iBLOG précédent iBLOG suivant



Ma photo
NOEL KODIA
Contactez-moi
Yahoo :
Mon calendrier
< Nov. 2009  
L M M J V S D
      1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30      
Tribune libre
reliau lou : dibien
guy Menga : palabre sterile
mongo beti : l'ivrognerie
diongue : saul je voudrais savoir combien de chapitre comporte le pleurer rire et s il vous plait donner un titre a chaque chapitre
jrk : cnnaissance
guy menga : le résumé de la palabre stérile
mongo beti : villa cruelle
guy menga : la palabre sterile
guy menga : le résumé de la palabre stérile
eza boto : ville cruelle
Mon bloc perso.
Bloc personnel vide.
Trafic
Noter ce blog :
1 5
2268 connectés
33402 visiteurs
Ce blog est classé 1536ème
Score de ce blog : 2,71
Publié le 23 déc 2008 à 16:53
Par noelkodia

Henri Lopes, un grand nom de la littérature africaine que l’on ne peut plus présenter tant sa notoriété au niveau francophone est manifeste. Une grande figure du roman congolais dont les textes se sont démarqués de ceux de ses contemporains après les trois premiers ouvrages (« Tribaliques », « La Nouvelle romance » et « Sans tam tam » ) pour se retrouver de l’autre rive du roman avec les textes narratifs qui vont suivre.

 

Le roman congolais, qui naît avec « Coeur d’Aryenne » et « La Légende de Mpfoumou  Mâ Mazono » de Jean Malonga dans les années 50, s’est révélé prolifique et mature à partir des décennies 60 et 70. Des grands noms se sont distingués sur la liste des romanciers africains : Guy Menga, Sylvain Bemba, Henri Lopes, Jean Pierre Makouta Mboukou, Sony Labou Tansi, Emmanuel Dongala ont écrit l’une des plus belles pages du roman congolais du XXè siècle. En dehors de Sony Labou Tansi, Henri Lopes apparaît comme le prosateur le plus prolifère de son époque avec une œuvre abondante et réaliste mais différente des autres avec certains textes qui se sont métamorphosés en aventures du récit pour se retrouver de l’autre rive du roman dans leur trajectoire diégétique.

 

« Tribaliques », « La Nouvelle romance » et « Sans tam tam » : l’héritage du réalisme primaire

Les trois premiers textes narratifs de Lopes se situent sur la ligne scripturale de la « phratrie » congolaise en respectant les règles élémentaires d’un récit d’aventures où le linéaire fait foi. « Tribaliques » (1) est une série de huit nouvelles qui révèlent le social politique africain dans lequel le pouvoir politique tourne autour du tribalisme. « La Nouvelle romance » est l’histoire du couple Nkama affecté à l’ambassade du Congo en Belgique et qui se termine mal. « Sans tam tam » nous rappelle l’univers des ambassades à travers un enseignant patriote, Gatsé qui refuse la proposition d’un ami pour le poste de Conseiller culturel à l’ambassade du Congo en France où il aurait l’occasion de se faire soigner. Tribalisme, émancipation de la femme occupent une place considérable dans « La Nouvelle romance » par le biais de Nkama et sa femme Wali. Dans les textes de ces trois livres, la narration respecte le canon classique du réalisme où la technique du récit épistolaire apparaît comme une spécificité de l’auteur. Les premiers textes de Lopes font écho à la littérature narrative congolaise des années 60-70 où le récit se dé-roule comme « une suite d’événements enchaînés dans le temps depuis le début jusqu’à la fin [et où] le romancier doit songer à l’unité du tout, aux causes et aux effets, au choix des périodes importants, à la corrélation des divers fils de l’intrigue au mouvement qui aboutit à une conclusion » (2). Mais ce réalisme primaire ne fera pas long feu quand le romancier Lopes va se démarquer de ses confrères en développant plus la dimension littérale dans les textes qui vont suivre. Et c’est avec « Le Pleurer-Rire » qu’il va commencer le voyage qui va l’emmener sur l’autre rive du roman.

 

« Le Pleurer-Rire » : le début de l’aventure du récit lopésien


Avec ce troisième roman, Lopes rejoint Sony Labou Tansi en sortant des sentiers battus dans lesquels se plaisent souvent à nous promener la majorité des récits congolais. Si la thématique sociopolitique reste le leitmotiv du fondamental chez les écrivains congolais, Sony Labou Tansi et Henri Lopes évoluent d’un cran en passant du récit d’aventures aux aventures du récit. Lopes va un peu plus loin en inaugurant le roman-fleuve congolais. Avec trois cent quinze pages, « Le Pleurer-Rire » se remarque par un travail de recherche et soutenu dans la forme. Pouvant être lu tantôt comme un récit épistolaire, tantôt comme du théâtre romancé, ce livre produit un langage spécifique qui met en évidence le français africanisé qui caractérise le burlesque et le comique que l’on rencontre dans le milieu africain au sud du Sahara. Sony Labou Tansi et lui, seront les maîtres de la dérision du français dans les textes congolais. D’ailleurs, l’auteur de « La vie et demie » est plus explicite à ce propos quand il affirme : « En France, il existe ce qu’on appelle l’Académie française qui est obligée d’élaguer la langue, c’est-à-dire d’éliminer toutes les images vivantes (…) pour en faire une langue soignée, rabotée ; l’Académie, moi, je m’en fous ! » (3). Lopes et Labou Tansi sont les deux véritables romanciers congolais qui ont réellement eu le courage de « tordre le cou » à la langue française sur fond de réalités africaines. Un bel exemple, quelques années plus tard après « Le Pleurer-Rire » avec « Dossier classé » où se remarquent plusieurs africanismes comme : « le chauffeur a froncé les sourcils, il ne savait plus s’il devait courber côté bras femelle ou côté bras mâle » (p.103) ; « par exemple, net maintenant là même, y en a qui sont venus suivre le match » (p.131) ; « Elle jure que si vous ne la dormez pas avant votre départ, elle sera obligée de tuer son corps » (p.171). A partir du « Pleurer-Rire », Lopes se découvre comme une particularité du roman congolais. Aussi le comique et le burlesque que définit le destin rocambolesque de Bwakamabé na Sakkadé qui s’entoure des membres de sa tribu, signifie le titre du roman. Le macrotexte se voit traversé par un autre récit en italique qui provoque la contestation du récit et le dédoublement du narrateur. On remarque dans ce roman, le récit qui se situe à certains moments sur la trajectoire qui va de l’oral à l’écrit, la transcription directe du langage parlé.

