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reliau lou : dibien
guy Menga : palabre sterile
mongo beti : l'ivrognerie
diongue : saul je voudrais savoir combien de chapitre comporte le pleurer rire et s il vous plait donner un titre a chaque chapitre
jrk : cnnaissance
guy menga : le résumé de la palabre stérile
mongo beti : villa cruelle
guy menga : la palabre sterile
guy menga : le résumé de la palabre stérile
eza boto : ville cruelle
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Publié le 28 sep 2008 à 15:22
Par noelkodia
Parmi les nouvellistes confirmés au Congo, Tchichellé Tchivéla est sans doute l’un des écrivains qui a une particularité dans l’art de construire la nouvelle. Deux recueils, « Longue est la nuit » et « L’Exil ou la tombe », définissent l’écriture de Tchichellé Tchivéla. Si dans le premier livre, on sent encore du populaire et du banal à travers le comportement de certains personnages, l’écriture de l’auteur se confirme dans le deuxième recueil par un style qui se caractérise par une technique narrative propre à lui. Après un « sommeil de travail », l’auteur s’apprête à revenir sur la place de la littérature. En attendant, redécouvrons ce vieux « modèle » de la nouvelle congolaise. Prise dans sa globalité, la nouvelle de Tchichellé Tchivéla définit un univers ouvert d’un texte à un autre où les personnages et le monde qui le constituent font penser à un macro-texte. On constate par exemple le retour obsédant de plusieurs personnages dans la plupart des récits. Motungisi présent dans Longue est la nuit par l’intermédiaire de quelques textes tels «La pierre et les noyaux » (p.24), «Futurs souvenirs » (p.117) réapparaît dans L’Exil ou la tombe où il occupe une position stratégique dans «Terre des anges »(p.91) et «Un fait quotidien (p.102). L’homogénéité qui marque l’œuvre de Tchichellé Tchivéla se traduit aussi dans l’espace où évoluent ses personnages. Les lieux comme Tongwétani et Côte Kanu appartiennent à l’univers diégétique de plusieurs nouvelles des deux recueils comme on peut le reamrquer dans « Longue est la nuit » : «A Matiti, Faubourg de Côte Kanu il pleuvait » (p.27) et « L’Exil ou la tombe » : « Jénie avait treize ans quand son cadet Gaby mourut à Côte Kanu » (p.149). D’autres espaces tels Mabaya, Mbokabato appartiennent aussi aux deux livres. Dans son ensemble, les textes de Tchichellé Tchivéla mettent en relief les tractations socio-politique d’une Afrique qui se cherche encore : lutte contre certaines notions rétrogrades comme le mariage forcé dans «Parasitose mentale » (L’Exil ou la tombe) p.135, et le burlesque qui caractérise les hommes politiques africains dans l’exercice de leur fonction, dégradation des mœurs, lutte de libération, coup d’Etat et d’amateurisme, tels sont les faits que l’on remarque dans le socio-politique des textes de Tchichellé Tchivéla. Contrairement à la plupart des nouvellistes qui font évoluer leurs textes par rupture de la trajectoire spatio-temporelle, on remarque dans chaque livre de Tchichellé Tchivéla une constante macrotextuelle : certains personnages et lieux apparaissent dans plusieurs textes. Yéli Boso que nous fait découvrir Longue est la nuit : « 13 heures. La radio nationale diffusa l’allocution du président Yéli Boso le tout puissant Dynaste Yéli Boso » (p.111) apparaît de nouveau dans L’Exil ou la tombe : « Le soir, on apprit que dans le palais du tout puissant dynaste, le président Yéli Boso (…) le docteur Tandi K K s’était suicidé » (p.45) La spécificité de la nouvelle de Tchichellé Tchivéla prend source dans l’écriture en tant que matériau. Si dans Longue est la nuit l’auteur se cherche encore car sa plume est simple, directe et trop populaire à certains moments, il se découvre comme grand nouvelliste dans son deuxième livre. Avec L’Exil ou la tombe, Tchichellé Tchivéla divorce avec le linéaire qui, jusque là est la caractéristique d’autres nouvellistes tels Henri Lopes, J.B. Tati-Loutard et d’autres dont les textes sont écrits à la Balzacienne. Dans son deuxième recueil, l’auteur s’insurge contre les principes élémentaires de la syntaxe qu’il bouscule. Les mots deviennent dans certains textes, des «personnages » qui marquent le récit du côté de la littéralité. Dans la nouvelle intitulée «Un fait quotidien », le mariage entre les pronoms personnels «tu » et « vous » dans un récit conduit principalement par la troisième personne (il) étonne le lecteur habitué aux récits traditionnels commandés en générale soit par la première personne (je), soit par la troisième personne (il) : « Voilà ce que tu t’es demandé, l’œil dilaté en entendant toquer à la porte. Tu as alors saisi votre bras pour vous retenir, je t’en prie (…) ne bouge pas, mais vous avez repoussé ta main et votre réaction t’a convaincue (…) » p.102. Un autre fait caractérise l’œuvre de Tchichellé Tchivéla : le travail au niveau du texte qui joue avec une catégorie de lecteurs (les compatriotes de l’auteur). En effet chez Tchichellé Tchivéla ; les noms de certains personnages comme Yéli Boso, Mayaka Mba, Motungisi et des pays imaginaires tel Tongwétani rappellent des réalités linguistiques congolaises (ces noms ont des significations en langues du terroir). Une autre originalité de l’auteur : parfois ses textes avancent sans aiguillages temporels ; dans L’Exil ou la tombe, se remarque un divorce entre le temps du récit et celui de la narration dans la majorité des nouvelles. Ces textes demandent au lecteur de reconstruire l’ossature temporelle de la diégèse. On peut dire que dans ce livre la construction des textes au niveau de leur matérialité apparaît comme l’élément pertinent de l’écriture tchichellienne. Dans un entretien avec Alain Brezault et Gérard Clavreuil, Tchichellé Tchivéla se découvrait partisan de la rigueur scripturale quand il affirmait : « En travaillant sur la conception et la structure du récit, je souhaite contribuer à l’avènement d’un genre littéraire d’une beauté formelle propre à l’Afrique ». Et l’auteur d’utiliser quelques africanismes dans ses textes (sans pourtant entacher leur littéralité) tels «cet homme qui autrefois la chicotait » (…) ; « comme des poulets entassés dans une moutête » (Longue est la nuit, pp.30 et 94) et «Daminga, combien en possèdes-tu de deuxièmes bureaux ? » (…) « Ah ! si elle n’avait pas fétiché… » (L’Exil ou la tombe, pp. 135 et 176). Son premier roman « Les Fleurs de lantanas », publié en 1997 confirme la volonté de l’auteur de «bien écrire » car ce livre qui est en quelque sorte la suite de ses deux recueils de nouvelles au niveau de la thématique, se distingue de ces derniers par un travail fourni au niveau de la littéralité du texte. Si entre temps, le Congo avait ses poètes (Tchicaya U’Tam’Si, Jean Baptiste Tati Loutard, Maxime Ndébéka), ses dramaturges (Sylvain Bemba, Antoine Letembet Ambily), ses romanciers (Sony Labou Tansi, Emmanuel Dongala), on peut affirmer, qu’en dehors de Lopes et Tati Loutard, Tchichellé Tchivéla est un nom qui rappelle une autre façon d’écrire la nouvelle. Et s’il y a des adeptes qui ont plus ou moins épousé la technique d’écriture de Tchichellé Tchivéla sur fond de retour obsédant de certains personnages, c’est bien son cadet Auguy Makey. Celui-ci apparaît comme le nouvelliste congolais le plus fécond de notre époque. Ses textes, à l’instar de Longue est la nuit et L’Exil ou la tombe, apparaissent comme un macro-texte où les principaux personnages tels Toumba, Songolo, Polopino et sa mère, vont d’une nouvelle à une autre comme le font Yéli Boso, Mayaka Mba et Motunguisi dans les textes de Tchichellé Tchivéla.
