sont des réalités géographiques qui appartiennent bel et bien à la capitale du Congo. Et le Congolais lambda peut « suivre » les personnages du roman à travers la ville de « Brazzaville-fiction » qui fait écho à « Brazzaville-réalité ».Mais dans ce vraisemblable de l’univers diégétique, se révèle, en dehors de la situation géographique, quelques réalités sociales et sociétales des Congolais dans Le Masque du chacal. Comme dans la plupart de ses récits, Tati Loutard se définit à certains moments comme le secrétaire de la société congolaise dont il semble bien connaître les us et coutumes. Les confrontations interethniques, la vie on ne peut plus énigmatique des hommes politiques, la démocratie naissante au niveau de la presse qui se voudrait libre, voilà quelques aspects réels de la société qui se dévoilent dans ce roman. Celui-ci ne puise ni dans le passé, ni dans ses souvenirs lointains, mais dans le présent des événements qui sont encore frais dans sa mémoire. Aussi l’attitude de Dozock vis-à-vis de sa femme quand celle-ci devient la secrétaire du maire entre dans le normatif de l’inquiétude de l’homme qui craint d’être cocufié. Surtout que les dirigeants politiques ne respectent pas les femmes des autres : « Quand Dozock la vit [Mouna sa femme] quitter la maison pour se rendre au travail, son visage s’assombrit (…) Que lui voulait le maire ? Ces gens de la classe politique ont l’argent et les honneurs. Ils ont maîtresses, épouses, enfants. » (p.42). Comme dans la plupart des récits de l’auteur, la mort devient une obsession qui rappelle la réalité congolaise dans la façon de gérer ce phénomène. Dans Le masque de chacal, elle apparaît à travers le personnage de la mère de Mouna. Et le décès de cette dernière dévoile au lecteur l’attitude du beau-fils devant la mort de sa belle-mère. Comme tout Congolais, Dozock s’y implique moralement et matériellement comme le demande la tradition : « Il devait consentir des sacrifices financiers pour améliorer son image auprès de ses beaux-parents (…) Il s’endetterait même lourdement pour être à la hauteur des obsèques et une sépulture susceptible de lui attirer la sympathie » (pp.123-124).Quand on se réfère aux autres récits de l’auteur après la lecture du roman, on constate qu’il y a trace d’intertextualité aux niveaux social et géographique des éléments rapportés presque dans toute sa prose. Aussi, on pourrait aussi définir Le Masque de chacal comme une « chronique congolaise ». 


Roman et poésie dans « Le Masque de chacal »

Ecrit dans un style à mi-chemin entre le romanesque et le poétique, Le masque de chacal révèle l’écriture « juste et traditionnelle » de l’auteur. Il n’ose pas « tordre le cou » à la langue française à l’image des de ses confrères comme  Sony Labou Tansi, Henri Lopes et Tchicaya U Tam’Si. Dans ses récits, il se voit toujours rattrapé par son premier violon d’Ingres, la poésie, surtout au niveau des descriptions. Voici quelques segments textuels qui rappellent que le romancier est avant tout un poète.- « L’eau étalait ses œuvres bleues et vastes, comme sa peau que granulait une brise légère » (p.54).- « Au premier coq, première nouvelle. Le jour s’annonçait. La nuit se déclarait au-dessus de la ville. Ses lambeaux traînaient le long des ruelles profondes du quartier de la cathédrale » (p.63)- « La petite poussière de soleil (…) s’était soudain volatilisée » (p.131).

Et de tels élans poétiques sont souvent rencontrés par le lecteur au fur et à mesure qu’il passe de page en page. Tati Loutard arrive à faire un mariage agréable entre le romanesque et le poétique dans ses récits.

