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Publié le 30 avr 2008 à 21:45
Par noelkodia

Après son premier roman "Hymne à la tolérance" (2), Ghislaine Nelly Huguette Sathoud, plus connue comme poétesse, dramaturge, nouvelliste et essayiste, revient à la prose romanesque avec "L’Amour en migration", un récit qui rappelle ses idées de femme de combat pour l’émancipation féminine(3). Aussi il n’est pas surprenant de rencontrer dans ce texte l’héroïne Léki, ainsi que la majorité des personnages féminins, être au carrefour du mariage et des conditions rétrogrades à elles imposées par la coutume et la tradition africaines.

Pour avoir été emmenée en Occident par son mari, Léki, après moult souffrances, finit par divorcer. Elle ne peut supporter le comportement rétrograde de son mari qui profite des droits que lui confère le mariage coutumier pour détruire sa véritable signification. "Pourquoi vivre en couple alors qu’en réalité je vivais comme une femme seule" se demande l’héroïne.
Souvenirs d’enfance marqués par l’ "acceptation" de ses frères par rapport à elle par les parents, souvenirs de sa tante Muboté qui s’est vue imposer un mari grotesque à cause du respect de la tradition, rappel de sa vie avec son mari à l’étranger, tels sont les points essentiels que nous rappelle l’héroïne qui, âgée de 55 ans, revient au pays où elle retrouve quelques amies de jeunesse. Et le roman apparaît comme un mélange de monologue intérieur de Léki et ses conversations avec ses amies sur la condition de la femme qui doit se libérer de l’emprise de l’homme. Ce dernier et sa famille se permettant d’influencer négativement la femme au foyer.

Une enfance "souillée" par les parents

Léki se voit encore sous l’emprise de ses parents, en particulier de son père qui ne l’autorise pas de sortir comme ses frères. Elle se croit alors brimée malgré la place d’aînée par rapport aux garçons de la maison. Et s’oppose, dans le conflit père-fille, l’homme accroché à la tradition à la fille transformée par l’ouverture du modernisme. L’éducation traditionnelle que le père veut inculquer à son enfant fait écho aux "grossesses accidentelles" qui arrivent dans le monde des filles et qui n’honorent pas leur famille. Pour respecter la famille, Léki se fera avorter contre son gré, son divorce n’étant pas prononcé : "Malheureusement, il fallait encore respecter ces fameuses traditions (…). Il fallait (…) s’attendre que le divorce soit prononcé pour envisager une telle entreprise" (p.115). L’enfance de Léki, c’est aussi le retour de l’image de sa tante Muboté maltraitée par son mari. Encore élève, elle vit les tribulations conjugales de cette dernière et constate que la femme n’a pas les mêmes droits que l’homme. Elle ne comprend pas la réaction de son père devant les souffrances conjugales de sa sœur qui vient chercher protection au près de lui. Il lui demande de rejoindre le foyer pour la dignité de la famille, même quand elle préfère se suicider que de repartir de souffrir dans la maison de son homme. Et la jeune Léki de découvrir l’enfer du monde des adultes pour les femmes quand sa tante se confie à elle, un enfer qu’elle vivra elle-même quand elle va se marier plus tard. Sa tante a vécu un mariage forcé, sans amour. Elle se révèle comme une femme révoltée à qui on a imposé un homme sans scrupule et plus âgée qu’elle. Cette femme dont les études ont été arrêtées par le mariage se rappelle un parent humilié après sa mort par une autre femme se disant intellectuelle. Aussi, profitant de la maturité scolaire de sa nièce, elle se propose de venger le parent défunt humilié. Ce que va accepter la jeune Léki avec courage pour l’honneur de la famille. Cette tante qui meurt à la suite d’un accouchement dans un mariage éprouvant, va bouleverser le destin de l’héroïne. Quelle ne sera pas sa peine quand plus tard elle va, elle aussi, se confronter aux vicissitudes du mariage !

