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Publié le 07 avr 2009 à 17:26
Par noelkodia
 Voici une étude qui rappelle quelques pages de la récente histoire du Congo-Brazzaville tâchée de sang à cause de la cacophonie politique engendrée par la classe politique après la Conférence nationale de 1991. Pourquoi le sang a-t-il servi d’écrire l’histoire sociopolitique à partir de 1992 ? C’est à cette question  que l’anthropologue Patrice Yengo essaie de répondre à travers l’étude comparative des « Fruits d’une passion partagée » (1)  de Pascal Lissouba avec « Le manguier, le fleuve et la souris » (2) de Denis Sassou Nguesso, dans son essai « Le venin dans l’encrier : Les conflits du Congo-Brazzaville au miroir de l’écrit » (3). 


Il y a une littérature abondante sur les conflits du Congo-Brazzaville après les élections de 1992. Essais, récits et romans ont évoqué les tenants et aboutissants de ces drames qui se sont métamorphosés en « mésententes » interethniques pour se révéler explosifs en 1997 quand le mandat du président Pascal Lissouba prenait fin dans des turpitudes on ne peut plus rocambolesques. Mais avant que le pire arrive en juin 1997, les deux protagonistes rêvent de nouveau du pouvoir. Lissouba, maladroit, déclare en 1996 : « Je n’organiserai pas les élections  pour les perdre ». De son côté, Denis Sassou Nguesso compte revenir au pouvoir par les urnes en se fondant sur sa popularité naissante avant les élections. Ces deux hommes politiques vont se préparer, chacun de son côté, à la présidentielle de 1997 en essayant de montrer au peuple leur humanisme tout en « s’attaquant mutuellement ». Et ils vont le faire à travers la plume et l’encre en publiant pour Pascal Lissouba « Les fruits de la passion partagée » et « Le manguier, le fleuve et la souris » pour Denis Sassou Nguesso. Deux livres qui prouvent qu’ils sont les futurs candidats les plus en vue car s’étant succédé au pouvoir, et leurs capacités à diriger les affaires de l’Etat pouvant être jugées par le peuple congolais. Deux ouvrages conçus pour la campagne présidentielle qui s’annonçait à l’horizon. Et Patrice Yengo le spécifie très bien en découvrant déjà l’attitude de « chef de guerre » des deux hommes quand on se réfère aux conséquences dramatiques que va entraîner le télescopage de leurs idées. Peut-être que ces deux ouvrages seraient des armes pacifiques pour la campagne présidentielle si le professeur Pascal Lissouba avait respecté la date de la présidentielle dictée par la Constitution. « Les fruits de la passion partagée » et « Le manguier, le fleuve et la souris », deux ouvrages qui rentrent dans la stratégie électorale des deux acteurs politiques comme le spécifie Yengo : « Bien que ne permettant pas de distinguer les candidats entre eux, ces livres à prétention programmatique présentent l’avantage d’accompagner la pensée de leur auteur grâce à des  considérations sur la vie politique du pays ou sur leurs adversaires, donnant ainsi la signification à la bataille politique en cours » (p.29).

 

« Les fruits de la passion partagée » et « Le manguier, le fleuve et la souris » : deux livres écrits séparément mais qui s’appellent

