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reliau lou : dibien
guy Menga : palabre sterile
mongo beti : l'ivrognerie
diongue : saul je voudrais savoir combien de chapitre comporte le pleurer rire et s il vous plait donner un titre a chaque chapitre
jrk : cnnaissance
guy menga : le résumé de la palabre stérile
mongo beti : villa cruelle
guy menga : la palabre sterile
guy menga : le résumé de la palabre stérile
eza boto : ville cruelle
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Publié le 11 jui 2009 à 17:58
Par noelkodia
Un grand homme de lettres vient de nous quitter le 4 juillet 2000. Jean Baptiste Tati Loutard, le guide de mes premiers pas littéraires. Jean Baptiste Tati Loutard, mon professeur de littérature à l’Université Marien Ngouabi. Jean baptiste Tati Loutard, mon président à l’Union nationale des écrivains et artistes congolais (UNEAC). Jean Baptiste Tati Loutard, un homme de culture que jamais je n’oublierai.
I. Souvenirs, souvenirs Difficile de témoigner pour un doyen que l’on a connu dès ses premiers pas dans la création littéraire. Dès les années 70 quand je te présente mon premier recueil de poèmes « Métamorphoses », tu me reçois dans ton bureau de travail quand tu exerces les fonctions de doyen de la fac des lettres à l’Université de Brazzaville qui deviendra par la suite Université Marien Ngouabi. A la fin de notre discussion, tu me dis curieusement que j’imite la poésie de Senghor et tu cites un vers de celui-ci. Timide et marqué par ta simplicité, je ne sais que te répondre. Je n’avais jamais la poésie de ce dernier et je le ferai après cette remarque. J’avais tellement lu tes textes, surtout « Poèmes de la mer » ; « Racines congolaises « et « L’Envers du soleil » que mon ami Léopold Pindy Mamansono, en publiant mes premiers poèmes dans sa « Nouvelle génération de poètes congolais » (1) en 1984 y notera, à propos de ma modeste poésie ce qui suit : «De fait, tout le recueil de Noël Kodia-Ramata est bâti, de point de vue architectural, sur le modèle des « Racines congolaises » et de « l’Envers du soleil » de son maître J.B. Tati Loutard. Même les thèmes abordés se répercutent comme les échos loutardiens de « Poèmes de la mer » et des « Normes du temps ». En me relisant, j’avais découvert que Pindy Mamansono avait effectivement raison car la mer que j’avais découverte enfant dans les bras de ma grand-mère maternelle, était encore vivante en moi. Cette dernière avait fui le vacarme des locomotives de Marchand, aujourd’hui Missafou pour le bercement de l’océan Atlantique. Depuis mes années d’université, nous ne nous sommes jamais quittés, même pendant ta traversée du désert de 1992 à 1997. Tu me recevais chez toi dans le quartier de la Cathédrale comme un membre de la famille. J’ai adhéré à l’UNEAC grâce à toi. J’ai eu à lire toutes tes œuvres poétiques et narratives car tu m’avais découvert critique littéraire et m’avais dédicacé toutes tes ouvrages en dehors du « Masque du chacal » sorti au moment où je ne me trouvais plus à Brazzaville. Il y a trois ans, je t’ai fait une grande surprise en publiant une étude critique sur ton œuvre, intitulé « Mer et écriture chez Tati Loutard, de la poésie à la prose » (2), chose qui n’avait jamais été faite par un compatriote. La première ébauche de ce travail fut « regardée » par le docteur Tchichelle Tchivéla qui m’encouragea dans mon projet. Quand il le fallait, je ne manquais pas de vous faire découvrir, toi et ton œuvre, par l’intermédiaire de la presse internationale comme le magazine panafricain « Afrique Education » dont tu admirais la rubrique « Arts et Lettres » (3). Voici bientôt cinq ans que j’ai quitté le pays pour un travail littéraire au bord de la Seine. Notre dernière « rencontre » se situe autour de ton message de félicitations pour la publication de « Mer et écriture ». J’ai aussi fait comme toi en passant de la poésie au roman avec « Les Enfants de la guerre » (4). Beaucoup de compatriotes écriront sur toi, sur ton œuvre, mais je reste toujours accroché à ta biographie romancée de Joël Planque, sans oublier les réflexions pertinentes de M. et Madame Chemain de l’Université de Nice sur ton œuvre et la préface de mon ami Boniface Mongo Mboussa qui ouvre « Mer et écriture ». Mais après des visions occidentales de ton œuvre, il fallait une autre présentation de celle-ci faite avec un regard du pays, et nous l’avions réalisée, Mongo Mboussa et moi. Je ferme la boîte de mes souvenirs (il y en a tellement trop) avec ces lignes prémonitoires des « Nouvelles chroniques congolaises » quand tu écrivais: «Molangui était dans le sommeil comme un noyer au fond d’un puits. La mort pouvait passer le prendre sans craindre la moindre résistance ».Et quand je me rappelle encore que tu devrais préfacer notre « Dictionnaire des œuvres congolaises » en chantier. Hélas ! Mais le professeur Jacques Chevrier que tu connais bien a accepté de le faire. Paix à ton âme !
II. Le dernier roman de J.B. Tati Loutard Deuxième roman de J.B. Tati Loutard après « Le Récit de la mort », « Le Masque de chacal » publié à Présence africaine en 2006, apparaît comme un autre pan de la réalité sociopolitique du Congo esquissé déjà dans les précédentes proses narratives. Et il n’est pas étonnant de voir Dozock rimer avec Touazock du "Récit de la mort". De la prose loutardienne, on remarque que ce sont les personnages du terroir qui sont partout omniprésents dans toutes les histoires qui nous sont rapportées. Même s’ils ont pris de l’âge, des « Chroniques congolaises » au « Masque du chacal ».
