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Publié le 14 mar 2008 à 12:43
Par noelkodia
 Fervente militante pour les droits humains en général et des droits de la femme en particulier, Ghislaine Nelly Huguette Sathoud ne cesse de lutter, depuis son adolescence, contre la suprématie de l’homme vis-à-vis de la femme dans la société contemporaine où ce dernier a de la peine à se faire violence pour accepter la femme comme une « égalité » dans l’évolution de la société. Après « Les Femmes d’Afrique centrale au Québec » (1) qui met en exergue les difficultés des immigrantes dans leur pays d’adoption,  le Canada, l’auteure revient, une année après, sur la condition des femmes dans le monde en la percevant  aussi sous le prisme de son pays d’origine, le Congo-Brazzaville. 

Des « Femmes d’Afrique centrale au Québec » au « Combat des femmes du Congo-Brazzaville », une seule préoccupation pour l’auteure : montrer et dénoncer les affres que subit la femme africaine en général et la Congolaise en particulier dans cette société des hommes où le masochisme semble se révéler dans la plupart des nations, surtout dans les pays du Sud. « Le Combat des femmes du Congo-Brazzaville », une réflexion qui peut se lire sur fond d’autobiographie et d’expériences sociales personnelles.
 

« Le Combat des femmes au Congo-Brazzaville » : chronique d’une révolte sur fond d’autobiographie ?
La lutte pour l’émancipation de la femme se dessine déjà chez Ghislaine Sathoud au sein de sa famille quand elle encore enfant et quand les parents donnent une autre dimension à la fille par rapport à la conception générale qui privilégie la venue du garçon. Aussi dans sa famille,  la soumission et l’infériorité de l’enfant-fille vis-à-vis de l’enfant-garçon comme le révèle la coutume africaine est battue en brèche. Son père que l’intellectualisme conduit à la politique de son pays,  s’oppose déjà à certaines coutumes rétrogrades qui freinent l’émancipation de la femme, en particulier dans le mariage. Et Sathoud de se positionner dans le temps : « Je me souviens de la position de [papa] sur la dot. Il disait toujours qu’il ne voulait pas demander une somme importante pour que même après sa mort, sa fille puisse rembourser la dot si elle se faisait maltraiter par son mari » (p.20). Aussi dégage-t-elle à travers l’image paternelle l’importance de l’école pour l’indépendance de la     fille dans la société. Et ce sont les études qui vont l’emmener  vers les « pays des Blancs » où elle va se confronter à d’autres réalités en ce qui concerne le combat de la femme au niveau universel.

 

Le combat des femmes à l’extérieur et à l’intérieur du continent

Déjà dans « Les Femmes d’Afrique centrale au Québec »,  l’auteure dresse un tableau sombre de la vie des immigrantes au Canada prises entre les difficultés de s’intégrer dans la nouvelle société et les violences morales et physiques de l’homme. Ici, elle essaie de mettre en relief « La Charte mondiale des femmes pour l’humanité » comme une bouée de sauvetage au secours de la femme africaine qui se voit martyrisée par la gent masculine. Elle révèle que « la Charte dénonce (…) le capitalisme sauvage avec sa cohorte de conséquences : le racisme, le sexisme, la misogynie, la xénophobie, l’homophobie, le colonialisme, l’impérialisme, l’esclavagisme. La Charte prône l’égalité de liberté, la solidarité, la justice » (p.37). Mais cette Charte paraît chimérique quand les réalités sociales s’avèrent pénibles à vivre. 


Femmes et guerres dans la réflexion de Ghislaine Sathoud

Les guerres étant des périodes de « dérèglement » mental pour les hommes, il n’est pas étonnant qu’ils manifestent une violence cynique sur les femmes et les filles qui sont des « grandes victimes des guerres qui ont besoin d’une assistance pour sortir du traumatisme de la guerre » (p.40). Aussi assiste-t-on à des viols « organisés ». Et c’est avec énergie que Sathoud condamne ce non-respect de l’homme envers la femme. Elle rappelle que le viol a été un malaise international en rappelant les guerres de la Bosnie, du Kosovo, de la Colombie, du Timor, de la Tchétchénie, du Daguestan, du Rwanda, de l’Ouganda, du Mozambique où les femmes ont subi des viols considérables, viols qui rappellent à l’auteure d’autres violences, à l’instar de la violence conjugale. 


Violence conjugale : un complexe de l’homme à condamner

Cette violence conjugale occupe une place considérable dans « Les Femmes d’Afrique centrale au Québec » où l’auteure condamne le comportement « bestial » de l’homme africain à l’étranger où il reste encore accroché aux coutumes négatives de son pays d’origine. Et le réveil de la femme entre en collusion avec la situation du mariage coutumier qui est un élément très important dans la vie d’un couple. Aussi l’Africain à l’étranger subit la loi d’une vie pénible à deux car, comme le constate Marie-France Horigoyen, « la plupart du temps, la violence physique n’intervient que si la femme résiste à la violence psychologique » (2). Et c’est dans cette résistance psychologique de la femme que la majorité des immigrantes trouvent refuge avant que leurs hommes « pètent les plombs ». Et cette violence au niveau du couple ajoutée à l’expérience de l’auteur dans l’exercice de ses fonctions à l’Alliance des Communautés culturelles pour l’Egalité dans la santé et les Services sociaux (ACCESSS) de Montréal sera à l’origine d’une pièce de théâtre didactique intitulée « Ici, ce n’est pas pareil chérie ! » pour dénoncer cette violence masculine.

 

Et les Congolaises dans leur combat pour l’émancipation féminine ?

Dans le combat que mènent les femmes pour leur émancipation, Sathoud n’oublie pas ses compatriotes dont la devise est « Seule la lutte libère ». Et de nous rappeler que la Congolaise qui a commencé à lutter depuis l’indépendance, n’a cessé jusqu’aujourd’hui de faire comprendre à l’homme que les « temps ont changé ». Et de préciser que « le combat des femmes congolaises pour leur émancipation ne date pas d’hier. Depuis toujours, elles se battent bec et ongles pour améliorer leur condition ». Elle rappelle quelques points positifs dégagés par le Code de la famille congolaise en ce qui concerne l’abolition de quelques éléments socioculturels qui gardaient encore la femme dans l’esclavagisme coutumier. Et la meilleure démonstration de cet esclavagisme coutumier est marquée par les conditions on ne peut plus insupportables du veuvage quand l’auteure rapporte par exemple le tragique subi par une journaliste congolaise « sauvagement assassinée en [2002] par un neveu de son mari. (…) [Celle-ci] selon lui, serait responsable de la maladie qui a coûté la vie à son oncle » (p.74). Triste réalité de certaines croyances rétrogrades.Aujourd’hui on remarque dans la société congolaise  de grandes victoires à mettre au compte des femmes quand on se réfère au respect explicite de leurs droits dans « la réalisation des activités relatives à la promotion de l’égalité entre les sexes et la démarginalisation des femmes [qui] sont entre autres l’Association des Femmes Juristes du Congo (AFJC, l’Association des Femmes Notaires du Congo, le club Réalités et Perspectives, le Comité national des Droits de la Femme CONADEF, l’Association Congolaise pour le Bien être Familial ACBEF, le Réseau National des Femmes Ministres et Parlementaires, l’Association Congo Assistance, le centre National des femmes en politique, le Centre d’Appui au Développement de la Fille-mère, les professionnelles de l’Education, le mouvement des mères pour le Développement » (p.64).« Le Combat des femmes au Congo-Brazzaville », une réflexion qui avance souvent par des interrogations que se fait de temps en temps l’auteure sur la condition sociale des Congolaises marquée par l’égoïsme, la méchanceté, ainsi que la malhonnêteté de l’homme et des beaux-parents dans la vie des couples : « Que reproche-t-on à ces femmes, si ce n’est le fait de fonder une famille avec un homme ? » (p.74). « Veut-on priver les Congolaises du droit légitime, inaliénable et sacré de faire des choix ? » (p.75). « Qui sera la prochaine veuve à subir des violences de la part de sa belle-faille ? » (p.76). Une succession d’interrogations pour toucher sûrement le mental des Congolais. Afin que ces derniers puissent changer dans le bon sens. 