 

La part du bestiaire dans « Le Masque de chacal »

Souvent fondé sue le réalisme congolais et surtout sur le thème de la mort, le récit de Tati Loutard, après un tour dans le surnaturel  dans Fantasmagories, donne une place remarquable au bestiaire. Le chacal dont le masque rappelle au héros le temps passé avec son oncle, révèle une réalité congolaise : la complicité qui existe ente le neveu et l’oncle, surtout si ce dernier n’a pas eu d’enfants dans sa vie : « Tout se mélangeait dans sa tête, comme au temps légendaires où les hommes et les bêtes ont des rôles et des actions interchangeables, à l’infini. Ce chacal, c’était l’esprit de son oncle qui devait chaque fois lui rappeler le commerce intellectuel et spirituel qu’ils avaient entretenu tous les deux, du vivant de cet homme qui avait semé en lui l’espérance d’une réussite sociale » (pp.189-190). Ainsi dans ce texte qui n’est autre que l’histoire de Dozock qui mène un combat acharné pour la liberté de la presse jusqu’à la victoire après moult tractations, revient à tout moment l’image obsédant des corbeaux. Ces oiseaux de mauvaise augure apparaissent de temps à autre dans la vie du héros.- « Sur la plus haute branche de la clôture voisine, deux corbeaux, côte à côte, entreprirent un duo. Leurs croassements arrêtèrent Dozock » (p.37)- « Dozock entendit le premier cri du coq (…) S’ensuivirent quelques babillements. Puis les corbeaux se mirent à croasser » (p.167)- « Une nuée de corbeaux vola au-dessus de sa tête » (p.190)Ces oiseaux ne symbolisent-ils pas les difficultés (problème au travail avec son chef, crise conjugale dans son foyer, bref séjour en prison, mort de l’oncle puis celle de sa belle-mère) affrontées par le héros avant de s’ouvrir une vie heureuse avec la parution de son journal et le mariage avec sa femme dicté par le testament de sa belle-mère ? 


Pour conclure

Véritable autopsie sociopolitique du Congo qui se fonde principalement sur la lutte que mène le héros pour la liberté de la presse, Le Masque de chacal appartient à un écrivain que l’on ne peut plus présenter car ayant marqué la littérature au niveau continental. Avec une dizaine de recueils de poèmes, trois recueils de nouvelles et deux romans, Tati Loutard apparaît comme l’un des écrivains congolais le plus remarqué par la critique (2). Son œuvre se situe dans le modernisme tout en ne bousculant pas paradoxalement l’académisme de son style qui fait écho à la médaille de vermeille du Rayonnement de la langue française à lui décernée par l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre. 

 

Notes

(1) Tati Loutard (J.B.), Le Masque de chacal, Editions Présence africaine, Paris, 2006, 196 pages.
(2) Sur son œuvre, on peut lire :- Chemain (R. et A.), Panorama critique de la littérature congolaise contemporaine, Editions Présence africaine, paris, 1979.- Godard (R), Trois poètes congolais Maxime Ndébéka, J.B. Tati Loutard, Tchicaya U Tam’Si, Editions L’Harmattan, 1985.- Planque (J.), Jean Baptiste Tati Loutard, Editions Moreux, Paris, 2001.- Popescu ( E.C.), Le lyrique de l’écrivain Jean Baptiste Tati Loutard, Université Paris IV Sorbonne, 20004.- Kodia-Ramata (N.) Mer et écriture chez Tati Loutard : de la poésie à la prose, Editions Connaissances et Savoirs, Paris, 2006.
Publié le 22 oct 2007 à 15:12
Par noelkodia

Ils sont nombreux, ces enseignants chercheurs de l’Hexagone qui se sont intéressés à la littérature africaine quand celle-ci est passée de l’oralité à l’écrit. Et c’est surtout dans les années 50 qu’elle a commencé à  marquer les africanistes européens et américains. Parmi ceux-ci, s’est brillamment distingué M. Jacques Chevrier, actuellement professeur émérite à la Sorbonne et président de l ‘Association des écrivains de langue française. Par ses nombreux travaux d’enseignement et de recherche sur les œuvres des  écrivains africains qu’il a  parfois remarqués sur le continent et au cours des rencontres culturelles internationales, il peut être considéré par les amateurs et spécialistes des littératures africaines de langue française comme un « baobab  de l’Afrique littéraire ».  Aussi temps il est de lui rendre hommage pour tout le travail qu’il a déjà  abattu à propos.