Dozock, ce journaliste incompris et qui décide d’œuvrer pour la liberté de presse, se voit bousculer par les réalités sociopolitiques de son pays. Plus près de nous, les personnages de Tati Loutard évoquent le « quotidien d’aujourd’hui » avec toute son effervescence qui définit ce que nous vivons et ce que nous avions vécu à peine. A la Maison de la Télévision où il est pris à partie par son directeur qui soutient le nouveau régime, Dozock se voit désavoué moralement. Il pense même à démissionner de son travail. Mais le repos, à lui imposé par son chef pour avoir soit disant mal présenter son journal télévisé, le pousse à opter pour une véritable presse démocratique. Et le soutien qu’il a de la part de « Reports sans frontières » quand on va l’incarcérer, ne fera que fortifier sa volonté. Ainsi, il se propose de créer son journal après sa mise à pied. Alors, il se voit comme accompagné par le « masque du chacal » qu’il avait hérité de son oncle adoptif, cet homme qui n’avait jamais eu d’enfants de son vivant. Après les difficultés de quelques jours passés en prison, seule l’image de sa femme semble le protéger. Mais le héros tombe de nouveau dans la dépression quand sa femme devient, quelque temps après, la secrétaire du maire de Brazzaville. Dans cette ville où la chasse au sexe féminin se constate dans le milieu politique, Dozock doute de la fidélité de sa femme, malgré l’assurance qu’elle lui éprouve mais qui est émoussée par la présence des billets de banque qui dorment dans son sac à main. Déchiré entre la volonté de connaître la réalité et la crainte de perdre sa femme, Dozock tente de noyer son malheur dans l’alcool pour oublier sa détresse. Marqué par la venue inattendue en pleine nuit d’un ami journaliste traqué par le pouvoir, traumatisé par le départ du toit conjugal de sa femme après une dispute, Dozock se voit abandonné à lui-même. Mais il est sauvé de justesse après la réconciliation avec sa femme qui l’aime toujours malgré sa jalousie mal placée. La mort de la mère de cette dernière donne un autre tournant à la vie du couple, surtout quand ils vont découvrir le testament de la défunte qui s’opposait paradoxalement à leur union et qui leur demande de se marier. Soutenue moralement et matériellement par son homme à la mort de sa mère, Mouna devient la complice de son mari dans la mise en œuvre de leur projet du journal. Aussi son soutien moral est manifeste au tribunal de Brazzaville pendant un procès qui met en cause un confrère journaliste. Il s’implique aussi par son professionnalisme dans le travail de l’Avocat défenseur de ce dernier qui gagne le procès. Dozock, son ami Marc qui vient d’être libéré et l’Avocat décident de travailler ensemble pour la liberté de la presse en s’ouvrant aux ONG internationales. Considéré comme élément dangereux par le pouvoir en place, surtout après son passage au tribunal de Brazzaville, son chef Malibou tente de le noyer devant son ministre de tutelle. Un piège se confectionne quand il est invité à la Télévision pour une interview. Devant la caméra, Dozock prend partie pour les journalistes congolais dont les mauvaises conditions de travail poussent ces derniers à la prostitution des médias. Il démontre ensuite que la presse privée est aux mains d’anciens journalistes sous la houlette de certains hommes d’affaires et de dirigeants politiques. Mais l’interview du héros va atteindre une autre dimension quand il sera brusquement rejoint sur le plateau par son ancien chef Malibou qui se propose de débattre avec lui. Mais devant le calme et la sérénité de Dozock ainsi que la pertinence de ses idées, Malibou ne peut se contrôler et son caractère d’homme violent se dévoile au grand jour. Croyant avoir bien agi pour faire plaisir au ministre, il est paradoxalement révoqué de la Maison de la Télévision et remis à la disposition de la Fonction publique. Commence alors une nouvelle vie pour le héros et sa femme. Aidé par une banque de la place et la publicité gratuite consécutive à son passage à la Télévision, il concrétise son projet en lançant le premier numéro de son journal au titre révélateur, L’Eveil. « Le Masque de chacal », un récit qui confirme le roman-réalité congolais dont le secret semble être jusqu’aujourd’hui dans l’écriture de Tati Loutard. S’il y a un prosateur dont l’inspiration baigne toujours dans les réalités du terroir, c’est bien Tati Loutard. Il habite le Congo comme le Congo l’habite.
Vraisemblance dans le récit « Le Masque de chacal », contrairement aux autres récits de l’auteur qui s’éparpillent dans plusieurs villes congolaises tels Pointe Noire, Dolisie, soutient des aventures qui se déroulent à Brazzaville que l’auteur nous présente avec une nette objectivité sur fond de connaissances géographiques et sociologiques approfondies. Cette ville de Brazzaville qu’il nous présente, dégage encore les effluves des dernières années : « Ce jour-là, Dozock était resté tard dans le bureau. Il avait écrit un article sur les leçons à tirer de la guerre de juin 1997. Il s’était interrogé sur les raisons profondes qui avaient poussé des Congolais à prendre les armes contre eux-mêmes » (p.71). L’auteur élabore son histoire avec les ingrédients qu’il ramasse autour de lui car faisant partie de son quotidien, des ingrédients dont il a eu à vivre les manifestations physiques et morales. Tout se passe dans Brazzaville qu’il connaît comme le fond de sa poche. Ainsi, les lieux comme la Tour Nambemba et la Cathédrale Sacré-Cœur (p.8), Poto-Poto et le port de Yoro (p.9), l’église Saint Esprit p.(74), le rond-point de Poto-Poto (p.82), la Cathédrale et l’Hôtel de ville (p.91), le Cimetière du Centre-ville dans le quartier de la Maison d’Arrêt non loin du complexe d’habitation de ce que fut la compagnie aérienne Air Afrique (p.114)… sont des réalités géographiques qui appartiennent bel et bien à la capitale du Congo. Et le Congolais lambda peut "suivre" les personnages du roman à travers la ville de « Brazzaville-fiction » qui fait écho à « Brazzaville-réalité ». Mais dans ce vraisemblable de l’univers diégétique, se révèle, en dehors de la situation géographique, quelques réalités sociales et sociétales des Congolais dans Le Masque du chacal. Comme dans la plupart de ses récits, Tati Loutard se définit à certains moments comme le secrétaire de la société congolaise dont il semble bien connaître les us et coutumes. Les confrontations interethniques, la vie on ne peut plus énigmatique des hommes politiques, la démocratie naissante au niveau de la presse qui se voudrait libre, voilà quelques aspects réels de la société qui se dévoilent dans ce roman. Celui-ci ne puise ni dans le passé, ni dans ses souvenirs lointains, mais dans le présent des événements qui sont encore frais dans sa mémoire. Aussi l’attitude de Dozock vis-à-vis de sa femme quand celle-ci devient la secrétaire du maire entre dans le normatif de l’inquiétude de l’homme qui craint d’être cocufié. Surtout que les dirigeants politiques ne respectent pas les femmes des autres : « Quand Dozock la vit [Mouna sa femme] quitter la maison pour se rendre au travail, son visage s’assombrit (…) Que lui voulait le maire ? Ces gens de la classe politique ont l’argent et les honneurs. Ils ont maîtresses, épouses, enfants » (p.42). Comme dans la plupart des récits de l’auteur, la mort devient une obsession qui rappelle la réalité congolaise dans la façon de gérer ce phénomène. Dans Le masque de chacal, elle apparaît à travers le personnage de la mère de Mouna. Et le décès de cette dernière dévoile au lecteur l’attitude du beau-fils devant la mort de sa belle-mère. Comme tout Congolais, Dozock s’y implique moralement et matériellement comme le demande la tradition : « Il devait consentir des sacrifices financiers pour améliorer son image auprès de ses beaux-parents (…) Il s’endetterait même lourdement pour être à la hauteur des obsèques et une sépulture susceptible de lui attirer la sympathie » (pp.123-124). Quand on se réfère aux autres récits de l’auteur après la lecture du roman, on constate qu’il y a trace d’intertextualité aux niveaux social et géographique des éléments rapportés presque dans toute sa prose. Aussi, on pourrait aussi définir Le Masque de chacal comme une "chronique congolaise".
Roman et poésie dans « Le Masque de chacal » Ecrit dans un style à mi-chemin entre le romanesque et le poétique, Le masque de chacal révèle l’écriture « juste et traditionnelle » de l’auteur. Il n’ose pas « tordre le cou » à la langue française à l’image des de ses confrères comme Sony Labou Tansi, Henri Lopes et Tchicaya U Tam’Si. Dans ses récits, il se voit toujours rattrapé par son premier violon d’Ingres, la poésie, surtout au niveau des descriptions. Voici quelques segments textuels qui rappellent que le romancier est avant tout un poète. « L’eau étalait ses œuvres bleues et vastes, comme sa peau que granulait une brise légère » (p.54). « Au premier coq, première nouvelle. Le jour s’annonçait. La nuit se déclarait au-dessus de la ville. Ses lambeaux traînaient le long des ruelles profondes du quartier de la cathédrale » (p.63) « La petite poussière de soleil (…) s’était soudain volatilisée » (p.131).Et de tels élans poétiques sont souvent rencontrés par le lecteur au fur et à mesure qu’il passe de page en page. Tati Loutard arrive à faire un mariage agréable entre le romanesque et le poétique dans ses récits.