Pour conclure

« Le Combat des femmes au Congo-Brazzaville », un livre qui montre à suffisance que Ghislaine Sathoud est engagée depuis plusieurs années dans la lutte pour la « libération » de la femme du sociétal masculin africain qui essaie de faire perdurer le négationnisme des coutumes africaines. Aussi, tout pourrait se résumer dans une phrase de la quatrième de couverture quand l’éditeur révèle que « les femmes continuent vaillamment et efficacement de mener une lutte acharnée contre les injustices afin d’obtenir d’autres gains. (…) Elles luttent contre des coutumes draconiennes et encouragent vivement l’émancipation des femmes ». On peut affirmer sans ambages que le livre de Sathoud apparaît comme une arme pour cette lutte féminine. Un livre qu’il faut absolument lire pour comprendre le chemin parcouru par l’ « Afrique-femme » qui se réveille.  «Le Combat des femmes au Congo-Brazzaville », l’Harmattan, Paris, décembre 2007, 90p. 11 euros.  

Notes
(1) Ghislaine N.H. Sathoud, « Les Femmes d’Afrique centrale », Paris, l’Harmattan, 2006, présenté dans « Afrique Education » n° 212 du 16 au 30 septembre 2006.
(2) Marie France Hirigoyen, « Femmes sous emprise : les ressorts de la violence dans le couple », Oh ! Editions, 2005. 
L’auteure
Née au Congo-Brazzaville, Ghislaine Nelly Huguette Sathoud est plus connue comme poétesse, nouvelliste et romancier. Fervente militante pour les droits humains, elle lutte pour l’émancipation de la femme. Et c’est un sujet qui occupe presque toutes ses œuvres littéraires ainsi que ses essais. Elle vit actuellement au Canada.
Publié le 13 jui 2007 à 23:46
Par noelkodia

Des ouvrages sur  l’analyse de la politique congolaise évoquent souvent le problème des disparus du Beach de Brazzaville, surtout quand ils ont fait allusion aux différntes confrontations interethniques connues par le Congo-Brazzaville  après le retour à la démocratie plurielle consécutive à la Conférence nationale. Voici un livre qui traite uniquement de ce problème. Un livre qui pousse à la réflexion après tout ce qui a été dit à propos de ce triste événement. Un livre qui développe « juridiquement » le problème, écrit par des universitaires et qui interpelle le Congolais lambda car se fondant sur une série d’enquêtes qu’auront  réalisées les auteurs de ce document en RDC et au pays.

 Le problème des disparus du Beach de Brazzaville a fait couler beaucoup d’encre. Des plaintes qui ont abouti à l’interpellation du Directeur général de la Police congolaise sur le territoire française. Sauvé de justesse par son passeport diplomatique, il sera plus tard jugé avec certains officiers de l’armée nationale congolaise par le Tribunal de Brazzaville.  Un procès qui, jusqu’aujourd’hui, pose problème car ayant court-circuité celui du Tribunal de Meaux en France. 

L’affaire des disparus du beach de Brazzaville : Un fait concret révélé par quelques chercheurs congolais
Le livre d’Anatole Collinet Makosso et ses collègues  semble traiter à fond le problème. Mais malheureusement ses auteurs n’arrivent pas à se laisser guider uniquement par les faits décrits, marquant à un certain moment leur subjectivité. Dans ce genre de travail, seul l’objectivité et les statistiques doivent parler et non le cœur des chercheurs. Et pourtant Makosso commence bien cette réflexion en se posant des questions pertinentes : « Y a-t-il eu réellement des disparus ? Quelles seraient en toute vérité ces personnes disparues ? Comment auraient-elles disparu ? Combien sont-elles Certes, le nombre n’a pas de véritable importance. Car, pour des actes de cette nature, le meurtre même d’un seul homme doit être remorqué par l’intention des auteurs d’exterminer tout un groupe. Mais il nous semblait opportun d’éloigner le propos de la rumeur médiatique, de la surenchère politique et judiciaire. Jusqu’à ce jour, aucune étude n’a réussi, de manière factuelle, à livrer des indications objectives, précises et fiables » (1) La mise au point de Makosso et ses collègues s’est fondée sur l’analyse des documents de quelques organisations des Droits de l’Homme tant africaines  qu’internationales. Des statistiques avec noms sont citées dans cet ouvrage, ce qui montre le travail de recherche intéressant effectué par les auteurs de cette mise au point. Mais quand on se réfère à tous les documents sur ce problème, force est de constater qu’il y a eu disparition et mort d’homme dans ce fameux problème du Beach de Brazzaville. Dans « La guerre civile du Congo Brazzaville, » Patrice Yengo écrit : « Au mois de mai 1999, après le discours d’apaisement du président de la République invitant le gens au retour, de nombreux réfugiés à Kinshasa reprennent le chemin de Brazzaville. (…) Le 8 mai, les premiers réfugiés sont débarqués à Brazzaville, accueillis officiellement par les autorités. Mais sitôt après, ils sont séparés en deux groupes : les jeunes sont déshabillés, jetés dans des camions et dirigés vers l’état-major de Brazzaville. En deux semaines 353 personnes ont été arrêtées par les unités de la garde présidentielle et n’ont plus reparu ». (2) .De son côté, l’universitaire Albert Mpaka dans un travail fouillé sur le Congo-Brazzaville intitulé « Démocratie et vie politique au Congo-Brazzaville » revient sur ce sujet qui interpelle maintenant les intellectuels et chercheurs congolais qui réfléchissent sur la politique du pays. Se fondant sur le verdict du procès de Brazzaville, il réalise que « la Cour criminelle a reconnu qu’un tri des réfugiés en RDC avait eu lieu au Beach de Brazzaville » (3)   


L’imbroglio sur le nombre exact des disparus

Tout le monde est unanime pour dire qu’il s’était produit quelque chose de fâcheux au beach de Brazzaville en mai 1999. Comment en sommes-nous arrivés au nombre 353 ? Pourquoi pas 352 ou 354 ? La question reste et restera encore posée. Et ce livre le spécifie bien quand on lit : « Le nombre exact des « disparus du beach » continue de faire  l’objet des comptabilités macabres contradictoires, au point de s’interroger sur la nature réelle des « disparitions » (4) Dans leur livre, Makosso et ses amis semblent révéler au public leurs connaissances en droit en essayant de « réécrire » ce problème avec des statistiques (objectifs ou subjectifs ?) que l’on ne peut confronter à celles d’autres chercheurs car de la confrontation jaillit la lumière. Le problème des disparus du beach se définit comme une énigme exploitée politiquement par certaines personnes. Et il est difficile que la justice fasse un bon travail car « l’affaire est tellement émotive que plane sur l’humanité et sur le Congo, le spectre d’une erreur ou d’un fiasco judiciaire à l’instar des erreurs que la France a connues (avec Dreyfus, Calas, Outreau, etc.) ». or, l’erreur judiciaire est le spectre qui hante tous les professionnels de la justice » (5)


Une mise au point de quatre universitaires « au conditionnel » ?