Publié le 03 mai 2008 à 13:17
Par noelkodia
Dans quelques mois, le Congo va rentrer dans la zone de turbulence de ses souvenirs historiques, plus précisément ceux des Trois Glorieuses. Une occasion de rappeler à la jeune génération les tenants et aboutissants de nos échecs pour qu’elle puisse être à l’origine d’une nouvelle société où les Congolais de toutes les régions pourraient vivre en symbiose. Et pour cela, les romans de Dominique Mfouilou, que l’on peut considérer sans contexte comme l’un des meilleurs romanciers-historiens de notre époque, se présentent comme des textes didactiques pour élever la conscience de certains Congolais qui n’arrivent pas encore à s’approprier le "nous" commun..
Le roman, dit Stendhal, est un miroir que l’on promène le long de la route. Balzac se disait secrétaire de la société de son temps. Au Congo, s’il y a un écrivain qui peut répondre à ces deux assertions, c’est bien Dominique Mfouilou dont l’histoire du Maswaniste et celle de la Révolution des 13, 14 et 14 août 1963 trouvent le reflet parfait dans ses œuvres. Et cela prouve un travail de recherche dont les historiens ne peuvent nier les faits romancés avec justesse. Si les historiens congolais ont souvent peur d’écrire l’Histoire contemporaine du peuple congolais, surtout que celle-ci rappelle le sang, il y a des romanciers qui ont osé briser le tabou mais en se cachant derrière la fiction qui permet aux lecteurs de "croire" à tout ce qu’on leur raconte. L’œuvre de Dominique Mfouilou relègue la fiction au second plan pour se définir comme un film documentaire sur les réalités congolaises de son époque et même celui de ses parents. Son œuvre romanesque se présente comme un diptyque dont le Maswanisme et la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963 semblent être les thématiques centrales.
"La Soumission" et "Les Corbeaux" : deux récits fondés sur le Maswanisme Ces deux livres situent leurs événements dans la période coloniale avec toutes les brutalités que les Français imposent aux Congolais, particulièrement aux populations de la région du Pool et Brazzaville. A travers les aventures rapportées par le héros-narrateur de "La Soumission", le lecteur découvre les supplices et les travaux forcés qui ont désorganisé la société congolaise en général et la région du Pool en particulier : les cultures vivrières seront délaissées au profit de l’exploitation du "nkuezo". Et apparaissent les premiers miliciens au Congo qui vont aussi occuper une grande place dans la littérature congolaise à cause de leur impact négatif sur les populations. Aussi, "La Soumission" aura sa suite logique dans "Les Corbeaux", deuxième roman de l’auteur qui met en exergue les véritables héros du Maswanisme appelé encore "corbeaux". Leur chef André Maswa est le héros central du livre qui mène, avec ses adeptes tels le vieux Sita, Mbemba et Nganga, une lutte contre l’administration coloniale. Ils sont persécutés et Maswa est jugé par l’administration coloniale pour ses idées anticoloniales. Les Maswanistes sont arrêtés et conduits aux travaux forcés de la construction du CFCO (Chemin de fer Congo Océan). Arrêté, Maswa meurt et les Congolais du Pool qui ne veulent pas payer l’impôt de capitation subissent la loi bestiale des "mbulu mbulu" au service des Français. Et le roman de s’achever en enjambant le temps colonial par l’évocation de la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963. "La Soumission "et "Les Corbeaux", deux romans qui révèlent le héros Maswa qui est en avance sur le temps quand il demande ouvertement la liberté des Congolais en s’opposant à l’administration coloniale.
Du "Vent d’espoir" au "Mythe d’Ange" : l’histoire de la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963 romancée avec justesse Après l’indépendance qui annonce déjà la Françafrique de De Gaulle, la véritable histoire post coloniale commence en 1963 avec la Révolution congolaise. Et Dominique Mfouilou est âgé de 21 ans, et déjà un grand garçon scolarisé et patriote qui ne peut rester indifférent devant ce grand bouleversement sociopolitique qui se passe devant lui, mouvement sociopolitique qui révèle certains acteurs qui ont son âge. "Vent d’espoir" devient en quelque sorte le "commencement de l’espoir" qui va malheureusement se transformer quelques années plus tard en "commencement des douleurs" avec la stalinisation du pouvoir politique. "Vent d’espoir" retrace le déroulement de la Révolution qui va emporter le premier président congolais Fulbert Youlou. Celui-ci, ne voulant pas se conformer au désir du peuple par le biais des syndicalistes, se trouve confronté à la colère de ce même peuple qui demande sa démission le 15 août 1963 après plusieurs incidents dans Brazzaville qui provoquent la mort de trois manifestants. Aussi ce "vent d’espoir" va donner naissance quelques années après au "Quidam" qui rappelle le mouvement du 22 février 1972 qui va bousculer la classe politique congolaise issue de la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963. Dans ce roman, la réalité dépasse la fiction et se lit comme un film dont l’acteur principal fait penser au grand musicien Franklin Boukaka emporté par l’intolérance "révolutionnaire d’une société qu’il voulait paradoxalement conscientiser par la chanson. Et la mort du quidam annonce celle des innocentes victimes d’une machination politique dans le cinquième roman intitulé "La Salve des innocents". Ce roman se lit comme une page sanglante de la Révolution congolaise après la mort mystérieuse et mystique du président Marien Ngouabi. Dominique Mfouilou nous rappelle un certain 7 février 1978 quand, à l’aube dans la brousse sur la nationale 2, appelé encore Route du Nord, l’exécution sommaire de dix Congolais innocents, tous de la même ethnie, après une parodie de procès. Le Procureur a joué son rôle dans ce procès sur l’énigmatique assassinat de Marien Ngouabi. Et le roman de Dominique Mfouilou de nous rappeler une fois de plus l’histoire du Congo des années 70 marquée par le passage lugubre d’un Général-président au pouvoir qui n’accorda aucune mesure de clémence aux innocents condamnés à mort même quand leur culpabilité s’était avérée aléatoire. Avec "L’Inconnu de la rue Mongo", l’auteur laisse un peu de côté les méandres de la vie politique congolaise pour nous développer une chronique brazzavilloise dans le quartier Poto-Poto Alcool et bagarre dans une buvette vont accompagner le "Grand costaud" et l’inconnu de la rue Mongo tout au long du récit. Le Brazzaville de ce roman fait écho à un grand monument de la capitale qui fait revivre la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963, le célèbre "Ondongo Très Fâché". Le récit d’"Ondongo" est comme le rappel de l’enfance d’un jeune Congolais après un long séjour à l’étranger. Et quand il revient en vacances à Brazzaville, il redécouvre la statue d’Ondongo à la place de la gare. Commencent alors à défiler en lui les souvenirs du soulèvement du peuple de Brazzaville qui avait commencé en ces lieux avant de provoquer la chute de Fulbert Youlou. Aussi, par sa thématique, "Ondongo" se présente comme une réécriture de "Vent d’espoir". Et avec la milice populaire nommée "Défense civile" qui naît après la Révolution, se révèle une figure charismatique de la jeunesse congolaise nommé Ange Diawara qui va inspirer l’auteur pour son huitième intitulé "Le Mythe d’Ange". Dans ce roman, l’auteur se focalise sur les turpitudes que connaît la Révolution congolaise, surtout au niveau de la jeunesse où des noms tels Ange Diawara, Claude Ernest Ndalla Graille, Ambroise Noumazalaye, José Maboungou, Lécas Atondi Momondjo… vont jouer de grands rôles. Mais des antagonismes, au sein de cette même jeunesse, provoquent l’insurrection du 22 février 1972 dirigée par Ange Diawara. Et comme l’affirme lui-même l’auteur dans son avant propos, "la génération de Diawara (…) a marqué son époque et [que ce dernier] a tenté de conduire à la victoire, restera assimilé à la JMNR (Jeunesse du Mouvement National de la Révolution) et à son aile militaire, la Défense civile, dont l’organe suprême était le parti : le MNR (Mouvement National de la Révolution). Elle appartient à l’Histoire du Congo, pour ce qu’elle y présente et ce qu’elle explique".