La part du bestiaire dans « Le Masque de chacal » Souvent fondé sue le réalisme congolais et surtout sur le thème de la mort, le récit de Tati Loutard, après un tour dans le surnaturel dans Fantasmagories, donne une place remarquable au bestiaire. Le chacal dont le masque rappelle au héros le temps passé avec son oncle, révèle une réalité congolaise : la complicité qui existe ente le neveu et l’oncle, surtout si ce dernier n’a pas eu d’enfants dans sa vie : « Tout se mélangeait dans sa tête, comme au temps légendaires où les hommes et les bêtes ont des rôles et des actions interchangeables, à l’infini. Ce chacal, c’était l’esprit de son oncle qui devait chaque fois lui rappeler le commerce intellectuel et spirituel qu’ils avaient entretenu tous les deux, du vivant de cet homme qui avait semé en lui l’espérance d’une réussite sociale » (pp.189-190). Ainsi dans ce texte qui n’est autre que l’histoire de Dozock qui mène un combat acharné pour la liberté de la presse jusqu’à la victoire après moult tractations, revient à tout moment l’image obsédant des corbeaux. Ces oiseaux de mauvais augure apparaissent de temps à autre dans la vie du héros. « Sur la plus haute branche de la clôture voisine, deux corbeaux, côte à côte, entreprirent un duo. Leurs croassements arrêtèrent Dozock » (p.37) « Dozock entendit le premier cri du coq (…) S’ensuivirent quelques babillements. Puis les corbeaux se mirent à croasser » (p.167) "Une nuée de corbeaux vola au-dessus de sa tête" (p.190)Ces oiseaux ne symbolisent-ils pas les difficultés (problème au travail avec son chef, crise conjugale dans son foyer, bref séjour en prison, mort de l’oncle puis celle de sa belle-mère) affrontées par le héros avant de s’ouvrir une vie heureuse avec la parution de son journal et le mariage avec sa femme dicté par le testament de sa belle-mère ?
Pour conclure Véritable autopsie sociopolitique du Congo qui se fonde principalement sur la lutte que mène le héros pour la liberté de la presse, « Le Masque de chacal » appartient à un écrivain que l’on ne peut plus présenter car ayant marqué la littérature au niveau continental. Avec une dizaine de recueils de poèmes, trois recueils de nouvelles et deux romans, Tati Loutard apparaît comme l’un des écrivains congolais le plus remarqué par la critique. Son œuvre se situe dans le modernisme tout en ne bousculant pas paradoxalement l’académisme de son style qui fait écho à la médaille de vermeille du Rayonnement de la langue française à lui décernée par l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre. Noël KODIA (essayiste et critique littéraire) Notes (1) Léopold Pindy Mamansono, « La Nouvelle génération de poètes congolais », Ed. Bantoues, Brazzaville, Congo/Heidelberg Allemagne, 1984 (2) Noël Kodia-Ramata, « Mer et écriture chez Tati Loutard : de la poésie à la prose » Ed. Connaissances et Savoirs, Paris, 2006. On peut découvrir dans ce livre la biobibliographie de l’auteur. (3) Lire « Le Prix Tchicaya U Tam’Si confirme le génie de Tati Loutard » ; Afrique Education n°51 de novembre 1998 et « Fantasmagories, le nouveau recueil de nouvelles de J.B. Tati Loutard » ; Afrique Education n°58 de février 1999 (4) Noël Kodia-Ramata, « Les Enfants de la guerre », Ed. Menaibuc, Paris, 2005
Publié le 11 jui 2009 à 14:48
Par noelkodia
Un roman qui sort des sentiers battus des textes narratifs congolais où les personnages vivent dans une société policée avec un vraisemblable qui rappelle le vécu sociopolitique de tous les jours. Avec le thème de la folie par l’intermédiaire du docteur Ma et son univers du Centre psychiatrique qu’il dirige, Matondo Kubu Turé, nous rappelle la piste diégétique inauguré par Auguy Makey avec le personnage de Popolino dans « Francophole », « Sur les pas d’Emmanuel » et « Tiroir 45 ».
Ancien étudiant en psychiatrie en France, Stanislas, que l’on appellera souvent par le docteur Ma, rentre au pays où il dirige un centre psychiatrique en vivant dans sa maison construite au bord du fleuve. Confronté à son ami d’enfance, le président de la république dont la politique laisse à désirer, le docteur Ma subit les foudres des Tirailleurs du pouvoir. Après moult tractations avec le pouvoir, il sera tué en compagnie d’une malade avec qui il semblait partager l’amour. C’est dans la maison au bord du fleuve que l’irréparable se produit quand celle-ci est prise d’assaut par les hommes en armes du pouvoir. Et l’univers africain qui se révèle dans ce livre, annonce un continent « fou » politiquement. Aussi, ce roman de Matondo Kubu Turé apparaît comme une succession de portraits à travers lesquels se dégage une société africaine malade et qui parfois fait penser à quelques « morceaux » de l’histoire sociopolitique de son Congo natal. Le docteur Ma : un médecin pas comme les autresEtudes de psychiatrie à Nice où il se fait remarquer par ses professeurs. Il y travaille après son doctorat, fait aussi du théâtre et passe son agrégation avant de rentrer au pays. Et son passé va se refléter plus tard au pays dans sa confrontation avec le pouvoir, car dans sa jeunesse, « il avait mené tous les combats de sa vie. Il entra dans les jeunesses chrétiennes à dix ans, devint servant de messe et abandonna les fétiches de sa famille. Une décennie plus tard, il échoua dans les filières clandestines du communisme, se mit à lire Mao et à porter les tee-shirts à l’effigie du Che » (p.80). Ce passé troublant va ressurgir plus tard quand il est médecin dans son pays. Il écrit des lettres ouvertes au président de la république pour critiquer sa façon néfaste de gérer le pays. Ces critiques ne sont pas appréciées par ce dernier et ses Tirailleurs s’occuperont plus tard du docteur Ma. Dans l’exercice de son métier, il passe son temps entre le Domicile Loméka, un débit de boisson, le Centre psychiatrique, et sa maison située au bord du fleuve. Tout son univers dégage l’extra-ordinaire : sa « deux-chevaux » unique dans la Ville, ses infirmières qu’il appelle bizarrement par La Noire, La Café-Au-lait, La Fauve, La Jaune et la Boule Ronde. En dehors de celles-ci qui font partie intégrante de sa vie de médecin, il est aussi marqué par cet « enfant du pays » dont la femme, malgré de longues et fructueuses études, s’est convertie en paysanne qui travaille ses champs d’ignames à Mati. Aussi, la disparition de son homme dérègle son mental. Elle se confie au docteur Ma pour être soignée. L’homme qu’elle aime a été fauché par les Tirailleurs du pouvoir. Cette femme qui devient Sa Folle, ne le quittera plus jusqu’au moment où le pouvoir aura raison sur eux : « Au matin, la vieille villa du docteur Ma, le psychiatre avait cessé de brûler (…) La disparition du docteur et Sa Folle allait défrayer la chronique toute l’année et même plus tard… » (pp.14-15). On constate aussi que le destin du docteur Ma tourne autour de la gente féminine. Il est aidé dans son travail par cinq infirmières qui se le « partagent ». La plupart de ses malades sont des femmes dont la plus marquante sera sa Folle. Pour l’atteindre, le pouvoir passe par des témoignages incongrus de femmes qu’il soigne et qu’il aurait violées. Accusations gratuites : « Ah oui, il m’a écarté les jambes (…) et puis il m’a caressé la cuisse droite, (…) » (p.170). Ce sont aussi les femmes qui vont défier le pouvoir pour essayer de le sauver des griffes des Tirailleurs.