« L’Affaire des disparus du Beach de Brazzaville : Mises au point  pour l’Histoire » apparaît comme une des mises au point de ce problème qui va sûrement susciter d’autres analyses car l’histoire de la justice nous a montré que de contradictions en contradictions, la vérité finit toujours par se réveiller. Une chose est certaine, ce livre de Makosso et ses collègues nous révèle une démarche scientifique qui se fonde sur des documents vérifiables dont ils ont  proposé quelques photocopies en annexe du livre. Soit. Mais quelques subjectivités dans la façon de relater les faits diminuent la scientificité du document car ramenant à la surface du texte un élan de subjectivité. Subjectivité  qui vient un peu attiédir cette analyse pourtant remarquable et bien menée. Makosso parle des disparus du beach au conditionnel comme si on se posait encore des questions sur cette triste réalité dont l’analyse reconnaît les faits : « Pour mémoire, l’affaire du Beach de Brazzaville désigne des réfugiés originaires de la République du Congo (Brazzaville) qui auraient disparu à leur retour au pays. (…) Revenus par le port fluvial de Brazzaville (…) les réfugiés auraient été conduits à des destinations inconnues (…) » (6)  Dans l’ensemble, ce livre se définit comme une contribution à la recherche de la lumière d’un problème sociopolitique sur fond de douleur des familles qui ont vu disparaître les leurs, comme certaines affirmations l’ont démontré pendant le procès de Brazzaville. Quand on voit comment le peuple congolais a vécu dans l’union à travers un melting-pot consécutif à la maturité politique issue de la Révolution des Trois glorieuses et aux mariages interethniques, on est en droit d’interpeller le politique congolais quand Eddie Tambwé pense que « l’affaire des disparus [du Beach] est également une illustration de l’impréparation (ou l’inexpérience) de nos Etats à gérer des dossiers aux implications internationales. Les responsables congolais montreront en effet leurs limites dans la gestion du dossier, tant au plan médiatique, politique qu’à celui de la justice ». (7)  

La page de ce triste événement qui a bouleversé l’histoire politique du Congo, par ces mises au point de Makosso et autres, est encore ouverte et est loin de se fermer dans la mesure où d’autres chercheurs travailleraient dans l’ombre et nous donneraient d’autres informations. L’Histoire d’un pays est l’ensemble des histoires écrites par ses propres fils en se fondant sur les heurs et malheurs du  vécu quotidien. Et les tristes événements des années 90, quand on se réfère aux massacres de Mfilou et aux bombardements à l’arme lourde des quartiers de Bacongo et Makélékélé, en font partie. Car tout est parti paradoxalement à partir de ces dérapages du premier président élu démocratiquement.

Aussi les acteurs politiques congolais, plus précisément ceux qui avaient gagné les élections de 1992 et qui, pour avoir inauguré les conflits armés en 1993, sont aussi plus ou moins responsables indirects des « disparus du beach de Brazzaville ». Ils doivent méditer sur cette révélation de Patrice Yengo dans son analyse sur les conflits armés dans son pays : « Plus de 30 000 morts, près de 200 000 blessés, 4 000 habitations détruites, 800 000 déplacés [parmi lesquels on pourrait nommer les disparus du beach], près de 100 000 femmes violées… tel serait le bilan d’une guerre civile qui aura duré de 1993 à 2002 mais dont les conséquences sont loin d’avoir été totalement évaluées. Pour une population d’à peine trois millions d’habitants, le tribut payé est très lourd » (8).


Notes bibliographiques

(1)A. C. Makosso, E. Bosuku, O. Kande et E. Tambwe, « L’Affaire des disparus du Beach de Brazzaville », L’Harmattan, 2007, p.p. 9-10, Collection « Comptes Rendus », 16,50 euros.
(2) Patrice Yengo, « La Guerre du Congo-brazzaville », Karthala, 2006, p.375.
(3) Albert Mpaka, « Démocratie et vie politique au Congo-Brazzaville », L’Harmattan, 2007, p. 252, 31,50 euros.
(4) A. Makosso et autres, « L’Affaire des disparus du Beach de Brazzaville », op. cit. p. 7
(5) ibidem, p.11.        
(6)
ibidem p.7
     
(7) ibidem p.170
     
(8) Patrice Yengo, la Guerre du Congo-Brazzaville, op.cit. p.387


Présentation des auteurs

  • Anatole Collinet Makosso est magistrat, diplômé de 3è cycle et enseigne à l’Université Libre de Brazzaville. Ses recherches se fondent particulièrement sur les Relations internationales et sur la Géopolitique. Doctorant en droit international, il est aussi directeur exécutif de Géo- Ecostral.
  • Emile Bosuku est diplômé en Informatique de gestion et membre de l’ « Association nationale pour les droits, la défense des migrants et de la femme » (Anaddem-F) depuis 1996. Il est aussi Coordonnateur chargé des Investigations de cette Association.
  • Omer Kande est Maître en Sciences économiques de l’Université de Reims en France, Inspecteur  général des finances à la Cour des comptes en République Démocratique du Congo de 1992 à 1995. Il a participé à Bruxelles en 1996 à la création de l’Anaddem. Préside cette association depuis novembre 1997.
  • Eddie Tambwe est professeur de Communication sociale et de Sociologie politique, directeur de la collection « Comptes Rendus » chez L’Harmattan et responsable de la cellule « Conception, Etudes et Publications » du cabinet Géo-Ecostrapol.
 
Publié le 11 sep 2006 à 12:17
Par noelkodia

Problème de double culture ?
 

Après avoir mis en relief la condition féminine dans la société à travers ses poèmes, ses romans, ses nouvelles et son théâtre, la Congolaise Ghislaine Nelly Huguette Sathoud, dans son premier essai intitulé Les femmes d’Afrique centrale au Québec*, vient de nous « décrire » le séjour des immigrantes dans ce pays, particulièrement les vicissitudes qui marquent leur vie de couple avec ses corollaires tels l’éducation des enfants et l’acceptation de la double culture sous fond du choc de civilisations.

Les problèmes de l’immigration occupent une grande place dans la politique des populations des sociétés occidentales. En général, l’immigration au niveau social pose beaucoup de problèmes chez les immigrants et particulièrement les femmes.

Résidant au Canada depuis plusieurs années, Ghislaine Nelly Huguette Sathoud nous révèle la vie des immigrantes dans une enquête qui devrait intéresser les sociologues occidentaux et africains au moment où le monde, malgré une lutte drastique contre l’immigration, se veut être paradoxalement un village planétaire. Le Canada, pays développé, n’échappe pas aux mouvements migratoires où, « tout en gardant certaines habitudes culturelles, religieuses ou alimentaires, les groupes d’immigrés doivent adopter les us et coutumes d’un Québec qui s’est fait en français au cours des siècles de son histoire et qui entend rester français »1. Et c’est ce Québec qui attire particulièrement les ressortissants de l’Afrique centrale, car essentiellement francophone.

Métamorphose du couple ou crise identitaire des immigrantes ?