Quand Léki parle de son séjour à l’étranger avec son mari

N’ayant pas d’enfant dans son foyer, un conseil de famille tente de trouver une solution à ce problème. Et l’héroïne d’accepter de suivre son mari à l’étranger dans l’espoir d’y "soigner" sa stérilité, la médecine étant perfectionnée en Occident. Commencent alors pour elle d’autres tribulations quand son homme n’accepte pas sa stérilité tout en la déstabilisant moralement et socialement. Mais le récit prend une autre tournure quand la femme se voit enceinte. Et le texte de nous rappeler le passage de Léki dans un foyer. Pour ne pas se rendre responsable de la séparation de Léki avec son ex mari, Nari son nouvel homme, opte pour l’avortement par le biais duquel elle perd son droit à la féminité tant attendue : "J’aurai bien voulu cet enfant, surtout quand je pense à ton problème. Mais tu connais ton mari. Je crains qu’il ne rejette même toute la responsabilité de l’échec de votre mariage sur moi alors que je ne te connais que depuis votre séparation" (p.106). Et comme une grossesse qui se déclare avant le divorce devient un dilemme pour le couple, Léki est contrainte de respecter les lois de la coutume : elle se fait avorter alors que son ex-mari est encore convaincu de sa stérilité, cet homme qui n’a pas pu la satisfaire dans leur vie de couple : "Comment dire au grand jour que je n’étais pas satisfaite sexuellement sans courir le risque de se faire passer pour une pute ? Lui-même déjà était conscient de la difficulté d’une femme d’avouer publiquement ce problème. Il en était conscient et en profitait pour me narguer" (p.122)

La place de la femme dans le roman

Elles sont souvent martyrisées par l’homme qui profite de la situation sociale que lui procure le pouvoir de la coutume et de la tradition africaines.

En dehors de l’intellectuelle qui s’est servie de sa situation de femme ayant étudié pour dénigrer paradoxalement un parent de l’héroïne, toutes les femmes du roman subissent le poids de la tradition à travers le mariage. Léki se voit martyrisée par son mari à l’étranger. Sa tante Muboté et son amie Matambi vivent des mariages "pénibles" avec leurs époux. Pendant que la première ne comprend pas la réaction affichée par son frère, le père de l’héroïne, quand elle vient se plaindre pour maltraitance de la part de son homme, la seconde, quant à elle, se voit tromper par son époux qui se donne une maîtresse avec laquelle il aura un enfant. Vil comportement de l’homme qui a été aidé et soutenu par sa femme quand il avait perdu son emploi. La femme dans L’Amour et migration, c’est aussi l’image de la mère de Léki qui avec ses enfants, sont maltraités par la belle-famille à la mort de leur mari et père. Et cette situation est bien mise en exergue par l’auteure dans son théâtre et ses essais (3) où elle se dévoile comme fervente militante pour l’émancipation féminine en condamnant les coutumes rétrogrades africaines qui "mettent l’homme au-dessus de la femme". Se dégage aussi dans ce roman l e destin des enfants orphelins en Afrique avec leurs réalités socioéconomiques telle la sorcellerie dont ils sont accusés et la puissance des églises de réveil qui puisent ses adeptes dans la gente féminine et orpheline. Et la place de la femme dans ce livre se résume agréablement dans le chapitre 15 intitulé "Réflexion de femmes" où la conversation entre l’héroïne et ses amies d’enfance se focalise sur son mari et sa belle-famille qui semblent être à l’origine de ses malheurs. Désespérée et trahie, elle croit trouver la solution dans le suicide que lui déconseillent ses amies.

La signification du mariage dans "L’Amour en migration"

Le mariage nous révèle ici les "liaisons dangereuses" entre les deux époux sur fond de la réalité africaine confrontée parfois à la vie occidentale pour les immigrés. Et de cette situation, se réalise l’ "amour en migration" pour les couples. Dans ce genre de mariage, l’homme est en général vu sous l’angle infernal de sa "méchanceté" vis-à-vis de la femme.

En dehors du père de Léki qui est pour l’émancipation de la femme africaine à travers l’éducation qu’il donne à ses filles, malgré son penchant à la tradition afin de sauvegarder la virginité de celles-ci, tous les hommes de L’Amour en migration paraissent grotesques. Le mari de Léki et ceux de sa tante Muboti et son amie Matambi sont des hommes de paille qui lient l’imbécillité au pouvoir que leur donne la puissance de la dot selon les réalités africaines pour humilier leur conjointe. Mais devant ce négationnisme en ce qui concerne les libertés primaires d’une femme au foyer et dans la vie civile, s’élève le cri de révolte de l’héroïne qui se remarque dans la clausule du récit : "Pourquoi vivre en couple alors qu’en réalité je vivais comme une femme seule ? Pour le regard des autres ? Il fallait mettre fin à cette comédie" (p.175)