« Vous êtes de ce pays ? » ou le Congo sale décrié
Même si la Ville du docteur ne porte pas de nom, même si le pays du président Dominique Charles Nkumbi et son ami l’Archevêque Anatole n’est pas nommé, leur spatio-temporel fait un clin d’œil au pays de l’auteur. Et même si la fiction déborde dans tous les aspects, l’historicité du Congo s’y révèle par certaines réalités diachroniques que l’on ne peut contester. Des réalités « sales » qui interpellent l’homme afin qu’il change de comportement : « Cette année-là, on parla des Disparus du beach (…) Et dix petites filles du quartier Mukondo furent éventrées, le sexe mutilé (…). Le maire de l’arrondissement dix fut abattu à coups de kalachnikov par une patrouille militaire devant le marché de fruits et légumes » (p.36). Un peu plus loin, le lecteur averti tombe de nouveau dans les souvenirs congolais : « Dans ce pays sans nom, on avait déjà zigouillé un cardinal ! Trois présidents de la république… » (p.193). Ce texte qui mêle société et politique, plonge le lecteur dans l’univers congolais à travers l’instance linguistique mise en valeur par la présence des mots du terroir qui, sans cesse, reviennent dans le récit. Une « vraie » fiction avec certaines réalités sociopolitiques où des personnages chantent : « Pata pata eeh ! Sumba yayi eeeh ! eh! (...) Talu fioti (...) ikélé mboté eeeh! » (p.93). Mais ce regard romanesque du natal de l’auteur est plus près de nous à la page 48 qui rappelle un pan de l’histoire sociopolitique des années 60 à la fulgurante décennie 90 quand « le mur de Berlin s’écroule. Une centaine de partis politiques fébriles et ventriloques, formés à la querelle. La kalach réglait les débats. La guerre du tipoye. La guerre du sommeil du président. Les pillages. Les viols. Les massacres. Et toujours les disparitions… » (p.48). Dans cet univers romanesque, le texte avance par superposition de clichés sociaux où toutes les catégories (hommes politiques, officiers, jeunes désoeuvrés, femmes) participent à la descente aux enfers du docteur Ma.
« Vous êtes bien de ce pays ? », un roman de l’écriture
Par sa spécificité et son original scriptural sur fond de la thématique de la psychiatrie, Matondo Kubu Turé ouvre une autre page du roman congolais. La dislocation de la narration à certains moments et la folie des mots et des personnages sont une sorte de mise en cause du roman traditionnel congolais fondé en majorité sur le réalisme primaire. Le texte de Matondo Kubu Turé se lit par fragments (peut-être se voile inconsciemment l’homme de théâtre qu’il est dans quelques méandres poétiques qui nous rappellent ses fameux « Visages noirs qui tuent » (2) : « Le soleil, pirogue volante du ciel, perçait la frondaison des arbres. Le crépuscule baragouinait une langue de murmures et de chuchotements » (p.61) Et l’auteur amplifie le travail de poésie par la technique de la répétition et de la sonorité qui définit l’acidité sociopolitique du texte : « (…) des anges insolites, deux couleurs sans odeur, sans heurt, sans leurre (…) la nuit s’annonçait, une autre nuit. Il y a toujours une nuit dans la vie… » (p.74). Dans la technique de répétition, on remarque aussi le néologisme congolais « cent-cent » qui revient à plusieurs reprises dans le coulé narratif (p. 59, 60, 70, 72…). En guise de conclusionRares sont les romans congolais qui créent autant de personnages atypiques et périssables comme dans ce récit. Leur anonymat révèle des archétypes et symboles d’une société déréglée par la politique. Le destin du docteur Ma subit la loi dégradante de la dictature de son ami d’enfance devenu président de la république. Pour avoir écrit un « livre psychiatrique », Matondo Kubu Turé se révèle comme un poète « fou de l’écriture », un sociologue complet dans l’espace et dans le temps de la nature humaine. Avec ce livre, le lecteur se retrouve dans une incarnation psycho-mentale que lui rappellent l’homme dans ses états social, politique et l’écriture dans ses métamorphoses sociolinguistiques. Noël KODIA Notes (1) Matondo Kubu Turé, « Vous êtes bien de ce pays ? Un conte fou », Ed. L’Harmattan, Paris, 2009, 218 pages. (2) « Ces visages noirs qui tuent », premier recueil de poèmes de l’auteur publié en 1978 aux éditions Saint-Germain-des-Prés, à Paris.
Publié le 09 jui 2009 à 15:51
Par noelkodia
Sur ses quarante ans passés, Maguy posa toute sa chaire et sa graisse sur la chaise qui s’était présentée à elle dès qu’elle entra dans la maison. Elle avait un embonpoint des femmes de chez nous. Devant elle, la glace accrochée à l’un des quatre murs couverts de papier peint rose lui rendait son image. L’image d’une femme qui ne faisait pas son âge avec ces produits cosmétiques qu’elle achetait dans les boutiques africaines de « Château Rouge » et qui l’avaient rendue jeune, claire et belle comme le sont la plupart des femmes de chez nous. Son double que lui renvoyait le miroir l’imitait dans tous ses gestes. Voici presque deux ans qu’elle séjournait en France parce qu’elle avait rejoint Joseph son mari. Elle était maintenant dans Paris avec Joseph qui l’avait arrachée à Euloge, son véritable amour de jeunesse. Un amour du lycée, comme on aimait le dire pour les rencontres amoureuses qui se faisaient sur le chemin de l’école et dans les cours de récréation. Deux ans à Paris, la vie n’était pas celle qu’elle avait souhaitée en quittant le sol natal et malgré tout le bonheur matériel qui l’avait accueillie. A quarante ans, on ne vit pas comme à cinquante ans ? Joseph, après avoir fatigué son corps dans le bâtiment, s’était reconverti en vigile dans un grand magasin de Paris. Trois jours sur sept, plus précisément les nuits de vendredi à dimanche le privaient de sa femme. Ainsi va la vie dans ces pays où l’on peut exercer n’importe quel métier, surtout les plus pénibles qui n’intéressent pas les Français. Assise devant son bureau qui lui servait de lecture, elle ne put contenir les larmes qui commençaient à naître dans ses yeux, tant le silence et l’absence de Joseph lui étaient paradoxalement présents. Elle pensa à Elisa, son amie de jeunesse laissée au pays, avec qui, elle avait une correspondance on ne peut plus régulière. Comme entraînée par une force intérieure, elle sortit du tiroir de son bureau un bloc-notes et un stylo. L’horloge du mur indiquait vingt heures passées ? Elle n’avait pas encore sommeil. C’était un jour de samedi et la télévision diffusait un reportage sur l’ambiance des fêtes d’un pays africain. Elle se décida à écrire à Elisa car le sommeil tardait à venir et la télé