Le Congolais révolté dans les romans de Dominique Mfouilou Dans presque tous les récits de Dominique Mfouilou, le Congolais se montre révolté dans sa propre société où il ne semble pas jouir de sa liberté. Le premier roman de l’auteur a pour titre révélateur "La Soumission" où le Congolais révolté est représenté par les Maswanistes qui ne veulent pas se soumettre à l’administration coloniale Et cela se vérifie aussi dans "Les Corbeaux" qui traite peu ou prou la même thématique. Et même après l’indépendance, le Congolais révolté est toujours présent dans la société quand la lutte des classes y est dénoncée. Les Congolais se révoltent contre la politique aléatoire de Fulbert Youlou. Mais après le désenchantement que crée la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963, le Congolais continue à se révolter. Dans "Le Quidam", le héros-narrateur n’accepte pas l’assassinat de Franklin Boukaka. Dans "La Salve des innocents", le Congolais révolté ne comprend pas ce sadisme qui caractérise le Général-président en 1978 qui ferme les yeux devant l’innocence de dix malheureux compatriotes victimes d’un procès bidon. Se réalise aussi la révolte intérieure de l’inconnu de la rue Mongo devant l’attitude pugiliste de "Grand costaud". Cette révolte le pousse de le défier jusqu’au bout, à la grande surprise de celui-ci. Dans son ensemble, l’œuvre de Dominique Mfouilou est une somme de livres d’une certaine jeunesse révolutionnaire des années 60 et 70 avec ses éclats ambitieux d’un enthousiasme qui, parfois, a conduit à des erreurs politiques. Les romans de Mfouilou font vivre en général, dans l’intérieur des Congolais, l’angoisse et la torpeur auxquels ils se sont confrontés depuis la montée du tribalisme, du népotisme que pourtant Youlou et Opangault avaient essayé d’effacer à leur époque.
Dominique Mfouilou : un écrivain qui a réussi le mariage roman-histoire Toute son œuvre se fonde sur l’histoire du Congo. Aucun univers étranger ne vient perturber la réalité congolaise de ses romans en dehors de l’expérience française du héros de "Ondongo". L’œuvre de Dominique Mfouilou annonce des personnages, pour la plupart politiques, qui rappellent des grandes figures ayant réellement existé. E la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963, fondement de la majorité de ses romans, est une étape primordiale de l’histoire congolaise du XXè siècle. Si Dominique Mfouilou se découvre comme l’un des meilleurs romanciers-historiens, on peut aussi citer Guy Menga avec "La Palabre stérile "et "Case de Gaulle", Antoine Letembet Ambily (1) (plus connu comme dramaturge par son célèbre "L’Europe inculpée"), avec "La Femme d’espoir" et Bernard Zoniaba (2) avec "Les Rescapés de Mbirou". On découvre dans les romans d’Antoine Letembet Ambily et Bernard Zoniaba comment les peuples du Nord Congo ont lutté contre la présence des Blancs dans les régions de la Cuvette et de la Sangha.
Conclusion Au moment où l’Afrique commence à récrire son histoire longtemps falsifiée par les Africanistes eurocentristes, il serait intéressant de revaloriser les œuvres littéraires qui retracent avec objectivité quelques pans de notre histoire. Et les livres de Dominique Mfouilou sont bien placés pour relire une page de l’Histoire congolaise, principalement celle qui a été marquée par la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963. Dominique Mfouilou romancier ou historien ? Peut-être les deux à la fois, lorsque l’on se réfère à sa formation universitaire en sciences sociales.
Bibliographie de l’auteur (3) "La Soumission", L’Harmattan, 1971 "Les Corbeaux", Akpagnon, 1980 "Vent d’espoir", L’Harmattan, 1991 "Le Quidam", L’Harmattan, 1994 "La Salve des innocents", L’Harmattan, 1997 "L’Inconnu de la rue Mongo", L’Harmattan, 1999 "Ondongo", L’Harmattan, 2000 "Le Mythe d’Ange", L’Harmattan, 2006 Noël KODIA
Notes (1) Antoine Letembet Ambily (1929-2003) est plus connu comme dramaturge avec sa célèbre pièce "L’Europe inculpée" primée en 1969 par l’ORTF. Il a publié son seul roman "La Femme d’espoir" en 1994 aux Editions de l’Imprimerie Nationale du Congo. (2) Ancien homme politique du Congo, Bernard Zoniaba (1929-2001) est venu tard à la littérature avec deux excellents ouvrages : le roman "Les Rescapés de Mbirou" publié en Roumanie en 1966 et un recueil de nouvelles "Hier et maintenant" aux éditions Nouvelles du Sud à Paris, 1993. (3) En dehors du roman, Dominique Mfouilou est aussi dramaturge. On lui doit la pièce "Fuir l’enfer de Brazzaville" publiée aux éditions Paari en 2006. Se fondant sur le vécu du cardinal Emile Biayenda, il s’apprête à publier un livre sur la vie de cet homme d’église aux éditions Paari à Paris. |  |  Noel Kodia
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Publié le 30 avr 2008 à 21:45
Par noelkodia
Après son premier roman "Hymne à la tolérance" (2), Ghislaine Nelly Huguette Sathoud, plus connue comme poétesse, dramaturge, nouvelliste et essayiste, revient à la prose romanesque avec "L’Amour en migration", un récit qui rappelle ses idées de femme de combat pour l’émancipation féminine(3). Aussi il n’est pas surprenant de rencontrer dans ce texte l’héroïne Léki, ainsi que la majorité des personnages féminins, être au carrefour du mariage et des conditions rétrogrades à elles imposées par la coutume et la tradition africaines.
Pour avoir été emmenée en Occident par son mari, Léki, après moult souffrances, finit par divorcer. Elle ne peut supporter le comportement rétrograde de son mari qui profite des droits que lui confère le mariage coutumier pour détruire sa véritable signification. "Pourquoi vivre en couple alors qu’en réalité je vivais comme une femme seule" se demande l’héroïne. Souvenirs d’enfance marqués par l’ "acceptation" de ses frères par rapport à elle par les parents, souvenirs de sa tante Muboté qui s’est vue imposer un mari grotesque à cause du respect de la tradition, rappel de sa vie avec son mari à l’étranger, tels sont les points essentiels que nous rappelle l’héroïne qui, âgée de 55 ans, revient au pays où elle retrouve quelques amies de jeunesse. Et le roman apparaît comme un mélange de monologue intérieur de Léki et ses conversations avec ses amies sur la condition de la femme qui doit se libérer de l’emprise de l’homme. Ce dernier et sa famille se permettant d’influencer négativement la femme au foyer.
Une enfance "souillée" par les parents Léki se voit encore sous l’emprise de ses parents, en particulier de son père qui ne l’autorise pas de sortir comme ses frères. Elle se croit alors brimée malgré la place d’aînée par rapport aux garçons de la maison. Et s’oppose, dans le conflit père-fille, l’homme accroché à la tradition à la fille transformée par l’ouverture du modernisme. L’éducation traditionnelle que le père veut inculquer à son enfant fait écho aux "grossesses accidentelles" qui arrivent dans le monde des filles et qui n’honorent pas leur famille. Pour respecter la famille, Léki se fera avorter contre son gré, son divorce n’étant pas prononcé : "Malheureusement, il fallait encore respecter ces fameuses traditions (…). Il fallait (…) s’attendre que le divorce soit prononcé pour envisager une telle entreprise" (p.115). L’enfance de Léki, c’est aussi le retour de l’image de sa tante Muboté maltraitée par son mari. Encore élève, elle vit les tribulations conjugales de cette dernière et constate que la femme n’a pas les mêmes droits que l’homme. Elle ne comprend pas la réaction de son père devant les souffrances conjugales de sa sœur qui vient chercher protection au près de lui. Il lui demande de rejoindre le foyer pour la dignité de la famille, même quand elle préfère se suicider que de repartir de souffrir dans la maison de son homme. Et la jeune Léki de découvrir l’enfer du monde des adultes pour les femmes quand sa tante se confie à elle, un enfer qu’elle vivra elle-même quand elle va se marier plus tard. Sa tante a vécu un mariage forcé, sans amour. Elle se révèle comme une femme révoltée à qui on a imposé un homme sans scrupule et plus âgée qu’elle. Cette femme dont les études ont été arrêtées par le mariage se rappelle un parent humilié après sa mort par une autre femme se disant intellectuelle. Aussi, profitant de la maturité scolaire de sa nièce, elle se propose de venger le parent défunt humilié. Ce que va accepter la jeune Léki avec courage pour l’honneur de la famille. Cette tante qui meurt à la suite d’un accouchement dans un mariage éprouvant, va bouleverser le destin de l’héroïne. Quelle ne sera pas sa peine quand plus tard elle va, elle aussi, se confronter aux vicissitudes du mariage !