 
S’il est un africaniste universitaire qui a beaucoup écrit sur la littérature africaine, c’est le professeur Jacques Chevrier. Beaucoup d’étudiants au sud du Sahara, avant d’embrasser le domaine de la recherche ont eu à préparer leur thèse sous sa direction. De nombreux séjours de recherches et d’enseignements sur le continent, placés sous le patronage de l’Unesco, ont fait de lui « le fils adoptif de l’Afrique littéraire ». Plusieurs ouvrages à son compte dont deux semblent incontournables et indispensables pour pénétrer actuellement le monde de la littérature du continent (1). Il s’agit de Littérature nègre (2)  et Littératures francophones d’Afrique noire (3). 


I. Littérature nègre » : L’Afrique littéraire des origines à nos jours

Ce livre, publié pour la première fois en 1974 et couronné une année plus tard par l’Académie française, sera réédité plusieurs fois à cause de sa pertinence didactique et pédagogique. Un ouvrage qui nous fait découvrir la naissance de la littérature-écriture en Afrique avec les auteurs des années 50 et dont le catalyseur semble être les publications des années 30, tels Pigments du Guyanais Léon Gontran Damas en 1937 suivi quelque temps après de l’emblématique Cahier d’un retour au pays natal du Martiniquais Aimé Césaire.Sur le continent, la littérature dite francophone se partage deux aires bien distinctes : l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Des grands poètes, à l’instar de Léopold Sédar Senghor et Tchicaya U Tam’Si, vont signifier ces deux Afriques. C’est d’abord une littérature militante qui va se réveiller en Afrique comme le souligne l’auteur dans l’édition de 1984 : « Accaparés par des tâches plus urgentes, les poètes se firent alors militants – avant de devenir Présidents – et délaissèrent kôrs et balafons, tandis que les romanciers faisaient leur entrée en scène. Une rapide chronologie des principaux romans africains laisse en effet apparaître que la plupart furent écrits de 1954 à nos jours, c’est-à-dire au moment même où la société africaine prenant conscience d’elle-même en tant que « cité » commençait à s’organiser en conséquence. Tous les romans de Mongo Béti [qui portent sur la période coloniale] ont été écrits de 1954 à 1958, Le Vieux Nègre et la médaille  de Ferdinand Oyono date de 1956, L’Aventure ambiguë de Cheik Hamidou Kane de 1961,  L’Enfant noir de Camara Laye a paru en 1953, Les Bouts de bois de Dieu de Sembene Ousmane sont de 1960,  Le Devoir de violence [de Yambo Ouologuem] et  Les Soleils des indépendances [d’Ahmadou Kourouma] datent de 1968 ».Avant le contact avec le Blanc, l’Afrique a une civilisation dont la littérature est spécifique car elle n’a pas de forme matérielle, sinon idéelle. Elle se fonde sur le conte qui, souvent épouse le proverbe, la fable, le chant et le vécu quotidien. C’est ce que les linguistes et anthropologues vont désigner par « littérature orale », car elle se transmet de bouche à oreille dans la société des hommes. Bâti sur deux principales parties, Littérature nègre lie didactique et pédagogie pour une meilleure compréhension du cheminement qu’a pris la littérature africaine de sa naissance à nos jours. 

