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reliau lou : dibien
guy Menga : palabre sterile
mongo beti : l'ivrognerie
diongue : saul je voudrais savoir combien de chapitre comporte le pleurer rire et s il vous plait donner un titre a chaque chapitre
jrk : cnnaissance
guy menga : le résumé de la palabre stérile
mongo beti : villa cruelle
guy menga : la palabre sterile
guy menga : le résumé de la palabre stérile
eza boto : ville cruelle
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Publié le 03 aoû 2009 à 17:25
Par noelkodia
Quand en août 1963, le président Fulbert Youlou démissionne de ses fonctions pour ne pas faire couler le sang dans un complot politico-syndicaliste qui fera déjà trois martyrs, le peuple congolais ne sait pas qu’il va subir les affres de la révolution du type stalinien. Désenchantement et regret de s’être séparé trop tôt de Youlou et Opangault traineront pendant longtemps dans le cœur des Congolais qui venaient de fêter, trois ans auparavant l’indépendance de leur beau pays.
Le livre de Rudy Mbemba apparait comme un rétroviseur dans lequel était cachée la véritable image du premier président du Congo ; un homme présenté comme le « valet de l’impérialisme français », mais qui se découvrira plus tard comme un homme de qualité. Surtout à cette époque où la culture consécutive à l’école coloniale n’est pas donnée à tout le monde. Et ce n’est pas n’importe quel Congolais sorti de l’indigénat qui se veut abbé dans une Eglise catholique où dominent encore les Occidentaux. « Plaidoirie pour l’abbé Fulbert Youlou », un ouvrage qui nous livre l’ascension d’un homme politique qui aurait pu changer le destin du pays, tant son projet socioéconomique suscite jusqu’aujourd’hui admiration et respect. Et cela a été révélé à la Conférence nationale quand il a été réhabilité par l’Histoire de son pays puisque l’on ne triche pas avec celle-ci. Et si sa descente aux enfers était accompagnée par un « Youlou a tout volé, nous bâtirons de nouveau, suffit la liberté ! », aujourd’hui, plusieurs décennies après, force est de constater que nous avions plus volé, plus violé, plus tué et plus confisqué la liberté après lui. Il fallait attendre le retour de la démocratie pluraliste, comme au bon vieux temps de l’UDDIA, du MSA, du PPC pour retrouver la liberté. De ses débuts en politique, Youlou se définit comme anti-communiste tout en défendant ses idées par rapport à la réalité congolaise baignée dans l’africaine. Ayant étudié la philosophie et l’ayant aussi enseignée, il peut se livrer au choc des idées pour se créer les siennes susceptibles de l’aider dans son action politique.
Dès son entrée en politique, Youlou se veut rassembleur de son peuple dans la diversité. Et cela se concrétise avec la création de l’UDDIA pour se mesurer avec ses aînés Tchitchelle et Opangault qui dirigent respectivement le PPC et le MSA. Avec lui, se découvre le respect du patrimoine national. Rudy Mbemba rappelle cette qualité kongo en se fondant sur une étude de Rémy Boutet sur Youlou : « L’abbé est très estimé. A peine entre-t-il en politique, les Kongos lui procurent une voiture, un chauffeur et une allocation mensuelle, afin qu’il poursuive la carrière qu’il s’est choisie sans avoir aucun souci matériel » (p.54). Dans cette lutte politique pour le pouvoir, Youlou semble plus intelligent et rusé que ses adversaires. Il est d’abord ministre de l’Agriculture pour avoir des contacts avec les larges masses populaires de toutes les régions. Il profite de sa suprématie intellectuelle pour être le père fondateur de la République du Congo. Dans les compétitions qui l’opposent aux autres et en particulier Jacques Opangault, il réussit à provoquer une défection dans les rangs du MSA par la clarté et la limpidité de son discours politique. Au pouvoir, il développe le sens de l’unité nationale dans un climat qui va s’avérer, à un certain moment, trouble à cause de la « guerre de février 1959 ». Celle-ci provoque une césure nord/sud et dont les échos reviennent souvent dans les oreilles de certains acteurs politiques qui associent imbécilité et ruse pour se faire un électorat acquis à leurs causes. Triste réalité ! Et la guerre de 1959 apparait comme une grande épreuve à Youlou pour maintenir l’unité nationale en travaillant main dans la main avec l’emblématique Opangault jusqu’à leur « mise en fourrière » par les révolutionnaires d’août 1963.
De l’économie, Youlou se remarque déjà en 1958 quand il est encore Premier ministre. Il adopte un certain nombre de mesures pour améliorer les conditions de vie des Congolais. Marqué par l’analphabétisme politique des Congolais qui vivent le multipartisme sur fond de régionalisme ou d’ethnicité, Youlou propose la création d’un parti unique qui regrouperait tous les acteurs et élites politiques. L’idée est acceptée par ses adversaires. Et Opangault de déclarer : « La République ne peut être forte que si l’union est franche et l’union ne peut être franche qu’avec la création d’un parti unique » (p.90). Il fallait une cohésion politique pour soutenir l’essor économique. Aussi, il décide la réalisation du barrage de Sounda dans le Kouilou sur lequel devait se baser le développement économique du pays. Hélas ! Août 1963 viendra mettre fin à l’ambition du tandem Youlou/Opangault dans le développement socioéconomique du pays.
Concis avec une centaine de pages, le livre de Rudy Mbemba est une mine dans la redécouverte du personnage du premier président du Congo. L’après août 1963 de Youlou nous est retracé à travers ses relations et antagonismes avec les acteurs politiques de l’époque de l’autre rive du fleuve tels Kasa Vubu, Tsombé et Lumumba. En se fondant principalement sur trois ouvrages : « J’accuse la Chine » de Youlou, « Histoire et sociologie politiques de la République du Congo » de J.M. Wagret et « Les trois glorieuses ou la chute de Fulbert Youlou » de R. Boutet, Rudy Mbemba nous invite implicitement à re-plonger dans l’histoire du pays en mettant au premier plan l’homme politique Youlou. Cette histoire qui nous révèle les tenants et aboutissants du programme socioéconomique du premier président congolais qui devait réaliser le bonheur de son peuple à sa manière.
A travers ce livre, se dégage un travail louable d’un homme de droit. Et comme il est écrit sur la quatrième de couverture du livre, « En 1990, grâce à la Conférence nationale Souveraine (…), la liberté d’expression retrouvée délia les langues (…). Il était maintenant possible d’entreprendre sans être censuré, toute étude critique sur la présidence de Fulbert Youlou » ; Rudy Mbemba l’a fait et nous osons espérer que les doyens qui ont travaillé pour ou contre le premier président congolais et qui vivent encore, augmenteront ces idées, combien louables de Rudy Mbemba.