Pour avoir, elle-même émigré de l’Afrique en Occident, l’auteur n’a pas eu de difficultés majeures pour mener sa réflexion en se fondant sur une enquête au niveau des consoeurs immigrantes de l’Afrique centrale vivant au Canada. La métamorphose des couples se réalise avec le choc des civilisations et la position de l’homme qui croit perdre une partie du pouvoir qu’il avait depuis le pays d’origine. Il est de même pour la femme qui se voit « abandonnée à elle-même » par la nouvelle société. De la vie du dehors au pays, elle tombe brusquement dans la solitude et l’enfermement qui caractérisent la société occidentale. Et comme le spécifie l’auteur, « c’est une femme déracinée, coupée de son pays, de ses traditions (…) qui a perdu tous ses repères et qui se retrouve dans un environnement souvent hostile » (p.25). Ainsi, on peut dire que l’immigration impose beaucoup de problèmes au couple dans lequel l’homme ne fait presque pas d’effort pour s’adapter aux nouvelles réalités du pays d’accueil. Loin de certaines coutumes rétrogrades de leur pays d’origine, les immigrantes découvrent les possibilités de s’affirmer dans le couple mais elles doivent se confronter malheureusement à leur mari, surtout quand il y a parrainage. Et comme le pense Sathoud, « consciente de cette situation défavorable pour elles, les femmes parrainées sont dans une situation d’extrême vulnérabilité, ; ils (les hommes) en profitent souvent pour traumatiser leur conjointe qui se trouve dans cette situation » (p.67). A la merci de l’homme pendant le parrainage, la femme subit la terreur psychologique de l’homme et le couple commence à se désintégrer de l’intérieur. D’un côté il y a l ‘homme qui fait chanter sa conjointe en la menaçant d’interrompre la procédure du parrainage à tout moment, et de l’autre côté la femme qui subit le poids de la souffrance morale et psychologique consécutive à cette situation. Et dans cette société, les hommes sont étonnés de constater malheureusement (et pourtant ils sont sensés de le savoir) qu’ils se retrouvent en face des femmes « rebelles » auxquelles ils ne peuvent imposer les réalités du pays d’origine. Pour l’auteur, « les maris justifient souvent les actes qu’ils posent au nom des traditions et des coutumes » (p.99). Et comme il est souvent difficile d’intégrer certaines coutumes qui ne reflètent pas du tout la façon de vivre du pays d’accueil, s’en suit une cacophonie entre les époux. Ainsi les hommes agressent verbalement leurs épouses quand celles-ci découvrent l’aide que peuvent leur apporter les travailleuses sociales qui s’occupent des problèmes de couple. Et quand la femme ayant découvert ses droits s’impose au niveau du couple, son mari exerce sur elle une violence psychologique pour montrer que le comportement de cette dernière ne rime pas avec les coutumes africaines. Dans cette nouvelle société où la communauté a une grande importance, les couples ont du mal à se maintenir, constat de l’auteur : « Ainsi, le dénigrement des amis peut parfois avoir une incidence sur le comportement du couple (…) amenant les conjoints à se conformer en apparence aux normes culturelles de conduite entre époux (p.118). Et dans un couple où la femme veut affirmer ses droits et où l’homme essaie de s’imposer traditionnellement, se réalise avec le temps l’incompatibilité de vivre à deux et s’ensuit le divorce avec toutes ses conséquences telles la fragilité de l’éducation des enfants et l’acceptation de la double culture.

L’école chez les enfants des immigrantes : une éducation aléatoire

Ayant été scolarisées dans leur pays d’origine, les immigrantes au Canada se trouvent confrontées à un autre système d’école, bien que se reposant sur la francophonie. Du système éducatif au Québec, les immigrantes africaines remarquent une grande différence avec celui de leur pays. Si au niveau de l’apprentissage, les conditions de travail dans le scolaire sont largement appréciées, il n’en est pas pour la liberté d’agir et de dénoncer que l’on donne aux enfants. Très tôt, ces derniers sont paradoxalement responsabilisés dès leur jeune âge. Ainsi l’école apparaît comme un handicap pour les immigrantes qui veulent être regardantes comme l’étaient leurs parents vis-à-vis d’elles. Et nous pouvons le constater dans ces propos ci-après : «Nous avons reçu une éducation différente de celle-ci (…) Nos parents étaient sévères avec nous (…). Ici, on n’a presque pas d’autorité sur les enfants, car ils font ce qu’ils veulent. Même quand on veut les orienter dans une formation, il faut que l’enfant puisse avoir le dernier mot » (p.109). Protégé par les droits que lui octroie la société et suivi particulièrement par sa mère, l’enfant se voit tiraillée par deux cultures : celle qui surgit du maternel et celle que lui donne la société canadienne à travers l’école. Et dans cette nouvelle société, l’immigrante constate que « c’est le modèle de la femme épouse et mère « moderne », heureuse de se consacrer à l’éducation des enfants qui domine »2 quand les immigrantes s’efforcent tant bien que mal à préserver le couple.

Les immigrantes et la double culture : un avenir indéfini pour les enfants

Malgré les bonnes conditions dans lesquelles étudient leurs enfants, les immigrantes s’inquiètent un peu de leur avenir qui « se développe » en marge des réalités de leur pays d’origine. Mais avec l’arrivée des nouvelles technologies de communication qui influencent le monde des enfants, l’éducation de ces derniers se trouve travestie par l’actualité tel que l’Internet qui bouscule la curiosité des enfants. Ceux-ci sont plus proches de l’Internet, avec tous ses avantages et inconvénients, que de leurs parents.

Eduquées par la famille dans leur enfance, les parentes immigrantes se trouvent dépassées par les métamorphoses sociales qui ont marqué le monde des enfants. Mais l’avenir de leur pays d’origine en particulier et celui du continent conduit ces femmes à accepter cette éducation fondée sur la double culture : « Il est donc permis de rêver que les enfants africains éduqués dans les pays occidentaux, qui apprennent les valeurs démocratiques que les sociétés modernes ont acquises au fil de leur histoire, aient le goût de retourner au pays de leurs ancêtres pour transmettre ces valeurs et bâtir un monde meilleur » (p.134).

Mais les dirigeants africains auront-ils entre temps le courage et la volonté de mettre de l’ordre dans leur pays où démocratie rime avec pagaille, situation qui freine les bonnes volontés de s’épanouir ?

Pour conclure

En dehors des problèmes de couple et d’éducation des enfants des immigrantes au Canada, le livre de Ghislaine Nelly Huguette Sathoud se définit comme une étude qui met en exergue les causes de l’immigration des femmes de l’Afrique centrale, tout en révélant les us et coutumes des pays d’origine ayant marqué ces dernières avant de prendre le chemin de l’exil. Un livre qu’il faut lire pour comprendre les tenants et aboutissants des changements qui s’opèrent au niveau de la diaspora africaine où les hommes semblent s’imposer impérativement devant leeurs conjointes malgré la place importante qu’elles occupent maintenant dans le développement du continent.

Noël KODIA

* Les femmes d’Afrique centrale au Québec, Ed. L’Harmattan, Paris, 2008, 135p.
Notes
1 Françoise Tétu de Labsade, Le Québec, un pays, une culture, Ed. Boréal/Seuil, Québec/Paris, 1990, p.72
2 Yves-Henri Nouilhat, Le Québec de 1944 à nos jours, Ed. Imprimerie nationale, Paris,1992, p.195



 

Publié le 05 avr 2006 à 22:26
Par noelkodia
Le XXème siècle vient de s’éteindre il y a quelques mois. Presque quarante ans après les indépendances, on peut donner raison à René Dumont quand il affirmait que l’Afrique était mal partie dans les années 60. Aujourd’hui, nous sommes déjà au XXIème siècle et l’avenir semble incertain pour la jeunesse africaine qui pourrait se définir comme une bombe à retardement s’il n’y a pas un sursaut d’orgueil de la part des dirigeants africains, leur bilan social, politique et culturel étant globalement négatif.

Après quarante ans d’indépendance, les Etats africains (surtout au sud du Sahara) viennent de montrer aux yeux du monde qu’ils ont été en majorité dirigés par des «analphabètes» politiques qui ont hypothéqué l’avenir des jeunes au détriment de leur égoïsme. Pourquoi l’Afrique a-t-elle détruit sa jeunesse qui, pourtant, quelques décennies avant les indépendances, avait prouvé à l’opinion internationale que l’on pouvait compter sur elle dans le processus du développement du continent?

La jeunesse africaine avant les indépendances

C’est une jeunesse patriotique qui ne connaît pas encore l’ethnicité car formée culturellement sur le modèle de la société colonisatrice. Beaucoup de jeunes rêvent d’aller plus vite que le temps; certains abandonnent leurs études et vont immigrer dans les capitales occidentales dont les principales seront Paris et Bruxelles pour Francophones et Londres pour les Anglophones. Dans le milieu juvénile, le métier des armes est considéré comme une perte de temps; c’est une préoccupation de ceux qui «n’aiment» pas l’école. Ayant découvert les vertus de la politique à travers les livres et les partis politiques européens, plus particulièrement ceux du pays colonisateur, les jeunes s’intéressent à la politique et veulent la faire à l’image des Européens. C’est ainsi que naîtront des associations et partis politiques qui auront pour point focal un idéal fondé sur une conception commune au niveau des idées et non sur l’ethnicité comme on le remarque maintenant dans la plupart des pays africains.