 

Henri Lopes sur l’autre rive du roman

A partir du « Chercheur d’Afriques », les héros lopésiens sont en perpétuels mouvements à la quête d’un destin qu’ils veulent multiculturels comme eux-mêmes. De déplacements en déplacements, ils transportent le lecteur sur l’autre rive du roman où le dossier du personnage-narrateur est souvent classé quand se termine le récit. « Le Chercheur d’Afriques » dégage son sens réel quand l’on considère l’enfance du héros qui « se réveille » à tout moment pendant son séjour en France quand il se rappelle sa mère Ngahala et son oncle Ngatsiala. Et ce dernier va l’appeler Okana pour lui enlever sa dimension blanche car il doit « épouser » la tradition congolaise gangoulou. A travers son amour pour sa mère, son amitié pour Kani et sa position de métis s’appelant tantôt Leclerc, tantôt Okana, le héros pourrait être défini comme un chercheur d’Afriques, symbolisé par sa position de double personnage et le sang noir qui coule dans ses veines. Dans « Sur l’autre rive » et « Le Lys et le flamboyant », l’image du métis revient à travers la « présence » des Antilles dans le premier et Kolélé dans le second. « Le Lys et le flamboyant » nous révèle l’histoire d’une métisse congolaise qui, après un long séjour en Oubangui Chari, en France, en Guinée et au Congo belge, revient au pays natal, pleine d’expérience et où elle meurt quelque temps après, laissant un grand héritage au héros-narrateur Victor Augagneur Houang. Et ce roman se caractérise par la présence de beaucoup de personnages métis avec dédoublement de ceux-ci par la technique de la mise en abyme. Dans l’épilogue par exemple, on voit comment le texte de Victor Augagneur semble se refléter sur lui-même en faisant allusion au personnage de Lopes, ainsi que les éditions du Seuil. Une autre particularité de ce roman : l’auteur Henri Lopes (instance concrète) se transforme en un autre Henri Lopes (instance abstraite, personnage de fiction). Et le lecteur de se trouver dans une situation où le texte brise la frontière entre l’auteur et son narrateur. Le grand et long voyage qui caractérise Marie Eve et Kolélé à travers plusieurs continents dans « Sur l’autre rive » et « Le Lys et le flamboyant », revient dans « Dossier classé » où un autre métis, Lazare Mayélé se trouve, tantôt en France, tantôt aux Etats Unis, tantôt en Afrique où il va profiter de revoir sa famille paternelle et d’enquêter sur l’assassinat de son père. Malheureusement il se rend compte qu’il ne pourra pas élucider cette mort, le dossier étant déjà classé. Comme dans la plupart des romans de Henri Lopes, l’écriture du voyage emmène souvent ses personnages vers un destin sans issu, particulièrement dans les derniers livres. De tous les principaux personnages qui participent à l’action de la diégèse, seuls Gatsé et Kolélé meurent quand ils reviennent au pays, leur mort semblant clore le récit. Ce qui n’est pas le cas des autres « acteurs » tels De la rumba, Bwakamabé, Victor Augagneur, Marie Eve et Lazare Mayélé qui continuent leur destin à travers d’autres éventuels voyages.


Henri Lopes, un romancier pas comme les autres

De tous les romanciers congolais, il est celui qui a le plus travaillé les textes dans son scriptural en passant de l’évolution à la révolution du roman. Des récits d’aventures avec « La Nouvelle romance » et « Sans tam tam », il est passé à l’aventure du récit à partir du « Pleurer-Rire » en privilégiant la créativité formelle au niveau du texte.


Avec huit ouvrages de prose narrative remarqués par la critique littéraire francophone par le biais de deux « Grands prix littéraires de l’Afrique noire » en 1972 et en 1990 avec respectivement « Tribaliques » et « Le Chercheur d’Afriques » (ce roman sera aussi distingué par le prix Jules Vernes), Henri Lopes apparaît, sans risque de nous tromper, comme l’un des romanciers le plus prolifique du XXè siècle congolais. (4). Un auteur qui nous regarde maintenant de l’autre rive du roman dans lequel l’homme politique, la femme et le métis entre deux cultures, occupent une place remarquable.



 

Notes

(1) « Tribaliques » est un recueil de nouvelles que la narratologie peut étudier comme instance romanesque

(2) Lire Henri Coulet, « Le Roman jusqu’à la Révolution », Editions Armand Colin, Paris, 1967

(3) Entretien avec Singhou Basseha, Brazzaville, 1987

(4) Jusqu’aujourd’hui, il a à son compte huit œuvres de prose narrative ; « Tribaliques », Editions Clé, Yaoundé, 1972, 121p. ; « La Nouvelle romance », Editions Clé, Yaoundé, 1976, 194p. ; « Sans tam tam », Editions Clé, Yaoundé, 1977, 126p. ; « Le Pleurer-Rire », Editions Présence africaine, Paris, 1982, 315p. ; « Le Chercheur d’Afriques », Editions Le Seuil, Paris, 1990, 302p. ; « Sur l’autre rive », Editions Le Seuil, Paris, 1994, 236p. ; « Le Lys et le flamboyant », Editions Le Seuil, Paris, 1997, 431p. ; « Dossier classé », Editions Le Seuil, Paris, 2002, 252p.

 

 

 

 

Publié le 23 nov 2008 à 17:22
Par noelkodia
  Une fois de plus, Dominique M’Fouilou (2) nous revient avec un nouveau récit qui mélange roman et histoire. « Ci-Gît Le cardinal achevé », un roman qui trouve sa source dans l’un des drames les plus graves qui ont secoué l’Histoire politique du Congo.

 

Le président Marien Ngouabi, préoccupé par la situation socioéconomique aléatoire que traverse le pays, pense se « réconcilier » avec son prédécesseur. Conscient du pouvoir qui veut changer de position, l’entourage du président se montre hostile au changement préconisé. Un complot énigmatique se tisse autour de lui et l’emporte dans sa mise en œuvre, ainsi que tous les éventuels témoins gênants, principalement le président Massamba Débat et le cardinal Emile Biayenda. Et tout le récit de se focaliser sur le complot qui tue d’abord Marien Ngouabi avant de s’en prendre tour à tour à son prédécesseur et au cardinal, ce dernier pouvant être défini comme le héros principal dont la mesure où sa mort devient « nationale » en bouleversant tout le pays en général et les chrétiens en particulier. Du début à la fin du récit, tout est amertume, tout est tristesse et la mort survient à tout moment en emportant plusieurs personnages ? Et, c'est quand le cardinal est enterré en l’église Saint François de Brazzaville, que la vie reprend le dessus sur l’absurdité de la politique car l’on comprend à la fin que le cardinal a été emporté par un complot militaire et tribalo-politique.

 

Histoire et récit dans « Ci-Gît Le cardinal achevé »

Les romans de Dominique M’Fouilou n’inventent rien, sinon l’écriture. Presque dans tous ses récits, le ou les narrateurs apparaissent comme des reporters ou des cameramen qui rapportent le vécu quotidien des Congolais avec toutes leurs (mé)aventures sociales et politiques où le tragique occupe une place importante. D’ailleurs dans l’avant propos du roman, l’auteur nous dévoile déjà la véracité de sa création : « De ce que j’ai gardé en mémoire des entretiens avec mon oncle (…), il ne me restait que ce récit précis sur l’enlèvement et l’assassinat du cardinal Emile Biayenda survenu le 22 mars 1977. Je n’ai rien inventé de cette histoire… » (p.7). Histoire et récit se marient bien dans ce roman quand on se réfère à l’histoire politique du Congo et au mystère dans lequel les Congolais ont enfermé, malgré eux, la véritable définition politico-historique de la mort de leur troisième président. Epousant la technique du roman-réalité héritée du XIXè siècle où le spatio-temporel se fonde sur des bases référentielles, Dominique M’Fouilou voudrait démontrer dans son récit que, du roman historique à la réalité, il n’y a qu’un pas qu’il faudrait franchir, la mission que doivent se prévaloir les historiens dont le travail s’avère scientifique.