(1) Rudy Mbemba dya-bô-BENAZO-MBANZULU, « Plaidoirie pour l’abbé Fulbert Youlou, Ed. l’Harmattan, 2009, 131 p.
Publié le 14 mar 2009 à 19:06
Par noelkodia
Noël Kodia et Emmanuel Martin, le 10 mars 2009 - Alors que le président de la Guinée-Bissau a été tué et que le premier ministre zimbabwéen a été victime d’un accident suspect, force est de constater que la démocratie en Afrique a toujours le plus grand mal à fonctionner. Le pouvoir agit comme un aimant qui empêche le plus souvent l’alternance. Comment expliquer cet échec de la démocratie africaine ? Les causes sont multiples, mais il peut se dégager quelques axes fondamentaux. Nation et démocratie
La démocratie d’un Etat fonctionne relativement bien en premier lieu lorsqu’elle s’applique dans une nation, au sens civique comme au sens ethnique. La première suppose que les citoyens se retrouvent autour d’un projet politique commun, en dehors de toute référence ethnique ; elle a vaincu en grande partie les clanismes et « nationalismes régionaux ». La deuxième conception de la nation suppose une très forte homogénéité ethnique et culturelle. Les pays d’Afrique ont le plus souvent été le résultat du découpage de la Conférence de Berlin par les puissances européennes à la fin du 19° siècle : des peuples qui vivaient ensemble ont été séparés par des frontières purement arbitraires, et des peuples qui ne voulaient pas vivre ensemble, du fait de leurs modes vie très différents, ont été placés malgré eux au sein des mêmes frontières. Le Royaume Kongo englobait par exemple l'Angola, la République démocratique du Congo et le Congo Brazzaville. Il était formé d’une seule ethnie, les Kongos avec leur mentalité commune et leurs lois scrupuleusement respectées. En Afrique on a ainsi appliqué le modèle occidental d’Etat nation « civique » sur des territoires qui sont en réalité « pluri-nationaux », dans le sens où plusieurs ethnies très souvent cohabitent au sein d’un même Etat. Le concept de nation y étant donc très fortement ethnique, le partage du pouvoir politique s’avère difficile, donnant lieu à des conflits interethniques, des refus d’alternance en faveur de « l’autre ». La pauvreté, un handicap pour la démocratie africaine
La démocratie fonctionne d’autant plus mal dans les Etats plurinationaux ou pluriethniques qu’ils sont pauvres. La raison est que dans ces pays la préoccupation principale est bien souvent de manger à sa faim. Un pied dans le pouvoir politique pour un membre d’une famille, d’un village, d’une ethnie peut changer totalement la capacité de cette famille, de ce village, de cette ethnie à survivre. La solidarité ethnique prime pour résoudre ce problème de pauvreté, d’où les conflits ethniques/claniques pour le pouvoir. L’accès à la richesse passant par le politique, les ressources de l’Etat sont donc privatisées et réparties au sein du clan au pouvoir. Par ailleurs, dans les économies qui disposent de richesses naturelles fantastiques, il est d’autant plus coûteux pour l’ethnie ou le clan qui est au pouvoir de lâcher ce dernier. Cela se mesure en millions de dollars. Le multipartisme ne fonctionne alors pas dans un Etat plurinational pauvre, c’est à dire où l’immense majorité de la population vit dans la misère, même, ou surtout, si le pays regorge de richesses naturelles. Dans les pays démocratiques riches, l’accès au politique se fait le plus souvent par l’idéologie, la vision du monde, non par l’appartenance ethnique. Le minimum vital pour l’immense majorité de la population permet d’écarter ce spectre ethnique. Manger à sa faim et pouvoir se soigner relativement correctement évitent généralement les solidarités de l’ethnisme ou du népotisme et tous les fanatismes qui vont avec.
Remettre en adéquation démocratie et nation, permettre la prospérité
Alors qu’on a voulu imposer la démocratie de manière centralisée à des entités pluriethniques ou plurinationales dans un contexte de rareté (impliquant donc des conflits), il faut sans doute « redescendre » la pratique démocratique et multipartiste à un niveau moins générateur de conflits, au niveau de gens qui veulent vivre ensemble, au sein des « vraies » nations qui très souvent ne correspondent donc pas encore au niveau de l’Etat. C’est la grande leçon du principe de subsidiarité : que les problèmes se résolvent d’abord au niveau local si possible parce que les populations y ont la connaissance requise pour traiter ces problèmes et l’envie de le faire ensemble. Autonomiser les « départements » locaux, les responsabiliser financièrement et fiscalement pour éviter les conflits : cette décentralisation politique, c’est la démocratie du bas vers le haut. C’est aussi une chance pour les minorités souvent laissées pour compte. Bien sûr l’Etat central doit jouer un rôle en matière de respect de l’état de droit ou d’infrastructures nationales, mais il doit demeurer si possible en retrait pour le reste. Avec la concurrence institutionnelle entre régions ou départements les meilleures pratiques sociales émergeront. Des partenariats, des coopérations pourront se former, et peu à peu se construira sans doute une idée moins ethnique de la nation. C’est un processus, encore une fois, du bas vers le haut. Cette meilleure gestion, plus pacifique, de la chose publique au niveau adéquat favorisera donc le développement politique (du bas comme du haut) mais aussi économique : la sérénité politique limite l’incertitude institutionnelle, extrêmement néfaste au développement. Enfin, il y a ici un parallèle entre la démocratie imposée par le haut et l’économie de marché imposée par le haut. Pour qu’une économie fonctionne, il faut un socle, un terreau institutionnel qui soit d’abord en accord avec les pratiques sociales locales (ce qui ne signifie pas que certaines d’entre elles ne doivent pas évoluer). Il faut aussi que ce terreau institutionnel favorise l’ouverture vers le chemin de la prospérité, permettant la responsabilisation des individus et l’incitation à investir dans leur futur. La prospérité entraînera peu à peu la constitution de nations « civiques » et de moins en moins « ethniques ». Développement économique et développement politique peuvent aller de pair pour peu qu’on n’impose pas des schémas, préconçus ailleurs, à des niveaux inadéquats et en n’étouffant pas les libertés locales et individuelles. Noël Kodia est critique littéraire et essayiste d’origine congolaise, Emmanuel Martin est analyste sur www.unmondelibre.org.