Les jeunes après les indépendances

L’Afrique a été peut-être décolonisée trop tôt. Quarante ans après les indépendances, sa jeunesse a sombré dans le désarroi. Sa capacité de créativité et de raisonnement développée par l’école coloniale et même post-coloniale n’est plus qu’un triste souvenir. La jeunesse actuelle fait peur et l’on serait même en droit de se demander si l’élite politique africaine a conscience de la situation précaire dans laquelle se trouve le continent.

Il faut souligner que les jeunes ont subi la gestion chaotique des hommes politiques qui ont pris la relève des administrations coloniales dès les années 60. Pendant plusieurs décennies de règne sans partage et cela jusqu’à l’aube du XXIème siècle, les dirigeants africains se sont caractérisés par l’inconscience, l’analphabétisme politique et la gabegie, des maux qui ont porté un coup fatal à l’évolution de la jeunesse. Les chefs d’Etats africains se sont presque comportés en chefs «irresponsables».

De 1960 à nos jours, la majorité des leaders africains se sont montrés incapables de mettre en oeuvre ce qu’ils ont appris auprès des grands hommes d’Etat de l’Occident. Ils ont plutôt cultivé le tribalisme et l’ethnicité pour faire asseoir leur pouvoir. Dans sa réflexion intitulée «L’ethnicité et le phénomène urbain en Afrique subsaharienne», le professeur Albert Muluma Munanga, parlant de certains pays à ce sujet stipule que «sur le plan politique, plusieurs partis politiques ont été modelés sur la base ethnique. C’est notamment le cas du Parti Démocratique de la Côte d’Ivoire (PDCI) du feu Président Houphouet Boigny par la création de sections ethniques (...). Le cas du Mouvement Populaire de la Révolution (MPR) du Président Mobutu au Zaïre constitue un autre exemple? Pour avoir une popularité, le MNR (avait) crée une branche spécialisée en son sein dénommée ’alliance des Bangalas’ (...). Au Congo-Brazzaville, on (peut citer) les cas du parti de Bernard Kolélas, de Yombi Opango etc.».

Avec cette nouvelle conception de faire la politique, la jeunesse voit se créer en elle un divorce entre l’idée d’appartenir à un groupe ethnique et celle de faire membre d’un parti politique au sens propre du terme.

L’échec des hommes politiques, synonyme de malheur de la jeunesse

De 1960 au seuil du XXIème siècle, l’Afrique a échoué dans son développement qui devait garantir l’avenir des jeunes. Si on peut louer quelques pays anglophones (l’Afrique du Sud, la Namibie, le Kenya...) qui se sont développés au cours des dernières décennies du XXème siècle, triste est le sort des pays francophones et lusophones, en particulier ceux de l’Afrique Centrale dont le retard est criard sur les plans culturel, social et économique. Les jeunes de ces pays (Tchad, République Démocratique du Congo, Congo-Brazzaville, Centrafrique et Angola) ont connu la guerre. Malgré quelques réalisations de prestige, les dirigeants politiques n’ont pas été à la hauteur de leur tâche. N’ayant pas pu préserver l’héritage de la colonisation, ils ont paradoxalement détruit le peu de réalisations laissées par l’administration coloniale. L’école et la santé qui sont les points vitaux du développement d’une société ont été négligées. Et pourtant les potentialités ne manquent pas dans certains de ces pays comme la République Démocratique du Congo, le Congo-Brazzaville et l’Angola qui ont des sous-sols riches (cuivre, bauxite, diamant, pétrole...). Malheureusement leurs jeunesses croupissent dans la misère. Des usines n’ont pas été créées pour embaucher les jeunes après leur formation professionnelle; les rares laissées par les colons ont subi la loi de la nationalisation avant d’être littéralement «détruites» par la gabegie et le tribalisme des hommes au pouvoir. Les services sociaux et publics les plus élémentaires qui devaient au moins préserver la santé des populations, et particulièrement les jeunes qui constituent la couche la plus dynamique de la société, n’existent plus dans les villes africaines. L’école et l’université sont malades et il se crée ipso facto une inquiétude au sein de la jeunesse qui vit actuellement dans la saleté et le SIDA. Dans les villes comme Kinshasa et Brazzaville (les capitales les plus rapprochées de la planète), la saleté et le SIDA ne respectent pas les frontières dans le milieu des jeunes des deux rives. A Kinshasa comme à Brazzaville, les services de voirie ne sont plus fonctionnels et les gouvernements constatent impuissants la dégradation des conditions de vie de leurs populations. On assiste dans certains quartiers des deux villes à des scènes insoutenables. Des jeunes désoeuvrés se donnent aux vidanges des fosses sceptiques dans des conditions inimaginables. Ils creusent de grands trous dans les rues à l’intérieur desquels ils déversent toutes les matières fécales qu’ils tirent des fosses sceptiques. Et quand les pluies arrivent, c’est toute la saleté qui se répand dans tout le quartier avec ses conséquences telles les épidémies de diarrhée et de fièvre typhoïde qui font des victimes surtout au niveau des plus petits.

Pendant quarante ans, les leaders politiques africains se sont comportés en chef de village. Il y a eu des gouvernements, des institutions créées à l’image des pays modernes mais les chefs d’Etat du continent n’ont pas été sérieux dans l’exercice de leur fonction car prisonniers de leur ethnicité. Ils n’ont pas pu conscientiser la jeunesse pour créer des nations sur les territoires hérités de la colonisation. Dans son livre «Le manguier, le fleuve et la souris», le Président du Congo-Brazzaville a le courage de reconnaître que la jeunesse de son pays a été (et serait encore) marginalisée; triste constat: «Les plus sacrifiés sont les jeunes (...). Quelle perspective leur offre-t-on? Après avoir vu leurs rêves et leurs espoirs confisqués, le pouvoir (politique) les laisse en proie à tous les doutes, par conséquent à tous les excès».

Devant l’échec d’une partie de l’élite politique africaine, beaucoup de jeunes sont tentés par les pays développés. Ceux qui y sont déjà et qui ont terminé leurs études et formations ne veulent plus rentrer au pays à cause de la sauvagerie et l’animalité qui s’y sont installées.

Quarante ans après les indépendances, les jeunes Africains constituent à végéter dans le désespoir où l’arme et la drogue les guettent à tout moment.

La jeunesse africaine, une bombe à retardement

L’immaturité politique en Afrique a donné naissance à des sociétés d’orphelins par le biais des guerres ethniques et du SIDA. On rencontre maintenant en Afrique les «enfants des rues» âgés en général de cinq à quinze ans, errant dans les grandes villes, abandonnés à eux-mêmes. Incapables d’aller à l’école pour les plus petits et de poursuivre les études pour les plus grands, ces orphelins pensent trouver leur «bonheur» dans la drogue et les armes qui souvent les emmènent au pillage et au viol.

L’Afrique serait-elle en voie de disparition avec une jeunesse qui ne lui inspire plus confiance? Réponse mitigée car elle n’a aucune ambition, aucun défi à relever. Et comme l’affirme l’historien congolais Théophile Obenga, «on disparaît quand on n’arrive pas à relever les défis». Si la jeunesse ne peut pas défier le SIDA, la culture guerre à elle imposée par les hommes politiques, si l’école et l’université africaines continuent à être extraverties (leurs diplômes n’étant plus pris au sérieux sous d’autres cieux), la disparition dont parle Théophile Obenga pourrait se concrétiser pendant ce nouveau millénaire. Angoissés et poussés au désespoir, les jeunes seront capables de prendre des risques car n’ayant plus confiance au pouvoir. Sans travail avec un avenir plus qu’incertain, ils développeront, avec le goût des armes et de la drogue, une culture de pillage, de gangstérisme et de barbarie. Les petits Angolais et Congolais l’ont bien su démontrer en Afrique centrale.

Il faut désamorcer la bombe

Le troisième millénaire devrait être porteur d’espoir pour les jeunes Africains. Le continent est riche. La plupart des Etats qui ont connu les guerres ont le diamant, la bauxite, l’or, le pétrole, l’eau et le soleil; mais paradoxalement la couche juvénile de ces pays n’en profite pas.