I.1. Littérature négro-africaine en français
Aujourd’hui, c’est plutôt l’expression  « littérature monde en français » mise en exergue par certains grandes figures de la littérature africaine de langue française, pour désigner la littérature en français hors de l’Hexagone, qui semble réaliste pour désigner cette réalité littéraire. Car nous n’avons pas encore réalisé une langue négro-africaine. Et  une littérature doit en principe se fonder sur une langue qui la véhicule à travers la ou les sociétés. Aujourd’hui, il faut être réaliste pour comprendre que c’est cette « littérature monde en français » qui fait survivre la littérature française proprement dite « qui n’a plus rien à dire ». Et c’est « la pluralité des voix et des écritures qui semble être l’horizon d’attente sur lequel se profile le devenir de la littérature africaine d’expression française » (4)  au secours de la « mère » littérature française qui s’essoufle par manque de nouveaux « thèmes » pertinents, les grandes figures des siècles passés ayant tout dit.Dans cette partie de l’ouvrage, sont mis en relief les différents « méandres » de la littérature africaine tels la poésie, le roman et le théâtre. C’est ainsi que l’on découvre les écrivains de la première génération, originaires dans la grande majorité de l’Afrique occidentale. L’Afrique centrale y est remarquablement représentée dans cette première génération par les romancier et poète congolais Jean Malonga et Tchicaya U Tam’Si et les deux emblématiques romanciers camerounais Ferdinand Oyono et Mongo Béti. Les œuvres de ces premiers écrivains de l’Afrique centrale occupent presque toutes les anthologies des littératures africaines du XXè siècle. 

I.2.  Situation et perspectives
A partir du bouillant et révoltant Discours sur le colonialisme  du grand poète Aimé Césaire et de la position on ne peut plus « émotionnelle » de Léopold Sédar Senghor sur la Négritude, la littérature prend une autre dimension avec la nouvelle génération dont l’optique ne va pas forcément coïncider avec celle des aînés (5) . Ainsi se révéleront plus tard des problèmes linguistiques quand on passera de la tradition orale à la littérature écrite consécutive l’introduction de « l’école des Blancs » en Afrique et quand on étudiera les relations entre l’écrivain africain et son public. 


II. « Littératures francophones d’Afrique noire » : De la littérature nègre aux littératures francophones

Si dans les décennies passées, Jacques Chevrier parle de « littérature nègre » au singulier car relevant de tout un continent, il remarque dans l’espace et dans le temps une (r)évolution exponentielle de la production littéraire en Afrique. Se distinguent alors plusieurs « écritures » en fonction de chaque pays et surtout dans les deux principales sous-régions de l’Afrique francophone (6).  Son nouveau livre apparaît comme le prolongement de la dernière édition de Littérature nègre. Mais ici la nouveauté vient de l’autopsie des œuvres de la fin du XXè siècle et du début du XXIè. Et l’ouvrage le fait savoir très bien dans trois chapitres. 

II.1. Au cœur des ténèbresLes œuvres qui se situent sur le pont qui va du XXè au XXIè siècles font revivre les violences des sociétés africaines, consécutives à la renaissance de la démocratie pluraliste. Beaucoup d’écrivains vont s’inspirer des guerres fratricides que connaissent leur pays : « (…) la tragédie que vit, au quotidien une bonne partie de l’Afrique et à laquelle, évidemment les créateurs, poètes, dramaturges et romanciers ne peuvent demeurer insensibles » (7). Et de ces malheureux événements, naissent les romans de la guerre comme Allah n’est pas obligé d’Ahmadou Kourouma et Jonnhy Chien méchant d’Emmanuel Bounzéki Dongala, pour ne citer que ces deux remarquables récits. 

II.2. Une littérature de la migritude
Ici, ce sont les auteurs de la diaspora tels Calixthe Beyala, Daniel Biyaoula, Alain Mabanckou, Sami Tchack qui sont mis en évidence. Des oeuvres qui relatent en quelque sorte la vie des immigrés en Europe. Des romans tels L’Impasse de Daniel Biyaoula, Bleu Blanc Rouge d’Alain Mabanckou et C’est le soleil qui m’a brûlée de Calixthe Beyala puisent leur fonctionnement diégétique dans la « migritude ». 