Publié le 01 aoû 2008 à 20:24
Par noelkodia
2008-07-28 19:29:44 par CGPLUSLe 15 août 2008 prochain, le Congo fête ses 48 ans d’indépendance. Dépasser les élans tribalo-régionalistes sur fond de politique politicienne, tel doit être le leitmotiv que doivent manifester les compétences congolaises de l’Intérieur comme de l’Extérieur pour participer au développement du Congo. Car en dehors de la lutte politique, on peut tout aussi bien participer au développement du pays par le biais de l’Art, de la Culture et de l’Economie.
Des compétences qui dans tous ces domaines existent au Congo et le peuple ne demande que leur participation au lieu de se donner réciproquement à des discours malsains et monotones déjà entendus. Discours entendus depuis l'acquisition de l'Indépendance et particulièrement depuis la Révolution d'août 1963. Triste constat. Les 13, 14 et 15 août 1963, trois ans après l'indépendance, la crème congolaise s'en prend au Président Fulbert Youlou qualifié de « celui qui avait tout volé ». Pour éviter un bain de sang, le Prélat préféra démissionner. C'est pour dire que la critique est aisée de la part de cette crème et que dénoncer les maladresses d'un chef d'Etat n'est nullement une trouvaille pour l'intelligentsia congolaise. « Indexer », accuser l'autre ethnie, l'autre région qui serait à l'origine de malheurs du pays est tout aussi un exercice aisé.
Critiqué, vilipendé et démissionné par l'intelligentsia nationale, les 13, 14 et 15 août 1963, Youlou est incarcéré avant de se retrouver en exil à Madrid. A son successeur, Alphonse Massambat Débat, il fut reproché une carence idéologique. Pour les censeurs congolais, seul existait le socialisme scientifique et nullement le socialisme bantou abâtardi, imaginé par A. Massambat Débat. Le 31 juillet 1968, il fut évincé du pouvoir par l'aile radicale du Parti, qui s'estimait plus révolutionnaire que lui. Il s'en retourna dans son village Boko. Du M.N.R. au C.N.R., comprenant très tôt ce qu'était l'intellectuel congolais, Marien Ngouabi, va créer le P.C.T. et s'entourer de militaires et ainsi devenir maître de la situation.
Le PCT (Parti Congolais de Travail) est né et avec lui ainsi que le drapeau rouge. Marien Ngouabi va affronter des périodes mouvementées tant sur le plan économique que militaire, ponctuée par des coups d'Etat jamais élucidés. Et pour des raisons qui sont restées jusqu'aujourd'hui obscures, il est assassiné le 18 mars 1977 avant le congrès extraordinaire du PCT auquel il tenait tant. A sa mort, une ethnie, une région sont livrées à la vindicte nationale. Jacques Joachim Yhombi Opango se montrera inflexible. Innocents, le Cardinal Biayenda, A. Massambat Débat et ses compères sont exécutés, car il leur fallait à tout prix des coupables. A titre posthume, les présumés assassins de Marien Ngouabi seront paradoxalement innocentés lors de la Conférence Nationale de juin 1991. Et au cours de ce ragoût populaire, la crème congolaise se trouve un bouc émissaire idéal: Denis Sassou Nguesso. Pendant plus de trois mois, du fait du brusque changement international imposé par la chute du mur de Berlin, les conférenciers congolais, plus concernés par leur per diem vont tirer à boulets rouges sur le parfait bouc émissaire tout désigné : Denis Sassou Nguesso. Fin politique, Denis Sassou Nguesso va assumer toutes les dérives politiques depuis l'Indépendance à 1991. Grand Seigneur, Denis Sassou Nguesso acceptera l'organisation des élections libres consécutives à la Conférence Nationale Souveraine pour tourner une nouvelle page de l'histoire du pays. Et dans ce Congo en effervescence qui apparaît comme une bombe à retardement, le peuple naïf, croira à un changement.
Une Conférence nationale mal négociée La Conférence Nationale Souveraine sera l'autre tournant mal négocié par les bien pensants congolais. Aussitôt, plusieurs partis politiques verront le jour. Des partis politiques qui pour la plupart se définiront par leur base tribalo-régionaliste. Accusé de tous les maux par ceux là même qui en étaient les grands ordonnateurs, sali, trahi et lâché, le navire P.C.T. va tanguer. Quelques fidèles, Justin Lékoundzou, Isidore Mvouba, Henri Djombo, Jean Baptiste Tati-Loutard, Damien Boussoukou-Mboumba.... résisteront contre vents et marées, à la tentation et se regrouperont autour du Sphinx de Mpila. Ainsi, surgiront : le MCDDI de Bernard Kolelas et son bourgeon : l'UDR Mwinda d'André Milongo, l'UPADS des Trois palmiers, le RDD de Jacques Joachim Yhombi Opango qui seront composés par les transfuges du PCT. Tous ces ensembles ne proposeront rien d'autre que le feu, le fer, les larmes, lors de la décennie 1990. A croire que la bonne gouvernance est allée à la Conférence uniquement pour régler ses comptes à Denis Sassou Nguesso. La Conférence Nationale Souveraine, avait imposé une transition qui sera conduite par André Milongo. Elle sera couronnée par des élections qui vont se dérouler dans des conditions fort acceptables. Denis Sassou Nguesso acceptera le verdict des urnes, soucieux de la tension créée par ses anciens compagnons de route, issus majoritairement et paradoxalement du PCT.
Pascal Lissouba, l'homme mythe «des Trois palmiers», sera élu président de la République avec la bénédiction et le soutien de son prédécesseur sur la base d'une nouvelle Constitution. Car, à bien réfléchir, bien que le Niari, la Lékoumou et la Bouenza définissant «la région des Trois palmiers», soient une base électorale fort importante, il faut admettre que ces trois entités ne traduisent nullement les 63% sortis des urnes, ayant porté le professeur Pascal Lissouba à la Magistrature suprême. Et comme de bien entendu, Pascal Lissouba divorcera de Denis Sassou Nguesso, son prédécesseur qui l'a aidé à gagner les élections.
Le début d'un mauvais commencement Avec l'alternance, commence paradoxalement la descente aux enfers du peuple congolais. P. Lissouba va ordonner les bombardements des quartiers Sud de Brazzaville, alors que le pouvoir n'était même pas menacé. Le Congo découvre qu'il a en son sein des Niboleks et des Tcheks. Refusant sciemment de faire confiance à l'armée républicaine, le Professeur s'appuie sur la milice des Aubevillois, pour «protéger son pouvoir ». Une milice formée, comme de bien entendu, sur des bases tribales et régionales. Aussitôt, les autres formations politiques emboîteront le pas et auront aussi leur milice : les Zoulou-Aubevillois pour l'UPADS, les Nindjas pour le MCDDI et les Cobras pour le PCT. Les armes se retrouvent dans les mains des jeunes comme jadis, du temps de la J.M.N.R d'Alphonse Massambat Débat. A partir de 1993, la violence fait partie intégrante de la vie politique congolaise avant d'atteindre son paroxysme le 5 juin 1997. La suite, nous la connaissons tous. Quand Denis Sassou Nguesso devient maître du terrain, Lissouba, Kolelas, Yhombi Opango et quelques-uns de leurs proches prennent le chemin de l'exil. De 1997 à 2003, la région du Pool militairement instable, subit une extermination larvée qui ne dit pas son nom et qui lui est imposée par les confrontations entre armée et des éléments illuminés d'un Pasteur Ntoumi sorti de nulle part.