Du style dans le roman

Comme la plupart des romans écrits par les écrivaines congolaises, le texte de Ghislaine Sathoud épouse la narration à la première personne où parfois le "je-narrant" se confond avec le "je-narré". De l’incipit du texte au chapitre 4, la narratrice évolue de l’extérieur sans "se montrer" au lecteur et ce n’est qu’à la page 25, quand sa mère l’appelle par son nom, qu’elle se rapproche du lecteur. A partir de ce moment, le récit évolue par l’intérieur de l’héroïne qui raconte ses aventures. Tout au long du texte, Léki se montre dubitative et sceptique car ne pouvant pas résister à la société des hommes qu’elle rencontre. Et ses propos avancent souvent par une série d’interrogations qui poussent le lecteur à la réflexion comme on peut le constater dans son attitude à propos du comportement on ne peut plus désagréable de son mari : "Etait-ce un moyen de marquer son incapacité ? Etait-ce de l’intimidation pour me faire taire ? (…) Pourquoi était-il aussi cruel envers une femme qui partageait sa vie ?" (p.122). Du style, on remarque aussi la théâtralisation du texte dans les dialogues de certains personnages où la narratrice n’intervient pas. Deux personnages peuvent parler sans aiguillages narratifs comme on peut le constater aux pages 112 et 113 dans la longue discussion entre Léki et son père. Peut-être une réminiscence de la dramaturgie qu’a pratiquée l’auteure.

Conclusion

L’Amour en migration, un roman qui pose les véritables problèmes que rencontre la femme africaine dans la société. La lutte des femmes pour briser certains pratiques néfastes de l’homme "traditionnel", les coutumes du mariage et le réveil de la femme à travers l’école sont des thèmes qui reviennent souvent dans le roman féminin. Et des textes tels Bienvenus au royaume du sida de Marie-Louise Abia, L’Hôte indésirable Doris Kélanou et Détonations et folie de Liss pour ne citer que ces œuvres de ces dernières années, se définissent comme des instruments de lutte pour les femmes contre le népotisme de l’homme africain qui reste encore accroché au traditionalisme quand il s’agit de considérer la femme comme lui. Les problèmes posés par les couples dont les femmes semblent se révolter contre le comportement "impérialiste" de l’homme, sont souvent au centre des "dénonciations" de ces écrivaines. Une façon de s’attaquer à l’hégémonie de l’homme sur la femme. Et la lutte des femmes pour leur émancipation s’avère explicite à travers les héroïnes de ces œuvres.


Notes
(1) Ghislaine Nelly H. Sathoud, L’Amour en migration, Ed. Menaibuc, Collection Interdépendance africaine, Paris, décembre 2007, 176 p.
(2) Ghislaine Nelly. H. Sathoud, Hymne à la tolérance, Ed. Ménolic, Québec, 2005, 75 p.
(3) lire ses deux essais Les Femmes d’Afrique centrale au Québec et Le Combat des femmes au Congo Brazzaville, publiés respectivement en 2006 et 2008 aux éditions l’Harmattan, et présentés dans le magazine Afrique Education nos 212 et 246.
 



 

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Publié le 21 avr 2008 à 17:25
Par noelkodia
 

25 juin 1913 - 17 avril 2008, Aimé Césaire, l’un des piliers de la littérature négro-africaine n’est plus. Condisciple de Léopold Sédar Senghor et de Léon-Gontran Damas, il peut être considéré comme l’un des précurseurs de la Négritude. Ecrivain célèbre, il nous laisse un héritage qui nous pousse à réfléchir sur le devenir de l’homme nègre ainsi que sa place dans l’histoire culturelle et politique au moment où les Noirs ont décidé de réviser l’historiographie de leur continent longtemps réalisée par les africanistes européens avec quelques maladresses qui souvent dépassent l’entendement africain.

