Au moment où le négationnisme bat son plein sur la guerre civile au Congo (cf. Affaire des Disparus du Beach), il nous reste la poésie pour inscrire sur le marbre de l’histoire cette dure époque. Arthur Rimbaud décrivait le champ de bataille comme un lit où les morts dorment. La guerre civile du Congo a eu son "dormeur du val", sourire aux lèvres, avec un trou rouge sur le côté, d’où s’échappe la vie. Ce champ de guerre congolais est poétisé sur fond de fantasme libidinal, confirmant qu’Eros et Thanatos sont les faces d’une même médaille.
Poésie (extraits)
Et voici la véritable fesse de l’affaire
Ainsi coulent les larves de la vie
Dans le volcan de la mort
Je pars, je pars au loin
Accroché à l’aile du vent
Le Congo me regarde de ses guerres
Nous avons trop tôt escompté la jouissance de la démocratie
Et je vous conte la véritable fesse de nos souffrances, notre pénitence
Congo sous l’ombre du bras d’un fleuve qui coule immobile.
Ici je conte le roman de mon histoire
Mon histoire couleur de sang, de mort et de cadavres
Souriant au soleil de juin dans le ventre de 1997
Nous sommes partis pour la folie
Le matin, le ciel a ouvert son vagin pour enfanter le malheur.
Congo sous l’ombre du bras d’un fleuve qui coule immobile
5 juin 1997 suspendu aux béquilles de la Bêtise humaine
Tombe sur Brazza comme une nappe de sperme
Sur le ventre d’une femme en extase
Le vent plante son filet de malheur au Nord de la ville
Les museaux des fusils et les gueules des canons vomissent le feu
Le feu de la mort
Voici que commence ma course
Dans la danse infernale des armes
Un enfant accroché au destin de son frère boiteux regarde
Il est beau, cet enfant avec son regard pusillanime
Qui écoute la chanson de la mort
La chanson des balles qui miaulent dans les airs.
Son frère tremble sur son pied bot
La mort dans le ventre
L’inquiétude dans les bras
La peur dans les yeux.
Congo sous l’ombre du bras d’un fleuve qui coule immobile
Les arbres hurlent la panique dans leurs chevelures vertes
Les nuages surpris par les coups de canons coulent vers le Sud
Voici que ma course commence
5 juin dans le ventre de 1997
Nous avons sodomisé la paix
Avec nos verges pointues mises en érection par la Conférence nationale
Les fusils gueulent la mort du côté de mon Ouenzé natal
Le ciel se couvre d’un pagne wax hollandais noir
Le pagne du deuil qui se dessine du côté du fleuve.
Le vent se dispute avec les armes
Comme quand Marien nous avait quittés
La peur s’est couchée sur tout Brazza
S’accrochant au bras droit du fleuve Congo
Qui coule immobile surpris par ses eaux aux yeux de nénuphars
Sur le pont qui va du matin au soir
La guerre a déjà donné naissance à des monstres : les enfants soldats.
La pointe du soir s’est enfoncée dans le ventre de Brazza.
Le ventre de Brazza a éclaté comme un grand pet
Du sang partout.
Du caca partout
La mort porte dans ses bras ses premières victimes
Dans un ruisseau alentour dort tranquille
Un enfant soldat vacciné par deux plombs
Il dort souriant comme l’a surpris la mort
Il dort dans sa tenue vert olive
La bouche ouverte, un sourire posé sur ses dents d’adolescent
Un filet d’eau coule sur sa jambe gauche à moitie mouillée
La mort l’a surpris en traversant le ruisseau
Filet d’eau timide dans sa course vers le lointain fleuve.
La guerre s’est mouillée à cette place.
Demain un autre jour !