l’avait fatiguée avec la poursuite d’un programme monotone diffusant des images en non-stop. Pour la première fois, Maguy avait décidé de révéler à son amie le désespoir et l’amertume dans lesquels elle vivait au près de Joseph depuis son arrivée en France. Son cœur se mit à battre et son corps frémit quand elle pensa que sa chère Elisa ne cessait de l’envier en lui parlant de la vie au pays. Une feuille sur le bureau et un stylo dans la main droite, et ayant pour seul témoin le silence de cette nuit du 31 décembre au 1er janvier, elle se mit à écrire : Ma chère Elisa, tu ne me croiras pas peut-être si je te dis que je t’écris quand les aiguilles de l’horloge s’approchent de minuit. Je n’ai pas encore sommeil. Je n’ai même plus la notion du temps tant qu’il passe monotone entre quatre murs. Joseph est souvent absent comme aujourd’hui. Samedi, un jour de plaisir à Brazzaville où la fête est toujours au rendez-vous. Surtout que nous sommes au dernier samedi de la dernière semaine du dernier mois de l’année après que les Congolais ont touché leur salaire ? Je t’imagine aux « Cataractes » dans les bras de Jean Claude en train de savourer les plaisirs de la vie. Te rappelles-tu ces vers de Ronsard : «Vivez, si m’en croyez, n’attendez à demain ; Cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie » que nous avions étudiés en classe de seconde avec monsieur Jérôme Le Grand, ce professeur français qui nous avait initiées à la poésie ? Ma chère Elisa, je te revoie en pensées dans toutes nos promenades et sorties qui faisaient de nous des sœurs jumelles. Tu ne croiras pas si je te dis que la vie d’ici m’a fortement découragée et ébranlée. Tu dois être étonnée de ma réaction car combien de fois ne souhaitions-nous pas de venir vivre cette expérience. « L’homme se découvre lorsqu’il se mesure à l’obstacle », a dit un grand penseur. Eh bien ! Moi, je te dis que j’ai découvert ce qui me semble inadmissible et invivable dans ce pays. Tout d’abord je serai une grande menteuse si je te disais que je suis totalement déçue en France. Dès que l’on arrive dans ce pays, on n’a plus envie de revenir aussitôt au Congo car ébloui par ses lumières et son gigantisme qui font penser à l’intelligence et à la réussite des Blancs. Dès que je suis arrivée à Paris, tout était presque à ma disposition. Joseph avait déjà tout ce que peut avoir un homme dans sa maison. D’ailleurs j’ai remarqué que presque tous les compatriotes que j’ai visités possèdent tout ce qui se trouve chez nous : télévision, magnétoscope, chaîne musicale, lecteur de CD et DVD, ordinateur avec Internet, frigo, congélateur et autres fantaisies électroniques. La vie ici n’est plus comme au pays où tout le monde connaît tout le monde. Chez nous au Congo, malgré l’arrivée du téléphone portable, on se plait quand même à se rendre visite pour causer. Ici, ce sont les coups de fil qui relient tout le monde. Tu seras encore surprise si je te dis que je n’ai pas encore rencontré notre amie Adelia depuis que je suis arrivée à Paris. Et cela juste bientôt deux ans dans quelques jours. Nous ne nous parlons qu’au téléphone car elle me rappelle souvent qu’elle travaille beaucoup et surtout de nuit. Mais quel travail ? Elle m’a confié, il y a quelques jours, sans fausses hontes, qu’elle regrettait son poste de secrétaire de direction à la Banque Agricole du Congo au métier qu’elle pratique ici. J’ai été étonnée quand elle m’a dit qu’elle s’occupait de vieilles personnes dans une maison de retraite, moi qui croyais la retrouver dans une banque française ou même étrangère. Faire manger, faire boire des vieilles personnes fatiguées et meurtries par l’âge et leur climat, changer leurs culottes à tout moment car souffrant presque d’incontinence urinaire, leur torcher les fesses et essuyer leurs vomissures, voilà ce que fait notre amie du lundi à vendredi. Et le week end, elle est obligée de se reposer en essayant de chasser toutes ces images dégueulasses qui constituent son univers de travail. L’argent n’a pas d’odeur et de couleur. Dieu merci ! Et comme on ne réalise jamais le future, elle a été contrainte de s’y habituer. L’autre jour, nous avions presque passé une demi-heure au téléphone. Heureusement qu’ici, il existe ce que l’on appelle « forfait » au téléphone. Vous pouvez parler aussi longtemps que vous le voulez, la facture de la communication reste la même. Elle promet toujours de passer me voir quand elle vient faire ses courses à Paris. Mais jusque là, j’attends toujours. Ici, l’amie inséparable est la solitude. J’ai beaucoup regretté la chaleur humaine du quartier avec le bruit des véhicules, les pétarades des cyclomoteurs et les pleurs des enfants qui me rappellent toujours notre jeunesse. Au pays, on est pauvre mais heureux ; ici on a l’essentiel mais malheureux. Je crois t’avoir déjà dit que Joseph travaille comme vigile dans un grand magasin de Paris toutes les nuits de vendredi à dimanche. Et tu comprends que je passe des nuits, seule dans mon lit. Quelle nouvelle vie ? Quand je pense qu’avec Euloge, un homme qui savait ce que je voulais sans que je le lui dise ! Je te dirai franchement que Joseph m’a rendue frigide. Depuis un certain temps, je ne me sens plus. J’ai l’impression d’avoir été excisée. Tu vas encore rire si je te rappelle que j’aime que l’on me fasse l’amour à tout moment. J’ai toujours voulu qu’un homme m’appartienne à moi toute seule. Mes contradictions sentimentales avec Euloge et que tu réglais sont sûrement encore manifestes dans ta tête. Une année de vie commune avec lui, c’était le paradis que je voulais à moi toute seule. Te rappelles-tu ce que je te confiais ? Pour l’empêcher d’être convoité par d’autres femmes, chaque matin avant de sortir, je lui demandais de me faire l’amour. Et quand on se retrouvait le soir, pour voir s’il n’avait pas triché ailleurs, je lui demandais encore de me satisfaire. Et je le revois se débattant sur moi pour me faire plaisir ; cela devait être dur pour lui. Avec le temps, je réalise que ma jalousie était enfantine et mal placée et que je lui demandais un peu trop. Aujourd’hui, avec Joseph, je subis le revers de la médaille. Fatigué par son boulot, qui a déréglé son horloge de sommeil et secoué par les coups de fil du pays des parents qui lui demandent à tout moment de leur faire des Western Union, Joseph arrive parfois à passer trois ou quatre jours de la semaine sans me satisfaire sexuellement. Même quand je lui fais comprendre mon envie d’être chevauchée. Je ne sais même pas s’il profite de ses nuits de travail pour