 

Marien Ngouabi, le cardinal et le téléphone de la mort

Si la mort de Marien Ngouabi est programmée par son entourage, celle du cardinal est liée au téléphone qui est devant lui dans cette maison où il se trouve au mauvais moment. Le roman nous retrace la rencontre sur rendez-vous du président avec le cardinal pour discuter de la cession de l’école Javouey à l’Eglise catholique après sa nationalisation des années post-révolution. Aussi, pour avoir été reçu par Marien Ngouabi, le jour même de son assassinat, le cardinal Biayenda est convoqué à l’Etat major par le CMP (Comité Militaire du Parti crée pour gérer et enquêter sur la mort du président). Le prélat et son vicaire Badila se voient inquiétés par cette convocation du vice-président du CMP : « Avec une intuition remarquable, le cardinal avait dit au vicaire les mots qu’il fallait pour le tranquilliser (…). Si ce rendez-vous était dangereux, il posait un extraordinaire problème de sécurité » (p.22). Quand Marien Ngouabi reçoit un coup de fil qui l’annonce une situation extraordinaire dans le milieu militaire, il ne peut continuer sa discussion avec le cardinal. Aussi, son attitude montre à ce dernier que « quelque chose » ne va pas à Brazzaville ce 18 mars 1977. Et quand l’annonce du tragique de l’après-midi tombe dans les oreilles du cardinal, la convocation de ce dernier par le CMP se voit remplie d’interrogations. La discussion entre le prélat et son vicaire devient prémonitoire car elle annonce l’éventuel complot des vrais assassins du président qui mettraient sa mort sur le dos de son prédécesseur Massambat Débat et du cardinal Emile Biayenda qui aurait « détruit » ses fétiches au cours de leur dernière rencontre de la matinée. Et tout le complot s’est tissé autour de cette matinée qui réunit le président Marien Ngouabi, le cardinal Biayenda et le coup de téléphone « militaire » ainsi que la présence « absente » de Massamba-Débat dont les conversations téléphoniques avec son successeur étaient sur la table d ‘écoute ; Aussi, le téléphone dans sa fonction de « traître involontaire », facilite l’énigme dans laquelle se trouve engluée la mort de ces trois grandes figures du pays.

 

« Ci-Gît Le cardinal achevé » ou le récit de la mort


En général, le roman apparaît souvent comme une addition de bonheur et de malheur fictionnels qui définit la dualité de l’humain. Dans « Ci-Gît Le Cardinal achevé », aucun sourire ne se dessine sur la face des personnages dans le coulé narratif. De l’incipit à la clausule, en dehors de la joie qu’éprouve les président et vice-président du CMP dans la réalisation de leur « complot », c’est l’amertume et le drame qui se métamorphosent en mort et qui accompagnent le lecteur au fur et à mesure qu’il tourne les pages du livre. Dans l’après midi, le président meurt assassiné chez lui dans un cafouillage qui entraîne mort d’homme. Quelque temps après, son prédécesseur Massamba Débat est arrêté et condamné à mort à la surprise de tout le monde avec disparition de son cadavre. Quelques jours après, le cardinal Emile Biayenda se voit rattrapé par sa présence matinale du 18 mars 1977 chez le président Marien Ngouabi. Et le téléphone qui avait sonné à ce moment le désigne sur la liste des éventuels témoins gênants. Convoqué à l’Etat major, il est ensuite pris en charge par ses bourreaux qui vont aller le tuer loin de la ville, avant de ramener son cadavre à la morgue de Brazzaville. Dans ce trajet qui l’emmène de son domicile épiscopal à la morgue en passant par les supplices à lui infligées par ses assassins, il n y a qu’amertume, tristesse, désolation et mort qui accompagnent le récit dans son déballage. Du récit de la mort que présente le roman, le lecteur averti passe à la mort du récit car n’ayant pas d’intrigue et de dénouement explosif comme on le remarque souvent dans la plupart des fictions. Ici, le lecteur qui connaît presque l’histoire de cet odieux triple assassinat congolais, ne s’intéresse pas à ce qui est dit, mais plutôt à comment se dit l’histoire.

 

Douleur et écriture dans « Ci-Gît Le cardinal achevé »

Dès l’incipit du roman, s’annonce déjà l’écriture de la douleur, qui se retrouve déjà en la personne du prélat ce jour qui va l’emmener inexorablement à la mort, une mort dont l’armée sera à l’origine : « Le matin de ce 22 mars, le prélat ne savait pas si le dégoût pour les officiers ou bien l’écoeurement de ce qu’ils avaient amené de faire qui le préoccupait implacablement » (p.9). Déjà cette première phrase fait un lien implicite entre le prélat, les officiers et la mort de Ngouabi. C’est cette mort précipitée de ce dernier qui sera le nerf directeur de la douleur qui frappera le Congo ce 18 mars 1977. Tout l’univers du roman évolue dans une douleur qui va crescendo jusqu’au moment où la cathédrale Saint François va accueillir le cardinal dans son ventre. Et cette douleur se lit paradoxalement sur ses bourreaux quand on remarque le remord de son assassin au moment de commettre l’irréparable : « Et voilà que cette mission qui lui paraissait pleine de promesse quand il l’avait acceptée lui semblait maintenant désagréable, ingrate et tout à fait contestable » (p.131). Quand après avoir été semé par les militaires qui sont venus prendre le cardinal, le vicaire Badila constate le vide quand il « [cherche] à comprendre la curieuse sensation de douleur qui [ébranle] son esprit » (p.177). Cette même douleur accompagne ce dernier à la morgue pour aller reconnaître le corps du prélat et pendant les funérailles de ce dernier en l’église Saint François. Aussi, la nature participe à la douleur des chrétiens qui pleurent le cardinal car ce jour-là, « le soleil brillait dans le ciel. Une lourde atmosphère régnait dans la capitale. (…) ; Leur prière funèbre monterait et retentirait comme le vent à travers la ville tout entière. Les larmes et les soupirs l’accompagneraient dans un climat de détresse, de douleur » (p.250). Commence avec un ton triste et douloureux, le récit qui se termine par la peine que sentent les Congolais au moment de l’inhumation du cardinal. « Alors la douleur se faisait de plus en plus oppressante, la souffrance de plus en plus atroce, les pleurs de plus en plus bruyants » (p.246).

 

Dominique M’Fouilou et la technique de l’anonymat personnalisé

La technique du personnage vu de l’extérieur par le narrateur déjà réalisée dans ses précédents romans tels « L’Inconnu de la rue Mongo » et « La Salve des innocents », réapparaît ici à travers les personnages du vice président du CMP, du colonel, du sergent, du capitaine, du commandant qui sont liés au tragique qui emporte le cardinal, et du chauve présent aux funérailles de ce dernier. Nous ne connaîtrons jamais leur patronyme comme les personnages de Marien Ngouabi, le cardinal Biayenda, le vicaire Badila, l’abbé Kouaya, les officiers Pierre Anga et Barthélemy Kikadidi; le chauve dans ce roman nous rappelle l’anonyme de « L’Inconnu de la rue Mongo » et le militaire de « La Salve des innocents » qui, tout au long de leur récit, sont vus de l’extérieur tout en racontant sans être nommés. Dans cette technique de l’anonymat, apparaît une césure entre l’auteur et les narrateurs. ? Peut-être que l’auteur demanderait-il au lecteur de contribuer à la définition finale de chaque personnage sans nom ?

 

Pour conclure

Traduit dans son linéaire, « Ci-Gît Le cardinal achevé » se présenterait comme une tautologie de l’histoire de la mort du président Marien Ngouabi, suivie de celles de son prédécesseur et du premier cardinal congolais. Le livre serait alors l’appât des interrogations politiques qui demanderait le travail des historiens. La mort de Marien Ngouabi, une histoire plus ou moins connue par les Congolais. En étudiant le rapport entre réalité et fiction dans ce roman, nous avons voulu montrer la puissance de l’écriture de Dominique M’Fouilou qui a cette capacité de lire le revers de l’histoire pour emmener le lecteur à réfléchir sur ce que lui apporte le mariage entre la fictivité créée par le roman et le vécu quotidien. Ainsi de ce côté, l’auteur de « Ci-Gît Le cardinal achevé » semble être le seul écrivain congolais qui maîtrise l’art du roman historique.