Quand Léki parle de son séjour à l’étranger avec son mari N’ayant pas d’enfant dans son foyer, un conseil de famille tente de trouver une solution à ce problème. Et l’héroïne d’accepter de suivre son mari à l’étranger dans l’espoir d’y "soigner" sa stérilité, la médecine étant perfectionnée en Occident. Commencent alors pour elle d’autres tribulations quand son homme n’accepte pas sa stérilité tout en la déstabilisant moralement et socialement. Mais le récit prend une autre tournure quand la femme se voit enceinte. Et le texte de nous rappeler le passage de Léki dans un foyer. Pour ne pas se rendre responsable de la séparation de Léki avec son ex mari, Nari son nouvel homme, opte pour l’avortement par le biais duquel elle perd son droit à la féminité tant attendue : "J’aurai bien voulu cet enfant, surtout quand je pense à ton problème. Mais tu connais ton mari. Je crains qu’il ne rejette même toute la responsabilité de l’échec de votre mariage sur moi alors que je ne te connais que depuis votre séparation" (p.106). Et comme une grossesse qui se déclare avant le divorce devient un dilemme pour le couple, Léki est contrainte de respecter les lois de la coutume : elle se fait avorter alors que son ex-mari est encore convaincu de sa stérilité, cet homme qui n’a pas pu la satisfaire dans leur vie de couple : "Comment dire au grand jour que je n’étais pas satisfaite sexuellement sans courir le risque de se faire passer pour une pute ? Lui-même déjà était conscient de la difficulté d’une femme d’avouer publiquement ce problème. Il en était conscient et en profitait pour me narguer" (p.122)
La place de la femme dans le roman Elles sont souvent martyrisées par l’homme qui profite de la situation sociale que lui procure le pouvoir de la coutume et de la tradition africaines. En dehors de l’intellectuelle qui s’est servie de sa situation de femme ayant étudié pour dénigrer paradoxalement un parent de l’héroïne, toutes les femmes du roman subissent le poids de la tradition à travers le mariage. Léki se voit martyrisée par son mari à l’étranger. Sa tante Muboté et son amie Matambi vivent des mariages "pénibles" avec leurs époux. Pendant que la première ne comprend pas la réaction affichée par son frère, le père de l’héroïne, quand elle vient se plaindre pour maltraitance de la part de son homme, la seconde, quant à elle, se voit tromper par son époux qui se donne une maîtresse avec laquelle il aura un enfant. Vil comportement de l’homme qui a été aidé et soutenu par sa femme quand il avait perdu son emploi. La femme dans L’Amour et migration, c’est aussi l’image de la mère de Léki qui avec ses enfants, sont maltraités par la belle-famille à la mort de leur mari et père. Et cette situation est bien mise en exergue par l’auteure dans son théâtre et ses essais (3) où elle se dévoile comme fervente militante pour l’émancipation féminine en condamnant les coutumes rétrogrades africaines qui "mettent l’homme au-dessus de la femme". Se dégage aussi dans ce roman l e destin des enfants orphelins en Afrique avec leurs réalités socioéconomiques telle la sorcellerie dont ils sont accusés et la puissance des églises de réveil qui puisent ses adeptes dans la gente féminine et orpheline. Et la place de la femme dans ce livre se résume agréablement dans le chapitre 15 intitulé "Réflexion de femmes" où la conversation entre l’héroïne et ses amies d’enfance se focalise sur son mari et sa belle-famille qui semblent être à l’origine de ses malheurs. Désespérée et trahie, elle croit trouver la solution dans le suicide que lui déconseillent ses amies.
La signification du mariage dans "L’Amour en migration" Le mariage nous révèle ici les "liaisons dangereuses" entre les deux époux sur fond de la réalité africaine confrontée parfois à la vie occidentale pour les immigrés. Et de cette situation, se réalise l’ "amour en migration" pour les couples. Dans ce genre de mariage, l’homme est en général vu sous l’angle infernal de sa "méchanceté" vis-à-vis de la femme. En dehors du père de Léki qui est pour l’émancipation de la femme africaine à travers l’éducation qu’il donne à ses filles, malgré son penchant à la tradition afin de sauvegarder la virginité de celles-ci, tous les hommes de L’Amour en migration paraissent grotesques. Le mari de Léki et ceux de sa tante Muboti et son amie Matambi sont des hommes de paille qui lient l’imbécillité au pouvoir que leur donne la puissance de la dot selon les réalités africaines pour humilier leur conjointe. Mais devant ce négationnisme en ce qui concerne les libertés primaires d’une femme au foyer et dans la vie civile, s’élève le cri de révolte de l’héroïne qui se remarque dans la clausule du récit : "Pourquoi vivre en couple alors qu’en réalité je vivais comme une femme seule ? Pour le regard des autres ? Il fallait mettre fin à cette comédie" (p.175)
Du style dans le roman Comme la plupart des romans écrits par les écrivaines congolaises, le texte de Ghislaine Sathoud épouse la narration à la première personne où parfois le "je-narrant" se confond avec le "je-narré". De l’incipit du texte au chapitre 4, la narratrice évolue de l’extérieur sans "se montrer" au lecteur et ce n’est qu’à la page 25, quand sa mère l’appelle par son nom, qu’elle se rapproche du lecteur. A partir de ce moment, le récit évolue par l’intérieur de l’héroïne qui raconte ses aventures. Tout au long du texte, Léki se montre dubitative et sceptique car ne pouvant pas résister à la société des hommes qu’elle rencontre. Et ses propos avancent souvent par une série d’interrogations qui poussent le lecteur à la réflexion comme on peut le constater dans son attitude à propos du comportement on ne peut plus désagréable de son mari : "Etait-ce un moyen de marquer son incapacité ? Etait-ce de l’intimidation pour me faire taire ? (…) Pourquoi était-il aussi cruel envers une femme qui partageait sa vie ?" (p.122). Du style, on remarque aussi la théâtralisation du texte dans les dialogues de certains personnages où la narratrice n’intervient pas. Deux personnages peuvent parler sans aiguillages narratifs comme on peut le constater aux pages 112 et 113 dans la longue discussion entre Léki et son père. Peut-être une réminiscence de la dramaturgie qu’a pratiquée l’auteure.
Conclusion L’Amour en migration, un roman qui pose les véritables problèmes que rencontre la femme africaine dans la société. La lutte des femmes pour briser certains pratiques néfastes de l’homme "traditionnel", les coutumes du mariage et le réveil de la femme à travers l’école sont des thèmes qui reviennent souvent dans le roman féminin. Et des textes tels Bienvenus au royaume du sida de Marie-Louise Abia, L’Hôte indésirable Doris Kélanou et Détonations et folie de Liss pour ne citer que ces œuvres de ces dernières années, se définissent comme des instruments de lutte pour les femmes contre le népotisme de l’homme africain qui reste encore accroché au traditionalisme quand il s’agit de considérer la femme comme lui. Les problèmes posés par les couples dont les femmes semblent se révolter contre le comportement "impérialiste" de l’homme, sont souvent au centre des "dénonciations" de ces écrivaines. Une façon de s’attaquer à l’hégémonie de l’homme sur la femme. Et la lutte des femmes pour leur émancipation s’avère explicite à travers les héroïnes de ces œuvres.