Il faut redynamiser l’école et revaloriser surtout l’enseignement technique et professionnel. Des relations humaines, les jeunes Africains devraient faire un effort pour que vive la cohabitation ethnique qui souvent, quand elle est mal entretenue, provoque des remous sociaux qui retardent ainsi le développement de la conscience nationale. Pour Albert Muluma Munanga, «trouver les mécanismes qui permettent la coexistence interethnique (...) est le défi capital auquel doit faire face la sagesse de l’élite africaine actuelle (...) et parmi des solutions possibles pour l’instauration de la coexistence interethnique, (...) le seul moyen, c’est la culture d’une conscience nationale». Une autre aubaine pour le continent pour que le XXIème siècle soit le siècle de la renaissance africaine: la rencontre Afrique-FMI de l’année passée (janvier 2000) au Gabon. Les dirigeants africains, pour donner une chance à la jeunesse, ont intérêt à respecter les recommandations du FMI préconisées à Libreville. Ils doivent maintenant tourner le dos à la guerre pour s’occuper convenablement de la condition sociale des jeunes qui peut être définie comme l’élément moteur du développement d’un pays. Les Etats africains devraient profiter des largesses que leur a faites le FMI à Libreville sur «la croissance et la réduction de la pauvreté en Afrique». Pour les Institutions de Bretton Woods, le social doit maintenant passer avant la macro-économie; elles veulent que les gouvernants africains soient à l’écoute de leurs populations, surtout les jeunes. Ils doivent les associer à la gestion économique. Il faudra aussi effacer l’image de la guerre et de la drogue qui hante encore la conscience des jeunes en dépensant plus dans les secteurs sociaux (éducation, culture, santé) et moins dans l’armement. Le XXIème siècle pourrait être africain si l’on respecte les recommandations de Libreville qui feront que des millions d’Africains, en particulier les jeunes, sortent de la pauvreté et passent de la survie à la vie.

Conclusion

La jeunesse longtemps marginalisée par ses gouvernants, attend que des solutions soient trouvées pour soigner les maux qui la minent depuis les indépendances. Marquée par les injustices sociales, les guerres et la drogue, elle risque de «brûler» les métropoles africaines si les chefs d’Etat continuent à se comporter comme des chefs coutumiers. Saisiront-ils l’occasion à eux offerte par la rencontre Afrique-FMI à Libreville pour réduire la pauvreté sur le continent et travailler pour sa croissance afin que la jeunesse puisse avoir du travail? La bombe que constitue celle-ci, en particulier dans les pays subsahariens, est encore prête à éclater si on ne la désamorce pas à temps.

Publié le 06 jun 2005 à 19:01
Par noelkodia

 Quand le Congo-Brazzaville accède à l’indépendance en 1960, il hérite de l’enseignement qui existe déjà depuis l’ère coloniale. Celui-ci dépend dans son ensemble de l’administration (l’école laïque) et des congrégations religieuses représentatives dans le pays telles les églises catholique, évangélique et salutiste qui défissent l’enseignement privé de l’époque.En 1965, la République du Congo devient socialiste et connaît un bouleversement dans le domaine éducatif avec la nationalisation des écoles religieuses. 

 

L’école privée renaît plusieurs décennies après en 1991. Mais le retour de l’enseignement privé « nouvelle formule » (les études sont maintenant payantes) s’avère aujourd’hui aléatoire.

Cet enseignement qui a existé dans le système éducatif congolais après l’indépendance, avait la particularité d’être conventionné et s’appuyait sur l’éducation religieuse comme fondement principal de l’école, la jeunesse devait être formée selon la morale religieuse. Pendant la colonisation et les cinq premières années post-indépendantes, l’enseignement privé parrainé par les religieux et l’école laïque se partagent l’éducation des petits Congolais avec des résultats plus ou moins viables.

Avec l’optique socialiste qui s’implante dans le pays après la Révolution des 13, 14 et 15 août 1963 qui prône la laïcité totale sur le plan scolaire, naissent des antagonismes entre l’Etat et la religion, en particulier l’église catholique. Considérée en général comme l’opium du peuple, l’église apparaît comme un danger pour la jeunesse que l’on voudrait façonner à l’image de celle des pays de l’Est d’antan. Beaucoup d’étudiants y seront envoyés pour leurs études supérieures. L’Etat décide alors la nationalisation de toutes les écoles appartenant aux confessions catholique, évangélique et salutiste. Et commence alors la décadence du système éducatif congolais car l’Etat à lui seul ne pouvant plus s’occuper convenablement de tous les nouveaux problèmes consécutifs à la nationalisation de l’enseignement.

 

La renaissance de l’école privée au Congo

L’échec socio-politique des pays africains pendant les trois premières décennies qui vont suivre les indépendances, provoque un grand bouleversement dans plusieurs Etats au sud du Sahara. Il faut reconsidérer la politique et le socio-économique à travers une nouvelle expérience que définissent les Conférences nationales qui se déroulent dans de nombreux pays africains. Le Congo-Brazzaville tient la sienne en 1991 ; celle-ci annonce une nouvelle vision de l’école. L’Etat, malade et « maltraité » pendant plusieurs décennies par les différents gouvernements qui se sont succédé, ne peut continuer à gérer seul le système éducatif. On demande à des particuliers qui s’intéressent à l’éducation des jeunes et qui ont des moyens matériels et financiers de créer des établissements scolaires pour décongestionner la plupart des écoles qui se caractérisent par une pléthore inquiétante au niveau des classes. En quelques années , des écoles naissent à l’intérieur des maisons d’habitation et d’immeubles inachevés que l’on réhabilite pour servir de bâtiments de classe, mais ne répondant pas aux normes élémentaires d’établissements scolaires.

 Conditions de travail à l’école privé

Si les conditions de travail ne sont pas convenables dans l’ensemble des structures éducatives, il sied de dire que, malgré quelques exceptions, l’école privée n’a pas paradoxalement soulagé le système éducatif comme il le fallait. La qualité de ses enseignements n’a jamais été excellente comme le souhaitaient les parents d’élèves. D’ailleurs, l’on constate qu’en majorité, ce sont les mêmes enseignants qui évoluent dans le public et dans le privé. A cause de leur budget  de fonctionnement aléatoire, les écoles privées ne peuvent pas utiliser des enseignants à temps plein. Elles sont obligées de demander le service des maîtres de l’enseignement public qui sont rémunérés en fonction de leurs vacations. En ce qui concerne le travail pédagogique, l’école privée apparaît comme le prolongement de l’enseignement public. Mais du point de vue des conditions de travail, la différence entre le public et le privé est notoire. Les établissements de l’enseignement public présentent des classes pléthoriques avec des effectifs d’environ cent élèves dans le primaire et une soixantaine dans le secondaire. Au niveau du privé, les effectifs tournent autour de vingt sujets par classe et chaque élève est « confortablement » assis. Mais ces écoles ne sont pas conventionnelles dans la mesure où elles manquent de cours de recréation et ont des toilettes de fortune qui présentent un danger pour la santé des enseignés et enseignants. Malgré ce manquement au niveau sanitaire, un autre point positif dans l’enseignement privé : l’absentéisme des maîtres, la rareté des devoirs ainsi que le manque de travaux dirigés et pratiques qui caractérisent l’école public, n’existent pas dans le privé. Dans l’ensemble, les enseignants congolais qui exercent dans le privé ou dans le public, se confrontent aux mêmes difficultés liées  à leurs conditions de travail précaires. Cette déconvenue ne date pas d’aujourd’hui. En 1997, quelques années après la renaissance de l’école privée au Congo et se préparant à revenir à la tête du pays, Denis Sassou Nguesso, dans son livre Le manguier, le fleuve et la souris (document de campagne pour les élections de 1997), reconnaît que les enseignants ont été longtemps marginalisés. Voici ce qu’il écrit : « mal payés et parfois déconsidérés, travaillant dans des conditions très difficiles, [ils] ne parviennent pas à exercer leur mission comme il le faudrait »1. Triste constat après plusieurs années d’indépendance fait par un homme qui a dirigé le pays plus d’une décennie durant. Il propose alors des remèdes pour l’amélioration de la condition enseignante, une fois revenu  au pouvoir : « la première mesure consistera (…) à assurer le paiement régulier des salaires des enseignants et à rattraper peu à peu les arriérés qui sont dus (…) dès que les caisses de l’Etat le permettront, nous examinerons comment instituteurs et professeurs pourront être mieux rémunérés »2. Hélas ! plusieurs années après ces belles paroles, les enseignants continuent à croupir dans la misère accentuée à partir de 1994 par la réduction des salaires des fonctionnaires de 15 à 27% et le blocage des avancements et reclassements sans effet financier. A cela, il faut ajouter l’état de délabrement économique accentué par cinq mois de guerre civile dans le pays avant que Sassou Nguesso revienne à la tête du pays. Un point qui aurait peut-être « bousculé » sa promesse aux enseignants.. En effet les guerres civiles des années 90 ont esquinté les données et prévisions au niveau socio-économique du pays. Il fallait indubitablement reconstruire les infrastructures scolaires détruites. Dans une de nos réflexions dans Afrique Education, on peut lire : « les bibliothèques qui ont résisté (…) ont été littéralement pillées au cours des guerres de juin 1997 et décembre 1998 »3. Mais avec la flambée du baril de pétrole ces dernières années, on se demande comment les enseignants congolais croupissent-ils encore dans la misère. Mauvaise gérance ou simple stratégie politico-économique ? Les économistes sont mieux placés pour répondre à cette question.