II.3. L’aventure des écritures
Avec le temps, le travail des écrivains se situe particulièrement au niveau du scriptural. L’oralité gagne l’écriture. Des romanciers comme Henri Lopes, Sony Labou Tansi « tordent le cou » à la langue française pour donner une autre signification émotionnelle et scripturale au roman. Et la modernité du romanesque aidant, le récit africain réalise des métamorphoses. Comme chez les adeptes du Nouveau roman français des années 50, on remarque chez certains écrivains du continent le respect de la théorie de Jean Ricardou (8) qui, pour le paraphraser, spécifie que le roman moderne n’est plus un récit d’aventures mais l’aventure des écritures. Ainsi, on peut dire que Littératures  francophones d’Afrique noire révèle une autre dimension des auteurs africains qui, comme on peut le lire sur sa quatrième de couverture, « s’engagent dans une aventure des écritures traduisant l’entrée des littératures africaines dans une modernité textuelle ouverte à tous les souffles du monde… ». Le passage diachronique de « la littérature nègre » aux « littératures francophones d’Afrique noire » montre à suffisance qu’il s’est produit un grand bouleversement dans l’évolution du fait littéraire sur le continent. Des littératures nationales sont nées sur fond de la langue française mais avec les spécificités du terroir de l’écrivain qui ont enrichi indubitablement la langue francophone. Aussi, à ces deux ouvrages que nous venons de présenter succinctement, il faut ajouter Littérature africaine.Histoire et Grands thèmes (9), un ouvrage didactique et pédagogique qui se définit comme une sorte d’anthologie, un outil de travail indispensable pour les enseignants de littérature africaine ainsi que pour les étudiants qui voudraient approfondir l’étude des textes des auteurs africains. Y sont mis en relief quelques textes des prosateurs les plus représentatifs du continent 