Notes (1) Ghislaine Nelly H. Sathoud, L’Amour en migration, Ed. Menaibuc, Collection Interdépendance africaine, Paris, décembre 2007, 176 p. (2) Ghislaine Nelly. H. Sathoud, Hymne à la tolérance, Ed. Ménolic, Québec, 2005, 75 p. (3) lire ses deux essais Les Femmes d’Afrique centrale au Québec et Le Combat des femmes au Congo Brazzaville, publiés respectivement en 2006 et 2008 aux éditions l’Harmattan, et présentés dans le magazine Afrique Education nos 212 et 246. |  |
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Publié le 21 avr 2008 à 17:25
Par noelkodia
25 juin 1913 - 17 avril 2008, Aimé Césaire, l’un des piliers de la littérature négro-africaine n’est plus. Condisciple de Léopold Sédar Senghor et de Léon-Gontran Damas, il peut être considéré comme l’un des précurseurs de la Négritude. Ecrivain célèbre, il nous laisse un héritage qui nous pousse à réfléchir sur le devenir de l’homme nègre ainsi que sa place dans l’histoire culturelle et politique au moment où les Noirs ont décidé de réviser l’historiographie de leur continent longtemps réalisée par les africanistes européens avec quelques maladresses qui souvent dépassent l’entendement africain.
Après avoir découvert les lettres en Martinique au lycée de Fort de France et à Louis-le-Grand à Paris, il fonde avec Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas en 1939 "L’Etudiant noir" qui se présente comme une suite logique d’une autre revue de l’époque intitulée "Légitime défense". A la même année apparaît son "Cahier d’un retour au pays natal" comme pour annoncer son retour au bercail dans une langue volcanique et pleine d’agressivité et qui va s’approfondir avec une colère légitime dans "Discours sur le colonialisme". Le texte met en relief l’itinéraire du poète nègre devant son destin de colonisé dont la thématique sera le nerf directeur de l’emblématique "Discours sur le colonialisme". Dans ce cri de douleur, il ne se voit pas fils de certains royaumes africains comme le Dahomey et le Ghana. Il se veut enfant de ce pays calme et merveilleux qui était l’Afrique : "Non, nous n’avons jamais été amazones du roi du Dahomey, ni princes de Ghana (…) ni docteurs de Tombouctou (…). Nous sommes un fumier ambulant hideusement prometteur de cannes tendres et de coton soyeux (…) et ce pays l’Afrique était calme, disant que l’esprit de Dieu était dans ses actes". Et Jacques Chevrier de faire la remarque suivante sur l’auteur en relation avec son œuvre : "A la différence de l’Africain également victime de la colonisation occidentale, mais dont la culture submergée n’a jamais totalement cessé d’exister, l’Antillais a été coupé de ses racines et sonné d’adhérer à la politique pratiquée par le maître blanc qui prétendait pouvoir l’assimiler dans le temps même il refusait l’égalité la plus élémentaire. Aussi privé de contre de gravité puisque voulant être Nègre, il constate qu’il est Blanc. L’Antillais fait-il figure de bâtard de l’Europe et de l’Afrique partagé entre le père qui le renie et cette mère qu’il a reniée". Une œuvre engagée et engageante Déjà dans ses textes qui apparaissent comme un mélange de l’expression personnelle du poète avec le déchirement de la symbiose de plusieurs cultures, s’élabore une poétique de la Négritude sur fond d’une revendication de l’identité noire. Et dans ces textes revendicatifs, se dégage un surréalisme qui empêche le message de s’ouvrir sans difficulté comme les poètes classiques. Ce qui a poussé certains critiques à dire que les textes de Césaire sont hermétiques et difficiles à "soutenir". Mais il faut plutôt voir dans ce langage fermé du poète sa capacité de jouer avec les mots dans l’univers des images qui rappellent le monde noir : "Sang Sang ! tout notre sang ému par le cœur mâle du soleil / ceux qui savent la féminité de la lune au corps d’huile / l’exaltation réconciliée de l’antilope et de l’étoile / ceux dont la survie chemine en la germination de l’herbe". Aussi dans un poème dédié à Césaire, le Congolais Théophile Obenga remarque à juste titre que "les mots sont les leurs / mais le chant est nôtre". La révolte poétique de Césaire définit le futur homme politique de la Martinique. Elu député de Fort-de-France, il se fait, d’après Henri Lemaître, "porte-parole de la revendication d’indépendance avec un extrémisme qui trouve son expression la plus complète dans "Discours sur le colonialisme". Ses idées politiques le poussent à frapper à la porte du parti communiste auquel il adhère. Dans l’effervescence des idées de la Négritude et du Communisme qui se télescopent, il se sépare du parti communiste en justifiant sa décision dans sa "Lettre à Maurice Torez". Ayant compris que le langage poétique n’est pas accessible à la masse populaire, il embrasse le théâtre pour divulguer ses idées de "libéralisation et d’indépendance" du peuple noir. En 1961, il écrit "La Tragédie du roi Christophe" inspirée par l’aventure historique d’un roi noir d’Haïti. Cinq après, il récidive dans la relation politique/théâtre avec "Une saison au Congo" qui se présente comme l’une des grandes fresques de l’histoire post-coloniale de l’Afrique. La trame de la pièce se situe en République démocratique du Congo, une année après son indépendance, et met en relief la disparition tragique de Patrice Emery Lumumba. On peut dire, qu’après analyse de sa dramaturgie, Césaire révèle une multitude de thèmes telle la révolte sur fond de cri de douleur qui fait penser à la revendication de la Négritude pour la libération du peuple noir. Une œuvre fournie, souvent "gardée dans l’ombre" à cause de sa violence et son agressivité fondée sur une colère légitime vis-à-vis du pouvoir (néo)colonial qu’elle a traversé. En poésie on peut citer "Cahier d’un retour au pays natal" (1939), "Les Armes miraculeuses" (1946), "Soleil cou coupé" (1950), "Ferrements" (1960), "Cadastre" (1961), "Moi, laminaire" (1982). Son théâtre se définit par quatre pièces : "Et les chiens se taisaient" (1956), "La Tragédie du roi Christophe" (1963), "Une Saison au Congo" (1967), "Une Tempête" (1969). Il a aussi élucidé sa pensée politique avec "Discours sur le colonialisme", (1956), "Lettre à Maurice Thorez" (1956), lettre dans laquelle il explique sa rupture avec le Parti communiste avant de fonder le Parti progressiste martiniquais en adoptant le programme aux besoins de ses militants, "Toussaint Louverture : la Révolution française et le problème colonial" (1960). On peut remarquer que son œuvre couvre la période (néo)coloniale, d’où son "rejet" de la part des Eurocentristes malgré sa richesse esthétique et la véracité de ses idées. Des textes qui anticipent la décolonisation de l’Afrique par la puissance de leur dimension politique. En 1981, il pense trouver l’acceptation de ses idées quand la gauche revient au pouvoir en France avec François Mitterrand. Peine perdue ! Il n’aura pas gain de cause, d’où son dernier recueil de poésie "Moi, laminaire" publié en 1982. Comme le souligne Henri Lemaître ; "Césaire apparaît non seulement comme un de grands porte-parole de la Négritude, mais aussi et peut-être surtout comme l’un de ceux qui ont su situer l’expression de l’âme noire dans des perspectives non point particularistes, mais largement humanistes". Un héritage à fructifier Jusqu’à la fin de sa vie, Aimé Césaire n’a pas trahi son esprit combatif pour la liberté et le respect du peuple noir. Fidèle à ses idées avant-gardistes, il a eu même à s’opposer à l’aspect positif de la colonisation que voulait "faire valoir" la France et la conception migratoire du président Nicolas Sarkozy dont la maîtrise de l’historiographie du peuple noir laisse malheureusement à désirer. Après la disparition de tous les précurseurs de la Négritude, se ferme une page qui n’a pas séduit beaucoup d’écrivains négro-africains du XXè siècle. De la Négritude, sommes-nous peut-être passés à la Tigritude du Nobel Wolé Soyinka quand on remarque les contre-vérités ainsi que la falsification de certaines pages de l’histoire des peuples noirs par des africanistes eurocentristes. Longtemps allergiques à l’œuvre de Césaire car agressive et attaquant l’immoralité du Blanc vis-à-vis du Noir, certains Eurocentristes se dévoilent maintenant tolérants et conciliants alors qu’ils n’osaient accepter, il y a quelques années, les vérités du "Discours sur le colonialisme". Les Noirs doivent garder en eux un point positif de la Négritude, même si elle fut décriée par certains intellectuels, celui d’avoir lancé le débat sur la véritable indépendance de l’homme noir. Et Aimé Césaire est de ceux qui ont participé au mouvement malgré la connaissance on ne peut aléatoire qu’il avait sur la terre de ses ancêtres, comme il l’affirmait à Lilyan Kesteloot : "Ma connaissance de l’Afrique était livresque ; j’étais tributaire de ce qu’écrivaient les Blancs ; (…) la littérature[ sur l’Afrique] n’était pas fort abondante, et même quand elle existait, elle était certainement partiale" (Cf. Lilyan Kesteloot, Bernard Kotchy, "Aimé Césaire, l’homme et l’œuvre", Présence africaine, 1993). Pour conclure Aimé Césaire est un chantre de la "dignité nègre" que l’élite intellectuelle et politique du continent doit immortaliser en récrivant notre histoire longtemps déformée et falsifiée à des fins impérialistes ; et cela pour décourager les Africains dans la prise de conscience d’une partie de la responsabilité du Blanc dans leurs souffrances actuelles à travers la traite négrière qui écuma une grande partie du continent. Aimé Césaire, un alchimiste de la langue française qui devrait rappeler les tenants de la Francophonie que l’agressivité et la colère qui se traduisent en langue française du côté des Noirs n’est autre qu’une façon d’assumer leur identité longtemps malmenée et falsifiée par le (néo)colonialisme. Aussi "Cahier d’un retour au pays natal" et "Discours sur le colonialisme" peuvent être considérés comme deux armes miraculeuses qui doivent être des livres de chevet pour la jeunesse africain qui se cherchent encore. Une jeunesse qui doit les brandir comme des boucliers et des lances au moment où l’on constate l’émergence de certains réflexes néocoloniaux du côté de certains Blancs. "Anti raciste, anticolonial, altermondialiste avant l’heure, Aimé Césaire est le témoin téméraire du XXIè siècle" constate agréablement Yves Ekoué Amaïzo dans son éditorial sur www.afrology.com. Aujourd’hui la Négritude césairienne est un héritage qui n’appartient plus à la seule Martinique mais à tous les Nègres quel que soit le lieu où ils se trouvent en se confrontant paradoxalement à l’inhumanisme de la mondialisation prônée par les Eurocentristes. Aimé Césaire, un prototype de la dignité humaine qui doit servir d’exemple à la nouvelle classe politique africaine qui lutte contre la "désinvolture" eurocentriste.