Depuis 1960, le même scénario revient. L'intelligentsia tient le même raisonnent qui se résume en un seul constat : le Président en exercice est jugé comme étant un incapable, indécrotable tribaliste ne favorisant que son ethnie, sa tribu et sa région pour les uns et l'inverse pour les autres. Tous les présidents congolais ont été traités à la même enseigne dans l'exercice de leur fonction. Chose fortement discutable car aucun Président ne s'est passé des autres régions, à en juger par la formation de toutes les équipes gouvernementales qu'a connues le pays, de Fulbert Youlou à Denis Sassou Nguesso. Tribalisme et régionalisme, des notions qui sont plus extériorisées par l'intelligentsia pour des raisons purement politiques et électorales alors que les Congolais vivent sans ces tares comme on l'a souvent constaté dans des quartiers cosmopolites comme Poto-Poto, Ouenzé et Moungali. Depuis quelques années, le Congo semble retrouver la paix et essaie de cicatriser, tant bien que mal, toutes les blessures consécutives à tous les tumultes des années 90. Oubliant que les hommes passent et le pays demeure, certains Congolais sont arrivés à une étape où ils ne proposent rien car se déclarant originaires d'une région dont n'est pas issu le Président de la République. Qu'on le veuille ou non, le pays doit être dirigé par un seul chef. Et ce chef est toujours fils d'une région donnée du Congo. Le Congo a fait une triste expérience en mélangeant guerre et démocratie. Et cette expérience devrait nous faire grandir pour dire : « Plus jamais ça! ».
Nous avons condamné Pascal Lissouba pour avoir bombardé les quartiers Sud de Brazzaville. Nous l'avons aussi condamné pour avoir donné un prétexte à Denis Sassou Nguesso de justifier la guerre du 5 juin 1997. Nous avons condamné ce dernier pour avoir déclenché la tragédie du 18 décembre 1998. Nous l'avons aussi condamné pour avoir laissé ses Cobras écumer la région du Pool. Mais cela devrait-il se passer autrement pour tous ces antagonistes politiques quand on sait que « l'on ne peut pas faire des omelettes sans casser les œufs » ?
Il était temps que la parenthèse de sang ouverte depuis la Conférence Nationale Souveraine fût fermée. L'Initiateur importe peu, car tous les leaders politiques et l'intelligentsia congolaise en sont responsables. Il faut penser à la (re)construction du pays au lieu d'être dans un virtuel et perpétuel combat idéologique qui n'est que le relent des certaines déceptions et de certaines rancœurs. Comment comprendre que, ceux qui hier louaient le pouvoir se retournent contre ce même pouvoir alors qu'il fonctionne toujours de la même façon depuis des lustres. On peut regretter un mérite du PCT, celui d'avoir en son sein son CCV (Commission de Contrôle et de Vérification) qui ne permettait pas la gabegie actuelle constatée dans le pays depuis l'arrivée de l'UPADS au pouvoir jusqu'à nos jours. Comment comprendre que ceux qui ont crié haro sur Denis Sassou Nguesso en soient arrivés à partager le pain et le vin avec lui ?
Vu les situations vécues depuis la colonisation par les Congolais du Nord au Sud, d'Est à l'Ouest, vu les liens qui se sont fondés sur la base des amitiés et mariages interethniques, vu les réalités du monde, il est impensable que les uns puissent vivre sans les autres. Ce qui nous rassemble, étant plus fort que ce qui nous divise. L'intelligentsia congolaise, Urbi et Orbi, doit plutôt réfléchir sur les tenants et aboutissants de l'avenir du pays au lieu de passer le temps à chantonner les mêmes rengaines des temps anciens. Les hommes politiques congolais « se comprennent bien » car ayant été formatés à la même école. L'intelligentsia doit être une force de propositions Nous devons être une force de propositions. Nous devons proposer, proposer et encore proposer. Même si dans un premier temps le Sphinx de Mpila balaie le tout d'un revers dédaigneux, il arrivera un moment où il se rendra compte de la pertinence de ces propositions. Les conflits interethniques d'après Conférence Nationale Souveraine doivent nous faire réfléchir. Les hommes politiques en sont conscients, contrairement à ce que pensent certains intellectuels. Il faut même louer leur prise de conscience d'une réalité dont ils ont été eux-mêmes géniteurs.
Denis Sassou Nguesso a permis le retour au bercail de tous les exilés politiques. Un geste fortement louable de sa part. Une fois de plus, Denis Sassou Nguesso a assumé, il a accepté de partager le pain et le vin avec ceux là même qui le vouaient aux enfers. Nous ne pensons pas que Kolelas, Yhombi Opango, Moukouéké, Tamba Tamba soient inquiétés ou menacés d'un quelconque procès de la part du Sphinx de Mpila. Auraient-ils fait pareil si c'était l'inverse? Nous en doutons fortement. La Sangsue (ainsi B.Kolelas en 1992 avait qualifié Denis Sassou Nguesso) aurait pu les condamner à l'exil à vie, le ciel ne serait pas tombé, comme on le dit souvent chez nous. Mais Denis Sassou Nguesso a pensé à l'Unité nationale, à la Réconciliation nationale après les dures épreuves de la décennie 90. Devons nous penser que le vertueux Kolelas s'est mué lui aussi en sangsue ? Car, qui se ressemble, s'assemble.
Le pays a besoin de tous ses fils et filles du Nord au Sud et d'Est à l'Ouest pour son développement. Le temps est venu pour que les compétences de la diaspora congolaise sortent des sentiers battus de la critique politicienne et de se rapprocher de cette classe politique afin de les aider à force de propositions. Le pays a des compétences dans tous les domaines.