III. Jacques Chevrier : Une vie d’enseignant universitaire bien remplie
Depuis qu’il a fait valoir ses droits à la retraite, il s’occupe paradoxalement beaucoup de la promotion de la littérature africaine qui a fait de lui un homme au centre de gravité de « la littérature monde en français ». Et ces derniers mois il a été souvent entre deux avions pour la promotion de la littérature africaine d’expression française dans quelques pays. Il a participé du 7 au 12 avril 2007 à un séminaire dont il a été le co-organisateur en partenariat avec le Centre culturel français d’Alger sur le thème « Rencontre confrontation Littératures du Maghreb / Littératures d’Afrique sub saharienne ». Du 2 au 6 mai, il a participé au Salon du livre de Genève. A cette occasion, il a eu à remettre le Prix Amadou Kourouma dont il est le fondateur, à l’écrivain togolais Sami Tchak pour son roman Le Paradis des chiots, lui, qui était aussi lauréat du Grand prix littéraire de l’Afrique noire en 2004. Toujours dans ses activités littéraires, Jacques Chevrier a pris part à Tokyo, sous l’initiative de l’Ambassade de France au Japon, à la table ronde organisée par l’Institut franco-japonais sur le thème « Connaissance culturelle de l’Afrique au Japon ». Et répondant à l’invitation des universités Waseda et Keio, il a prononcé une série de conférences sur les littératures d’expression française. Mais qui est réellement le professeur Jacques Chevrier ? L’Association des écrivains de langue française (ADELF), dont il est le président depuis le 1er décembre 2006, nous le présente grandement dans son bulletin de liaison « Le Point au … » n° 47 du 02.01.06 : « Titulaire de la chaire d’études francophones de Paris IV Sorbonne de 1996 à 2003, ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Saint Cloud, agrégé de Lettres modernes et Docteur ès-lettres, il est actuellement Professeur émérite à la Sorbonne où il poursuit un certain nombre d’enseignements. Après avoir été consultant de l’Unesco auprès de l’Ecole normale supérieure de Bamako, dans le cadre d’un projet piloté par le poète congolais Tchicaya U Tam’Si, il a effectué de nombreuses missions d’enseignement et de recherche dans la plupart des pays africains francophones en Afrique australe, aux Etats Unis, au Mexique, en Inde, ainsi qu’en Europe centrale et orientale. Pendant toute cette période, dans le cadre des enseignements de Littérature générale et comparée, Jacques Chevrier a introduit et développé l’approche des littératures francophones d’abord à l’Université de Rouen, puis à l’Université Paris XII-Val-de-Marne où il a donné un essor sans précédent au domaine africaniste et où, pendant vingt-cinq ans, il aura joué le rôle de « passeur » de Culture entre l’Europe et l’Afrique. Parallèlement de 1972 à 1976, il a également été professeur invité à l’Université de Fribourg en Suisse, où il avait en charge d’encadrer les étudiants doctorants et où il a dirigé les thèses de plusieurs ressortissants de l’ex-Zaïre, du Rwanda et du Burundi. Jacques Chevrier est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages consacrés, pour l’essentiel, aux littératures d’Afrique noire, dont Littérature Nègre, publié pour la première édition en 1974 [chez Armand Colin dans la collection « U »] et couronné l’année suivante par l’Académie française, L’Arbre à palabres, essai sur les contes et récits traditionnels d’Afrique Noire (Hatier 1966, réédition 2005), récompensé par l’Académie des Sciences d’Outre-Mer en 1986, Williams Sassine, écrivain de la marginalité (Toronto, édition du GREF, 1995) ; Les Blancs vus par les Africains (Lausanne, éditions Pierre Marcel Favre, 1998 ; Littérature d’Afrique noire de langue française (Nathan, 1999) ; Poétiques d’Edouard Glissant, (Presses Universitaires de Paris, Sorbonne, 1999) ; Littérature Nègre (rééditions 1984, 1990, 1999, 2001, 2003 chez Armand Colin) ; Ecrivains francophones du XXè siècle (en collaboration, éditions Ellipses/AUF, 2001) ; Anthologie africaine, I – Le roman et la nouvelle, II – La poésie (Hatier, collection « Monde noir », 2002) ; Le Lecteur d’Afriques (Honoré Champion, 2005) ;  Littératures francophones d’Afrique noire (Aix-en-Provence, Edisud, 2006). Plusieurs de ces ouvrages ont fait l’objet de traductions. A cela s’ajoute une centaine d’articles parus dans diverses revues et une série de communications scientifiques présentées dans les colloques internationaux. Jacques Chevrier s’est également fortement impliqué dans la promotion des littératures francophones. Directeur-fondateur de la collection « Monde noir » aux éditions Hatier international, il est responsable du Grand Prix littéraire de l’Afrique noire de l’A.D.E.L.F et fait partie du Conseil d’administration de la biennale de la langue française, ainsi que du Conseil scientifique de la revue des littératures du sud, Notre Librairie. Il a joué un rôle fondateur dans la création de la Médiathèque francophone de Limoges, participe aux travaux de la Commission de terminologie du Ministère des Affaires étrangères et collabore avec différentes organisations internationales dont l’O.I.F. On lui doit enfin la création du prix Ahmadou Kourouma décerné chaque année dans le cadre du Salon du livre de Genève. Honory Senor Research Fellow of the Institute of Romance Studies de la London University, Fellow of Churchill College (Cambridge), Jacques Chevrier est Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’honneur (Promotion du bicentenaire) et Officier dans l’Ordre des Palmes académiques ».Aussi, à la tête de l’ADELF, on lui doit la réalisation des Cafés littéraires du 3 de la Place Denfert-Rochereau dans le 14è arrondissement de Paris qui, pour cette année ont commencé en septembre et qui doivent se terminer en décembre 2007 avec la participation de certains grands noms de la littérature tels Vénus Khomy-Ghata, Henri Lopes, Ananda Devi et Michel Féli.  