Publié le 09 fév 2008 à 13:55
Par noelkodia
Publié en 2005, Le roman « Les Enfants de la guerre. Eteindre le feu par le feu ? » de notre collaborateur Noël Kodia-Ramata a retenu l’attention du professeur Martin Lemotieu, spécialiste de littérature congolaise à l’Université de Yaoundé 1 (Cameroun). Pendant son séjour d’études à Paris, il a rencontré l’auteur. Afrique Education : - Vous dédiez votre roman « Les Enfants de la guerre. Eteindre le feu par le feu ? » (1) à vos proches, ainsi qu’à trois romanciers congolais qui vous ont précédé : Lopes, Dongala et Tati Loutard. Bien plus, votre épître dédicatoire se clôt, à l’attention de ces trois écrivains, par cette assertion : « Ce livre est aussi le leur ». Quelle parallèle établissez-vous entre leurs romans et le vôtre ? Quelles influences ont-ils exercées sur vous ? Vous semblez vous situer à la confluence de ces trois auteurs. En quoi ? Réponse : - Les écrivains congolais ont toujours formé une « phratrie », surtout au cours des décennies 70 et 80 quand les grandes figures de la littérature congolaise étaient toujours au service de la jeune génération. Henri Lopes, Emmanuel Dongala et Jean Baptiste Tati Loutard sont des écrivains que j’ai côtoyés quand j’ai commencé à écrire. Mes premiers poèmes ont été lus par Tati Loutard dans les années 70, alors que j’étais son étudiant en littérature africaine à l’université de Brazzaville aujourd’hui université Marien Ngouabi. Dongala était mon président dans les années 90 à l’ANEC (Association nationale des écrivains congolais) avant que la guerre juin 1997 le force d’immigrer aux Etats unis. Malheureusement la dite association n’avait pas fait long feu, laissant la primauté à l’UNEAC, l’Union nationale des écrivains et artistes du Congo dont je fais membre actuellement et dont le président est toujours Jean Baptiste Tati Loutard. « Les Enfants de la guerre », je l’ai dédié à ces trois grands écrivains car ils m’ont marqué par leur « style » que l’on peut retrouver dans mon livre. Henri Lopes m’a beaucoup marqué car, en dehors de ses deux premiers romans (« La Nouvelle romance » et « Sans tam-tam ») qui restent encore accrochés à l’idéologie dominante de la référentialité, ses textes ont mis en exergue le travail de l’écriture en tant que signifiant dans ses textes. Et cette spécificité, je l’avais déjà réalisée en découvrant la critique moderne et le Nouveau roman français au cours de mon troisième cycle avec l’étude de l’oeuvre de Claude Simon. Ainsi j’ai essayé de travailler mon premier roman dans ce sens. Avec Emmanuel Dongala, j’ai appris à jouer avec les mots pour théâtraliser le texte romanesque sur fond de comédie. C’est lui qui m’a donné le goût d’écrire du « pleurer-rire » qui caractérise certains textes de « Jazz et vin de palme ». Ses textes sont des rires perpétuels, et ce pleure-rire atteint la perfection dans « Les petits garçons naissent aussi des étoiles » avec le tonitruant Matapari. On s’y croirait dans les textes de Molière. Chez Dongala, il y a sobriété dans le style et satire de certains milieux sociopolitiques se fondant souvent sur l’humour qui s’associe parfois au cynisme. D’ailleurs Dongala est aussi un grand homme de théâtre. Il a dirigé la troupe de l’Eclair à Brazzaville. Quant à mon « maître » Tati Loutard, c’est du côté de la poésie qu’il m’a impressionné. Ses textes en prose ont une peinture poétique dont lui seul a le secret. Et je peux dire que mon premier roman est aussi le leur sans oublier les grands écrivains de mon pays qui se reflètent dans une mise en abyme que j’ai créée aux pages 105 et 106 où je fabrique un segment textuel à partir des titres de certains ouvrages congolais. On peut lire : « Dans les normes du temps, le commencement des douleurs s’était déclaré un certain mercredi de juin 199. On avait parlé d’une affaire de tipoye doré que les initiés n’avaient pas pu régler quelques semaines avant que l’homme aux pataugas n’explose… » . Dans ce segment narratif, on voit que je fais référence à Tati Loutard, Sony Labou Tansi, Placide Nzala-Backa et Jean Pierre Makouta Mboukou. Le parallèle entre leurs romans et le mien, c’est que nous partons toujours des réalités sociopolitiques pour créer nos fictions. Vous remarquez par exemple l’influence du plus grand roman de Lopes, « Le Pleurer-Rire » qui m’a donné l’envie de rappeler le tribalisme à travers le retour des Djabotanais et des Djassikinis qui ne sont que des inventions de Lopes. Je me sens au confluent de ces trois auteurs car leurs textes vivent implicitement en moi. Vous remarquerez par exemple que le héros de mon roman a lu « Un fusil dans la main un poème dans la poche » Dongala et « Le Récit de la mort » de Tati Loutard. Q : -Entre les différentes générations de romanciers congolais, existent-ils des liens? A quels niveaux ? Et d’abord, selon vous, de 1954 à 2006, combien de générations de romanciers décelez-vous au Congo Brazzaville ? R : - Tous les romanciers congolais ont eu toujours des liens de convivialité car les écrivains de la nouvelle génération a eu un grand soutien de la part de leurs doyens. Des écrivains comme Sylvain Bemba, Jean Baptiste Tati Loutard, Emmanuel Dongala et surtout Sony Labou Tansi m’ont étonné par leur simplicité. On pouvait leur faire lire des manuscrits et les commentaires qu’ils y faisaient étaient constructifs. Quand Sony Labou Tansi recevait les jeunes écrivains chez lui, c’était en famille autour d’une dame jeanne de nsamba (vin de palme). Il vous mettait tout de suite à l’aise. Même ministre, Tati Loutard avait toujours son bureau à l’UNEAC où il recevait ses confrères écrivains et artistes.En lisant la majorité des romans congolais, on pourrait parler de trois générations, mais il n y a que deux qui se concrétisent car étant l’une proche de l’autre et parfois créant un pont entre elles. La première génération est celle du doyen Jean Malonga dans les années 50. D’ailleurs il sera le seul écrivain de son époque à publier le roman dans sa forme conventionnelle. « La légende de Mpfoumou Ma Mazono » est publié en 1954 et il faudra attendre 1968 pour lire de nouveau le roman avec Placide Nzala Backa avec « Le Tipoye doré » qu’il publie par le biais de l’Imprimerie nationale avant d’être repris quelques années plus tard par PJ Oswald. Et le roman se découvre quantitativement et qualitativement avec la deuxième génération dont le timonier est Guy Menga avec son emblématique « Palabre stérile » en 1969 qui le fait entrer par la grande porte dans la famille des grands écrivains francophones avec le premier Grand prix littéraire de l’Afrique noire au Congo. Avec lui se découvre la deuxième génération des romanciers congolais avec d’autres noms célèbres comme Henri Lopes, Sylvain Bemba, Jean Pierre Makouta Mboukou, Sony Labou Tansi, Tchichelle Tchivela…. La troisième génération est constituée par les jeunes écrivains qui ont commencé à publier à partir des années 70 et surtout 80 avec parfois l’appui des « anciens ». De la nouvelle génération, on peut citer Daniel Biyaoula qui semble être sur les traces d’Emmanuel Dongala. Car ces deux écrivains pourraient être considérés comme les meilleurs de 1954 à 2006 : ils écrivent peu et très bien. Et dans cette nouvelle