Chaque région a des filles et des fils qui sont en quête d'une fenêtre leur permettant d'effectuer certaines réalisations. Si les médecins ne pouvaient penser que Médecine, si les enseignants ne pouvaient penser qu'Enseignement, si les économistes ne pouvaient penser qu'Economie, si les agronomes ne pouvaient penser qu'Agriculture, nos régions respectives foisonneraient de projets qui n'ont nullement besoin de l'Etat pour leurs réalisations. Alors, nous serions loin de ces désastres que nous avons connus et que nous continuons à connaître. Si cette plage avait existé, certains de nos frères de la zone d'Ollombo-Oyo auraient préféré, auraient conseillé par exemple la construction d'une université comportant toutes les annexes car située à quelques heures de la capitale, à la plate forme aéroportuaire. Même si pour le Président l'option sécuritaire primait, il aurait compris, qu'Ollombo-Oyo rayonnerait beaucoup plus avec une université et qu'un aéroport dans ce coin était une vue de l'esprit.
Il est entendu que tous les Congolais ne peuvent être au gouvernement, au Sénat ou à l'Assemblée. S'occuper uniquement de la politique où l'on croit gagner sa vie sans effort, mais avec toutes les arabesques possibles, apparaît jusque là comme une erreur fondamentale pour les compétences. C'est une sclérose mentale qui a fait des métastases dans le microcosme intellectuel congolais. Les Congolais pensent toujours que l'on ne peut améliorer le sort des nationaux qu'en étant au gouvernement. Pour avoir théorisé cette pensée, certains intellectuels se bousculent au portillon de Mpila. A celui qui sera le meilleur Beni oui - oui. Cesser d'être plus royaliste que le roi
Tant que les compétences n'auront pas le courage de servir le pays en étant des forces de propositions, leurs pamphlets envers les hommes politiques ne seront que du vent. Alors, le chien continuera à aboyer et la caravane poursuivra inexorablement son chemin. Participer au développement du pays en s'écartant de la politique politicienne doit être au centre de toute réflexion du Congolais, indépendamment de son origine ethnique. Et pour cela il nous faut une révolution mentale. Certes, les mentalités dans une société prennent du temps à changer. La Démocratie chez les Occidentaux s'est imposée après plusieurs générations. L'Europe a aussi connu ses dictateurs, ses guerres. Nous devons comprendre que la (néo)colonisation avait pris en otage la majorité des dirigeants politiques africains dès l'indépendance, les nôtres y compris. Aux compétences de proposer des alternatives de développement au lieu de continuer dans une critique creuse et stérile qui n'amène à rien et dont le seul résultat est de braquer, de cabrer l'homme politique.
Les politiques sont tellement vaccinés aux discours pamphlétaires qu'il faut « travailler » avec eux pour leur imposer « scientifiquement » les bonnes idées qui nous éviteraient d'ouvrir à tout moment la boîte de Pandore. Pour cela, nous demandons à Monsieur Le Président Denis Sassou Nguesso d'opérer une véritable métanoïa dans son schéma de réflexion. Nous lui proposons d'engager une décentralisation, une autonomie réelle des 10 départements et de la zone autonome de Brazzaville. Ces régions devraient alors être dotées d'un budget octroyé par l'Etat. Les filles et les fils des dites régions ayant comme mission et tâche de les engager respectivement dans la voie du développement. Cela va dédouaner la Présidence de la République et le Gouvernement si souvent taxés de mauvaise gestion et de malversations diverses malgré leur bonne volonté dans l'exercice de leurs missions. Alors et alors seulement, nul au Congo ne pourra dire que le pays ne marche pas à cause du Président. Denis Sassou Nguesso a-t-il compris le bien fondé, tout comme tous les bénéfices qu'il peut tirer d'une décentralisation, de donner plus d'autonomie aux départements?
Nous avons réfléchi sur le passage des régions aux départements qui devrait emmener ceux-ci au développement de tout le pays si on pouvait les contrôler à bon escient. Le gouvernement devrait responsabiliser chaque chef de Département qui serait élu objectivement par la population de la dite région. A lui serait confié le budget de certaines réalisations à effectuer dans le département en mettant à sa disposition des compétences dans les domaines appropriés. Aussi, tous les fils et filles de chaque département seraient directement concernés pour son développement.
Le Président de la République et le gouvernement pourraient envisager le développement des régions sans pour autant se sentir diminués dans la direction des affaires nationales et internationales. Au contraire, l'exécutif se dédouanerait devant les populations car les responsables de toute mauvaise gestion seraient tout désignés. Les populations auraient la tâche de dénoncer ceux de leurs frères ethniques, co-tribaux, filles et fils de la région qui se seraient mal comportés dans la gérance du budget à eux alloué pour les projets à mettre en œuvre dans leur terroir. Projets que les filles et les fils de la région auraient déterminés librement. Pour tout Congolais, tout échec dans quelque réalisation que ce soit est imputable au haut sommet. Le Haut sommet souvent pris à partie car jugé complice et incapable de punir les mauvais gérants du fait des affinités amicales et tribales. Accepter l'autonomie des départements n'est pas synonyme de sécession. Cette autonomie serait même la voie qui résorberait ce cancer qu'est le réflexe ethnique, tribal.
Certes, Denis Sassou Nguesso (acte I et acte II) a mis beaucoup de temps dans l'exercice de ses fonctions de Premier Magistrat. Mais nous ne pensons pas que les injures, les invectives, les propos diffamatoires soient la solution qui ferait avancer le pays. Le Président de la République, comme de bien entendu, est un être humain qui aussi un Ego. Injures et invectives, sont une source inquiétante qui pourrait écorner son orgueil et partant l'Unité nationale, déjà fragilisée par les derniers malheureux événements de la dernière décennie.
En quarante huit ans d'indépendance, la classe intellectuelle congolaise a lancé des mouvements sans savoir ce qu'il fallait faire après. Cela va du mouvement du 13, 14, 15 août 1963 pour culminer à la Conférence Nationale Souveraine de juin 1991. Ainsi comme l'a écrit William Faulkner, « le passé n'est pas mort et enterré. En fait il n'est même pas passé ». Aussi pensons-nous qu'un mariage sincère entre les intellectuels et les dirigeants politiques serait une véritable bouée de sauvetage du pays qui commence à renaître de ses cendres des tristes événements de la décennie 90.
Noël KODIA (Critique littéraire) et Alexandre DZELA PASSY (Economiste)
Publié le 01 aoû 2008 à 20:10
Par noelkodia
Noël Kodia, le 1er mai 2008 -
Mise en œuvre par de Gaulle après les indépendances africaines, la Françafrique a été un instrument d’une politique hégémonique de la France vis-à-vis de ses anciennes colonies, hégémonie qui se développera quelque temps après dans d’autres pays non francophones. Mais cette Françafrique, que Nicolas Sarkozy ne voulait plus à cause des relations opaques entre ses prédécesseurs et certains dirigeants africains, a résisté à la tempête de la rupture et continue sa mission dominatrice sur la politique et l’économie du continent.