passer du côté de Pigalle. Il y a des moments où je pleure seule dans mon lit, surtout en hiver quand la solitude devient plus pénétrante et angoissante. Les quelques jours et nuits qu’il passe avec moi à la maison semblent monotones car il paraît toujours fatigué. Aussitôt au lit après s’être débarrassé de tous ses habits, il se jette sur moi comme un rapace affamé, ne me laissant même pas le temps de me préparer. Je pleure quand je pense à ce que nous faisions, Euloge et moi. Voilà un homme qui savait bien s’occuper de moi. Euloge pouvait te faire l’amour, rien qu’avec ses yeux, ses mains, son sourire et son silence. Quant à Joseph, après son passage éclair sur moi, comme un coq sur une poule, (comme ces spectacles qui nous faisaient rire dans le poulailler de l’oncle Emmanuel) il tombe dans un lourd et profond sommeil avec des ronflements qui m’empêchent de dormir à mon tour… Elle fut surprise par la sonnerie de son téléphone portable à cette heure tardive. Le coup d’œil qu’elle jeta sur l’horloge murale lui indiqua qu’il était minuit passé de cinq minutes. Nous venions d’entamer la nouvelle année. Le téléphone portable continua de l’appeler. Elle hésita. Son regard s’arrêta un instant sur l’appareil avant de se décider. Il le prit dans sa main et décrocha en lançant un « Allô ! » timide comme sorti du fond de sa gorge. Une voix de femme répondit au bout du fil à son « Allô ! » dans un fond sonore musical. C’était de la musique de chez nous, la rumba enivrante et dansante de Koffi Olomidé Mopao ou d’un autre musicien qui devait jouer comme lui. Elle reconnut la voix d’Elisa malgré les continents et les mers qu’elle avait traversés avant de tomber son oreille. Une fois de plus, la sorcellerie des Blancs faisait ses preuves. - Allô ! Maguy ? (grésillement au téléphone) Allô ! Maguiiiiiy ? Bonne Annéééééeeeee ! Allô ! Maguy ? Je suis au « Cabaret Le Zoo » avec mon chéri Jean Claude pour fêter la Nouvelle année. Nous avons profité du concert de Koffi Olomidé Mopao à Brazzaville pour danser. J’espère que toi aussi, tu fêtes bien cette nouvelle année avec Joseph. Il paraît que là-bas chez toi à Paris, les fêtes de la Bonne année, on les passe entre amis dans les maisons. Je t’embrasse très fort et je te souhaite beaucoup de bonheur avec ton mari. (Pause puis de nouveau la voix d’Elisa dans un rire de joie). Ce soir, c’est du coller-serrer avec Jean Claude. Il faut qu’il me montre que sa virilité est encore là. Est-ce que tu te rappelles l’expression que nous avions inventée… (rire d’Elisa) quand nous parlions de nos secrets ? Nous parlions de « se laisser ouvrir la boîte à plaisirs »… (nouveau rire). Aujourd’hui, je vais demander à Jean Claude d’ouvrir largement ma boîte à plaisirs pour bien commencer la nouvelle année... (nouveau rire au bout du fil). Je te laisse et je te souhaite une Bonne année. Bisous ! Elle garda encore son téléphone collé à son oreille droite, ne s’apercevant pas que leur communication avait pris fin depuis quelques secondes. Elle se rappela maintenant que l’on se trouvait sur le pont qui va d’une fin d’année au début d’une autre. C’était la nuit du nouvel an et elle était seule dans sa maison. « J’avais une vie et un destin avant. Joseph me les a volés et détruits ensuite. Et je ne savais que c’était comme ça en France » se dit-elle en imaginant l’ambiance qui prévalait au pays en cette nuit du nouvel an. Elle maîtrisa son émotion et ses yeux fatigués par la nuit, tombèrent sur la dernière phrase de la lettre qu’elle était en train d’écrire : « Quant à Joseph, après son passage éclair sur moi comme un coq sur une poule, il tombe dans un lourd et profond sommeil avec des ronflements qui m’empêchent de dormir à mon tour ». Des larmes se formèrent dans chaque coin des yeux. Des larmes ( de colère ou de dépit ?) qui montrent que l’on a été peut-être trompé par le destin. La première larme coula sur sa joue droite, tandis que la seconde de l’œil gauche tomba dru sur la lettre et se transforma en une grande tache au contact de l’encre. Une tache en forme de cœur. Sur un coin du bureau, un roman d’un compatriote titré Des rires sur une larme avec une première de couverture marron et dont elle venait de terminer la lecture trois jours auparavant, attira de nouveau son attention. Elle sentit une secousse intérieure comme si ses viscères s’entremêlaient, s’entrechoquaient en bouillonnant. Peut-être l’annonce d’une diarrhée émotionnelle. Noêl KODIA-RAMATA
Publié le 08 jun 2009 à 14:34
Par noelkodia
Voici un roman qui révèle pour la première fois la faiblesse d’un prêtre devant l’amour d’une femme. Un étrange destin de l’héroïne qui ne cesse d’interpeller Dieu tout au long du récit sur certains problèmes qu’elle « comprend sans comprendre » la position de Dieu à propos. Dieu, l’homme, la femme et le sexe, trois instances qui définissent l’histoire de la jeune Rama qui se passe dans une région du Congo. Amoureuse d’un jeune prêtre qui l’aime aussi avec passion, Rama refuse le fiancé que lui a été choisi par sa famille. Elle décide d’aller au couvent pour fuir ce mariage. Partagé entre son amour pour servir Dieu et celui qui la lie encore au jeune prêtre Paolo, elle se découvre immorale quand la Supérieure du couvent découvre dans sa chambre son carnet intime où elle se plaint devant Dieu qui, à travers la Bible, ne lui permet pas d’aimer Paolo. Chassée du couvent et après plusieurs mésaventures, elle se marie avec Mike, un ancien ami de jeunesse. Un mariage arrangé par la famille du garçon et qui sera un enfer pour l’héroïne. Mike, un mari désagréable qui lui apporte malheur à la place de l’amour. A la cinquantaine, elle retrouve son premier amour, le père Paolo avec qui elle fait un enfant au moment où elle ne s’y attend pas. Le prêtre est émerveillé de se reconnaître géniteur de l’enfant quand il est invité à l’anniversaire de Rama en compagnie de ses premiers enfants devenus grands. « Homme et femme Dieu les créa », un roman dense, riche où se dégagent plusieurs destins qui tournent autour du personnage central, Rama. Rama, une femme entre souffrance et amour