génération, il ne faut pas oublier Alain Mabanckou qui n’est plus à présenter. Lorsque l’on considère Jean Malonga comme doyen des écrivains congolais déjà célèbre avant les indépendances, on peut se permettre d’accepter en général deux générations au niveau des romanciers du Congo : celle des Guy Menga, Sylvain Bemba, Henri Lopes, Sony Labou Tansi, Emmanuel Dongala… et celle d’Alain Mabanckou, Daniel Biyaoula, Caya Makhele… Q : - Vous avez fait une entrée tardive dans l’espace romanesque congolais et de prime abord vous semblez dans votre inspiration privilégier l’événementiel, en l’occurrence les guerres fratricides congolaises. Comment expliquez-vous le grand penchant des romanciers congolais pour des sujets se rattachant à l’actualité brûlante de leur pays, surtout celle politique ? R : - J’ai d’abord pratiqué l’écriture poétique et théâtrale. Mon entrée tardive dans l’espace romanesque s’explique par les difficultés de l’édition dans nos pays. Je porte en moi l’écriture depuis les bancs du lycée où nous nous échangions les manuscrits des cahiers scolaires avec les poètes Jean Blaise Bilombo et André Matondo aujourd’hui Matondo Kubu Ture. Ma première œuvre qui date de 1981 est une pièce de théâtre intitulé « La voix de Lumumba » publiée grâce à un homme de culture qui a eu à « prendre soin » des jeunes écrivains, j’ai cité Léopold Pindy Mamansono, directeur des éditions Héros dans l’Ombre à Brazzaville et auteur de « La Nouvelle génération de poètes congolais » en 1984. Ce livre avait donné un autre souffle à la littérature congolaise après la première Anthologie de notre littérature publiée en 1977 par Jean Baptiste Tati Loutard. Enseignant de littératures française et congolaise à l’ENS de Brazzaville pendant plus de deux décennies, des étudiantes et étudiants m’ont fait lire des textes de roman d’une qualité indéniable. Malheureusement, certains d’entre eux verront peut-être leurs textes publiés avec un grand retard. Dommage ! Peut-être que si je n’avais pas rencontré mon ami Yves Amaizo (2), peut-être que le texte « Les Enfants de la guerre » dormirait encore dans mes tiroirs avec d’autres manuscrits. Je l’ai écrit en 2000. C’est le séjour de Paris qui m’a aidé à l’accoucher « publiquement ». En 2006, j’ai eu à publier une étude critique de l’œuvre poétique et narrative de Jean Baptiste Tati Loutard intitulée « Mer et écriture chez Tati Loutard : de la poésie à la prose » (3). Aujourd’hui mon troisième livre qui m’a pris plusieurs années de recherche, le « Dictionnaire des œuvres littéraires congolaises » est presque prêt et n’attend que l’acceptation d’un éditeur. C’est pour vous dire que l’édition est une question de chance, surtout de l’espace qui vous accepte en tant qu’écrivain. Quant à l’inspiration, le roman se nourrit en général du vécu quotidien. J’ai connu la guerre de Brazzaville et c’est un film qui trottinait en moi une fois la paix retrouvée au Congo. Et il fallait que je me libère de cette angoisse par l’écriture. D’ailleurs, en spécialiste de la littérature congolaise, vous vous êtes sûrement rendu compte qu’il y a plus d’une dizaine de romans et de recueils de nouvelles qui se fondent sur la thématique de la guerre de Brazzaville et dont le plus célèbre est « Johnny Chien méchant » du grand Dongala. Quant au thème de la politique, je vous dirais que les Congolais s’intéressent à la politique depuis André Matsoua dont ils ont fait leur héros national. Les Congolais s’intéressent tellement à la politique active et passive que celle-ci fait partie de leur quotidien. Et comme je l’ai dit, le roman se nourrit du vécu quotidien, Vous pouvez alors comprendre pourquoi ce mariage agréable entre les romanciers et la politique. Q : - Le regard du romancier congolais est très caustique à l’égard de la classe politique, même chez les politiques romanciers du sérail (H Djombo, T. Tchivéla, Mambou A. Gnali, H. Lopes, Tati Loutard …). Comment expliquer cette convergence ? R : - Tout artiste a toujours un regard caustique à l’égard de la classe politique et cela depuis la nuit des temps. Quand nos hommes politiques qui sont des écrivains, donnent leur point de vue sur la politique de leur pays ou du continent, il faut d’abord les considérer comme des artistes qui vivent avec le peuple comme tout le monde. Leur regard caustique envers la classe politique est d’abord un regard d’artiste. Quand ils écrivent, ils ne pensent pas en homme politique au pouvoir, mais se mettent à la place du citoyen lambda pour « critiquer » le négatif de l’homme politique. Et c’est la chance qu’ils ont, d’être à la fois homme politique et homme des masses populaires. Ils sont nombreux, les écrivains hommes politiques au Congo. En dehors de ceux que vous m’avez rappelés, on peut citer Henri Lopes, Jean Pierre Makouta Mboukou, Sylvain Bemba, Guy Menga, Sony Labou Tansi, Maxime Ndébéka qui ont eu à exercer quelques activités politiques. Il y en a qui ont été directement aux affaires en membres du gouvernement pendant un certain temps. Et quand on lit leurs œuvres, on devrait séparer l’homme politique de l’homme écrivain, sinon on tomberait dans le piège de la référentialité que nous impose la lecture dogmatique qui croit que ce qui est raconté dans les romans est vrai. Erreur car ces mêmes personnages qui n’existent que par la pensée et l’imagination de l’auteur, par l’encre et le papier, se moqueraient de nous si nous les considérons comme nous, alors qu’ils n’existent que par la fiction. Il y a convergence entre tous les écrivains hommes ou femmes politiques parce qu’ils ont la chance d’avoir été (ou sont encore des cadres politiques) créateurs d’oeuvres de l’esprit avant d’embrasser la carrière politique. Q : - Existe-t-il cependant une limite que les politiques romanciers n’oseraient franchir ? Laquelle et à quels niveaux de l’écriture ? R : - Au Congo, il n y a de pas de limite que les romanciers ne devraient pas franchir. D’ailleurs Henri Lopes l’avait bien dit qu’aucune œuvre d’art n’a fait la révolution. C’est pour vous dire que la censure n’existe pas au niveau de la création artistique quand elle respecte les principes élémentaires de l’art. Car une œuvre d’art doit avant tout être considérée par son côté esthétique. Depuis que le monde est monde, nous naviguons toujours dans les mêmes thématiques. Le romancier n’a de compte à rendre à personne car il ne dépend que de son scriptural, de ses fictions. C’est quand il se transforme en essayiste ou en journaliste qu’il se retrouve devant certaines limites à ne pas franchir. Dans le domaine de l’écriture, vous verrez que les journalistes sont plus « inquiétés » que les romanciers. Car il y a une limite entre le réalisme qu’impose le journalisme et le mentir vrai que s’impose le romancier. Q : - Jusqu’aux années 90, S. Bemba parlait d’une « phratrie » liant les écrivains congolais tous genres confondus . Le multipartisme l’a-t-elle fait voler en éclats ? R : - Oui et non ! Oui : La phratrie dont parlait Sylvain Bemba existe encore car les écrivains congolais sont unis par ce qui leur est chère, le domaine de la culture et de la création. Malgré le multipartisme et malgré tout ce qu’a connu le pays, les écrivains vivent toujours en phratrie, surtout