Ces deux ouvrages sont préparés dans le secret pour être curieusement publiés au même moment, quelques mois avant la présidentielle de 1997. Les deux hommes se présentent de l’intérieur en utilisant une temporalité autobiographique comme pour rappeler aux Congolais leur passé politique. Et ce biographisme décrit, comme le remarque Patrice Yengo, « le parcours de vie des deux protagonistes et donne de leur trajectoire individuelle, sur le long terme, le sens de l’enchaînement des séquences ou l’implication politique devient significative tant du point de l’intensité que du contenu » (p.32). Aussi, dans ce biographisme, ils essaient tous les deux de rappeler leur enfance, leur parcours scolaire, leur manifestation dans la vie politique du pays tout en s’attaquant parfois à l’autre, position de futur candidat à la présidentielle oblige. Et Patrice Yengo, contrairement à certains lecteurs victimes de  réactions épidermiques provoquées par des lectures politiciennes,  a fait une analyse scientifique et comparative des deux livres pour montrer la symétrie et l’asymétrie des idées  que développent les deux auteurs dans leur livre à effet dialogique. Quand Pascal Lissouba déclare : « Lorsque je suis arrivé au pouvoir en 1992, le Congo était un pays sinistré. C’est la conséquence d’un régime marxiste », son adversaire lui répond calmement : «  La crise que nous vivons depuis [l’arrivée de Lisouba au pouvoir] est issue de ce manquement aux règles votées par tous. Elle est la conséquence du reniement de la parole donnée, de l’incapacité du président à respecter les engagements qu’il a pris » (p.47). A partir de ces deux répliques prises comme exemples dans le dénigrement de l’un par l’autre, se révèle déjà le venin qui se trouve tapis au fond de l’encrier et qui va remonter à la surface pour faire des victimes au moment opportun. Et tout au long de leur discours, chacun essaie de soigner son image en égratignant  l’autre. A travers ces deux livres qui sont publiés presque au même moment, les deux auteurs se définissent comme les deux seuls politiques valables aux yeux des Congolais. Ils se déclarent déjà « candidats avant même les candidatures ». Si pour Denis Sassou Nguesso, « Il  [lui] est impossible de laisser [son] pays aller plus longtemps à vau-l’eau… C’est pourquoi [il a] décidé de [se] présenter aux élections présidentielles de juillet ». Pascal Lissouba, quant à lui,  pense que « ce peuple congolais, il [a] décidé de lui  offrir un nouveau rendez-vous au cours de l’été 1997 en se présentant à sa propre succession ». Avec tout ce que font découvrir les deux ouvrages qui mettent en relief l’ambition politique des deux hommes pour se maintenir au pouvoir pour l’un, et pour y revenir pour l’autre, nous ne serions pas surpris quand la guerre va éclater le 5 juin 1997 car aucun des deux ne voudra se laisser faire. Et ne dit-on pas que la guerre est le prolongement de la lutte politique quand celle-ci n’a pas réussi par le dialogue ?

 
« Le venin dans l’encrier » : un des livres-références sur les guerres du Congo

S’il est un chercheur qui a su bien décrypter les tenants et aboutissants  des guerres du Congo, c’est Patrice Yengo. Déjà, « La guerre civile du Congo-Brazzaville, 1992-2002 » ouvrage publié chez Karthala en 2006, est une mine pour comprendre les conflits d’avant et d’après la Conférence nationale de 1991 qui sera l’origine du multipartisme au Congo. Aussi  « Le venin dans l’encrier » apparaît comme une relecture de « La guerre civile du Congo-Brazzaville » par certaines séquences textuelles qui semblent s’appeler les unes les autres. Ici Patrice Yengo rappelle aux lecteurs la transition conflictuelle de 1991-1992 avec les premières conscriptions miliciennes jusqu’à « la guerre du tipoye »  qui annoncera le retour de Denis Sassou Nguesso au pouvoir dont l’occasion lui sera donnée par Pascal Lissouba quand celui-ci recevra le rebelle Savimbi sur tapis rouge, une occasion  à Dos Santos pour être aux côtés de Sassou Nguesso ; la suite, nous la savons.

 
« Le venin dans l’encrier » : une diachronie fouillée

Ce livre apparaît comme l’un des plus méticuleux travaux en ce qui concerne les études réalisées sur l’historicité et l’histoire du Congo en ce qui concerne les conflits  consécutifs  au multipartisme post Conférence nationale de 1991. Aussi au chapitre II intitulé « Maturation des contradictions et annales résumées des conflits congolais »  et plus précisément de la page 65 à 89, Patrice Yengo nous explicite avec précision et dates à l’appui les événements les plus pertinents qui ont marqué les conflits du Congo-Brazzaville. Une diachronie qui permet de comprendre les tenants et aboutissants de ces conflits.