En guise de conclusion
La recherche dans le domaine de la littérature africaine dans son ensemble a été maintenue par quelques éminents universitaires du continent tels Thomas Melone, Puis Ngandu-Nkashama, Jean Pierre Makouta Mboukou, Mukala Kadima Nzuji. Au seuil du XXIè siècle, la relève semble assurée avec la nouvelle génération avec des noms comme David Ndachi Tagne, Ange-Séverin Malanda et Alpha Noël Malonga pour ne citer que ces trois figures de l’Afrique centrale et dont certaines ont été « formées » par Jacques Chevrier. De nos jours, nous pouvons dire que l’ouverture des littératures africaines d’expression française s’est déjà imposée sur l’échiquier international avec des célébrités comme Ahmadou Kourouma, Williams Sassine, Henri Lopes, Sony Labou Tansi, Emmanuel Bounzéki Dongala auxquelles il faut maintenant ajouter celles de la nouvelle génération tels les Congolais Alain Mabanckou et Daniel Biyaoula, les Guinéens Tierno Monénembo et Cheik Oumar Kanté, les Camerounais Calixthe Beyala et Patrice Nganang. Les œuvres de certains sont actuellement enseignés en Afrique comme à l’étranger. Et cela, grâce à la « collaboration permanente » de celui qui a fait de l’internationalisation des littératures africaines son cheval de bataille  dans ses recherches et enseignements : le professeur Jacques Chevrier. 

 Notes(1) Des enseignants universitaires spécialistes des littératures du continent, on peut citer des noms tels Lilyan Kesteloot, Bernard Mouralis, Bernard Magnier, Jean Louis Joubert, Arlette et Roger Chemain dont les travaux occupent une place remarquable dans les études des littératures francophones.
(2)  Chevrier (J.) Littérature nègre, Editions Armand Colin,  collection « U », Paris, 1974 ; rééditions 1984, 1990, 1999, 2001, 2003.
(3) Chevrier (J.) Littératures francophones d’Afrique noire, Editions Edisud, Aix-en-Provence, 2006. 
(4)
Chevrier (J.) Littératures francophones d’Afrique noire, Editions Edisud, Aix-en-Provence, 2006, p.203.
(5) Au Cameroun et au Congo-Brazzaville par exemple, des écrivains tels Mongo Béti et un peu plus tard Tchicaya U Tam’Si, Jean Pierre Makouta Mboukou et Henri Lopes vont s’opposer à l’idée de Négritude, car marqués par la lutte anti-coloniale au Cameroun pour Mongo Béti (qui publie son roman Ville cruelle sous le pseudonyme de Eza Boto) et l’attitude patriotique du Congolais André Grenard Matsoua contre la désinvolture et la méchanceté des Français avec leur impôt de capitation pendant l’époque coloniale, et la Révolution populaire des 13, 14 et 15 août 1963 après les indépendances. Et le personnage de Matsoua devient  historique car apparaissant dans moult œuvres littéraires congolaises.
(6) Lire (Sous la direction de Jean Louis Joubert) Littératures francophones de l’Afrique de l’Ouest : Anthologie et Littératures francophones d’Afrique centrale : Anthologie, Editions Nathan, ACCT, Paris, 1995.
(7) Chevrier (J.) Littératures francophones d’Afrique noire, Editions  Edisud, Aix-en-Provence, 2006, p. 138.
(8) Romancier moderne (avec Alain Robbe-Grillet, Michel Butor, Nathalie Sarraute, Claude Simon…), Jean Ricardou lie la théorie à la pratique dans la conception du Nouveau roman qui se révèle à partir des années 50.
(9) Chevrier (J.) Littérature africaine. Histoire et Grands thèmes, Editions Hatier, Paris, 1987.

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