au niveau du pays. L’UNEAC regroupe en son sein tous les écrivains qui pensent d’abord création et culture avant de penser politique. La phratrie de Sylvain Bemba commence malheureusement à subir le coup de la jeune génération où des jeunes écrivains ayant eu la chance de se faire publier se bombent le torse, au lieu de se tenir la main dans la main, le monde des arts étant en perpétuel mouvement. De jours, se voir publier est une « question de chance ». Dans mes recherches sur le roman congolais, j’ai découvert des chefs d’œuvre qui mériteraient des prix littéraires et qui devraient même intéresser les grandes maisons. Hélas ! Encore une fois la réalité du monde impitoyable de l’édition. Comme ils étaient aimables et conscients de l’ambition littéraire des jeunes, nos doyens tels Sylvain Bemba, Sony Labou Tansi, pour ne citer que ces deux noms qui m’ont beaucoup marqué car ils ont aidé beaucoup de jeunes à se faire connaître dans le domaine de la littérature. Non : Parce qu’il y a certains qui se disent intellectuels et qui ont lié l’imbécillité au tribalisme pour se forger une personnalité ô combien honteuse. D’ailleurs de ce genre d’intellectuels m’a permis de créer un personnage grotesque que vous pourrez découvrir dans mon roman. Q : - Entre Platon et Machiavel, les personnages politiques de l’espace romanesque congolais jettent leur dévolu sur le dernier. Reflet des réalités congolaises ou simple exagération ? R : - Dans la création artistique, l’homme politique est toujours vu du côté machiavélique pour essayer de changer la société. Est-ce que l’art peut vraiment changer la société ? Je ne crois pas. C’est l’affaire du politique et du droit. Il peut contribuer à ce changement. Soit. Mais l’homme politique est surtout malmené dans les romans congolais, et même dans la littérature africaine, pour faire plaisir aux lecteurs qui trouvent en ces lieux la vengeance car ils prennent du plaisir à rire avec le texte quand le politique est pris à partie dans le récit. On peut dire, comme on le constate dans toute la littérature africaine que les réalités politiques sont souvent exagérées pour rendre agréable l’oeuvre d’art. Cette exagération apparaît comme du piment pour l’œuvre d’art. Q : - La vision de la politique est très négative dans les romans, et le sort des intellectuels honnêtes et lucides qui s’aventurent dans cette arène à très hauts risques est très piteux. Une façon de décourager les jeunes d’en tenter l’expérience ? R : - La vision de la politique est négative dans les romans parce que les romanciers le veulent. Cette vision n’existe que par la volonté du romancier qui le veut ainsi pour « faire plaisir » aux lecteurs. Si le roman est un monde idéel, celui de la politique est un monde vrai. C’est comme la réalité vécue physiquement et la réalité transposée au cinéma. La politique du roman ne découragera jamais les intellectuels honnêtes et même lucides de s’aventurer en politique. Des écrivains comme Alphonse de Lamartine au XIXè siècle et plus près de nous André Malraux n’ont pas eu peur de la politique. Mongo Béti n’a pas eu peur de la politique. Et si on lui avait donné l’occasion de l’exercer, il le ferait. La vision de la politique est très négative dans les romans pour les besoins de l’art. S’il y avait vraiment grand risque, ce monde de la politique n’intéresserait pas les intellectuels et même les écrivains. Q : - Un roman de Henri Djombo, « Lumières des temps perdus », se démarque de cette perspective. Un président, Vrezzo, refuse de s’aligner dans le camp des exploiteurs de son peuple, que ce soit ceux de l’extérieur ou de l’intérieur. Il instaure avec toutes les couches sociales une démocratie participative et engage une véritable guerre pour la renaissance du Kinango, son cher pays. L’autogestion, la responsabilité de chacun envers tous et vice-versa, ainsi que l’engagement des citoyens éclairés dans la construction de l’œuvre commune provoquent un vrai miracle, une prospérité générale du pays dans tous les domaines. Même si les pays occidentaux, jaloux de cette vraie indépendance d’un pays du Sud qui a osé les défier et s’en est bien sorti, bombardent Vrezzo dans sa bibliothèque (tout un symbole !), le peuple ne retombera plus dans la servitude impérialiste. A preuve le monument érigé par les Kinangois à la gloire de Vrezzo. Simple politique-fiction ou nouvelle vision de la chose politique ? R : - Je vous dirais là : « simple politique-fiction » pour ne pas tomber dans la tautologie car le président Vrezzo et le peuple kinangois ne sont que des inventions de Henri Djombo en tant de créateur d’oeuvre de l’esprit. Cherchez sur la carte de l’Afrique et même dans l’histoire contemporaine du continent, vous ne trouverez jamais un pays qui se nomme Kinango et vous ne trouverez jamais un président au nom de Vrezzo. « Lumières des temps perdus » est une simple politique fiction. Reflet d’une nouvelle vision de la chose politique ? Peut-être quand on considère tout ce qui se passe sur le contient. Je dis bien « reflet » et non « réalité ». Et sur la notion de reflet, je vous demanderais de vous retourner vers Stendhal qui disait que le roman est un miroir que l’on promène le long de la route. J’ai toujours eu pitié des lecteurs qui croient naïvement (et ils sont vraiment nombreux) à ce que leur racontent les romans. Comme au cinéma ceux qui croient aux trucages et aux autres effets cinématographiques. D’autres s’en prennent même aux pauvres écrivains, les confondant aux personnages qu’il a crée, surtout dans les récits homodiégétiques (histoires à la première personne où le je-narrant se confond avec le je-narré. Q : - S’il fallait donner une définition à la politique, laquelle lui donneriez-vous ? R : - Les politologues sont mieux placés que nous autres romanciers à parler de politique dans sa définition exacte. Je dirais qu’il serait dangereux quand on commence à croire que la politique des romans peut être pratiquée dans le monde réel où nous vivons en tant qu’êtres de chair et d’os. L’écrivain doit avoir sa politique, celle de l’écriture. N’en plaise à la vieille critique qui nous faisait croire que les romans racontaient des histoires vraies. Q : - Comment se présente l’homme politique type des romans congolais ? R : - L’homme politique dans le roman congolais est toujours vu au niveau de la caricature. Et cela pour mettre en exergue certains problèmes que vit la société. Même s’il y a des hommes intègres au niveau politique, dans le roman, ils sont plutôt caricaturés pour aider le Congolais lambda à prendre conscience de la réalité politique que lui impose ses hommes politiques.
Propos recueillis par Martin LEMOTIEU (1) Les Enfants de la guerre. Eteindre le feu par le feu ? », Editions Menaibuc, 2005, Paris. Ce roman a été aussi présenté par Paul Tedga dans « Afrique Education » n° 217 du 1er au15 décembre 2006. (2) Il est le directeur de la collection « Interdépendances africaines » aux éditions Menaibuc et un des responsables du site www.afrology.com qui traite aussi de littérature (3) « Mer et écriture chez Tati Loutard : de la poésie à la prose », Editions Connaissances et Savoirs, Paris, 2006.
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