De De Gaulle à Sarkozy, la politique française en Afrique, s’est caractérisée par un impérialisme politique et économique par le biais de la Françafrique. Respectant la parole de De Gaulle qui spécifiait que la France n’avait pas d’amis, mais seulement des intérêts, tous les présidents français qui se sont succédé après lui ont travaillé avec les dirigeants africains corrompus. Et quand leurs peuples ont voulu décrier leur incurie politique acceptée par la Françafrique, les dirigeants ont été protégés par la France, grâce aux militaires français basés sur le continent, à l’instar de Eyadema de son vivant ou encore aujourd’hui de Deby. Les quelques dirigeants politiques qui ont voulu demander une coopération équitable, à l’instar des réalités sociales occidentales, ont été punis car considérés comme des révoltés qui pourraient mettre en danger la politique néocoloniale d’exploitation des richesses qui paradoxalement ne profitent pas au développement du continent.
Ceux qui ont voulu braver la Françafrique se sont confrontés à l’impérialisme français des années 60 à nos jours, et ont été bien souvent broyés par la machine des réseaux Françafrique. Ces complots politiques se sont réalisés sur fond d’une exploitation des matières premières qui servent certains intérêts français. Le Camerounais Félix Mounié fut empoisonné par les services secrets suisses et français en 1961 et Thomas Sankara assassiné en octobre 1987 par la Françafrique qui ne pouvait accepter sa rébellion et son insoumission vis-à-vis de Mitterrand. Sékou Touré est sévèrement puni par De Gaulle pour avoir demandé son indépendance en 1958. Le Sénégalais Mamadou Dia est arrêté, condamné et déporté à Kédougou à cause de son discours incendiaire du 8 décembre 1962 (que l’on peut lire dans son Afrique : le prix de la liberté) dans lequel il tentait de « modifier les rapports de subordination au système colonial et d’opérer une complète mutation des structures et des institutions, afin que le progrès économique puisse assurer l’harmonie de la croissance et l’équilibre économique et sociologique traditionnel de la société [sénégalaise] ». Au Congo, pour avoir voulu que l’exploitation du pétrole soit correcte, Marien Ngouabi est curieusement assassiné en mars 1977 au moment où l’armée est consignée, quelque temps après avoir énervé l’ambassadeur français qui n’avait pas apprécié son franc parler au cours d’un meeting populaire.
Et quand en 2007, dans son discours électoral, Sarkozy dénonce les liens mafieux entretenus par ses prédécesseurs avec certains dirigeants africains à travers la Françafrique, l’espoir renaît du côté des jeunes Africains. Mais hélas ! Au pouvoir, Sarkozy se confronte à la puissance françafricaine. Incapable de changer la politique néocoloniale de cette institution, il soutient, comme ses prédécesseurs, Deby dans la dernière guerre du Tchad. Il fait profil bas devant Omar Bongo humilié par les médias français et envoie Claude Guéant et Alain Joyandet à Libreville pour effacer la bavure de Jean Marie Bockel. En aidant Deby à se maintenir au pouvoir, la France a démontré son refus pour des véritables changements démocratiques en Afrique. Le réseau françafrique a soutenu Deby afin d’empêcher l’accès au pouvoir à des rebelles proches de l’Islam soudanais et soutenus, financés et armés par le Soudan, connu pour ses liens avec la Chine –peu démocratique. Mais, il ne faut pas oublier que c’était surtout l’exploitation du pétrole tchadien par les compagnies françaises qui pouvait être mise en péril.
En écartant Bockel du Secrétariat d’Etat à la Coopération, Sarkozy a renié sa prétendue rupture annoncée pendant sa campagne présidentielle. Et par ce geste, l’acte de décès de la Françafrique n’a pu être signé par Bockel. Aussi, pour narguer Sarkozy qui n’avait pas encore compris les véritables tenants et aboutissants de la Françafrique de De Gaulle à Chirac, Bongo, dans son interview à France 2 déclare ironiquement : « Sarkozy sait ce qu’il veut entendre par la rupture. Est-ce que Sarkozy a dit qu’il va rompre avec l’Afrique ? Non, c’est vous [les journalistes] qui inventez tout cela. ». Guerre du Tchad et imbroglio entre la France et le Gabon, voilà deux situations qui devraient interpeller les jeunes Africains qui se considèrent comme trahis par leurs dirigeants. Ces derniers ne profitent pas de l’Union Africaine pour avoir les moyens d’en finir avec les réseaux de la Françafrique. Souveraineté politique avec mise en place d’une gouvernance transparente de l’Union africaine pour un réel développement économique avec une monnaie commune (à l’instar de l’Euro pour l’Europe), tel est le leitmotiv qui devrait servir de réflexion aux compétences africaines du continent et de la diaspora, pour une véritable indépendance politique et économique du continent.
Le Dr. Noël Kodia est essayiste et critique littéraire.
Publié le 19 avr 2008 à 12:15
Par noelkodia
Le Kenya et le Tchad, deux pays qui viennent de prouver aux yeux du monde que la démocratie en Afrique a des problèmes pour s’installer normalement. Une fois de plus l’Union africaine est mise à l’épreuve, surtout qu’elle vient d’avoir un nouveau président en la personne du Gabonais Jean Ping depuis le 1er février 2008. Mais pourquoi l’Union africaine, qui s’est voulue plus combative que l’Unité africaine, n’arrive-t-elle pas à résoudre les problèmes que cette dernière n’a pas pu régler ? Avec le retour du multipartisme sur fond de démocratie imposée après la chute du mur de Berlin, le continent est entré dans le cycle infernal des guerres interethniques. Le Rwanda s’est rendu « célèbre » par son génocide, le Congo-Brazzaville a eu ses guerres des années 90 avant de connaître la paix. La République démocratique du Congo n’arrive pas à remettre de l’ordre dans une partie du pays en dépit des élections qui s’y sont passées. Et malgré de nombreuses rencontres au niveau des chefs d’Etat par l’intermédiaire de l’Union africaine née sur les cendres de l’Organisation de l’unité africaine, le continent ne fait que surprendre dans le comportement rétrograde de certains de ses chefs d’Etat.