Notes

(1) Dominique M’Fouilou, Ci-Gît Le cardinal achevé, Editions, Paari, Paris, Brazzaville, 2008, 256 pages.

(2) Auteur prolifique dont l’œuvre se fonde sur l’histoire congolaise, particulièrement celle qui va des indépendances à nos jours. On lui doit des romans historiques tels Vent d’espoir sur Brazzaville, Le Quidam, La Salve des innocents, Le Mythe d’Ange qui traitent tous de la Révolution congolaise des 13, 14 et 15 août 1963.

 

Publié le 15 nov 2008 à 17:29
Par noelkodia
 

Essayiste et romancier, Jean Aimé Dibakana Mouanda a publié cette année une réflexion pertinente qui définit un pan de la réalité sociologique de l’Afrique, un continent qui se veut moderne mais encore « en retard » et paradoxalement accroché à une partie de ses coutumes rétrogrades.

 

Voici un ouvrage qui nous rappelle la société africaine en général et congolaise en particulier. Quatre thèmes fondamentaux y définissent l’Africain de nos jours marqué par la tradition qui sommeille en nous et les nouvelles technologies de la communication et de l’information et plus précisément le téléphone portable. Au carrefour de la tradition et du modernisme, l’Afrique se pose des questions sur son quotidien qui se voit bouleversé par le choc des cultures. Et le continent subit, malgré lui, les métamorphoses et les conséquences d’un monde qui se veut « village planétaire ». L’Africain, face aux changements à lui imposés parla société, subit les lois du milieu urbain où mobilité et maîtrise de la fécondité au niveau de la femme posent problème ; ajoutées à cela la contradiction entre cadets et aînés à travers l’acceptation de la sorcellerie et l’importance du téléphone portable dans les rapports des Africains, voilà les principaux nerfs directeurs du livre de Dibakana Mouanda (2) où la littérature est aussi au service de la sociologie.

 

L’homme, la ville et sa mobilité à travers la vie conjugale avec son corollaire la conception


Le dynamisme social que crée le contraste village/ville impose à l’Africain une autre réalité du couple où la femme devient le pivot central dans la vie citadine, aussi la mobilité sociale influence-t-elle les cycles conjugaux. Cette étude nous rappelle que le mariage africain qui se fonde en général sur trois instances (le coutumier, l’officiel et le religieux), trouve une autre dimension en fonction du statut social des deux époux. La ville révèle une autre réalité dans le couple où l’homme veut « épouser » la civilisation occidentale. Et très souvent, l’épouse illettrée subit le coup, surtout quand l’homme évolue socialement, culturellement et professionnellement. S’y découvrent des dégâts collatéraux tels les conflits interethniques, le divorce et la polygamie. Dans un couple interethnique, fruit de la mobilité qui pousse à la découverte du milieu urbain, l’homme est parfois obligé de prendre à long terme une femme du terroir quand son épouse se montre hostile de passer ses derniers jours dans le village de son homme, de peur d’être rattrapée par les conflits interethniques comme le tribalisme et les guerres civiles. Et Dibakana Mouanda dans ses recherches de nous révéler que cette situation se remarque à l’échelon continental : « Dans plusieurs villes africaines, on a assisté à des tragédies conduisant à la rupture parfois violente et tragique des cycles conjugaux (…) Il a été ainsi pour les couples mixtes lari/bembé ou nordiste/sudiste au Congo-Brazzaville, chrétien/musulman en Côte d’Ivoire, tutsi/hutu au Rwanda, kikuyu/luo au Kenya » (p.51). Dans ces « couples à problème » au niveau urbain, on peut affirmer que la mobilité sociale de l’homme influence les cycles conjugaux quelle que soit la société où se pose aussi le problème de la contraception chez l’Africaine qui désire maîtriser sa fécondité. Mais le dialogue entre parents et enfants devient difficile, la sexualité étant un sujet tabou dans la tradition africaine ; l’éducation sexuelle se fait alors par l’intermédiaire d’autres parents ou amis. En général, on constate que la femme africaine préfère la contraception naturelle par rapport à celle qui se fonde sur la médication (peur d’une stérilité qui serait provoquée par cette dernière). Elle accepte, malgré elle, le préservatif qui irait à l’encontre du plaisir sexuel. L’église ayant gagné presque une bonne partie de la couche sociale africaine, la femme se trouve confrontée à la morale religieuse qui condamne toute forme de contraception. Et dans cette mobilité qui va du rural à l’urbain, on remarque que celle-ci ne se vit pas de la même façon.

 

L’acceptation de la sorcellerie en Afrique : un dilemme qui étonne

Dans le milieu urbain, la sorcellerie définit un autre type de rapport entre cadets et aînés dont les liens sont consolidés par la famille clanique. La notion de sorcellerie va de pair en Afrique avec celle de la mort. La mort naturelle est rarement acceptée en Afrique, surtout quand elle concerne la couche juvénile. Ici, intervient le pouvoir des aînés (chefs de famille) pour servir de bouclier contre la mort qui pourrait frapper un membre de la famille. La sorcellerie devient alors un moyen de régularisation sociale, surtout quand elle frappe le jeune âge. Se manifestent alors « des réactions de plus en plus violentes des cadets à l’encontre des aînés lorsque ces derniers sont accusés d’être à l’origine d’un malheur, particulièrement dans la situation de décès » (p.124). Et dans ce paradigme familial, l’auteur révèle l’importance de l’oncle maternel qui souvent a le pouvoir de vie et de mort sur ses neveux et nièces, comme on le constate chez les Kongo. Aussi les relations entre cadets et aînés signifient une famille idéale quand il y a absence de maladie et de mort prématurée. « Croire ou ne pas croire à la sorcellerie ? » telle est la question que se pose maintenant l’Africain moderne, surtout que l’Etat se trouve dans « une zone de non droit » quand il s’agit de régler les problèmes explicites liés paradoxalement à la sorcellerie qui s’avère implicite. La société africaine s’est vue imposée d’autres repères quand la dimension de la sorcellerie a changé de domaine de définition avec le phénomène des enfants-sorciers, né dans certaines villes comme Kinshasa par le biais des nouvelles  « maisons de Dieu » appelées Eglises de réveil. Et à l’opposé de cette sorcellerie négative du Noir, le continent découvre la sorcellerie positive du Blanc à travers le téléphone portable qui procure des avantages sociaux quand il est utilisé à bon escient.

 

L’impact du téléphone portable en Afrique

Les nouvelles technologies de communication comme le téléphone portable, ont bouleversé le continent car source de nouveaux phénomènes sociaux. On a constaté que l’Afrique s’est définie comme un milieu mal préparé pour les nouvelles technologies de communication par rapport à l’Occident où elles sont entrées graduellement. Objet de mode que l’on exhibe, le téléphone portable transforme le « droit de consommer » en « devoir de consommer » malgré le pouvoir d’achat dérisoire des Africains. Et comme pour toutes les nouveautés dans la société des hommes, le portable a des avantages et des inconvénients. Il a joué un rôle sécuritaire pour son porteur pendant des moments de danger : appel à la police quand on est menacé par des malfaiteurs, appel aux parents pour prendre des précautions pendant les conflits militaires ayant marqué certains pays. Un témoignage pertinent de l’auteur dans ses enquêtes : « Lors des événements de … c’est un ami qui m’a appelé sur mon portable pour me prévenir de ne pas rentrer chez moi alors que j’étais en route (…) ; cela m’a sauvé la vie : des personnes en arme étaient à ma recherche…» (p.84). Ayant crée de nouveaux besoins, le portable a bousculé la vie privée des Africains, surtout dans les rapports cadets-aînés. Se développent des liaisons extraconjugaux entre grandes personnes et jeunes filles pour éviter quelques déboires conjugaux pour les hommes mariés. Le téléphone portable qui sert de communication à distance se met aussi au service de la prostitution dans le milieu féminin. Mais dans l’ensemble, il est profitable à l’Africain qui s’en sert à bon escient.