 
Sur l’autre côté des conflits congolais

De la réflexion sur ces conflits, Patrice Yengo enrichit celle-ci par les analyses faites à propos par certains intellectuels congolais tels l’historien Théophile Obenga, le littéraire Jean Pierre Makouta Mboukou et le sociologue Henri Ossébi, analyses où chacun donne sa vision des faits. Aussi, de l’autre côté des conflits congolais, Patrice Yengo nous révèle le dilemme dans lequel s’étaient trouvés les médias et organisations humanitaires français au moment de ces événements tragiques.

 
Pour conclure

« Le venin dans l’encrier » est sans doute l’un des livres les plus fournis sur les conflits ayant marqué le Congo-Brazzaville, particulièrement à partir des années 90. Un livre de référence qui s’inscrit dans la compréhension sociopolitique de l’histoire congolaise de ces dernières années que l’auteur nous retrace à certains moments sous l’angle anthropologique. Et s’il y a un chercheur que l’on devrait absolument lire avant de parler des conflits du Congo-Brazzaville, c’est bien Patrice Yengo.

  
Notes
(1) P. Lissouba « Les fruits d’une passion partagée » Ed. Odilon Media, Paris, 1997
(2) D. Sassou Nguesso, « Le manguier, le fleuve et la souris », Ed. J. Cl. Lattès, Paris, 1997
(3) P. Yengo, « Le venin dans l’encrier : Les conflits du Congo-Brazzaville au miroir de l’écrit », Ed. Paari, Paris, 2009  

L’auteur
 : Socio-anthropologue, Patrice Yengo a d’abord enseigné à l’Institut supérieur des sciences de la santé et à la Faculté de médecine de l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville. Chercheur au Centre d’études africaines de l’EHSS de Paris, il dirige la revue « Rupture-Solidarité » et s’intéresse à l’anthropologie historique et politique, particulièrement aux dynamismes politiques et aux conditions sociales induites par la mondialisation
Publié le 05 avr 2009 à 20:49
Par noelkodia

Voici un livre qui pose une problématique pertinente sur l’avenir du continent africain au moment de la mondialisation. L’Afrique qui subit encore l’influence de la civilisation occidentale voit ses cultures se dévaloriser avec le temps. En une centaine de pages, le sociologue Amouzou analyse cette dégradation des cultures africaines au contact avec l’Occident, démontre que la civilisation africaine a été travestie par l’Occident, spécifie les bouleversements subis par les cultures africaines par le biais de la colonisation avant d’esquisser quelques solutions pour freiner la décadence des cultures africaines tout en respectant les principes élémentaires de la mondialisation.

 

Les cultures et civilisations africaines ont été niées par certains eurocentristes à la découverte du continent. L’Afrique a été violée à partir du 17è siècle quand les Occidentaux ont commencé à visiter les côtes africaines. Ce livre nous révèle que la société précoloniale africaine est structurée en fonction de l’âge, du sexe et de la parenté. Sur le plan économique, il y a au sein des groupes sociaux, des échanges qui se limitent à la communication des biens et des marchandises. Une économie de subsistance qui se réalise sans problème au sein des groupes sociaux, se basant sur les échanges matrimoniaux et les obligations de parenté. Du politique, le chef, dans l’Afrique traditionnelle, a une autorité charismatique lui permettant d’imposer le respect et l’écoute dans la vie communautaire. L’Afrique apparaît comme une société d’opinion publique dans laquelle tout acte de l’autorité est surveillé et même épié. Ce qui pousse ce dernier de bien se comporter dans la société. L’éducation dans l’Afrique traditionnelle est assurée par la famille, le clan et le lignage ; une éducation qui n’est pas détachée de la société comme en Occident.