Née dans une bonne famille, Rama semble destinée à une vie agréable dans la mesure où elle affronte l’école avec succès. Mais les frémissements de l’adolescence la pousse amoureusement vers un « homme de Dieu ». Et c’est à ce moment que va se dessiner son destin atypique qui ne sera géré que par l’Homme. Elle souffre d’avoir aimé un « homme de Dieu » qu’elle ne peut prendre comme mari. Elle souffre de son éventuel mariage forcé avec le fiancé choisi par la famille. Et pour éviter cette union, elle se fait religieuse, à la grande déception de son père qui la renie. Commencent alors d’autres souffrances dont elle ne cesse de demander le pourquoi à Dieu. Le couvent qui était un refuge pour retrouver son homme de Dieu, la sépare de celui-ci quand la Supérieure découvre son carnet intime. Elle est chassée du couvent à cause de ses lettres inacceptables qu’elle « adresse » à Dieu et à Paolo. Hébergé par la Grande-tante Mâ Kanda, parente de sa meilleure amie Lydie-Violette, elle trouve l’occasion de rencontrer Paolo avec qui elle revit un bonheur éphémère tout en concrétisant l’amour sexuel. Séparée de nouveau de « son » prêtre par l’Eglise qui a découvert leur complicité, elle retombe dans le désespoir qui va se transformer en supplice quand elle se marie avec Mike. Complexé devant une femme instruite, celui-ci se transforme en ivrogne et découche à tout moment. Après plusieurs maternités, Rama devient une épave et subit paradoxalement ce qu’elle craignait en ne voulant pas épouser le fiancé choisi par la famille. Après la mort la Grande-tante Mâ Kanda, révoltée, elle veut se libérer de son mari. Mais les enfants sont devenus grands et ont quitté le toit parental ; Rama est obligée de s’occuper de son mari dont la décrépitude et la mauvaise santé nécessite sa présence. C’est après la mort de ce dernier et après s’être libérée traditionnellement de sa belle-famille qu’elle retrouve le bonheur quand elle rencontre de nouveau son prêtre à qui elle va donner un enfant. C’est avec l’homme de Dieu qu’elle vivra le bonheur sentimental et sexuel. Dieu, le sexe et l’amour interditRama apparaît comme une exception parmi les héroïnes du roman congolais. Elle brise le tabou religieux en entraînant un prêtre dans le péché de la chair. Aussi, elle ne s’empêche pas d’interpeller Dieu qui a créé l’homme et la femme pour peupler la terre : « En demandant à l’homme de remplir la terre, tu n’avais pas choisi une certaine catégorie d’hommes, et de femmes habilitées à le faire, tu t’étais adressé à l’Homme et à la Femme » (p.132). Paolo étant d’abord un homme avant de devenir prêtre, il ne pourra résister à la beauté de Rama et l’amour interdit. L’enfant qu’il fera avec Rama en sera une preuve. Et c’est au cours de l’anniversaire de celle-ci auquel il est invité que Paolo s’émerveille en se découvrant père du dernier enfant de Rama. Le récit d’Abia : un roman des romansCe livre pourrait aussi être présenté comme une succession de récits que le lecteur découvre à travers le destin de l’héroïne. C’est d’abord sa rencontre avec une psychologue qui nous prépare à découvrir ses souffrances sentimentales qui vont constituer une grande partie de son destin. Et dans le récit principal de Rama, se découvrent d’autres parenthèses diégétiques importantes comme l’enfance de Paolo dont la réussite ne sera pas acceptée par un ami de son père. Accusé de sorcellerie à cause de l’échec social des autres enfants du village, le père de Paolo est obligé de quitter les lieux pour protéger sa petite famille. Il meurt quelques mois après l’ordination de son fils. Et c’est au cours de ses activités paroissiales que le jeune prêtre se fait séduire par Rama. Quand Paolo est nommé aumônier à la Maison d’arrêt de la place, nous découvrons les « histoires » des prisonniers Ngulu Nkila et Tuseho qui nous ouvrent une page de la société congolaise. Grâce à la parole de Dieu, ils vont s’amender. Ngulu Nkila s’est retrouvé en prison après un crime passionnel car ayant tué sa femme par jalousie. Quant à Tuseho, il redécouvre Dieu après avoir été livré à la Justice par un prêtre par le biais d’une confession. Dans le récit de Rama, se lisent certaines vies comme celle de Lydie-Violette qui est omniprésente aux côtés de l’héroïne et celle de la Grande-tante Mâ Kanda qui meurt en leur laissant un héritage qu’elles vont mettre au service du social. Pédagogie et racisme dans « Homme et femme Dieu les créa »Derrière l’histoire de Rama, et particulièrement son amour pour son homme de Dieu, se cache une grande pédagogie au niveau de la conception de l’Eglise catholique face à la femme et l’homme noir. Rama ne cesse d’interpeller Dieu dans ses lettres car elle ne comprend pas le célibat des prêtres par rapport aux pasteurs, rabbins et imams qui peuvent prendre femme : « Pourquoi un prêtre marié (…) oublierait-il d’aller dire une messe (…) alors qu’un pasteur, un rabbin ou un imam n’oublierait pas son engagement envers toi, tout en étant marié et père de famille ? » pp.138-139). Là, se dégage un problème qui se pose déjà au sein de l’Eglise catholique et que le Vatican semble ignorer. Et le texte de Marie-Louise Abia pourrait s’inscrire dans la documentation de réflexion sur l’autorisation du mariage des prêtres. Mais la grande interpellation de Dieu est explicitée dans la partie intitulée « Habemus Papam » où Rama dans un rêve se retrouve dans une église où se passe l’élection d’un pape. S’y dégage le racisme au niveau de l’église catholique à travers le personnage du pape noir Akpamé qui se voit rejeté par les Blancs de la communauté catholique : « Des personnes encagoulées, tout de noir vêtues, de la tête aux pieds, l’avaient brutalement porté à l’intérieur et une autre, camouflée dans un costume de bourreau, nous demanda d’un air intimidant : « Quelqu’un a-t-il vu quelque chose ? » (p.303). Et ce racisme est vraiment manifeste à travers le fameux discours du Roi des Belges prononcé en 1883 » sur les devoirs des prêtres et pasteurs blancs au Congo repris dans le roman (pp.84-86). « Homme et femme Dieu les créa », un roman polyphonique qui révèle une multitude de problèmes socio-idéologiques qui définissent la société congolaise à travers plusieurs paramètres comme le mariage traditionnel et le complexe de l’homme devant la femme instruite. Un livre qui doit être lu et relu car traitant plusieurs sujets importants à la fois. Et la maîtrise du scriptural sur fond pédagogique que nous avions déjà découvert dans « Afrique : Alerte à la bombe » et « Bienvenus au royaume du sida » se révèle une fois de plus dans ce roman qui montre que l’auteure est plus qu’une romancière.
(1) « Homme et femme Dieu les créa », Ed. J&P. Publishing, février 2009, Royaume Uni. L’auteureMarie-Louise Abia est l’une des romancières congolaises les plus prolifiques avec trois ouvrages à son compte. On lui doit « Afrique : Alerte à la bombe » et « Bienvenus au royaume du sida ». Elle s’apprête à publier un autre roman intitulé « Libres et égaux ».