 

La littérature au service de la sociologie

S’il y a un point qui marque la scientificité du travail de Jean Aimé Dibakana Mouanda, c’est son mérite d’avoir fouillé dans l’oralité et l’écriture de la littérature africaine pour exposer la véracité de son travail. Littératures orale et écrite reviennent sans cesse au cours de ses réflexions pour soutenir ses démonstrations en dehors des témoignages des personnes abordées, éléments primordiaux dans toute recherche en sociologie. Aussi, l’auteur le spécifie dans son introduction : « Pour [ce travail], plusieurs terrains sont pris en compte. En dehors des données recueillies par nos propres soins, nous évoquons également celles récoltées par d’autres auteurs » (p.14). Et ces auteurs se retrouvent dans la littérature orale définie ici par la chanson avec des exemples des vécus quotidiens relatés par certains artistes musiciens congolais et africains cités dans ce travail. A la littérature orale, l’auteur a ajouté aussi le travail de l’écrit en nous rappelant les quelques faits pertinents du changement social en Afrique comme on peut le constater dans les livres des Congolais Dongala (p.48), et Mabanckou (p.137) et de l’Ivoirien Kourouma (p.149) pour ne citer que ces grandes figures de la littérature écrire africaine.

 

Pour conclure

Travail fourni et d’une richesse « inépuisable » car traitant des thèmes fondamentaux d’une Afrique qui se trouve au confluent du traditionalisme et du modernisme, cet ouvrage mérite une lecture plurielle pour comprendre les métamorphoses d’une société qui accepte celles-ci tout en essayant de s’y adapter malgré son milieu qui ne s’y est pas préparée convenablement. Et nous faisons nôtre cette appréciation de son préfacier (3) : « C’est aussi un livre de grande qualité intellectuelle parce que [son auteur] a su résister aux sirènes des grandes approches globalisantes au profit d’une approche du quotidien à la fois descriptive et interprétative qui rend compte, et bien souvent dans sa dureté, de la vie au jour le jour des urbains africains ». L’étude de Dibakana Mouanda, un livre qui donne une autre dimension à l’acceptation des métamorphoses que subit le continent au seuil de ce XXIè siècle.

 

Notes

(1) Jean Aimé Dibakana Mouanda, Figures contemporaines du changement social en Afrique, l’Harmattan, 2008, 168p.

(2) Enseignant et docteur en sociologie, J.A. Dibakana Mouanda travaille pour une Communauté d’agglomération en région parisienne. Il est aussi l’auteur d’études publiées dans les revues spécialisées en sciences humaines, d’un essai L’Etat face à la santé de la reproduction en Afrique noire et d’un roman Ascension Férié, deux ouvrages publiés respectivement en 2004 et 2006 chez l’Harmattan.

(3) Dominique Desjeux est anthropologue et professeur à la Sorbonne (Université Paris-Descartes).

Publié le 14 nov 2008 à 17:54
Par noelkodia
 

 

LIVRE

Quatrième ouvrage sur la condition des femmes africaines et congolaises en particulier, « L’Art de la maternité chez les Lumbu du Congo » (1) se définit comme une page de l’initiation à la maternité dans le terroir de l’auteur. Deux idées directrices se dégagent dans ce livre qui se fonde sur le combat que mène la femme dans cette société « dirigée » par les hommes : la lutte pour son émancipation et la révélation de l’art de la maternité au Congo dont l’auteure a connu l’initiation.

 

Comme dans la majorité de ses ouvrages, Ghislaine Sathoud (2) se révèle comme porte-flambeau du combat des femmes au niveau social et sociétal sur cette planète-terre où la femme semble encore léguée au second plan à cause de la maternité qui la différencie de l’homme. Vivant en Occident avec tous les paramètres sociaux qu’elle y a connus en les confrontant avec ceux de son continent d’origine, l’auteure essaie d’interpeller cette société des hommes qui marginalise la femme. Des titres comme « Les Femmes d’Afrique centrale au Québec » et « Le Combat des femmes au Congo Brazzaville » sont des révélations à ce sujet ; S’est réveillé aussi en elle le souvenir de son passage de la fille à la femme à travers sa première « expérience » maternelle.

 

Femme africaine :  Seule la lutte libère

La libération de la femme est une préoccupation de l’auteure dans la première partie du livre qui apparaît comme le prolongement de ses deux premiers essais. Aussi la signification plurielle du travail chez la femme a une importance sociale pour l’auteure. Elle fait l’éloge de la femme en insistant sur la maternité avec son corollaire qui est l’éducation des enfants. Maternité et éducation des enfants sont une période particulière dans la vie d’une femme. D’ailleurs elle le spécifie bien en déclarant : « On sait bien que la maternité est une période transitoire et bouleversante, une période qui apporte des changements radicaux dans la vie des femmes ». Mais tout le travail de la femme, surtout l’Africaine, se voit anéanti par la société des hommes. Aussi l’auteure nous révèle que dans la famille immigrante, la femme joue un rôle important au niveau de l’éducation des enfants par rapport à l’homme qui semble accroché à sa suprématie héritée de la culture du terroir. Pour la femme africaine, la maternité devient une douleur paradoxalement heureuse avec la venue de l’enfant. Mais malheureusement pour ces Africaines immigrées, la vie de famille en Occident diffère de celle connue en Afrique. Et comme le spécifie l’auteure, « la maternité apporte du « mouvement » dans la vie des mères immigrantes. Elles tiennent bon malgré tout ». A partir de cette situation stressante de la femme africaine en Occident mais dont la maternité est bien suivie par le développement de la médecine, le livre nous rappelle le sous-développement « maternel » qui sévit sur le continent où la femme est à la merci des maladies telles le paludisme, le sida et surtout les fistules qui dévalorisent sa féminité. Car comme le demande Sathoud, « il est plus que temps pour les autorités africaines d’accorder une attention particulière à la santé des populations en général et des femmes particulièrement ». Pour tout ce qu’elle affronte pour valoriser sa féminité à travers la maternité, la femme mérite reconnaissance et respect dans cette société des hommes qui n’aurait pas de sens honorable sans les sacrifices des femmes. Malgré leur suprématie explicite, les hommes doivent comprendre qu’ils sont éduqués implicitement par le maternel. Luttant contre les injustices de la société qu’elles vivent à travers l’orgueil des hommes, les femmes ont pu arracher leur journée pendant laquelle elles fêtent leur personnalité. Et des devoirs qu’on leur demande, elles se voient octroyées des droits consécutifs à leur combat pour leur émancipation qui s’avère manifeste de nos jours par la fête des mères. Et l’auteure de nous réaffirmer que « la fête des mères est l’occasion idéale pour remercier ces femmes qui passent par de longues et pénibles épreuves pour donner la vie ». Cette mission de donner la vie passe indubitablement par la maternité qui, pour Sathoud, rime avec une initiation dont elle a fait une expérience dans son terroir avant de connaître la maternité occidentale.