Jusqu’aujourd’hui, le système éducatif congolais apparaît comme un casse tête chinois pour les responsables politiques du pays. Au niveau du personnel actif dans le primaire et le secondaire, on comptait en 2003, sept cent deux (702) professeurs certifiés de lycée et six cent vingt (620) professeurs certifiés de collège. Ceux-ci devront être admis à la retraite en 2006. il faut aussi noter le chômage des nouveaux enseignants sortis de l’Ecole Normale Supérieure de Brazzaville et le faible développement de la recherche pédagogique. Sur ce dernier point, les enseignants ont éprouvé et éprouvent des difficultés dans la mise en œuvre de la P.P.O (pédagogie par objectif) car mal managée par l’INRAP (Institut Nationale de Recherches d’Action Pédagogique) qui emploie plus d’enseignants de carrière que de chercheurs en science de l’éducation.

Le métier d’enseignant est un sacerdoce. A propos de cette situation, Jean Thomas tirait déjà la sonnette d’alarme dans les années 60 ; il réalisait qu’ « en Afrique (…) les enseignants [se plaignent] de n’être pas bien rétribués ; nombre d’entre eux [estiment] que leurs traitements [sont] inférieurs à ceux de certains employés d’autres secteurs ayant des qualifications plus basses. Ce sentiment d’injustice est très répandu. Il explique probablement l’état permanent de mécontentement qui règne parmi les instituteurs, la tendance à établir, avec d’autres professions, des comparaisons empreintes d’envie et à quitter l’enseignement à la première occasion »1. Au Congo (et peut-être encore dans d’autres pays au sud du Sahara), on remarque que la majorité des maîtres sont attirés par d’autres secteurs de la Fonction publique telles les Régies financières. Ils se préparent à ces nouveaux métiers à l’Ecole Moyenne d’Administration (EMNA) où ils sont admis par voie de concours autorisé à tout fonctionnaire voulant changer de carrière. D’autres enseignants sont attirés par les  compagnies et entreprises privés et les ministères où leurs indemnités de collaborateur équivalent parfois au triple de leur salaire de base. En 1999, notre inquiétude, en tant que membre de la corporation enseignante , était manifeste : « la situation de paupérisation dans la quelle vivent les enseignants (…) congolais n’est guère acceptable. Ils accusent plusieurs mois d’arriérés de salaires » (cf. Afrique Education) Et plusieurs années après ce constat, la situation n’a pas changé. Misère, découragement et peur de la retraite hantent la plupart d’entre eux.

De la formation et recyclage du personnel enseignant, il sied de dire que les montants des crédits y alloués sont dérisoires et modestes par rapport à d’autres secteurs de l’Etat comme la Sécurité et la Défense par exemple ;

Dans une réflexion intitulée paradoxalement « L’école congolaise se porte bien » et publié dans l’hebdomadaire La semaine africaine  du 15 août 2002, on peut lire ce qui suit : « Pour couvrir les besoins en enseignants du secteur privé en 2002 – 2003 le Congo a besoin de 8770 instituteurs. Aujourd’hui il ne dispose que de 774 instituteurs (…). D’ici 2006, [il s’avère que] 2261 instituteurs feront valoir leur droit à la retraite »1. Un autre fait caractérise le personnel enseignant dans les établissements privés : le recrutement se fait parfois sur des bases subjectives. Des maîtres sans expérience et sortis fraîchement des écoles de formation sont recrutés par affinités parentales ou tribales Et cette situation devient dans certaines écoles un handicap pour la formation des jeunes élèves Dans  le rapport au ministère de l’Education nationale en France en 1982, intitulé  La formation des personnels de l’Education nationale , les spécialistes du monde éducatif de ce pays précisaient : « Le problème des formations initiales doit néanmoins être analysé avec rigueur. Cela correspond à la nécessité de préparer l’avenir ainsi qu’à des raison,s de bon sens en vue de répondre à la croissance du niveau culturel et des connaissances dans la nation, mais aussi pour assurer les bases professionnelles les plus solides des personnels de l’Education nationale »2 . Voilà un point de vue qui devrait faire réfléchir les décideurs de l’Education au sud du Sahara qui rencontrent sûrement les mêmes difficultés.

 

Ecole privée : résultats de l’échec de l’enseignement public

En inscrivant leurs enfants à l’école privée, les Congolais misent sur les résultats scolaires de fin d’année qui devraient être excellents. Le ratio maître / élèves (une vingtaine de sujets par classe) y est respecté et il y a l’encadrement permanent consécutif à l’assiduité des enseignants à leur poste de travail. Si l’on a pu constater des résultats acceptables dans les clases débutantes (CP et CE) du cycle primaire, il n’en est pas de même dans le secondaire qui reçoit des élèves plus ou moins « mal formés » depuis le secteur public.

Les enquêtes réalisées il y a quelques années (de 1999 à 2002) dans plusieurs grands complexes scolaires de Brazzaville, quand nous étions encore au pays, avaient relevé le taux maximal de réussite de 62,50% au bac. Certaines écoles mettant au premier plan l’appât du gain, se montrent performantes dans leurs résultats de fin d’année, car ne voulant pas offusquer les parents d’élèves qui n’acceptent pas le redoublement de leurs enfants. A propos Lahcen Benchama note qu’ « au niveau de l’enseignement privé, conformément au désir des parents, on accorde [par exemple] un intérêt particulier à l’apprentissage de la langue française, celle-ci étant à l’origine de nombreuses déperditions au cours de la scolarité ultérieure. D’autant plus qu’elle constitue un puissant moyen de sélection des futures élites. Les efforts consentis par certaines institutions de ce secteur sont louables en raison des moyens investis pour doter les établissements d’une infrastructure importante »1. Les frais de scolarité élevés dans le privé est l’un des facteurs qui favorise cette situation. Une situation qui prend de l’ampleur au fil des jours car l’écart des salaires devenant de plus en plus grand au niveau des salaires entre les fonctionnaires et les agents du secteur privé, mieux payés que les premiers. Les tableaux ci-après présentent le pourcentage de réussite au bac, toutes séries confondues de 1999 à 2002 dans six grands établissements de Brazzaville pris comme échantillons (trois (03) lycées du public et trois (03) autres du privé). Après trois ans, les données statistiques au niveau des résultats au bac restent plus ou moins les mêmes. Pour  la lecture des données statistiques annoncées dans notre analyse, nous avons utilisé les abréviations suivantes : CP= candidats présentés, CA= candidats admis, TR= taux de réussite en pourcentage.