Après avoir découvert les lettres en Martinique au lycée de Fort de France et à Louis-le-Grand à Paris, il fonde avec Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas en 1939 "L’Etudiant noir" qui se présente comme une suite logique d’une autre revue de l’époque intitulée "Légitime défense". A la même année apparaît son "Cahier d’un retour au pays natal" comme pour annoncer son retour au bercail dans une langue volcanique et pleine d’agressivité et qui va s’approfondir avec une colère légitime dans "Discours sur le colonialisme". Le texte met en relief l’itinéraire du poète nègre devant son destin de colonisé dont la thématique sera le nerf directeur de l’emblématique "Discours sur le colonialisme". Dans ce cri de douleur, il ne se voit pas fils de certains royaumes africains comme le Dahomey et le Ghana. Il se veut enfant de ce pays calme et merveilleux qui était l’Afrique : "Non, nous n’avons jamais été amazones du roi du Dahomey, ni princes de Ghana (…) ni docteurs de Tombouctou (…). Nous sommes un fumier ambulant hideusement prometteur de cannes tendres et de coton soyeux (…) et ce pays l’Afrique était calme, disant que l’esprit de Dieu était dans ses actes". Et Jacques Chevrier de faire la remarque suivante sur l’auteur en relation avec son œuvre : "A la différence de l’Africain également victime de la colonisation occidentale, mais dont la culture submergée n’a jamais totalement cessé d’exister, l’Antillais a été coupé de ses racines et sonné d’adhérer à la politique pratiquée par le maître blanc qui prétendait pouvoir l’assimiler dans le temps même il refusait l’égalité la plus élémentaire. Aussi privé de contre de gravité puisque voulant être Nègre, il constate qu’il est Blanc. L’Antillais fait-il figure de bâtard de l’Europe et de l’Afrique partagé entre le père qui le renie et cette mère qu’il a reniée".

Une œuvre engagée et engageante

Déjà dans ses textes qui apparaissent comme un mélange de l’expression personnelle du poète avec le déchirement de la symbiose de plusieurs cultures, s’élabore une poétique de la Négritude sur fond d’une revendication de l’identité noire. Et dans ces textes revendicatifs, se dégage un surréalisme qui empêche le message de s’ouvrir sans difficulté comme les poètes classiques. Ce qui a poussé certains critiques à dire que les textes de Césaire sont hermétiques et difficiles à "soutenir". Mais il faut plutôt voir dans ce langage fermé du poète sa capacité de jouer avec les mots dans l’univers des images qui rappellent le monde noir : "Sang Sang ! tout notre sang ému par le cœur mâle du soleil / ceux qui savent la féminité de la lune au corps d’huile / l’exaltation réconciliée de l’antilope et de l’étoile / ceux dont la survie chemine en la germination de l’herbe". Aussi dans un poème dédié à Césaire, le Congolais Théophile Obenga remarque à juste titre que "les mots sont les leurs / mais le chant est nôtre". La révolte poétique de Césaire définit le futur homme politique de la Martinique. Elu député de Fort-de-France, il se fait, d’après Henri Lemaître, "porte-parole de la revendication d’indépendance avec un extrémisme qui trouve son expression la plus complète dans "Discours sur le colonialisme". Ses idées politiques le poussent à frapper à la porte du parti communiste auquel il adhère. Dans l’effervescence des idées de la Négritude et du Communisme qui se télescopent, il se sépare du parti communiste en justifiant sa décision dans sa "Lettre à Maurice Torez". Ayant compris que le langage poétique n’est pas accessible à la masse populaire, il embrasse le théâtre pour divulguer ses idées de "libéralisation et d’indépendance" du peuple noir.

En 1961, il écrit "La Tragédie du roi Christophe" inspirée par l’aventure historique d’un roi noir d’Haïti. Cinq après, il récidive dans la relation politique/théâtre avec "Une saison au Congo" qui se présente comme l’une des grandes fresques de l’histoire post-coloniale de l’Afrique. La trame de la pièce se situe en République démocratique du Congo, une année après son indépendance, et met en relief la disparition tragique de Patrice Emery Lumumba. On peut dire, qu’après analyse de sa dramaturgie, Césaire révèle une multitude de thèmes telle la révolte sur fond de cri de douleur qui fait penser à la revendication de la Négritude pour la libération du peuple noir. Une œuvre fournie, souvent "gardée dans l’ombre" à cause de sa violence et son agressivité fondée sur une colère légitime vis-à-vis du pouvoir (néo)colonial qu’elle a traversé. En poésie on peut citer "Cahier d’un retour au pays natal" (1939), "Les Armes miraculeuses" (1946), "Soleil cou coupé" (1950), "Ferrements" (1960), "Cadastre" (1961), "Moi, laminaire" (1982). Son théâtre se définit par quatre pièces : "Et les chiens se taisaient" (1956), "La Tragédie du roi Christophe" (1963), "Une Saison au Congo" (1967), "Une Tempête" (1969). Il a aussi élucidé sa pensée politique avec "Discours sur le colonialisme", (1956), "Lettre à Maurice Thorez" (1956), lettre dans laquelle il explique sa rupture avec le Parti communiste avant de fonder le Parti progressiste martiniquais en adoptant le programme aux besoins de ses militants, "Toussaint Louverture : la Révolution française et le problème colonial" (1960). On peut remarquer que son œuvre couvre la période (néo)coloniale, d’où son "rejet" de la part des Eurocentristes malgré sa richesse esthétique et la véracité de ses idées. Des textes qui anticipent la décolonisation de l’Afrique par la puissance de leur dimension politique. En 1981, il pense trouver l’acceptation de ses idées quand la gauche revient au pouvoir en France avec François Mitterrand. Peine perdue ! Il n’aura pas gain de cause, d’où son dernier recueil de poésie "Moi, laminaire" publié en 1982. Comme le souligne Henri Lemaître ; "Césaire apparaît non seulement comme un de grands porte-parole de la Négritude, mais aussi et peut-être surtout comme l’un de ceux qui ont su situer l’expression de l’âme noire dans des perspectives non point particularistes, mais largement humanistes".