 

L’initiation à la maternité au Congo

Avec sa troisième réflexion sur la condition féminine, Sathoud nous dévoile sa propre expérience de femme qui passe de l’adolescence à l’âge adulte par le pont de la maternité. Dans son terroir, on apprend à la jeune femme à lutter contre les vestiges de la grossesse après l’accouchement pour qu’elle puisse retrouver sa beauté et la joie de vivre sa maternité dont le bébé devient le nerf directeur. Deux tâches principales de la nouvelles mère : soins du bébé et soins personnels. Puisque certaines femmes peuvent se laisser emporter par l’épanouissement de la grossesse ainsi que l’accouchement, la nouvelle mère doit être « secourue » par d’autres femmes plus expérimentées en la matière. Et dans cette initiation maternelle, c’est le rituel de l’eau bouillante qui devient l’élément moteur du rajeunissement de la sexualité de la mère. On la masse et on nettoie son intimité avec l’eau chaude avec tous les supplices qui accompagnent l’opération. Ce rituel est mené par une éducatrice dont la mission est de faire qu’il redonne à la jeune femme forme et jeunesse dans son aspect extérieur et intérieur au niveau de sa sexualité. L’eau chaude sert de catalyseur pour le massage de la femme qui va se révéler comme une véritable « Musonfi ». Aussi, au cours de ce rituel, le bébé bénéficie d’une attention particulière de la part de l’éducatrice. Ayant été travaillée par le rituel du terroir avant de découvrir la maternité occidentale, Sathoud découvre des ressemblances dans la pratique de l’accouchement au Congo et au Canada où éducatrices traditionnelles et infirmières se dévouent pour un même but : s’occuper de la santé de la mère et de l’enfant.

 

Pour conclure

Si dans ce livre, Sathoud nous rappelle la lutte de la femme africaine déjà annoncée dans ses premiers essais, elle nous fait découvrir ici une autre réalité qu’elle cachait au fond d’elle : l’expérience personnelle du « Musonfi ». Et l’on ne serait pas surpris que l’écho de ce livre appelle d’autres voix de femmes africaines qui pourraient se reconnaître à travers l’expérience de l’auteure.

 

 

Notes

(1) « L’art de la maternité chez les Lumbu du Congo », Ed. l’Harmattan, 2008, 91p.

(2) Militante fervente pour les droits humains, Ghislaine N.H. Sathoud lutte pour l’émancipation de la femme avec comme arme l’écriture. Théâtre, roman et réflexions se fondent particulièrement sur l’émancipation de la femme. Elle est l’auteure de « Les Femmes d’Afrique centrale au Québec » et « Le Combat des femmes au Congo Brazzaville » publiés respectivement en 2006 et 2007 chez l’Harmattan.

 

 

 

 

 

 

Publié le 01 nov 2008 à 15:27
Par noelkodia
 

Il m’avait aimée. Vraiment aimée. Et énormément aimée. A seize ans, j’avais découvert l’amour à travers les romans photos que ma sœur aînée Nellia avait l’habitude de lire. C’était trop réaliste pour moi car mon incrédulité se confrontait avec cette superposition d’une suite de photos qui racontaient moult histoires d’amour par l’intermédiaire des bouts de textes qui les accompagnaient sur chaque page. C’était comme si ces photos étaient là par la volonté du photographe. Des agréables histoires d’amour inventées de toutes pièces et racontées par des photos comme au cinéma. Sauf qu’au cinéma, les personnages représentés bougeaient et parlaient comme dans le vécu quotidien. Des histoires qui souvent me réveillaient certains sens. Des photos où l’on pouvait imaginer les positions imposées par le photographe. J’avais découvert l’amour à travers certains livres scolaires de Nellia. J’étais en classe de 3è et elle préparait son bac. Sur sa table de travail, se remarquaient deux livres qu’elle avait eu le soin de plastifier pour les protéger contre l’humidité. En classe de 3è, j’avais déjà lu La Mare au diable de George Sand et La Nouvelle Romance de Henri Lopes. Deux beaux livres qui m’avaient révélé que l’on pouvait lire des ouvrages sans illustrations comme les romans photos et les aventures de Tintin. Deux livres dont les histoires se racontaient par une suite interminable de pages imprimées sans illustrations. Sur la table de travail de Nellia, Madame Bovary de Gustave Flaubert et Gouverneurs de la rosée de Jacques Roumain ne cessaient de m’attirer. Je les avais dévorés l’un après l’autre en quelques semaines tant leurs histoires reflétaient mon adolescence. Chez Flaubert, j’avais découvert comment une fille pouvait être frivole, à l’instar d’Emma, en donnant son sexe à plusieurs hommes. Le héros principal de Gouverneurs de la rosée me fit pleurer et j’eus du mal à continuer la lecture du récit quand Gervilen s’était acharné sur lui pour récupérer l’amour qu’Annaïse lui avait refusé aux dépens de Manuel.

 

A vingt ans, je venais de manquer pour la deuxième fois mon bac. Et mes parents n’avaient jamais compris d’où venait cette malédiction alors que mes notes de classe ainsi que les appréciations de mes professeurs étaient des signes qui annonçaient toujours la réussite à mon examen. Le premier échec pour un bon élève est souvent accepté car il est souvent pris pour un accident de parcours. Parfois il est lui-même surpris de l’échec. Aux examens, il fallait toujours s’attendre aux caprices de certains professeurs membres du jury qui n’étaient pas toujours dans leur assiette le jour de la correction, à cause des difficultés et acrobaties financiers qui ne leur permettaient pas de bien faire leur travail. Le deuxième échec me fit pleurer en pensant que le ciel, avec tout ce qu’il avait comme nuages, allait me tomber sur la tête. Triste réalité. Des amies à qui j’expliquais certaines notions de mathématique et de physique qu’elles trouvaient difficiles, étaient admises à leur examen, tandis que moi, je me retrouvais abandonnée à moi-même dans l’urne du désespoir. Triste réalité. A vingt ans et après ce double échec, je réalisais que je ne pouvais plus être étudiante dans un établissement de l’université Marien Ngouabi, la seule que nous avions au pays. A vingt ans, je pris conscience que j’étais déjà une femme, cinq ans après la première épreuve d’amour que m’avait fait subir Casimir Baniakina. J’étais une femme qui, dans certaines régions du Congo, devait être dans un foyer et mère d’un ou de deux enfants à élever. Aujourd’hui, ce garçon, devenu homme, vit à Pointe Noire où il travaille dans une compagnie pétrolière. Dans le quartier, Martial Sengo Mona, un étudiant qui était en année de maîtrise me consola. Timide de nature et n’ayant pas un physique qui pouvait faire tomber les femmes, il commença à m’adresser la parole après mon deuxième échec au bac pour me remonter le moral. Maladroit, il commença quand même à me draguer. Il paraît que l’homme timide profite toujours de la détresse d’une femme pour lui exprimer ses sentiments. Svelte et bodybuildé, Martial Sengo Mona n’était ni beau ni laid, un homme que l’argent devait rendre beau dans l’avenir. Je pensai à un ancien ministre du pays qui, dans l’exercice de ses fonctions, ne cessait de clamer tout que « je suis vilain mais l’argent me rend beau » au cours de ses conquêtes féminines. Autres temps, autres moeurs. Maladroit dans sa conquête, Martial Sengo Mona me paraissait souvent ennuyeux. Il me parlait de plusieurs choses à la fois, passant souvent du coq-à-l’âne, effleurant à peine le côté sentimental qui devait nous unir. A le voir parler et me regarder, j’imaginais qu’à son âge, son pénis n’avait jamais pénétré une femme sinon être satisfait par la masturbation qu’il pouvait se faire sans problème. Il faillit s’évanouir (de peur ou de honte ?) le jour où je lui avais dit « que je vois que tu m’aimes et tu n’oses me le déclarer. Nous sommes assez grands et ne jouons pas avec le feu de l’amour. Dis-moi réellement ce que tu veux de moi ». Je le sentis tétanisé (par l’amour ou par la timidité ?). Pendant quelques secondes, son regard s’éloigna du mien. J’avais l’impression qu’il se sentait humilié. Lui qui devait faire le premier pas, était pris au dépourvu en voulant remettre à demain sa déclaration d’amour, chaque fois que nous nous rencontrions. Ne dit-on pas que « qui remet à demain trouve malheur en chemin ? » Mais le malheur de Martial Sengo Mona devint pour lui un bonheur implicite car je lui avais, en quelque sorte, exprimé mon amour. Au cours de son année de licence qui devait l’ouvrir les portes du deuxième cycle en France, nous vécûmes un grand amour sincère. Il me recevait chez lui à tout moment. Nos parents avaient imaginé notre complot. Son calme, sa timidité et son intelligence avaient séduit papa et maman, surtout que je venais de manquer mon bac pour la deuxième fois. Ma beauté, mon amour pour l’école, malgré mes deux échecs, avaient marqué les parents de Martial Sengo Mona, qui pensaient que le temps était venu pour que leur fils se décidât en amour avant son envol pour la France qui pointait à l’horizon. Pendant son année de licence, il me reçut chez lui dans son studio qui jouxtait la maison principale. Parfois, je le surprenais en train de faire ses devoirs, son corps perdu dans une grosse culotte qui lui arrivait jusqu’aux mollets. Il me parlait peu sinon avec des gestes et du regard. On s’embrassait, il le faisait un peu maladroitement. Et quand je manifestais une petite résistance indépendamment de ma volonté, je le sentais se refroidir et sa timidité venait se révéler sur sa face et particulièrement dans ses yeux d’enfant de protestants. Son père était un pasteur de l’église évangélique. Malgré le feu que je sentais souvent au fond de mon vagin, malgré la bosse qui se formait du côté de la braguette de sa culotte, il n’osait pas aller loin. Il n’osait pas me violer, son éducation d’enfant de protestants lui interdisait de succomber aux caprices du Diable. Peut-être attendait-il que je lui dise « fais-moi l’amour, je t’en prie, je suis en feu ! Mon vagin brûle d’envie. ». Aurait-il accepté ce langage cru et incisif ? Plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois, il n’avait osé me faire l’amour. C’était un enfant de pasteur, l’homme le plus vénéré et respecté de tous les habitants de Ouenzé, mon quartier natal. Peut-être attendait-il que nous déclarions officiellement notre amour, nos fiançailles, pour qu’il soit entreprenant. Parfois, au cours de nos habituelles causeries, je me sentais froide et vide devant lui comme l’est une femme qui dort dans un même lit avec son frère.