Publié le 07 avr 2009 à 17:26
Par noelkodia
Voici une étude qui rappelle quelques pages de la récente histoire du Congo-Brazzaville tâchée de sang à cause de la cacophonie politique engendrée par la classe politique après la Conférence nationale de 1991. Pourquoi le sang a-t-il servi d’écrire l’histoire sociopolitique à partir de 1992 ? C’est à cette question que l’anthropologue Patrice Yengo essaie de répondre à travers l’étude comparative des « Fruits d’une passion partagée » (1) de Pascal Lissouba avec « Le manguier, le fleuve et la souris » (2) de Denis Sassou Nguesso, dans son essai « Le venin dans l’encrier : Les conflits du Congo-Brazzaville au miroir de l’écrit » (3). Il y a une littérature abondante sur les conflits du Congo-Brazzaville après les élections de 1992. Essais, récits et romans ont évoqué les tenants et aboutissants de ces drames qui se sont métamorphosés en « mésententes » interethniques pour se révéler explosifs en 1997 quand le mandat du président Pascal Lissouba prenait fin dans des turpitudes on ne peut plus rocambolesques. Mais avant que le pire arrive en juin 1997, les deux protagonistes rêvent de nouveau du pouvoir. Lissouba, maladroit, déclare en 1996 : « Je n’organiserai pas les élections pour les perdre ». De son côté, Denis Sassou Nguesso compte revenir au pouvoir par les urnes en se fondant sur sa popularité naissante avant les élections. Ces deux hommes politiques vont se préparer, chacun de son côté, à la présidentielle de 1997 en essayant de montrer au peuple leur humanisme tout en « s’attaquant mutuellement ». Et ils vont le faire à travers la plume et l’encre en publiant pour Pascal Lissouba « Les fruits de la passion partagée » et « Le manguier, le fleuve et la souris » pour Denis Sassou Nguesso. Deux livres qui prouvent qu’ils sont les futurs candidats les plus en vue car s’étant succédé au pouvoir, et leurs capacités à diriger les affaires de l’Etat pouvant être jugées par le peuple congolais. Deux ouvrages conçus pour la campagne présidentielle qui s’annonçait à l’horizon. Et Patrice Yengo le spécifie très bien en découvrant déjà l’attitude de « chef de guerre » des deux hommes quand on se réfère aux conséquences dramatiques que va entraîner le télescopage de leurs idées. Peut-être que ces deux ouvrages seraient des armes pacifiques pour la campagne présidentielle si le professeur Pascal Lissouba avait respecté la date de la présidentielle dictée par la Constitution. « Les fruits de la passion partagée » et « Le manguier, le fleuve et la souris », deux ouvrages qui rentrent dans la stratégie électorale des deux acteurs politiques comme le spécifie Yengo : « Bien que ne permettant pas de distinguer les candidats entre eux, ces livres à prétention programmatique présentent l’avantage d’accompagner la pensée de leur auteur grâce à des considérations sur la vie politique du pays ou sur leurs adversaires, donnant ainsi la signification à la bataille politique en cours » (p.29). « Les fruits de la passion partagée » et « Le manguier, le fleuve et la souris » : deux livres écrits séparément mais qui s’appellentCes deux ouvrages sont préparés dans le secret pour être curieusement publiés au même moment, quelques mois avant la présidentielle de 1997. Les deux hommes se présentent de l’intérieur en utilisant une temporalité autobiographique comme pour rappeler aux Congolais leur passé politique. Et ce biographisme décrit, comme le remarque Patrice Yengo, « le parcours de vie des deux protagonistes et donne de leur trajectoire individuelle, sur le long terme, le sens de l’enchaînement des séquences ou l’implication politique devient significative tant du point de l’intensité que du contenu » (p.32). Aussi, dans ce biographisme, ils essaient tous les deux de rappeler leur enfance, leur parcours scolaire, leur manifestation dans la vie politique du pays tout en s’attaquant parfois à l’autre, position de futur candidat à la présidentielle oblige. Et Patrice Yengo, contrairement à certains lecteurs victimes de réactions épidermiques provoquées par des lectures politiciennes, a fait une analyse scientifique et comparative des deux livres pour montrer la symétrie et l’asymétrie des idées que développent les deux auteurs dans leur livre à effet dialogique. Quand Pascal Lissouba déclare : « Lorsque je suis arrivé au pouvoir en 1992, le Congo était un pays sinistré. C’est la conséquence d’un régime marxiste », son adversaire lui répond calmement : « La crise que nous vivons depuis [l’arrivée de Lisouba au pouvoir] est issue de ce manquement aux règles votées par tous. Elle est la conséquence du reniement de la parole donnée, de l’incapacité du président à respecter les engagements qu’il a pris » (p.47). A partir de ces deux répliques prises comme exemples dans le dénigrement de l’un par l’autre, se révèle déjà le venin qui se trouve tapis au fond de l’encrier et qui va remonter à la surface pour faire des victimes au moment opportun. Et tout au long de leur discours, chacun essaie de soigner son image en égratignant l’autre. A travers ces deux livres qui sont publiés presque au même moment, les deux auteurs se définissent comme les deux seuls politiques valables aux yeux des Congolais. Ils se déclarent déjà « candidats avant même les candidatures ». Si pour Denis Sassou Nguesso, « Il [lui] est impossible de laisser [son] pays aller plus longtemps à vau-l’eau… C’est pourquoi [il a] décidé de [se] présenter aux élections présidentielles de juillet ». Pascal Lissouba, quant à lui, pense que « ce peuple congolais, il [a] décidé de lui offrir un nouveau rendez-vous au cours de l’été 1997 en se présentant à sa propre succession ». Avec tout ce que font découvrir les deux ouvrages qui mettent en relief l’ambition politique des deux hommes pour se maintenir au pouvoir pour l’un, et pour y revenir pour l’autre, nous ne serions pas surpris quand la guerre va éclater le 5 juin 1997 car aucun des deux ne voudra se laisser faire. Et ne dit-on pas que la guerre est le prolongement de la lutte politique quand celle-ci n’a pas réussi par le dialogue ? « Le venin dans l’encrier » : un des livres-références sur les guerres du Congo S’il est un chercheur qui a su bien décrypter les tenants et aboutissants des guerres du Congo, c’est Patrice Yengo. Déjà, « La guerre civile du Congo-Brazzaville, 1992-2002 » ouvrage publié chez Karthala en 2006, est une mine pour comprendre les conflits d’avant et d’après la Conférence nationale de 1991 qui sera l’origine du multipartisme au Congo. Aussi « Le venin dans l’encrier » apparaît comme une relecture de « La guerre civile du Congo-Brazzaville » par certaines séquences textuelles qui semblent s’appeler les unes les autres. Ici Patrice Yengo rappelle aux lecteurs la transition conflictuelle de 1991-1992 avec les premières conscriptions miliciennes jusqu’à « la guerre du tipoye » qui annoncera le retour de Denis Sassou Nguesso au pouvoir dont l’occasion lui sera donnée par Pascal Lissouba quand celui-ci recevra le rebelle Savimbi sur tapis rouge, une occasion à Dos Santos pour être aux côtés de Sassou Nguesso ; la suite, nous la savons. « Le venin dans l’encrier » : une diachronie fouillée Ce livre apparaît comme l’un des plus méticuleux travaux en ce qui concerne les études réalisées sur l’historicité et l’histoire du Congo en ce qui concerne les conflits consécutifs au multipartisme post Conférence nationale de 1991. Aussi au chapitre II intitulé « Maturation des contradictions et annales résumées des conflits congolais » et plus précisément de la page 65 à 89, Patrice Yengo nous explicite avec précision et dates à l’appui les événements les plus pertinents qui ont marqué les conflits du Congo-Brazzaville. Une diachronie qui permet de comprendre les tenants et aboutissants de ces conflits. Sur l’autre côté des conflits congolais De la réflexion sur ces conflits, Patrice Yengo enrichit celle-ci par les analyses faites à propos par certains intellectuels congolais tels l’historien Théophile Obenga, le littéraire Jean Pierre Makouta Mboukou et le sociologue Henri Ossébi, analyses où chacun donne sa vision des faits. Aussi, de l’autre côté des conflits congolais, Patrice Yengo nous révèle le dilemme dans lequel s’étaient trouvés les médias et organisations humanitaires français au moment de ces événements tragiques. Pour conclure « Le venin dans l’encrier » est sans doute l’un des livres les plus fournis sur les conflits ayant marqué le Congo-Brazzaville, particulièrement à partir des années 90. Un livre de référence qui s’inscrit dans la compréhension sociopolitique de l’histoire congolaise de ces dernières années que l’auteur nous retrace à certains moments sous l’angle anthropologique. Et s’il y a un chercheur que l’on devrait absolument lire avant de parler des conflits du Congo-Brazzaville, c’est bien Patrice Yengo. Notes (1) P. Lissouba « Les fruits d’une passion partagée » Ed. Odilon Media, Paris, 1997 (2) D. Sassou Nguesso, « Le manguier, le fleuve et la souris », Ed. J. Cl. Lattès, Paris, 1997 (3) P. Yengo, « Le venin dans l’encrier : Les conflits du Congo-Brazzaville au miroir de l’écrit », Ed. Paari, Paris, 2009
L’auteur : Socio-anthropologue, Patrice Yengo a d’abord enseigné à l’Institut supérieur des sciences de la santé et à la Faculté de médecine de l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville. Chercheur au Centre d’études africaines de l’EHSS de Paris, il dirige la revue « Rupture-Solidarité » et s’intéresse à l’anthropologie historique et politique, particulièrement aux dynamismes politiques et aux conditions sociales induites par la mondialisation
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