Un héritage à fructifier

Jusqu’à la fin de sa vie, Aimé Césaire n’a pas trahi son esprit combatif pour la liberté et le respect du peuple noir. Fidèle à ses idées avant-gardistes, il a eu même à s’opposer à l’aspect positif de la colonisation que voulait "faire valoir" la France et la conception migratoire du président Nicolas Sarkozy dont la maîtrise de l’historiographie du peuple noir laisse malheureusement à désirer.
Après la disparition de tous les précurseurs de la Négritude, se ferme une page qui n’a pas séduit beaucoup d’écrivains négro-africains du XXè siècle. De la Négritude, sommes-nous peut-être passés à la Tigritude du Nobel Wolé Soyinka quand on remarque les contre-vérités ainsi que la falsification de certaines pages de l’histoire des peuples noirs par des africanistes eurocentristes. Longtemps allergiques à l’œuvre de Césaire car agressive et attaquant l’immoralité du Blanc vis-à-vis du Noir, certains Eurocentristes se dévoilent maintenant tolérants et conciliants alors qu’ils n’osaient accepter, il y a quelques années, les vérités du "Discours sur le colonialisme". Les Noirs doivent garder en eux un point positif de la Négritude, même si elle fut décriée par certains intellectuels, celui d’avoir lancé le débat sur la véritable indépendance de l’homme noir. Et Aimé Césaire est de ceux qui ont participé au mouvement malgré la connaissance on ne peut aléatoire qu’il avait sur la terre de ses ancêtres, comme il l’affirmait à Lilyan Kesteloot : "Ma connaissance de l’Afrique était livresque ; j’étais tributaire de ce qu’écrivaient les Blancs ; (…) la littérature[ sur l’Afrique] n’était pas fort abondante, et même quand elle existait, elle était certainement partiale" (Cf. Lilyan Kesteloot, Bernard Kotchy, "Aimé Césaire, l’homme et l’œuvre", Présence africaine, 1993).

Pour conclure

Aimé Césaire est un chantre de la "dignité nègre" que l’élite intellectuelle et politique du continent doit immortaliser en récrivant notre histoire longtemps déformée et falsifiée à des fins impérialistes ; et cela pour décourager les Africains dans la prise de conscience d’une partie de la responsabilité du Blanc dans leurs souffrances actuelles à travers la traite négrière qui écuma une grande partie du continent. Aimé Césaire, un alchimiste de la langue française qui devrait rappeler les tenants de la Francophonie que l’agressivité et la colère qui se traduisent en langue française du côté des Noirs n’est autre qu’une façon d’assumer leur identité longtemps malmenée et falsifiée par le (néo)colonialisme. Aussi "Cahier d’un retour au pays natal" et "Discours sur le colonialisme" peuvent être considérés comme deux armes miraculeuses qui doivent être des livres de chevet pour la jeunesse africain qui se cherchent encore. Une jeunesse qui doit les brandir comme des boucliers et des lances au moment où l’on constate l’émergence de certains réflexes néocoloniaux du côté de certains Blancs. "Anti raciste, anticolonial, altermondialiste avant l’heure, Aimé Césaire est le témoin téméraire du XXIè siècle" constate agréablement Yves Ekoué Amaïzo dans son éditorial sur www.afrology.com. Aujourd’hui la Négritude césairienne est un héritage qui n’appartient plus à la seule Martinique mais à tous les Nègres quel que soit le lieu où ils se trouvent en se confrontant paradoxalement à l’inhumanisme de la mondialisation prônée par les Eurocentristes. Aimé Césaire, un prototype de la dignité humaine qui doit servir d’exemple à la nouvelle classe politique africaine qui lutte contre la "désinvolture" eurocentriste.


Publié le 19 avr 2008 à 12:15
Par noelkodia

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