 

Fin juillet. Les vacances. Martial Sengo Mona fut admis à sa licence. Son destin se trouvait maintenant orienté vers la France. Heureusement qu’il faisait partie de la catégorie des « immigrés choisis » car la France avait refusé de recevoir toute la misère africaine même si son grand-père avait perdu sa vie au cours de la Deuxième guerre mondiale. Prenant son courage à deux mains, il me dit une semaine après son succès universitaire que « je te ferai venir en France dès que je pourrais m’installer car plus de cinq ans m’attendent là-bas pour mes deuxième et troisième cycles. Tu devras être la mère de mes enfants ». Juillet s’effaça de l’année pour donner sa place à août quand Casimir Baniakina, contre toute attente, atterrit à Brazzaville pour ses vacances. Depuis deux ans il était informaticien à Pointe Noire, ingénieur en informatique dans une compagnie qui pompait notre pétrole vers la France. Liant la curiosité stupide à l’imbécillité, il se plaisait à entrer dans les boîtes électroniques des autres collègues. Pour avoir jeté un coup d’œil sur la correspondance confidentielle de son patron, celui-ci lui avait donné une mise à pied de deux mois, de juillet à août. Il se trouvait maintenant à Brazzaville. Il chercha à me rencontrer. Je revis le premier garçon de ma vie devenu homme. C’est bizarre quand une fille, devenue femme, se retrouve devant le premier homme qui lui a montré son pénis. Il avait bougrement changé car sa face portait maintenant une barbe bien taillée. Il parlait toujours en souriant comme à l’aube de notre premier amour. Une semaine avant son retour au bord de l’Océan et avant le départ de Martial Sengo Mona pour la France, il m’invita d’aller danser dans une boîte de nuit de la capitale. Je ne sais plus comment et pourquoi j’avais accepté cette invitation. Martial Sengo Mona ne m’avait jamais fait sortir, partageant ses occupations entre l’université et les visites que je lui rendais. Grâce à ma sœur Nellia, j’avais aussi découvert les plaisirs de la danse après celui de la lecture des romans comme Madame Bovary et Gouverneurs de la rosée. Il m’emmena au Ramdam, l’une des plus célèbres boîtes de nuit de Brazzaville. Du monde. De la musique. De l’ambiance. On exhibait la nouvelle danse brazzavilloise, le Lopélé qui consistait à se coller l’un contre l’autre comme des amoureux qui veulent exprimer leur passion et leur patience. Des senteurs d’hommes et de femmes dans le fleuve mondain. Casimir Baniakina me tenait dans ses bras pendant que Koffi Ollomidé chantait mélancoliquement dans un des baffles accrochés au plafond. La musique pleuvait et la fumée artificielle des boîtes de nuit nous couvrait dans une lumière hésitante et multicolore. Les parfums des femmes embaumaient tout le monde. Les couples se trémoussaient sur la piste dans cette lumière habillée d’érotisme. Ainsi allait la vie dans ce coin de Brazzaville où les plaisirs prenaient le dessus sur les tribulations du quotidien. Je dansais follement dans les bras de Casimir tout en pensant à Martial. La musique, la danse et l’alcool avaient grandement travaillé mon corps et mes sens. Au milieu de la nuit, Casimir Baniakina m’emmena chez son ami où il avait élu domicile pour ses vacances. La nuit nous regardait avec son œil lunaire et sa constellation d’étoiles, la Grande Ourse était plus visible. Brazzaville dans le ventre d’un samedi de fin de mois. On avait payé les salaires des travailleurs trois jours auparavant. La boîte de nuit continuait à bouillir de l’intérieur. Brazzaville bouillonnait aussi de l’extérieur. Sous les toits des maisons, on pouvait imaginer à cette heure tardive de la nuit, le nombre de Congolais qui faisaient l’amour sous le regard naïf de Dieu, créateur du Ciel et de la Terre qui était partout et qui voyait tout et qui entendait tout et qui savait tout. Et dire que tous ces amoureux, dans leur mise en œuvre du plus grand plaisir des vivants, se croyaient à l’abri d’un quelconque regard en se cachant dans la nuit de leur chambre fermée à double tour. Et toutes ces précautions, pour éviter d’être surpris par les enfants et des sorciers. Les hommes de troisième âge devaient bénir celui qui avait découvert le viagra avec ses vertus exceptionnelles. Ainsi leur femme ne devait plus aller vers la force de la jeunesse. Ma tête était lourde de pensées, de fatigue et d’alcool. Mes pas étaient imprécis. Dans la chambre, Casimir Baniakina me déposa sur le lit. Mes yeux semblaient en même temps voir mes deux « hommes », Martial et Casimir. Je revis notre première fois. En ce temps-là, timide et inexpérimenté, Casimir Baniakina m’avait entraînée derrière une maison encore en construction. Tremblant, il m’avait fait coucher sur une des pagnes de maman que j’avais sur moi, m’avait ôté ma petite culotte avec des gestes imprécis, avant d’écarter mes jambes pendant que je me cachais le visage avec mes deux mains. La peur de mal faire l’avait envahi un instant avant de se ressaisir. Je ne voulais pas voir mon propre corps, ni la queue qui devait par la suite me pénétrer. Toujours le visage caché dans mes deux mains, j’avais senti son membre me pénétrer avec force comme s’il voulait vite arriver au but. Un peu de douleur dilué dans un peu de plaisir qui s’efforçait de sortir quelque part au fond de moi. Et c’était fini. En quelques secondes j’étais passée de la fille à la femme avec un peu de sang sur le pagne de maman. Le fameux sang du tchikumbi de chez nous, synonyme de perte de virginité. Quand je revins à moi, je constatais que Casimir Baniakina était au-dessus de mon pauvre petit corps qu’il chevauchait en haletant. Une lumière blafarde circulait dans cette chambre où il m’avait emmenée. Ce n’était plus comme la première fois. Il m’avait pénétrée doucement et avait fait durer le plaisir tant mon vagin qui était en feu se contractait et se dilatait par moment sous l’effet des va-et-vient de son bakari qui me parut long et gros. Ce n’était plus comme la première fois. Les yeux fermés, j’étais comme absente, en extase. Il me tenait fort dans ses bras de sportif. Je le serrais avec vigueur contre moi. Je tombai dans un gouffre sans fond où je semblais entendre une mélodie de Salif Keita. Mes oreilles bourdonnaient. Une fatigue de bonheur envahit tout mon corps. Pour la deuxième fois, Casimir Baniakina venait de souiller mon intérieur avant celui qui m’avait demandé d’être la mère de ses enfants. Deux jours après, je me retrouvais comme d’habitude chez Martial Sengo Mona. Il était dans les préparatifs de son voyage. Je le trouvai maintenant beau puisqu’il devait prendre l’avion pour la France. Deux jours avant, Casimir Baniakina avait ouvert ma boîte à plaisirs et j’étais pourchassée par l’envie de faire l’amour. Peut-être encore avec Casimir Baniakina ou même avec Martial Sengo Mona qui se trouvait devant moi. En le regardant assis en face de moi, ses jambes un peu écartées comme s’il m’invitait à tomber dans ses bras, j’étais comme une chienne en chaleur. Cette nuit, Martial Sengo Mona resta encore perplexe et je pris l’initiative quand nous fûmes assis sur le lit. Il y a des moments où les femmes sont entreprenantes quand elles sont dans l’extase du feu de l’amour. J’étais dans cette situation. Je le regardais dans les yeux tout en pensant à Casimir Baniakina et au sang de la virginité, du sang du tchikumbi de chez nous qu’il m’avait fait sortir de mon sexe. Cette nuit, je décidais de violer Martial Sengo Mona. Tant pis. Ma main droite fit glisser le zip de sa braguette à son grand étonnement, pendant que la gauche saisit son zizi gonflé déjà de plaisir et de bonheur. Il ne comprenait rien tant l’action était préméditée et précipitée. Je le fis pénétrer dans mon vagin liquoreux et rempli de sensation. Martial Sengo Mona trembla de tout son corps et gémit de plaisir et fut content de sa virilité. Il me rappela ma beauté qui, d’après lui, est mise en relief par l’écart entre mes deux incisives supérieures quand je lui fis un sourire en sortant du lit. C’est par-là était entré son amour pour moi au début de notre relation. Et cet écart entre les dents s’appelle chez nous « nzéla ya mino » (le chemin des dents).