 

Avec la colonisation, le continent se voit imposer la civilisation occidentale avec tous les problèmes au niveau de la société africaine. Et le constat fait par presque tous les historiens et sociologues qui étudient les sociétés africaines est amer : l’importation des modèles étrangers sur le continent depuis sa rencontre avec l’Europe,  ont entraîné un grand séisme sur les plans politique, économique et social. Cette situation a fait que, les élites africaines soient accusées de l’opprobre et du déshonneur qui frappent l’identité africaine. Aussi, après les ravages du colonialisme, l’auteur actualise le thème de la mondialisation qui déconstruit et reconstruit les Etats africains selon des modalités qui favorisent la libre circulation des capitaux, des marchandises et de la technologie. Il remarque la domination culturelle des Français dans leurs ex-colonies par la dégénérescence des langues locales marquées par le français ; celles-ci ont perdu leur originalité avec déformation des patronymes africains et interférences linguistiques. Et dans le quotidien africain, se développent de nouvelles relations sociales. Par complexe devant la civilisation occidentale, les Africains perdent leur « authenticité » par mimétisme. Les adolescents découvrent une autre image de la sexualité à travers l’audiovisuel et la littérature pornographique. Ce qui les entraînent dans la prostitution, surtout dans le milieu urbain où se développe le harcèlement sexuel au niveau scolaire, universitaire et dans l’administration. Pour Amouzou, la banalisation du sexe apportée par la civilisation occidentale serait à l’origine de l’homosexualité visible en Afrique à partir des années 80. Avec le choc des cultures (occidentale et africaine), les jeunes paient un lourd tribut dans l’aliénation culturelle. Ils délaissent le vêtement traditionnel et s’habillent comme le Blanc, particulièrement les filles dans le dessein d’attirer les hommes. Complexé par l’image du Blanc, le Noir africain se blanchit la peau, ignorant les conséquences néfastes de cette pratique. A cela, il faut ajouter l’impact négatif de la musique moderne africaine dans la société. Considérée comme vecteur des valeurs morales pour conscientiser le peuple, elle est bradée par des musiciens qui valorisent le sexe et l’argent.

Dans ce bouleversement que subit le continent, Amouzou réalise aussi l’influence de la culture occidentale sur la diaspora où elle semble plus « virulente ». Contraint de réinventer une nouvelle identité, l’immigrant se confronte à l’expérience insupportable du déracinement et de l’acculturation que subira surtout sa progéniture ; réalité de l’individualisme et de l’enfermement de la société occidentale qui sera héritée dès leur naissance.

 

Dans ce livre où nous avions dégagé les sujets on ne peut plus pertinents, l’auteur suggère des solutions pour « redécouvrir » l’Afrique et sauvegarder ses cultures dans l’avenir. Il préconise la formation des anthropologues, sociologues, psychologues et linguistes qui enseigneraient à la société africaine ses réalités bafouées par l’Occident.  Car  le colonialisme a esquinté la civilisation africaine ; l’Occident est devenu un mythe que les Africains prennent pour modèle. Mimétisme et suivisme les poussent à singer le Blanc, réalité dévoilé par l’auteur dans la dernière partie du livre en s’appuyant sur l’histoire et le social de son pays.

 

L’impact de la culture occidentale sur les cultures africaines (1), un ouvrage qui livre aux Africains des éléments objectifs pour prendre conscience de leur originalité en train de se dissoudre dans la mondialisation à eux imposée par l’Occident. Tout en regardant l’avenir en rapport avec cette mondialisation, l’Afrique doit s’efforcer de ne pas se couper de son riche passé. Ce livre, une invite à tous les Africains du contient et de la diaspora pour une prise de conscience de l’histoire de leurs cultures et civilisations en danger de perdition.

  (1) Essé Amouzou, L’impact de la culture occidentale sur les cultures africaines, L’Harmattan, Paris, 2009, 190p.

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