La tragédie du Kenya et l’imbroglio du Tchad : une honte pour l’Union africaine
Il a fallu beaucoup de morts et de dégâts matériels pendant plusieurs semaines pour qu’une solution politique soit trouvée au Kenya ; une solution imposée par l’extérieur comme si les Africains étaient incapables de se faire violence pour se ressaisir à temps quand les conflits interethniques commencent à « appeler le sang ». Et cela, devant l’impuissance de l’Union africaine alors même que les irrégularités ont été manifestes dans la lutte électorale qui opposait Mwai Kibaki à son adversaire Raila Odinga. Heureusement que les forces de l’ordre kenyanes se sont montrées « républicaines ». Quelques années auparavant, l’hypothèse de la confiscation du pouvoir par l’armée pour remettre de l’ordre dans le pays au bord du chaos, n’aurait pas été à exclure. Aujourd’hui, l’Union africaine a très bien compris que le « respect » des armées du continent vis-à-vis du politique non militaire est devenu une réalité concrète. Surtout que l’alternance est liée maintenant aux urnes. L’Union africaine se dit formellement catégorique pour ne plus accepter en son sein tout Etat qui se reformerait à partir d’une prise de pouvoir par les armes. Mais pourquoi ce type d’exigence ne concernerait-il pas les Etats dont les dirigeants ne respecteraient pas la limitation du nombre de mandats à eux imposée par leur Constitution ? Pourquoi ces dirigeants ne veulent-ils pas quitter « démocratiquement » le pouvoir qu’ils prétendent avoir conquis normalement par la voie des urnes ? Pourquoi ont-ils oublié subitement que « Vox populi, vox Dei »? Une révolution culturelle devait s’imposer sur le continent pour changer les mentalités. Car il faut tourner la page de cet analphabétisme politique qui caractérise cette classe politique. Elle reste en effet encore accrochée aux élans monarchiques hérités de la fin des monarchies ayant existé sur le continent quand elles ont été combattues par les puissances coloniales. Il faut une révolution culturelle pour contrecarrer le « lavage de cerveau » subi par le continent pendant moult décennies et dont les séquelles sont encore « visibles » dans les sociétés africaines.
L’Union africaine sur les traces de l’Unité africaine De sa naissance à sa mort, l’Unité africaine a brillé par son incompétence si bien qu’à un certain moment elle a été qualifiée de syndicat de chefs d’Etat. L’Unité africaine a connu l’Afrique des coups d’Etat dont plusieurs ont été sanglants et ont même emporté la vie de certains chefs d’Etat. Nous affirmions, il y a quelques années, qu’ « avec les coups d’Etat militaires, est mise en pratique une nouvelle façon de s’approprier le pouvoir : l’assassinat des chefs d’Etat. Inauguré tristement par les Togolais avec la mort de leur premier président et suivi plus tard par celle du président Diori Hamani en 1974, le phénomène fait tache d’huile dans la plupart des pays au sud du Sahara. Quelques exemples : le 13 avril 1975, le président Garta Tombalbaye est tué avec toute sa famille dans son palais, le 18 mars 1977, le Congolais Marien Ngouabi tombe « l’arme à la main » en plein jour dans son état major au moment où l’armée est paradoxalement consignée, le capitaine Thomas Sankara du Burkina Faso est tué par ses proches, [quelque temps après] le Niger [récidivait] avec la mort tragique du président Maïnassara » (1). Il faut rappeler que dans les années qui suivent les indépendances, se révèle déjà la Françafrique initiée par le Général De Gaulle. Ce dernier préfère avoir des « croûtons » à la tête de chaque nouveau pays indépendant. Et cela, pour mieux les contrôler à travers le respect du pacte colonial qui va favoriser le pillage des matières premières. Pour De Gaulle, il faut maintenir ces « pères de l’indépendance » au pouvoir, grâce aux accords militaires entre la France et ces nouveaux pays quand ces derniers sont menacés par la colère des peuples oppressés qui se rendent compte de la naissance d’une bourgeoisie compradore dans leur pays. Et commence une sorte de lutte de classes qui poussent les militaires à être aux côtés des exploités. Malheureusement, par manque d’éducation politique, ils font pire que leurs prédécesseurs. L’Africain qui, après la lueur d’espoir apportée par la chute du mur de Berlin avec comme résultante le retour du multipartisme, est vite tombé dans le désenchantement. De la monarchie dictatoriale, on est vite passé à la démocratie dictatoriale. On se sert des luttes interethniques sur fond d’élections tripatouillées pour se maintenir au pouvoir. Les récents événements du Kenya et du Tchad viennent de démontrer la fragilité de la démocratie africaine qui se fonde malheureusement sur le tribalisme et l’égoïsme de certains dirigeants. Et devant cette nouvelle situation, l’Union africaine démontre son impuissance à agir malgré la tricherie avérée et le manque de respect par les pouvoirs en place des principes élémentaires de la démocratie pluraliste. L’alternance au pouvoir, comme on la trouve dans les grandes démocraties tels les Etats unis et l’Europe, devient une chimère chez les Africains. La France qui, en s’adressant principalement à ses ex-colonies, avait bien commencé avec le discours de la Baule, a été vite rattrapée par les réalités de la Françafrique. Après l’étape du multipartisme, élément essentiel de la démocratie donnant la possibilité aux peuples de choisir leurs dirigeants, il faut maintenant imposer au continent l’obligation de l’alternance à la tête de chaque Etat comme on le remarque dans les vieilles démocraties où le président ne peut pas s’éterniser au pouvoir. L’histoire politique contemporaine nous révèle toujours des alternances dans les pays réellement démocratiques, même si le président a été exceptionnel dans l’exercice de ses fonctions. Les Africains éviteraient les conflits politiques avec affrontements interethniques si leurs dirigeants pouvaient imiter les vieilles démocraties en ce qui concerne l’alternance au pouvoir. Moult chefs d’Etat, à l’exception de quelques sages d’Afrique tels Mathieu Kérékou du Bénin, Abdou Diouf du Sénégal et Alpha Oumar Konaré du Mali, ne veulent pas rendre service à leur peuple en quittant le pouvoir dans la dignité. Plusieurs décennies au pouvoir et le chef d’Etat finit par transformer la république en monarchie. Et cela va à l’encontre du continent qui est entré dans l’ère du multipartisme sur fond d’élections libres et transparentes et de Constitutions où sont notifiées les limitations de mandats présidentiels.