 

 

Il y a cinq ans que Martial Sengo Mona vit à Toulouse. Notre fils a déjà quatre ans. Il paraît plus grand que son âge. Il ne ressemble pas tellement à son père. C’est ma photocopie. Quand je lui tresse des mèches, on le prend, dès le premier regard, pour une fille. Quand j’étais conçue, j’avais souhaité une fille. Un garçon est venu. Ca ne fait rien. J’aurais souhaité, avec notre ressemblance que l’on me dise souvent « telle fille, telle mère ». Voici cinq ans que Martial Sengo Mona m’a quittée et j’avais accouché quelques mois après son départ. Il ne connaît l’enfant que par les photos en couleurs que je lui envoie souvent. Il y a deux ans, il a engagé la procédure du regroupement familial puisque l’année passée nous nous sommes mariés. Un mariage par procuration car je me suis présentée à l’Hôtel de ville de Brazzaville avec son frère cadet. Très souvent, je me rends au Consulat de l’ambassade de France pour cette procédure qui prend beaucoup de temps. Le dossier vient enfin d’arriver à Brazzaville. Une fois de plus, le Consulat m’a demandé l’acte de mariage et l’acte de naissance du petit Arnold, notre enfant. On m’a dit de repasser dans un mois pour la procédure des visas. Hier j’ai longuement causé au téléphone avec Martial Sengo Mona. Il m’a dit que nous ferons nuit blanche mon premier jour à Toulouse. Hier, j’ai reçu une convocation du Consulat. On m’a demandé d’emmener le petit Arnold. Je me suis sentie gonflée de bonheur et de rêves. Mais contre toute attente, la secrétaire du Consul m’a fait remarquer que les nouvelles lois sur l’immigration en France imposent maintenant un test ADN pour authentifier la filiation que l’enfant. Il paraît que dans nos pays, nombreux sont les faux documents d’état civil. Le test ADN doit prouver si mon enfant est vraiment le fils de Martial Sengo Mona. Il paraît qu’il y a plein de gens, en particulier les Africains, qui ont transformé leurs neveux et nièces en véritables progénitures grâce à la complicité de certains agents de l’administration de mairies moyennant une somme d’argent. Je ne me reproche de rien car mon acte de mariage et l’acte de naissance d’Arnold sont authentiques. Depuis Toulouse, Martial Sengo Mona m’a demandé d’accepter le fameux test ADN pour accélérer la procédure du regroupement familial. On a prélevé un peu de la salive à l’enfant et on m’a dit que je serai de nouveau convoquée dès que les résultats seront prêts à livrer.

 

Je viens du Consulat de France. Mon corps semble être un grand trou de désespoir. J’ai l’impression que tout tourne autour de moi. Le soleil semble plus accablant que d’habitude. Je tremble et je transpire. Mon cœur bat fort (de découragement ou de surprise ?). L’obtention du visa de l’enfant a été ajournée. Les résultats du test ADN ont imposé leur refus au service des visas. On n’a pas besoin de test pour moi car mon acte de mariage a été jugé authentique. Voyager sans mon enfant devient une chimère. L’homme propose et Dieu qui connaît tout, qui entend tout et qui sait tout, dispose.

 

Du côté de Martial Sengo Mona, finis les DVD pornos. Finies les prostituées de Toulouse qu’il fréquentait malgré lui pour étancher sa soif libidinale et dont l’intensité se désintégrait avec l’utilisation des préservatifs. Il prit le combiné de son téléphone et, avec une carte téléphonique prépayée « Amis d’Afrique », composa le numéro de Jessica.

Au bout du fil du côté de Toulouse : - Allô !

Jessica : - Allô ! C’est Martial ?

Au bout du fil du côté de Toulouse : - Et les résultats au niveau du Consulat ?

Jessica (après un petit silence inhabituel) : - Je viens de prendre connaissance des résultats du test ADN (pause). Il paraît que le petit Arnold n’est pas ton fils même si c’est le mien… Je n’ai rien compris de tout cela.

Un silence de l’autre bout du fil du côté de Toulouse. Puis la communication tarde à se rétablir. Et c’est à ce moment que Jessica réalise, qu’une semaine avant de coucher avec Martial Sengo Mona, elle avait fait l’amour avec Casimir Baniakina pour la deuxième fois.

Paris, Toulouse, Août 2007


Mes liens
Aucun lien à afficher
Mes blogs favoris
Aucun blog favori enregistré.