  

Etablissements publics

 

Années

       Etablissements

Lycée de la Révolution

  

Lycée Chaminade

Lycée Savorgnan de Brazza

1999 -2000CP 1552
CA 506
TR 33,24%


CP 1632
CA 391
TR                  23,96%
CP 2269
CA 429
TR                  18,90%
2000 - 2001CP 1344
CA 267
TR                  18,96%
CP 1028
CA 199
TR                  19,35%
CP 1580
CA 406
TR                  25,69%
2001 - 2002CP 1084
CA 271
TR                       25%
CP 684
CA 158
TR                  23,09%
CP 1020
CA 154
TR                  15,09%
  

Etablissements privés

 

Années

       Etablissements

Centre scolaire Notre Dame de Rosaire

  

Institut scolaire Inspecteur Biyoudi

Groupe scolaire Dom Helder Camara

1999 -2000

CP 48
CA 30
TR 62,50%


CP 212
CA 75
TR 35,37%
CP 55
CA 48
TR                  87,27%
2000 - 2001CP 64
CA 36
TR                  56,25%
CP 115
CA 31
TR                  26,95%
CP 59
CA 48
TR                  81,35%
2001 - 2002CP 53
CA 33
TR                  66,26%
CP 42
CA 17
TR 40,47%
CP 108
CA 46
TR                  42,59%
 

Source: Service statistique des Directions administrative et pédagogique des établissements publics et privés cités

 

Dans ces tableaux qui mettent en relief les résultats du bac pendant une période déterminée à Brazzaville, l’on constate que le taux de réussite à l’examen est plus intéressant dans l’enseignement privé. Des trois (03) établissements privés cités dans notre enquête, le Centre scolaire Notre Dame de Rosaire qui présente des candidats au bac français, confirme ses résultats acceptables à partir du travail de ses candidats car cet examen est corrigé en dehors du Congo.

Des résultats entre le public et le privé, on remarque une différence notoire dans le pourcentage de réussite (cf. les deux tableaux)

 

Comment redresser le système éducatif dans son ensemble ?

L’école privée étant liée à l’enseignement public par les programmes et le personnel enseignant qu’elle utilise, il est difficile de dissocier ces deux entités scolaires. Le redressement de l’enseignement privé passe indubitablement par l’amélioration de la condition enseignante dans le pays. Salaires minables, conditions de travail et de recherche déplorables (par manque de bibliothèques convenables et de documents pédagogiques et didactiques qui coûtent excessivement cher, surtout après la dévaluation du franc CFA) doivent faire réfléchir les décideurs administratifs et politiques. Il faut une harmonisation des coûts d’écolage en fonction du SMIC des Congolais. Redresser le système éducatif, en particulier le privée, c’est lutter contre la pléthore des établissements public. L’Etat devrait   « s ‘impliquer » dans le recrutement des enseignants évoluant dans le privé (car celui-ci s’avère subjectif) pour éviter une école à deux vitesses au niveau national. Redresser l’école privée, c’est aussi lutter contre la culture de fraude aux examens d’Etat, fait devenu monnaie courante dans la société malade et résignée où la corruption s’est implantée sans difficulté aucune au fil des années à cause de la paupérisation manifeste des Congolais. Et cette situation est remarquée dans plusieurs pays de la sous région.

L’école privée, malgré quelques manquements consécutifs à certaines réalités du pays, devrait être considérée comme un apport important pour le système éducatif national. Malheureusement la majorité des établissements privés sont gérés par des personnes n’ayant presque pas de notions pédagogiques. A cela, il faut ajouter l’absence de formation en gestion scolaire. En principe, le chef d’établissement (qui se confond ici avec le promoteur) devrait être « chargé du fonctionnement de l’établissement où il exerce notamment quelques compétences suivantes :

1/ il prépare les travaux du conseil d’établissement dont il préside les formations (…)

2/ il prépare et exécute le budget de l’établissement »1

Malheureusement dans ces établissements privés dont les promoteurs sont souvent des « hommes d’affaires », les côtés  éducatif et pédagogique sont relégués au second plan. ces derniers sont plus intéressés par le gain que leur procure le nombre d’élèves inscrits dans leurs établissements et le manque de subvention de la part de l’Etat  contribue à la mauvaise gérance de leur patrimoine scolaire.

 

Conclusion

Bien géré, l’enseignement privé pourrait devenir un tremplin pour le redressement de l’école congolaise. Dans cette société composée à 80% de jeunes scolarisés, ( comme on le constate dans la plupart des pays africains), c’est l’avenir de tout un pays qui interpelle les décideurs du système éducatif. Encore faut-il que ces derniers prennent conscience de la bonne marche des enseignements privé et public pour réhabiliter la jeunesse. Les guerres civiles ont entraîné chez les jeunes un autre comportement vis-à-vis de l’école, une institution qui commence à former paradoxalement des diplômés sans-emplois.

Et si cette réflexion pouvait aussi interpeller les décideurs de l’enseignement primaire et secondaire des autres pays du continent, dans la mesure où le cas du Congo-Brazzaville n’est pas différent des entités francophones, surtout d’Afrique. Avec l’interdépendance africaine qui se profile à l’horizon  par le biais de l’Union Africaine, il serait intéressant que l’enseignement primaire et secondaire, à l’instar du supérieur avec le CAMES, soit aussi reconsidéré. Revaloriser les conditions de travail des maîtres et élèves devrait être le leitmotiv des dirigeants africains, car le développement d’un pays passe principalement et obligatoirement  par l’école dont les acteurs doivent être à l’aise dans l’exercice de leur fonction.

 
Références bibliographiques 

-         BENCHAMA (Lahcen) « L’éducation préscolaire dans les pays du Sud : politiques, pratiques et acteurs » in Afrique Education n° 171-172 janvier 2005, Montrouge (France)

-         BOURSIN (Jean Louis) L’administration de l’Education nationale, PUF, 1981, Paris, 125p.

-         KODIA (Noël)   « Congo-Brazzaville : l’école, l’université et les guerres civiles »   in    Afrique Education n° 63 de novembre 1999, Montrouge (France)

-         MASSANGA (Touadikissa) « L’école se porte bien » in La semaine africaine n° 2375 du 15 août 2003, Brazzaville

-         THOMAS (Jean) Des maîtres pour l’école de demain, UNESCO, Paris, 1968, 89p.

-         SASSOU NGUESSO (Denis) Le manguier, le fleuve et la souris, Edit. Lattès, 1997, Paris, 183p.

-         La formation des personnels de l’Education, rapport au ministère de l’Education nationale, la Documentation française, Paris, 1982, 339p.

     

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1 Denis SASSOU NGUESSO, Le manguier, le fleuve et la souris, Ed. J.C. Lattès, Paris, 1997, p.130

2 Ibidem, p.36

3 Noël KODIA, « Congo-Brazzaville : l’école, l’université et les guerres civiles » in Afrique Education n° 63 de novembre 1999, Montrouge (France)

1 Jean THOMAS, Des maîtres pour l’école de demain, Unesco, Paris, 1968, p.31

1 Touadikissa MASSANGA,  « L ‘école congolaise se porte bien » in La semaine africaine n°2375 du 15 août 2003, Brazzaville

2  La formation des personnels de l’Education , rapport au ministre de l’Education nationale, La Documentation française, Paris, 1982, p.18

1 Lahecen Benchama, « L’éducation préscolaire dans les pays du Sud : Politiques, pratiques et acteurs », Afrique Education n° 171-172 du 1er au 31 janvier 2005, Montrouge (France)

1 Jean BOURSIN, L’administration de l’Education nationale, PUF, 1981, Paris, p.95

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