Combattre les coups d’Etat constitutionnels qui ont remplacé les coups d’Etat militaires En saluant la fin des partis uniques, les peuples africains croyaient trouver leur espérance et leur bonheur dans la démocratie pluraliste où pouvoir et opposition devaient se surveiller mutuellement pour la bonne gouvernance du politique et de l’économique dans un pays. Les peuples africains ne vivraient pas dans cette pauvreté qui saute aux yeux si les richesses que regorge le continent étaient bien gérées par leurs dirigeants. Comment comprendre que des pays du Nord sans pétrole ne vivent jamais la pénurie de ce liquide qui paradoxalement manque à certains moments dans les pays producteurs tels le Nigeria ou le Congo ? L’Union africaine devrait se poser des questions sur cette situation tant des compétences au niveau continental et au sein de la diaspora existent pour proposer des solutions. L’Union africaine doit écrire une autre page de l’histoire du continent, plus humaine et plus démocratique que celle que nous avons héritée de l’Unité africaine qui a été influencée par les « pères des indépendances », de la vieille école. Avec les compétences sur le continent et au niveau de la diaspora, le développement de l’Afrique devrait se reposer en partie sur la bonne volonté de la nouvelle classe politique (2). Celle-ci commence à se faire remarquer en remettant en cause certains manquements acceptés et même appréciés par la vieille classe. On note une réelle remise en cause de la politique de la Françafrique avec ses corollaires tels la monnaie Franc CFA (qui dépend curieusement de l’Euro par l’intermédiaire de la Banque française) et quelques manifestations « impérialistes » de la Francophonie. Ce qui est bizarre, c’est que l’on a souvent présenté les pays africains comme des états pauvres dans tous les domaines. Des pays où le citoyen vivrait en général avec moins d’un dollar par jour et dont le « mode de vie » est défini à partir des bureaux climatisés des pays développés. Comment l’Union africaine n’arrive-t-elle pas à réfléchir au paradoxe affiché par nos pays qui sont pourtant riches en pétrole, en bauxite, en diamant, en uranium, en bois, en eau, en soleil mais dont les populations croupissent dans une pauvreté insolente ? L’Union africaine a demandé aux militaires de ne plus utiliser les armes pour accaparer le pouvoir même si les manquements politiques sont explicites au niveau de la classe dirigeante, l’alternance politique étant maintenant synonyme de batailles des urnes. Soit. Mais il faut qu’elle s’impose maintenant dans le domaine de la limitation des mandats présidentiels, passage obligé pour amener les Africains à l’alternance au pouvoir, au changement réclamé par les peuples. L’histoire politique des pays du Tiers monde nous a révélé qu’un président de la République qui s’éternise au pouvoir se transforme souvent en monarque car grisé par le pouvoir. Aussi, faudrait-il rappeler que « les présidents à vie n’amènent qu’à la médiocrité » (3). L’histoire de ces dernières années nous a révélé des coups d’Etat constitutionnels comme au Tchad et au Togo. Le président Idriss Déby Itno a foulé aux pieds la limitation des mandats imposée par la Constitution de son pays pour se représenter aux nouvelles élections. Au Togo, il y a eu mise à mort de la Constitution par les militaires fidèles au défunt Eyadema qui avait transformé la république en monarchie. Et l’intervention de l’armée a permis au jeune Faure Gnassingbé de remplacer royalement son père sans la « permission » du peuple. Pourquoi l’Union africaine n’exprime pas tout haut ce que pensent tout bas les populations africaines ? Comment ne peut-elle pas prendre en compte les inquiétudes qu’expriment les vieilles démocraties sur le modèle on ne peut plus aléatoire d’interprétation de nos Constitutions ? Peut-être que la situation du Cameroun, où la Constitution s’apprête à être modifiée pour permettre au président Paul Biya de barrer la route à l’alternance, devrait-elle faire réfléchir l’Union africaine. A ce sujet, les Etats Unis, par la voie de Janet Elisabeth Garvey ont déjà mis en garde les autorités camerounaises : « la position des Etats Unis est claire. Nous condamnons régulièrement la modification de la limitation du nombre de mandats présidentiels dans d’autres pays (…) ; tout effort visant à réviser la Constitution (…) pourrait être perçu comme étant destiné à servir les intérêts d’un individu ou d’un groupe » (4). Comment comprendre que le vieux Zimbabwéen Robert Mugabe, avec le poids de ses 83 ans, puisse encore briguer un sixième mandat en 2008 ? Comment pourrait-on prendre l’Union africaine au sérieux quand elle ne peut pas aller à l’encontre du tripatouillage des Constitutions, source de conflits politiques sur le continent ? L’UA ne devrait pas marcher sur les traces de l’OUA qui a été incapable de condamner les coups d’Etat militaires qui ont ensanglanté les nombreuses années de son existence. Pour conclure
Le Kenya et le Tchad viennent de nous rappeler que la démocratie est encore faible et aléatoire sur le continent. L’Union africaine d’Alpha Oumar Konaré s’est battue tant bien que mal pour essayer de faire prendre conscience aux chefs d’Etat africains de l’importance majeure de la bonne gouvernance. Aujourd’hui, l’optimisme est devant nous quand nous remarquons que le nouveau président l’Union africaine élu depuis le 1er février 2008 à Addis Abeba, le Gabonais Jean Ping, a tendu déjà la main aux compétences de la diaspora comme nous le fait savoir Jean Paul Tedga quand il affirme que l’actuel patron de l’Union africaine « a demandé le soutien sans faille de la diaspora que l’Union africaine considère à juste titre comme « la sixième région » africaine » (5). Et ces compétences de la diaspora devraient lui demander de réfléchir aux véritables tenants et aboutissants du nouveau visage de la Françafrique sarkozienne et sur la limitation des mandats, point essentiel de nos Constitutions. Limitation des mandats qui devrait nous ouvrir le chemin de l’alternance politique sur le continent. Limitation des mandats qui fait couler beaucoup d’encre dans les classes politiques africaines et qui permettrait aux autres compétences des majorités au pouvoir comme celles des oppositions de se présenter aux élections présidentielles pour donner un autre souffle à la politique africaine marquée par la monotonie et la désinvolture de la puissance des présidents « inamovibles » qui voudraient mourir le pouvoir dans leurs mains, à l’instar des rois des temps immémoriaux.
Le Dr. Noël KODIA est essayiste et critique littéraire.
Notes (1) Noël Kodia, « La démocratie, un luxe pour les Africains ? » in Développement et Coopération (D+C) n° 6, novembre-décembre 2002, Francfort. (2) Lire L’Union africaine freine-t-elle l’unité des Africains ?, Tomes 1 et 2, Ouvrages collectifs sous la direction de Yves Ekoué Amaïzo, Editions Menaibuc, Paris, 2005. (3) Propos d’un auditeur au cours de l’émission « Une semaine en Afrique » du 15. 03. 08. Radio France Internationale. (4) linternationalmagazine.com du 7.02.08. (5) Jean Paul Tedga, « Union africaine : Jean Ping demande le soutien de la diaspora » in Afrique Education n°247 du 1er au 15 mars, Paris 2008
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